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Colloque au Sénat

La politique spatiale européenne: quelles ambitions pour 2015?

http://www.senat.fr/evenement/colloque/opecst_espace/

compte-rendu et commentaires sommaires par Jean-Paul Baquiast 03/11/05


La politique spatiale européenne :
quelles ambitions pour 2015 ?

Colloque international au Sénat
Salle Clemenceau
2 novembre 2005

OFFICE PARLEMENTAIRE D'ÉVALUATION
DES CHOIX SCIENTIFIQUES ET TECHNOLOGIQUES

Programme

8 h 45 Ouverture du colloque par M. Henri REVOL, Sénateur, Président de l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques, Vice-Président du Groupe parlementaire sur l'Espace

- Intervention de M. François GOULARD, Ministre français de l'enseignement supérieur et de la recherche

9 h I. L'avenir de la propulsion, les lanceurs de demain

- M. Jean-Yves LE GALL, Directeur général d'ARIANESPACE
- M. Alain CHARMEAU, Président d'EADS Space Transportation
- M. Michel EYMARD, Directeur des lanceurs du CNES
- M. Joël BARRE, Vice-président et Directeur général des moteurs spatiaux, SNECMA
- M. Anatoli PERMINOV, Directeur général de ROSKOSMOS
- M. Kiyoshi HIGUCHI, Directeur exécutif de la JAXA (Japan Aerospace Exploration Agency)

Modérateur : M. Alain GOURNAC, Sénateur, Vice-Président du Groupe parlementaire sur l'Espace


11 h 30 II. L'espace scientifique et de la connaissance, l'avenir des vols habités

- M. Roger-Maurice BONNET, Président du COSPAR
- Mme Anne BONDIOU, Directeur du développement des activités spatiales, ONERA
- M. Heinz-Joseph KAAF, Deutsches Zentrum für Luft- und Raumfahrt (DLR)
- M. André BRAHIC, Astrophysicien, Commissariat à l'énergie atomique (CEA)
- M. Jeffrey HOFFMAN, Professeur au Massachussets Institute of Technology
- M. Richard BONNEVILLE, Chef du service «Etude et Exploration de l'univers », CNES

Modérateur : M. Christian CABAL, Député, Membre de l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques, Président du Groupe parlementaire sur l'Espace

14 h 30 III. Nouvelles applications au service des citoyens

- M. Yannick d'ESCATHA, Président du CNES
- M. Sergio VETRELLA, Président de l'Agence spatiale italienne (ASI)
- M. José ACHACHE, Directeur du Group on Earth Observations (GEO)
- M. R.V. PERUMAL, Directeur du Centre des systèmes de propulsion à carburants liquides, Indian Space Research Organisation (ISRO)
- M. Daniel SACOTTE, Directeur des programmes de vols habité, de la microgravité et des programmes, Agence spatiale européenne (ESA)
- M. Giulano BERRETTA, Directeur général d'Eutelsat
- M. Olivier COSTE, Vice-Président Business Developpment, Stategy and Marketing, Alcatel Alenia Space

Modérateur : M. Pierre Cohen, Député, Membre de l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques, Vice-Président du groupe d'études sur l'industrie Aéronautique

17 h 00 IV. Quel espace de la défense ?

- Amiral Guy POULAIN, Adjoint espace, Etat-major des armées
- Général BOTONDI, Directeur national des armements de l'armée italienne
- M. Charles de LAUZUN, Ingénieur général de l'armement, Délégation générale à l'armement
- M. François AUQUE, Président Directeur général d'EADS Space
- M. Blaise JAEGER, Directeur des Télécommunications, Alcatel Alenia Space

Modérateur : M. Henri REVOL, Sénateur, Président de l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques

18 h 30 Conclusion du colloque par M. Christian CABAL, Député, Membre de l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques, Président du Groupe parlementaire sur l'Espace, Président de la 7ème Conférence interparlementaire européenne sur l'Espace

Sommaire
Introduction
L'avenir de la propulsion. Les lanceurs de demain
L'espace scientifique et de la connaissance. L'avenir des vols habités
Nouvelles applications au service des citoyens
Quel espace de la défense?
Conclusion

Nota : Nous avons fortement résumé les interventions, tout en essayant de rester fidèle à leur esprit. Dans certains cas, nous présenterons en italique rouge quelques observations personnelles. Les liens Internet proposés sont de notre responsabilité. JPB

Introduction Remonter au sommaire

Le sénateur Henri Revol :

Henri RevolIl est indispensable, un mois avant la réunion du conseil des ministres membres de l'ESA (Agence Spatiale européenne), de rechercher les points de convergence et de divergence entre grands acteurs du spatial. En Europe, les programmes initialisés il y a plus de 15 ans arrivent à terme et rien n'est encore décidé pour assurer la relève. Autrement dit l'avenir de l'Europe dans l'espace, à horizon de 2015, reste encore incertain.
Il y a 7 ans, en mars 1999, le Parlement (OFFICE PARLEMENTAIRE D'ÉVALUATION
DES CHOIX SCIENTIFIQUES ET TECHNOLOGIQUES, OPECST) avait lancé une procédure d'auditions publiques dont les résultats ont été publiés en 2001. Les grandes conclusions en restent d'actualité : préserver les capacités de l'industrie spatiale européenne, confirmer le lanceur lourd Ariane 5, engager une coopération avec la Russie, décider le programme Galiléo, reconnaître la nécessité des vols habités, étant entendu que ceux en orbite basse, sur la plate forme internationale ISS paraissent d'un intérêt limité d'autant plus qu'ils gèlent les crédits des partenaires de celle-ci. Concernant les structures, il était recommandé d'harmoniser les relations entre les centres spatiaux nationaux européens et l'ESA, ainsi que ceux de l'Esa avec l'Union européenne.
Aujourd'hui, ces objectifs ont recueilli un large consensus des Européens, même si, concernant notamment Galiléo, les accords ont été parfois longs à obtenir.
Mais dorénavant il faut renouveler ce travail, concernant les programmes spatiaux de demain. C'est l'ambition de ce Colloque d'y contribuer.

