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Dossier
European Space policy. Pour une politique européenne
de l'espace
L
'Europe, une puissance spatiale face aux Etats-Unis, à
la Russie, à la Chine et à l'Inde?
Conférence de M. Serge Plattard Secrétaire
général de l'European Space Policy Institute.
Cercle
Economique Franco-Allemand. (26/10/06).
Résumé et commentaires de Jean-Claude
Empereur. Le texte a été relu et corrigé
par M. Plattard, que nous remercions.
Au
cours d'une intervention passionnante, M. Plattard a mis
en évidence la dimension géopolitique qu'allait
prendre, dans les prochaines années, les stratégies
spatiales de ces grands ensembles continentaux.
Il a montré ce qu'avaient de spécifique ces
différentes stratégies : pour les Etats-Unis
la « dominance mondiale », pour la Chine, conformément
à sa tradition et, au moins pour le moment, le «
rayonnement commercial », pour l'Inde, le «
développement économique », pour la
Russie le « maintien de son rang », la composante
de souveraineté restant également forte pour
ces trois derniers pays.
.
Pour l'Europe, en revanche, aucune stratégie d'ensemble,
communement acceptée, n’est perceptible.
Pourtant
l'Europe ne manque pas d'atouts mais la situation apparaît
contrastée, très hétérogène
et sans vision d'ensemble lorsque l'on passe en revue les
différents segments de l'activité spatiale:
applications scientifiques, exploration, transport, télécommunications,
navigation, défense.
•
sur le plan de la science spatiale nous pesons beaucoup
: astronomie, observation des océans, Mars express,
Huygens, Rosetta, etc.
•
dans le domaine de l'exploration spatiale, nous sommes très
faibles, tandis que les Etats-Unis grâce aux projets
de réinstallation sur la Lune et de conquête
de Mars s'engagent dans un vaste programme mobilisateur
sur trente ans, aux retombées considérables,
avec tout de même une incertitude budgétaire
réelle.
• pour ce qui concerne le transport spatial, l'Europe
dispose d'un atout majeur, grâce à la stratégie
d'autonomie d'accès à l'espace, initiée
il y a trente ans par la France, stratégie qui a
été l’un des moteurs du developpement
et qui a permis, par la suite, le développement d'une
industrie des satellites, hautement stratégique,
très dynamique.
•
en matière de télécommunications l'Europe,
qui contrôle 35% du marché des satellites de
télécommunication et de diffusion directe,
est une véritable puissance spatiale. Elle comporte
également des opérateurs qui sont parmi les
premiers mondiaux comme SES Global et Eutelsat.
• pour ce qui est de la navigation, Galileo constitue
une très grande avancée dans un domaine vital,
tout particulièrement significatif, car c'est un
véritable projet d'intérêt communautaire,
défini comme tel dès l'origine par la Commission
(sécurité et souveraineté).
•
en revanche, dans le domaine de la défense, l'Europe
ne peut en aucun cas être considérée
comme une puissance spatiale.
Cette situation reflète une insuffisance de réflexion
globale à long terme. Elle est très préoccupante.
Elle montre en effet que ni les gouvernements ni les opinions
publiques n'ont pris, à la différence de ce
qui se passe au sein des autres ensembles continentaux,
la mesure de l'importance capitale de l'enjeu des politiques
spatiales.
C'est
ainsi que le pourcentage du PIB consacré par l'Europe
à l'espace est stable, voire décroissant depuis
1993 alors qu'il est en forte progression en Inde et en
Chine, et qu'il croît à nouveau aux Etats-Unis.
Il n'existe pas en Europe de véritable dynamique
spatiale. Les préoccupations commerciales qui déterminent
une large part de son effort spatial n'ont, en aucune manière,
le même effet porteur que la dynamique de sécurité
et de défense qui commande la politique spatiale
américaine. Aux Etats–Unis la stratégie
spatiale militaire irrigue la chaîne de commandement,
jusqu'à un niveau très bas, en particulier
dans le cadre du concept de « network centric
warfare ». Ceci suppose des développements
technologiques permanents, à tous les niveaux, qui
à leur tour entraînent, les coûts de
R&D étant pour l'essentiel amortis, des retombées
considérables en direction des marchés civils.
Pour
conclure Serge Plattard souligne l'importance de la volonté
politique dans la mise en œuvre d'une politique spatiale.
A l'évidence celle-ci manque à l'Europe aujourd'hui.
La raison en est que les Européens n'ont pas encore
répondu à cette question fondamentale voire
existentielle : l'Europe veut elle s'affirmer en tant que
puissance mondiale ou bien seulement se contenter d'un rôle
régional ?
La réponse à cette question commande la stratégie
spatiale dont le rôle est, de ce point de vue, devenu
déterminant
L'exposé
résume la ligne générale de réflexion
que s'est donné l'European Policy Space Institute.
Cet Institut, qui fonctionne depuis un peu plus d’un
an, créé par une décision du Conseil
de l’ESA, a pour mission, en s'appuyant sur un réseau
d'experts, de contribuer à la réflexion stratégique
sur tout ce qui concerne l'espace.
Cette
ligne correspond tout à fait à ce que nous
souhaitons voir se développer dans le domaine de
la souveraineté technologique de l'Europe. A.I.
*
European Policy Space Institute http://www.espi.or.at/home/index.php
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