Retour au sommaire
Manifestation
Compte-rendu express du Colloque de Augsbourg sur
la souveraineté technologique européenne
(24 et 25 novembre 2005)
par
Jean-Paul Baquiast
27 novembre 2005
Ce
compte-rendu n'engage que son auteur. Il n'a pas été
soumis aux organisateurs ni aux intervenants. Nous
le publions ici pour mettre en exergue des points
qui nous ont paru mériter dès maintenant
réflexion. Un compte-rendu officiel sera publié
ultérieurement, que nous porterons à
votre connaissance. AI
|

Paneuropa-Union
Deutschland
PanEurope France
Colloque
du 24 et 25 novembre 2005. Indépendance de l'Europe
et souveraineté technologique
Ce
Colloque s'inscrit dans la suite du Colloque sur le
même thème tenu à Paris en juin 2004
et à Madrid les 3 et 5 octobre 2005.
On en trouvera ci-dessous un résumé express,
en attendant les actes qui seront publiés par les
organisateurs.
Premier
jour
24
novembre 14h.
Allocutions
d'ouverture par Alain Terrenoire, Président
international de l'Union Paneuropéenne et Bernd
Posselt, député européen, président
de Paneuropa-Union Deutschland
Les
deux présidents se félicitent d'abord
de la confirmation de l'amitié franco-allemande
marquée par ce Colloque. Celui-ci s'inscrit
dans la réaffirmation de la bonne entente entre les
deux pays symbolisée la veille par la visite de la
Chancelière Fédérale Mme Merkel au
Président de la République Française.
Ils soulignent par ailleurs que le concept de la souveraineté
technologique de l'Europe, lancée il y a un
an par PanEurope France, commence à être reconnu
par un nombre croissant d'hommes politiques et d'éditorialistes.
Il s'agit d'une pierre essentielle à
la construction européenne, à un moment où
la mise en sommeil momentanée du projet de Traité
Constitutionnel pouvait faire douter de la volonté
des Européens à jouer un rôle indépendant
et souverain sur la scène internationale.
24
novembre 15h.
Jean-Claude
Empereur, vice-président délégué
de PanEurope France, développe le thème de
la souveraineté technologique de l'Europe.
Il s'agit d'un premier pas indispensable à
la construction d'une véritable souveraineté
européenne au sein d'un monde multipolaire.
Une Europe souveraine au plan scientifique et technologique
ne se construira pas contre les autres puissances, mais
se donnera les moyens d'un développement autonome,
capable de faire face aux pressions compétitives
énormes qui marquent dorénavant le monde global.
24
novembre 15h15. Table Ronde Trafic frontalier - Logistique
Les
intervenants développent l'idée que
l'Europe ne se construira pas sans une intelligence
globale de son territoire, une idéologie spatiale
selon le terme de Alexis Bautzmann (Diplomatie Magazine).
Ceci veut dire qu'elle devrait se doter, au niveau
des institutions européennes, d'une politique
de développement des grands liens transcontinentaux,
notamment ferroviaires et aériens. Cette politique
n'existe pas encore du fait de l'abandon, il
y a une dizaine d'années, du concept de Réseaux
Transeuropéens lancé par Jacques Delors. L'approche
européenne est indispensable pour compléter
les politiques nationales, notamment en termes d'infrastructures
frontalières (par exemple tunnels transfrontières
pour le ferroroutage, qui ne sont pas automatiquement pris
en compte par les pays concernés).
De même les normes techniques concernant l'intermodalité,
tant des aires et plate-formes que des véhicules,
ou celles intéressant la sécurité,
devraient être rapidement harmonisées. Des
systèmes d'optimisation en temps réel
des flux utilisant le futur système Galiléo
devraient dès maintenant être étudiés.
Enfin, un effort conjoint sur la réalisation de moteurs
utilisant les biocarburants ou les énergies mixtes
devrait être entrepris. Il est dommage que la Direction
Générale Transports de la Commission n'aborde
pas systématiquement l'étude de tels
sujets.
On a plus particulièrement rappelé l'urgence
d'une liaison ferroviaire à grande vitesse
Lyon- Turin via Munich qui vivifierait considérablement
les régions traversées. Cet axe est actuellement
présenté comme non rentable faute qu'il
existe une agence européenne des chemins de fer qui
pourrait faire de la péréquation entre les
lignes à haute densité de trafic et les autres.
Il faudrait, en attendant la création éventuelle
d'une telle agence, que des dispositifs fiscaux prennent
le relais.
24
novembre 15h15. Table Ronde Energie.
Si
l'Europe à échéance de 25 à
30 ans, sauf conflits entre Etats producteurs et distributeurs,
ne parait pas devoir manquer de ressources en pétrole,
gaz et charbon, elle ne doit pas s'endormir dans cette
apparence de sécurité. Autrement dit, elle
doit développer les économies d'énergies
et les ressources d'énergie alternatives. Ce
que d'ailleurs lui commande la nécessité
de contribuer au respect des normes d'émissions
de CO2 découlant du protocole de Kyoto.
