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Editorial
L'après Kyoto n'est toujours pas réglé

par Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin
25 janvier 2006

 

Revenons sur un événement qui a suscité peu de commentaires mais qui selon nous ne devrait pas passer inaperçu. Il s'agit de ce que l'on pourrait appeler les non-conclusions de la conférence internationale sur les changements climatiques de Montréal (United Nations Climate Change Conference) laquelle a clos ses travaux le 20 décembre 2005. Pour beaucoup de négociateurs, ce fut un succès. Mais on comprend mal l'euphorie qui les a saisis. Faut-il ici être plus royaliste que le roi ? Même le représentant de Greenpeace a parlé, nous citons : « d'un évènement historique. Un grand pas en avant a été accompli. Les Etats-Unis ont été mis au pied du mur ». Certes, 40 décisions ont été prises, mais il s'agit de précisions techniques concernant la poursuite de la mise en oeuvre du protocole de Kyoto jusqu'à 2012, notamment la façon dont le processus des échanges de permis à émettre pourra être étendu aux pays signataires de l'accord mais qui ne sont pas encore entrés concrètement dans le système.

Pour l'après 2012, qui était véritablement l'enjeu de la conférence, le seul acquis dont on puisse se féliciter est la résolution, acceptée non seulement par les pays déjà signataires du protocole mais par les pays jusqu'ici restés en dehors (Etats-Unis, Australie, Brésil, Chine) de continuer à dialoguer afin d'aboutir à des résultats « le plus tôt possible ». Mais ceci, sans aucun engagement ni quant à la date ni quant au contenu des pourparlers. Les Etats-Unis, qui s'étaient retirés du débat à ses débuts pour ne pas se voir imposer d'obligations, n'y sont revenu qu'à la condition expresse qu'aucun engagement ne serait envisagé.

On ne voit donc pas dans ces conditions en quoi les Etats-Unis ont été « mis au pied du mur ». Ils ont fait triompher leurs positions sur toute la ligne. La seule chose qu'ils auraient pu faire et qu'ils n'ont pas faite aurait été de claquer la porte.

Il faut bien se persuader que les Etats-Unis, sous l'actuelle majorité, n'ont aucune intention de se laisser imposer de contraintes quantifiées concernant la réduction de leurs émissions. Le consortium qu'ils avaient réuni pour contrer la réunion de Montréal, l'Asia-Pacific Partnership on Clean Development and Climate vient de tenir sa première réunion à Sydney le 12 janvier 2006. Très attendu des environnementalistes, ce partenariat ne produira sans doute aucun effet sensible. Il réunit avec les Etats-Unis, l'Australie, la Chine, le Japon, l'Inde et la Corée du Sud, soit la moitié des producteurs de gaz à effet de serre. Or il s'est borné à adopter des recommandations qui, selon les experts, ne les empêcheraient pas, même si elles étaient appliquées, de doubler leur production de C02 à échéance de 2050. Heureusement, si l'on peut dire, les autres partenaires, sauf l'Australie (qui donne là un exemple déplorable alors qu'elle milite urbi et orbi pour la défense musclée de l'environnement) sont aussi signataires du protocole de Kyoto ou vont l'être, et accepteront donc des objectifs chiffrés de réduction.

Il est difficile de dire quelle est exactement la position de l'opinion publique américaine sur cette question. Les partisans des technologies non polluantes semblent de plus en plus nombreux. Certains Etats ont adopté des plans en ce sens, le plus important étant la Californie dont le gouverneur Arnold Schwarzenegger (par ailleurs le sinistre défenseur de l'application de la peine de mort) n'hésite pas à contrer la Maison Blanche en affichant des objectifs significatifs de réduction des consommations et de recours aux énergies renouvelables (Voir son article Cool Thinking dans le NewScientist du 21 janvier 2006, p. 18). Mais G.W. Bush, poussé par le lobby pétrolier, affronte de plus en plus directement les défenseurs de l'environnement. Il vient de décider d'ouvrir à la prospection pétrolière 200.000 hectares de la National Petroleum Reserve-Alaska jusque là protégée. Ceci ne sera très certainement qu'un début, vu les tensions qui se manifestent sur les approvisionnements en pétrole et en gaz venant des sources traditionnelles. L'opinion, que la hausse du prix de l'essence semble affoler, approuvera sans doute. Mais une autre solution était possible. Au lieu de s'en prendre à l'Alaska, ce qui ne changera pas grand chose en termes quantitatifs, mais polluera sans doute durablement cette partie de l'Actique, il aurait pu généraliser à l'ensemble du pays la politique de la Californie. Tous les économistes disent qu'elle pourrait produire beaucoup d'activités et de technologies nouvelles.

