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Le programme européen GMES, Global Monitoring for Environment and Security
par Jean-Paul Baquiast
1er décembre 2005


Nous empruntons ces lignes, traduites en français à partir du communiqué de l'Esa, à la revue Futura Sciences http://www.futura-sciences.com/news-gmes-future-arme-ue-contre-catastrophes-naturelles_7704.php

La 3ème réunion du Conseil Espace - réunion conjointe et concomitante du Conseil ministériel de l'ESA et du Conseil Compétitivité de l'Union européenne (Marché intérieur/Industrie/Recherche) - s'est tenue à Bruxelles ce lundi 28 novembre. Cette réunion a été l'occasion pour les ministres de souligner l'importance stratégique de l'initiative de Surveillance globale pour l'environnement et la sécurité (GMES). L'objectif de GMES est de fournir en temps utile et de manière durable à l'Europe les informations sur l'environnement et la sécurité dont elle a besoin pour conduire ses politiques.

Les ministres ont souligné qu'il était politiquement primordial pour l'Europe de préserver son autonomie dans le domaine de l'observation de la Terre. Ils ont rappelé l'importance que revêtait la dimension internationale de GMES et son rôle de principale contribution européenne au Système des systèmes mondiaux d'observation de la Terre (GEOSS).

La mise en œuvre de GMES débutera par le déploiement rapide et le lancement opérationnel en 2008 de trois services dans le domaine des réponses aux situations d'urgence, de la surveillance des terres émergées et des services maritimes. D'autres services suivront, conformément au plan de déploiement couvrant la période 2009-2013.

GMES est une initiative de l'Union européenne. Sa composante spatiale doit être réalisée par l'ESA (*). Les États membres de l'ESA souscriront au programme de l'Agence couvrant le développement de la composante spatiale GMES lors du Conseil de l'ESA au niveau ministériel qui se tiendra la semaine prochaine, les 5 et 6 décembre. Parallèlement, la Commission européenne entend consacrer au financement de GMES la plus grande part des crédits du 7ème Programme-cadre destinés à l'espace. Cette allocation servira tout à la fois à financer les services GMES et à couvrir un partie significative du budget consacré à la composante spatiale GMES jusqu'en 2013.

Les ministres ont demandé que l'on utilise au mieux les satellites et les systèmes sols existants ou déjà planifiés au niveau national ou européen, afin d'assurer la continuité des données nécessaires à la mise en œuvre de services GMES opérationnels et éviter les doubles emplois. Ils ont invité à cet effet les agences nationales et les organisations européennes (comme EUMETSAT) qui possèdent déjà ou sont sur le point de développer des moyens susceptibles d'être utiles au projet GMES de les mettre à la disposition de celui-ci à des conditions appropriées. Un groupe d'experts a été créé pour étudier la structure la mieux à même d'assurer la mise en œuvre et la gouvernance à long-terme de GMES.

M. Günter Verheugen, Vice-président de la Commission européenne, chargé des entreprises, de l'industrie, de la compétitivité et des questions spatiales et M. Jean-Jacques Dordain, Directeur général de l'Agence spatiale européenne, ont également participé à ce troisième Conseil Espace.

Le ministre britannique, Lord Sainsbury, a déclaré : "La surveillance de l'environnement est plus importante que jamais. GMES nous ouvre la possibilité de conjuguer les techniques actuelles et les nouvelles technologies pour mieux comprendre et mieux protéger notre planète. Les ministres européens de l'espace ont accompli aujourd'hui un pas important pour nous permettre d'atteindre cet objectif."

Le secrétaire d'état allemand, M.Georg-Wilhelm Adamowitsch, a affirmé : "Avec l'initiative de Surveillance globale pour l'environnement et la sécurité (GMES), second programme-phare de l'UE après le système de navigation par satellite Galileo, l'Europe est en train de se doter d'une capacité stratégique de surveillance du globe. Cela doit lui permettre de disposer d'informations indépendantes pour prendre ses décisions sur des questions telles que l'environnement, le développement durable, les ressources naturelles et la sécurité de ses citoyens. L'Allemagne contribuera à GMES non seulement par le biais de l'UE et de l'ESA, mais également aux travers de ses propres satellites et structures de traitement de données nationales".