La délégation française a ajouté
que le recours aussi large que possible au nucléaire,
d'abord dans la perspective à 20 ans des centrales
dites de 4e génération, puis à 50 ans
de l'énergie de fusion, lui paraissait un atout
industriel et commercial essentiel pour l'Europe,
y compris à l'exportation. Un point sur l'avancement
du projet international Iter a été présenté
par J.P. Baquiast. Il a rappelé que ce programme
se développera en réseau avec de très
nombreux pays, le principal d'entre eux étant
le Japon qui s'est engagé à mettre en
place une unité d'étude pour la résistance
des aciers aux neutrons rapides issus du futur plasma cœur
du réacteur.
24
novembre 17h15. Table Ronde Sécurité Défense.
Un
consensus s'est manifesté sur la nécessité
pour les Etats membres de l'Union européenne
de se donner une politique de défense et de sécurité
commune s'appuyant sur des forces communes elles-mêmes
équipées de matériels et moyens produits
par l'industrie européenne, ceci de plus en
plus sous l'égide de l'Agence Européenne
d'Armement en cours de mise en place. Mais il ne s'agit
encore, dans l'état actuel des esprits au sein
des 25, que d'une Europe (partielle) de la défense
et non d'une défense de l'Europe.
Une véritable défense de l'Europe supposera
que, en compatibilité technique avec l'OTAN mais sans
dépendance à l'égard de cette dernière,
des moyens encore insuffisants aujourd'hui soient développés
: satellites d'observation et de télécommunications
renforcés, vecteurs aériens et terrestres pilotés
et sans pilotes, le tout dans le cadre du concept dorénavant
omniprésent de guerre info-centrée (net-centric
warfare). Beaucoup reste à faire dans ces divers domaines,
sans pour autant exiger une augmentation considérable
des budgets militaires. Il s'agirait surtout de mieux s'organiser
pour tirer parti des ressources humaines et budgétaires
disponibles. Mais on ne voit pas encore qui, en l'absence
d'une souveraineté politique européenne, pourra
piloter une telle évolution pourtant indispensable.
La formule de la coopération renforcée est actuellement
la seule disponible.
L'exemple de la société Eurocopter qui
a pu développer des produits qui sont parmi les meilleurs
du monde, grâce à des commandes jointes des
ministères de la défense français et
allemand, est présenté comme le prototype
de ce qu'il faudrait faire dans d'autres domaines.
Le problème des forces nucléaires stratégiques
française et britannique n'a pas été
abordé. Il se pose pourtant avec de plus en plus
d'acuité compte tenu de la difficulté
d'empêcher la prolifération des armes
atomiques.
Une
présentation des enjeux pour l'Europe de la
souveraineté spatiale a été
ajoutée à cette Table-Ronde. On a rappelé
(voir fiche 1)
que l'Europe se devait de proposer une politique à
long terme dans les 4 domaines clefs de la défense-sécurité,
de l'exploration scientifique, des applications économiques
(notamment Galiléo et GMES) et des vols habités
à longue distance.
Deuxième
jour
25
novembre 8h30.
Présentation
par M. Eduardo Martinez des travaux du Congrès espagnol
sur la souveraineté technologique européenne.
Ce Congrès a unanimement retenu comme très
fécond ce thème de la souveraineté
technologique, et fait de nombreuses propositions pour qu'il
soit concrétisé en termes de décisions
politiques tant au plan des Etats qu'au plan de l'Union
(voir résumé).
25
novembre 9h00. Table Ronde Intelligence.
J.P.
Baquiast, co-animateur, a rappelé l'inquiétant
retard pris par les pays européens dans l'ensemble
du domaine de l'informatique, des réseaux,
des logiciels et des contenus (voir fiche
2).
Les intervenants, sans remettre en cause ce diagnostic,
ont présenté quelques voies qui devraient
permettre aux pays européens de ne pas perdre pied
dans ces domaines :
- commander des super-ordinateurs et des équipements
de pointe aux industriels européens pour les besoins
institutionnels.
- généraliser les réseaux de compétences
et de travail en commun régionaux, associant laboratoires
publics, universités et entreprises, notamment dans
les NBIC.
- mettre en place une véritable politique européenne
de la recherche (Markus Ferber, député européen)
en respectant les objectifs dits de Lisbonne (3% du PNB
consacré à la recherche), un Conseil Européen
de la Recherche dynamique, des financements permettant les
grands projets structurants, tant en matière de grands
équipements que de programmes à long terme.
- Associer les médias à ces enjeux.
L'Ingénieur
Général Gillyboeuf a rappelé par ailleurs
l'impérieuse nécessité, pour
les systèmes d'informations des administrations
et des entreprises, de se protéger contre les intrusions.