Pendant ce temps-là, les scientifiques continuent à tirer la sonnette d'alarme, de plus en plus fort. Mais on les écoute de moins en moins. Ils mettent en évidence d'inquiétantes preuves de l'accélération du processus de détérioration des équilibres climatiques, avec l'apparition probable et prochaine d'imparables mécanismes de feed-back. La fonte de la calotte glaciaire arctique va s'accélérer, la toundra va disparaître, laissant la place à des végétations plus sombres qui accéléreront le réchauffement global tandis que le permafrost se réchauffant va libérer des quantités considérables de méthane qui ne feront qu'accélérer l'effet de serre, la circulation océanique profonde commence à se ralentir avec la possibilité de provoquer dès cette décennie un petit âge glaciaire en Europe du Nord(1), les cyclones, inondations et sécheresses prendront des ampleurs de plus en plus catastrophiques, des centaines de millions d'humains devront abandonner les franges littorales. Ces prévisions ne découlent pas de modèles théoriques mais d'observations sur le terrain ou par satellites. Pour ne pas en tenir compte, il faut être aveuglé par les intérêts économiques à court terme. Pourtant les évoquer provoque dorénavant une ironie générale. On se fait taxer de professionnel du catastrophisme. "Quos vult Jupiter perdere dementat prius, Jupiter aveugle ceux qu'il veut perdre".

Il n'y a pas que d'obscurs experts pour tenter d'alerter l'opinion. Jim Hansen, directeur du Goddard Institute for Space Studies de la Nasa et conseiller climatologique de G.W. Bush, pourtant peu suspect de catastrophisme, annonce maintenant qu'il ne reste plus que 10 ans à l'humanité pour réduire « dramatiquement » ses émissions de gaz à effet de serre, si elle veut éviter les « convulsions climatiques » qui s'annoncent. La conférence de Montréal n'a pas permis de progresser vraiment dans cette voie, et moins encore celle de Sydney.

Ajoutons que si les conférences sur les changements climatiques ne sont sans doute pas les lieux les meilleurs pour discuter des technologies permettant de ralentir le réchauffement, on regrette que celles-ci ne soient pas plus souvent évoquées, ne fut-ce que pour encourager les industriels qui commencent à s'y intéresser.

L'Europe, réputée à juste titre championne de la lutte contre l'effet de serre, ne va pas à cet égard jusqu'au bout de ce que son potentiel technologique et scientifique lui permettrait de faire. La faute en est à certains gouvernements qui retiennent la Commission de peur de mettre en difficulté leurs industries pétrolières et gazières. Un rapport remis récemment au gouvernement britannique montre pourtant que la microgénération de courant électrique pourrait fournir 25% des besoins d'électricité à échéance de 2050. On appelle microgénération l'équipement des domiciles individuels en petits générateurs alimentés par des solutions croisées: turbine à vent, panneaux solaires, chaudière à gaz d'appoint, dans certains cas géothermie. On estime qu'un tel équipement, aujourd'hui et même sans aide, pourrait être rentable pour le propriétaire à partir de 10 années. Mais si la politique de microgénération était transformée en priorité nationale, les prix chuteraient et les gains pourraient être obtenus en 4 ou 5 ans. Certaines villes en France tentent de donner l'exemple.

(1) On aurait observé une diminution de 30% du volume des eaux alimentant le Gulf Stream à destination de l'Europe en quelques années (Atlantic conveyor). Les experts en discutent mais la tendance semble s'être affirmée cette année et pourrait s'accélérer.

Pour en savoir plus
United Nations Framework Convention on Climate Change http://unfccc.int/2860.php
Asia-Pacific Partnership on Clean Development and Climate http://www.dfat.gov.au/environment/climate/ap6/


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