Le Vice-président de la Commission européenne, M. Günter Verheugen, a affirmé : "Je suis très satisfait que ce Conseil Espace ait avalisé les orientations proposées par la Commission pour le système de surveillance à l'échelle du globe GMES. Le système GMES est le fruit d'une collaboration exemplaire entre la Commission et l'ESA. Il démontre notre capacité à élaborer une politique spatiale européenne efficace".

Le Directeur général de l'Agence spatiale européenne, M. Jean-Jacques Dordain a souligné pour sa part : "Je suis heureux que ce 3ème Conseil Espace ait confirmé l'initiative GMES comme projet-phare de l'Europe spatiale. En développant la composante spatiale GMES, l'ESA et l'industrie européenne mettront une fois de plus leur savoir-faire au service de l'Europe et de ses États membres, pour leur permettre de développer leurs politiques en matière d'environnement et de sécurité. Grâce à une coopération étroite entre la Commission et l'ESA, l'Europe aura bientôt ses "Sentinelles" spatiales qui contribueront à améliorer la sécurité et le bien-être de tous ses citoyens."

(*) La proposition de l'ESA pour le développement de la composante spatiale GMES s'articule autour de cinq concepts de mission, ou "Sentinelles", auxquelles s'ajoute l'accès à des missions complémentaires exploitées par les États membres de l'Agence, Eumetsat, le Canada et des tiers. La mise en œuvre du projet prévoit le déploiement rapide d'un premier satellite (GMES-1), combinant une mission d'interférométrie radar en bande C (Sentinelle-1) et une mission de surveillance terrestre et océanique (Sentinelle-3), équipée d'un altimètre, d'un imageur multispectral et d'un détecteur de température de surface des océans. Sentinelle-2 sera une mission d'imagerie optique multispectrale destinée à assurer la continuité des données Landsat. Sentinelle-4 et Sentinelle-5 seront deux missions de surveillance de la chimie atmosphérique, la première sur orbite géostationnaire et la seconde sur orbite terrestre basse. L'architecture de ces missions sera souple et pourra permettre de grouper certaines d'entre elles, comme dans le cas de GMES-1.

Image: vue satellitaire d'une inondation.

Pour en savoir plus
Note de l'Esa en date du 28 novembre 2005: Global Monitoring for Environment and Security is main issue for 3rd Space Council,
http://www.esa.int/esaCP/SEMBARULWFE_index_0.html
Note de l'Esa en date du 28 novembre 2005: préparation de la réunion des ministres de l'espace à Berlin les 5 et 6 décembre 2005 http://www.esa.int/esaCP/SEMTNPULWFE_index_0.html

Il ne fait aucun doute qu'à un moment où l'Europe s'interroge sur son avenir scientifique à long terme et sa volonté de faire prévaloir le thème de la souveraineté technologique,, l'Agence Spatiale Européenne (ici dénommée Esa) fait preuve d'une audace et d'une excellence qu'il faut absolument reconnaître. Ce rôle vraiment fondateur de l'Esa mériterait en particulier d'être mieux connu du grand public français, et soutenu, évidemment par les instances gouvernementales de ce pays.

Le Colloque du Sénat consacré aux stratégies spatiales de l'Europe (voir http://www.automatesintelligents.com/manif/2005/crespaceprogramme.html) a mis en évidence à cet égard l'importance de la réunion qui se tiendra à Berlin les 5 et 6 décembre 2005 entre les ministres européens de l'Espace et les représentants des Etats membres de l'Esa. Il est trop tôt, à la date où cette note est écrite, pour connaître ce qui sera retenu des propositions de l'Esa pour ce sommet, propositions résumées sur le site de l'Esa indiqué ci-dessus. Nous y reviendrons dans quelques jours.

