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Article
Des professeurs virtuels
par
Jean-Paul Baquiast
23 novembre 2005 |
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Ces images illustrent
l'article de LiveScience que nous présentons
ici (voir http://www.msnbc.msn.com/id/10070993/).
Elles résultent des travaux de Mme Amy Baylor,
professeur en systèmes pédagogiques
à la Florida State University's Research
of Innovative Technologies for Learning (RITL).
il s'agit de développer des agents virtuels
(professeurs virtuels) capables de réagir
en situation lors d'une relation de formation à
distance avec des étudiants réels.
On peut les
télécharger sous forme d'images animées
sur le site http://ritl.fsu.edu/agentsdemo/
Pour en
savoir plus
RITL http://ritl.fsu.edu/
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Les
premières démonstrations de télé-enseignement
ont buté, aux Etats-Unis comme en France, sur le
fait qu’y manquait ce que l’on nomme désormais
le présentiel, c’est-à-dire une relation
réelle entre un enseignant et un élève,
fut-elle assurée par une liaison vidéo. L’enseignement
assisté par ordinateur sans interface temps réel
avec un enseignant est généralement considéré
comme ennuyeux voire indigeste. Il ne se pratique guère
que dans le cadre des formations professionnelles au sein
des entreprises.
Les enseignants, toujours inquiets de se voir « remplacer
par des machines » ont expliqué que ce rejet
de l’enseignement à distance et par ordinateur
était légitime. Les établissements
d’enseignements cherchent donc actuellement à
combiner la mise à disposition de contenus pédagogiques
numérisés et une relation, réelle ou
virtuelle (par liaison haut débit), entre un professeur
et un groupe d’élèves qui pourront ainsi
être suivis personnellement. De telles solutions,
bien que souhaitables, ont l’inconvénient de
ne pas pouvoir être numérisées et archivées
comme complément standard aux contenus pédagogiques.
Elles sont aussi très coûteuses en personnels.
Cependant, depuis un certain temps, les chercheurs en vie
artificielle ont expérimenté des agents virtuels
anthropomorphes capables de servir d’interface entre
l’utilisateur d’une base de connaissance et
le système d’archivage et de distribution.
Il en est ainsi de l’agent Ramona accessible sur le
réseau de Ray Kurzweil (faire http://www.kurzweilai.net/
et cliquer sur Ramona). Ces agents sont supposés
aider un utilisateur en enrichissant la relation classique
clavier/écran grâce aux nombreuses émotions
générées par la vue d’un visage
ou d’un corps humain animé réagissant
en situation.
Par ailleurs, tous les mondes virtuels récents, notamment
les jeux en ligne, font appel à des « avatars
» des joueurs ou de personnages intervenant dans les
histoires. Ces avatars sont très mobiles et souvent
bien adaptés aux caractères représentés.
En robotique ludique, de telles recherches ont par ailleurs
depuis longtemps été entreprises, notamment
au Japon, pour rendre des robots de tous types, animaloïdes
ou humanoïdes, plus aptes à générer
des émotions affectives chez leurs partenaires humains.
Les résultats sont considérés comme
très probants. Nous y avons plusieurs fois fait allusion
dans cette revue.
Des essais limités avaient été tentés
dans des universités pour transposer ces produits
dans le domaine pédagogique, mais il nous semble
que le travail du Dr Amy Baylor, présenté
par l’article de Live Science analysé ici,
marque une approche beaucoup plus systématique et
diversifiée.
Celle-ci et son équipe pédagogique ont entrepris
d’étudier la façon dont la relation
avec des interlocuteurs humains simulés, c’est-à-dire
des avatars, peut améliorer l’adhésion
affective des élèves aux cours et leur capacité
à comprendre et assimiler les contenus. Actuellement,
le répertoire des mimiques utilisées se limite
à des expressions faciales amicales, des gestes apaisants
et une voix se voulant « doucement persuasive ».
Ceci paraîtra assez sommaire, mais dans un proche
avenir, les logiciels utilisés permettront aux «
agents pédagogiques », comme ils sont nommés,
de s’adapter au niveau de participation de chaque
élève. En fonction de ses réactions
émotionnelles et intellectuelles, l’élève
devrait bénéficier de retours (ou feed-back)
adaptés à ses besoins.
L’adaptation de l’agent pédagogique à
ses interlocuteurs devrait pouvoir être très
fine. Les logiciels proposeront des avatars dont le sexe,
l’âge, les références ethniques,
la personnalité, le contenu des messages et le style
de communication seront aussi proches que possible de ceux
de l’apprenant. On retrouve ici une grande idée
de la pédagogie nord-américaine, selon laquelle
les élèves appartiennent à des communautés
bien définies et qu’il vaut mieux leur parler
le langage de cette communauté plutôt qu’un
langage général risquant de les laisser indifférents,
voire de les exclure.
Au-delà de cela, il sera possible de proposer et
tester, en relation avec de vrais étudiants, diverses
sortes de démarches pédagogiques appliquées
à une grande variété de matières.
La National Science Foundation s’intéresse
à ces recherches et les finance. C’est ainsi
que des expériences sont actuellement conduites pour
inciter des jeunes filles à s’intéresser
aux métiers de la mécanique, trop délaissés,
aux Etats-Unis comme en Europe. Pour cela, les candidates
ont choisi d’un commun accord des agents pédagogiques
ressemblant à ce qu’elles voudraient devenir
dans leur vie professionnelle ultérieure, c’est-à-dire
des femmes jeunes, attirantes, féminines et calmes
– autrement dit très différentes de
la représentation commune de ce que sont les mécaniciens
et les ingénieurs : d’âge mûr,
masculins, peu sexy et toujours animés par une fureur
contenue…
A la fin de la période de tests, lesquels ont fait
appel à des agents répondant à l’image
d’elles-mêmes qu’elles voulaient se donner,
les étudiantes se sont révélées
bien plus disponibles aux enseignements des mathématiques
et des sciences qu’elles ne l’étaient
au début. Bien plus aussi que ne l’était
un groupe témoin n’ayant pas participé
à ces tests.
Les sceptiques diront que ce ne devrait pas être sur
de tels détails qu’il faudrait juger la qualité
des enseignements à distance. Mais ils se tromperont.
Ceci ne veut pas dire qu’avec des agents pédagogiques
nombreux et facilement adaptatifs on pourra se passer d’enseignants
humains – par exemple d’enseignants appartenant
à des minorités ethniques dans des classes
où ces minorités seraient largement représentées.
Cela veut dire seulement que ces enseignants humains ne
pouvant jamais être assez nombreux et diversifiés
pour répondre aux besoins individuels de chaque élève
– comme ce serait sans doute souhaitable – l’appel
aux agents virtuels permettra de réserver les compétences
humaines aux cas les plus difficiles, les agents virtuels
accomplissant le travail de base nécessaire à
une bonne interaction entre les contenus et les apprenants.
Ajoutons qu’il ne devrait pas y avoir de raison pour
laisser aux universités américaines le monopole
de telles recherches. Les universités et établissements
d’enseignement européens disposent maintenant
de suffisamment de compétences en matière
de mondes virtuels pour produire leurs propres agents pédagogiques.
On pensera aussi à des applications destinées
à réinsérer de façon ludique
des jeunes exclus des formations traditionnelles, dans les
quartiers dits défavorisés.
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