Vers le site Automates Intelilgents
La Revue mensuelle n° 71
Robotique, vie artificielle, réalité virtuelle

Information, réflexion, discussion
logo admiroutes

Tous les numéros


Archives
(classement par rubriques)

Image animée
 Dans La Revue
 

Retour au sommaire

Automates Intelligents s'enrichit du logiciel Alexandria.
Double-cliquez sur chaque mot de cette page et s'afficheront alors définitions, synonymes et expressions constituées de ce mot. Une fenêtre déroulante permet aussi d'accéder à la définition du mot dans une autre langue (22 langues sont disponibles, dont le Japonais).

Dossier European Space policy. Pour une politique européenne de l'espace
L 'Europe, une puissance spatiale face aux Etats-Unis, à la Russie, à la Chine et à l'Inde?
Conférence de M. Serge Plattard Secrétaire général de l'European Space Policy Institute.

Cercle Economique Franco-Allemand. (26/10/06).
Résumé et commentaires de Jean-Claude Empereur. Le texte a été relu et corrigé par M. Plattard, que nous remercions.

Au cours d'une intervention passionnante, M. Plattard a mis en évidence la dimension géopolitique qu'allait prendre, dans les prochaines années, les stratégies spatiales de ces grands ensembles continentaux.

Il a montré ce qu'avaient de spécifique ces différentes stratégies : pour les Etats-Unis la « dominance mondiale », pour la Chine, conformément à sa tradition et, au moins pour le moment, le « rayonnement commercial », pour l'Inde, le « développement économique », pour la Russie le « maintien de son rang », la composante de souveraineté restant également forte pour ces trois derniers pays.
.
Pour l'Europe, en revanche, aucune stratégie d'ensemble, communement acceptée, n’est perceptible.

Pourtant l'Europe ne manque pas d'atouts mais la situation apparaît contrastée, très hétérogène et sans vision d'ensemble lorsque l'on passe en revue les différents segments de l'activité spatiale: applications scientifiques, exploration, transport, télécommunications, navigation, défense.

• sur le plan de la science spatiale nous pesons beaucoup : astronomie, observation des océans, Mars express, Huygens, Rosetta, etc.

• dans le domaine de l'exploration spatiale, nous sommes très faibles, tandis que les Etats-Unis grâce aux projets de réinstallation sur la Lune et de conquête de Mars s'engagent dans un vaste programme mobilisateur sur trente ans, aux retombées considérables, avec tout de même une incertitude budgétaire réelle.

• pour ce qui concerne le transport spatial, l'Europe dispose d'un atout majeur, grâce à la stratégie d'autonomie d'accès à l'espace, initiée il y a trente ans par la France, stratégie qui a été l’un des moteurs du developpement et qui a permis, par la suite, le développement d'une industrie des satellites, hautement stratégique, très dynamique.

• en matière de télécommunications l'Europe, qui contrôle 35% du marché des satellites de télécommunication et de diffusion directe, est une véritable puissance spatiale. Elle comporte également des opérateurs qui sont parmi les premiers mondiaux comme SES Global et Eutelsat.

• pour ce qui est de la navigation, Galileo constitue une très grande avancée dans un domaine vital, tout particulièrement significatif, car c'est un véritable projet d'intérêt communautaire, défini comme tel dès l'origine par la Commission (sécurité et souveraineté).

• en revanche, dans le domaine de la défense, l'Europe ne peut en aucun cas être considérée comme une puissance spatiale.

Cette situation reflète une insuffisance de réflexion globale à long terme. Elle est très préoccupante. Elle montre en effet que ni les gouvernements ni les opinions publiques n'ont pris, à la différence de ce qui se passe au sein des autres ensembles continentaux, la mesure de l'importance capitale de l'enjeu des politiques spatiales.

C'est ainsi que le pourcentage du PIB consacré par l'Europe à l'espace est stable, voire décroissant depuis 1993 alors qu'il est en forte progression en Inde et en Chine, et qu'il croît à nouveau aux Etats-Unis. Il n'existe pas en Europe de véritable dynamique spatiale. Les préoccupations commerciales qui déterminent une large part de son effort spatial n'ont, en aucune manière, le même effet porteur que la dynamique de sécurité et de défense qui commande la politique spatiale américaine. Aux Etats–Unis la stratégie spatiale militaire irrigue la chaîne de commandement, jusqu'à un niveau très bas, en particulier dans le cadre du concept de « network centric warfare ». Ceci suppose des développements technologiques permanents, à tous les niveaux, qui à leur tour entraînent, les coûts de R&D étant pour l'essentiel amortis, des retombées considérables en direction des marchés civils.

Pour conclure Serge Plattard souligne l'importance de la volonté politique dans la mise en œuvre d'une politique spatiale. A l'évidence celle-ci manque à l'Europe aujourd'hui. La raison en est que les Européens n'ont pas encore répondu à cette question fondamentale voire existentielle : l'Europe veut elle s'affirmer en tant que puissance mondiale ou bien seulement se contenter d'un rôle régional ?

La réponse à cette question commande la stratégie spatiale dont le rôle est, de ce point de vue, devenu déterminant

L'exposé résume la ligne générale de réflexion que s'est donné l'European Policy Space Institute. Cet Institut, qui fonctionne depuis un peu plus d’un an, créé par une décision du Conseil de l’ESA, a pour mission, en s'appuyant sur un réseau d'experts, de contribuer à la réflexion stratégique sur tout ce qui concerne l'espace.

Cette ligne correspond tout à fait à ce que nous souhaitons voir se développer dans le domaine de la souveraineté technologique de l'Europe. A.I.

* European Policy Space Institute http://www.espi.or.at/home/index.php

Retour au sommaire