Cependant, la réunion du 28 novembre a permis de faire progresser un point important de ces propositions, le programme GMES. Nous avions déjà indiqué à quel point il était important pour l'Europe de participer au recueil, au traitement et à la rediffusion des nombreuses données relatives à l'environnement (terrestre, marin et atmosphérique) que les satellites modernes permettent d'obtenir. Si l'Europe ne jouait pas joué son rôle dans l'effort mondial nécessaire, elle se disqualifierait réellement face aux apports non seulement américains mais émanant désormais de tous les grands pays spatiaux.

L'Europe qui s'implique dans le programme GMES n'est pas seulement limitée aux Etats membres de l'Esa. Elle est représentée tout à fait officiellement par la Commission européenne, qui a convenu d'affecter au programme une grande partie du budget spatial communautaire. Ces actions découlent des décisions du Conseil européen de l'espace, qui fut créé pour coordonner la coopération entre l'Union et l'Esa, à travers un Accord-cadre (Framework Agreement) adopté en 2003 et entré en vigueur en mai 2004.

Deux Conseils de l'espace se sont déjà tenus, le 25 novembre 2004 et le 7 juin 2005, ce dernier à Luxembourg. L'Accord-cadre a deux objectifs. Le premier concerne le développement progressif d'une stratégie spatiale européenne dans le domaine des services et des applications spatiaux. Il s'agit de rapprocher les besoins tels que ressentis et les ressources en systèmes et infrastructures offertes par l'Esa, celle-ci se comportant de facto en agence de services pour l'Europe. Le second objectif vise, dans le respect des compétences respectives de la Commission et de l'Esa, à définir les modalités d'initiatives communes sur une base institutionnelle et budgétaire stable.

Le programme spatial européen vise à mettre en oeuvre les objectifs et les priorités définis par le Livre Blanc sur l'espace adopté par la Commission européenne en novembre 2003. On trouvera sur le site de la Commission (http://europa.eu.int/comm/space/index_en.html) une liste des principaux évènements survenus en 2005 concernant la mise en route de ce programme.

Pas d'excès d'optimisme

Mais on prendra garde à éviter l'excès d'optimisme. De nombreux pays européens, tant au niveau des gouvernements que des opinons publiques, continuent à ne pas s'intéresserr à l'espace, ni comme moyen d'affirmer la souveraineté européenne, ni même comme moyen de déployer des services utiles à l'intérêt général. Au mieux, ils pensent trouver les données et services nécessaires à partir de ce que voudront bien fournir la Nasa et les nombreux industriels américains développant dorénavant, tel Google ou Microsoft, une offre commercial spatio-centrée. Il est évident qu'ils se font des illusions. il ne s'agira jamais que d'offres de seconde main.

Par ailleurs, derrière les accords officiels des Etats les plus mobilisés, les crédits ne sont que décidés lentement, sur de faibles montants et sans une visibilité à moyen terme suffisante pour entraîner des investissements conséquents de la part aussi bien des industriels du spatial que de ceux pouvant développer des applications à valeur ajoutée. Comment en effet une PME européenne de haute technologie pourrait-elle aujourd'hui commencer à développer des produits utilisant les données de Galiléo et du GMES vu les retards et les incertitudes pesant encore sur ces deux projets-phares. Tout naturellement, elle se tournera vers le GPS américain ou vers d'autres sources non-européennes.

On ajoutera enfin que l'offre des grands pays concurrents, Etats-Unis, Inde, Chine, combine les données d'origines civiles et militaires, celles-ci déclassifiées. Il n'est pas pour le moment question de procéder de cette façon au sein de l'Esa, vu les résistances de la plupart des membres à travailler sur le mode dual pourtant indispensable aujourd'hui, fut-ce pour des raisons d'économie globale.

Pour en savoir plus
* Voir dans ce numéro notre article consacré aux résultats du Conseil européen de l'espace des 5 et 7 décembre à Berlin

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