25 novembre 10h00. Table Ronde Santé, Environnement.
Les
participants ont évoqué différents
exemples où des industriels et des organisations
agricoles se mobilisent pour protéger l'environnement
et la santé, en rationalisant leurs activités
productrices.
La
mise en oeuvre du programme européen Reach n'a pas
été évoquée.
25
novembre 11h00. Table Ronde Culture, Education, Media
La
Table Ronde a recensé les difficultés que
rencontrent les médias classiques, presse ou radio,
à assurer leur audience tout en ne cédant
pas aux pressions des publicitaires. L'exemple de
Arte a été présenté (Emmanuel
Suard, directeur des programmes de Arte) comme un «
miracle permanent », bien fragile cependant, grâce
auquel une véritable politique culturelle franco-allemande
a pu être assurée. Mais l'extension du
système Arte à d'autres pays européens
ne sera pas facile. Le programme européen Media soutient
des chaînes thématiques mais il n'existe
pas encore de chaînes généralistes.
NB:
Sur Media, voir http://www.mediadesk.com.fr/Pmedia.html
et http://europa.eu.int/comm/avpolicy/media/index_fr.html
).
Une solution consisterait à ce que l'Europe
finance une banque de programmes européens à
la disposition des chaînes.
Pour le Dr Dirk Hermann Voss, tant que l'Europe ne
favorisera pas la construction d'une identité
européenne grâce à des programmes ambitieux,
l'identité européenne sera forgée
par les médias américains. Une réaction
politique s'impose : comment penser européen
? Comment former et employer de véritables journalistes
européens pensant en européens?
La
Table Ronde n'a pas abordé, malgré l'invitation
du Pr. Staropoli, co-animateur, les problèmes pourtant
essentiels du télé-enseignement et de l'éducation
en ligne. Des stratégies européennes audacieuses
devraient cependant être opposées à
l'envahissement de ce domaine par les industries de
l'entertainment et de la formation basées aux
Etats-Unis.
25 novembre 14h00. Table Ronde Finances
Jean Claude Empereur a rappelé l'importance
de la pénétration des entreprises et sociétés
européennes par les instruments économiques
et financiers de la puissance américaine. L'Europe
doit réagir.
Les intervenants, en réponse, ont montré la
difficulté de mener une politique de souveraineté
technologique à long terme qui soit compatible avec
les instruments financiers actuels lesquels privilégient
le court terme et les hauts rendements. Le temps industriel
n'est plus celui de la finance, qui exige des retours
de 15 à 20% en quelques mois.
Il
existe pourtant selon Jean-Jacques Bonnaud, président
de Galaxy SA, des outils permettant de faire de l'ingénierie
financière.
L'Europe doit d'abord mieux utiliser les instruments
dont elle s'est dotée, grâce notamment
à la monnaie unique. Il faudrait créer un
marché unique des marchés financiers, assurer
une véritable interbancarité sans frais, inventer
des produits financiers standards, se doter de banques européennes
véritables, associées avec l'assurance.
Si cela n'est pas fait, ce seront les acteurs financiers
américains qui ont commencé à s'installer
en Europe et qui profiteront de l'Union élargie.
Un 2e axe consistera à faire appel à des formes
originales d'épargne européenne garantie,
sur le modèle du livret d'épargne français,
pour financer les grands travaux structurants que la Banque
européenne d'investissement ne peut prendre
en charge.
Un 3e axe consistera à financer les entreprises innovantes
par la titrisation (titrisation, voir http://www.presse-francophone.org/apfa/Defi/T/TITRISAT.htm).
Concernant l'euro, Joseph Leddet a rappelé sa
proposition : offrir l'euro aux nouveaux entrants dans
l'Union, sans exiger d'eux le respect des conditions
dites de Maestricht. Cela créerait une dynamique favorable
à la zone euro dans son ensemble et permettrait plus
facilement d'imposer l'euro comme monnaie de facturation
internationale. Mais la « pensée unique »
des économistes s'y oppose.
Le représentant du Haut Fonctionnaire français
chargé de l'Intelligence économique
a rappelé par ailleurs les exigences d'une
protection des entreprises avec lesquelles les Etats européens
travaillent. Il faut surveiller voire empêcher les
prises de contrôles, créer des fonds de capital-risque
pour les entreprises sensibles, rapprocher les services
d'intelligence économique, sur le modèle
de ce qui va se faire au plan franco-allemand…Mais
seul le niveau européen est pertinent.
25
novembre 16h.
Résumé
politique et conclusions, par le Dr Ingo Friedrich, vice-président
du Parlement européen et de l'Union Paneuropéenne
internationale, par Alain Terrenoire, président de
l'Union Paneuropéenne internationale et par le Dr
Dirk Hermann Voss, vice président de Paneuropa-Union
Deutschland et organisateur du Colloque.
Retour au sommaire