François Goulard, ministre délégué à l'enseignement supérieur et à la recherche

Le ministre salue l'implication forte des parlementaires sur l'espace. Les parlementaires conscients du problème sont largement représentés dans toutes les formations politiques.
Le gouvernement français est aujourd'hui convaincu qu'il faut une politique spatiale, mais celle-ci doit être européenne. Elle ne peut plus être seulement nationale. Les groupes industriels sont européens, qu'ils soient civils ou militaires. Le grand programme Galiléo implique désormais l'ESA et l'UE. Il en sera de même du futur programme considéré comme prioritaire, GMES. Le prochain conseil européen Espace sera entièrement consacré à GMES.
Il est prévu par ailleurs que l'ensemble des Etats-membres de l'UE deviennent membres de l'ESA. Les prochains seront la Grèce et le Luxembourg.
D'autres Conseils devront prendre des engagements stratégiques, en matière de coopération concernant notamment les lanceurs.
La volonté de coopération européenne n'est pas contradictoire avec celle de coopération internationale : USA, Japon, Russie, Inde puis Thaïlande.
Les grands secteurs stratégiques européens dépendent dorénavant su spatial : télécommunications, transports, audiovisuels, sciences, environnement.

Nota : Il n'est pas certain que, malgré l'implication de la France dans le spatial, le parlement français ait encore pris véritablement conscience des enjeux et des sacrifices à consentir. Le parlementaire moyen semble très ignorant de ces questions et met ses objectifs ailleurs. C'est au gouvernement, comme nous le redirons ci-après, de le mobiliser. Mais encore faudrait-il que la priorité, si elle est vraiment ressentie au plan gouvernemental, soit clairement affichée.

L'avenir de la propulsion. Les lanceurs de demain Remonter au sommaire

Alain GournacLe sénateur Alain Gournac, modérateur, exprime le besoin d'être rassuré. Il craint qu'à terme de 10/15 ans l'Europe n'ait plus de lanceurs capables de prendre le relais des actuels. Que seront par ailleurs les nouvelles propulsions (moteurs). A-t-on déjà commencé à travailler ces questions. Avec quelles alliances internationales ? Par ailleurs, qu'en est-il du projet Merlin ?

NB : Sur les lanceurs en général, voir le site d'un passionné belge http://users.skynet.be/Yantar/accueil.htm

Viktor Remichevski, DGA, Roskosmos, Agence spatiale fédérale russe http://www.federalspace.ru/

Pour la Russie et Roskosmos, la coopération avec l'Europe est une priorité. La production de lanceurs constitue la base de l'activité spatiale. Mais les coûts de lancement restent élevés. La fiabilité est insuffisante (95% de réussite seulement). Il faut moderniser et renouveler les gammes.
Aujourd'hui celles-ci comprennent les lanceurs légers Kosmos et Tsyklon, les lanceurs moyens Soyouz et Zenit, le lanceur lourd Proton. Ils satisfont actuellement à la demande mais doivent être modernisés, notamment Soyouz et Proton. Par ailleurs, il faut réaliser un Véhicule de transfert (Orbital Transfer Stage).
L'avenir des lanceurs lourds est représenté par le lanceur Angara qui constituera une famille de lanceurs de 4 à 25 Tonnes, à base de composants modulaires. Les motorisations seront renouvelées, avec augmentation de la puissance et diminution de la masse.
La sécurité devra atteindre les normes de l'aviation civile. La pollution sera réduite.
A partir de 2015-2020, les systèmes seront partiellement réutilisables (Reentry Space Rocket System 1). On aura des lanceurs à décollage vertical et atterrissage horizontal.
Les combustibles feront appel au méthane.
La coopération avec l'Europe est une réussite.

Kiyoshi Higuchi, directeur, JAXA (Japan Aerospace Exploration Agency)
http://www.jaxa.jp/index_e.html

- Les lanceurs :
l'Agence dispose de moyens et de budgets encore trop limités.
Le lanceur actuel est le H II A. 4 Tonnes, à deux étages.
Il sera remplacé par le H II B en cours de finition, 8 Tonnes, pour lancement en 2008.
A cette date également sera proposé le H-II Transfer Vehicle emportant 6 Tonnes, pour desservir l'ISS.
- La vision
Une nouvelle stratégie a été définie en septembre 2994 et s'étend jusque 2025. Elle comporte plusieurs éléments (voir pour détails http://www.jaxa.jp/2025/index_e.html):
1. Un monde et une société plus sécurisés.
2. Connaître l'univers
3. Développer des moyens autonomes de transports spatiaux
4. Soutenir l'industrie spatiale nationale en général afin d'en faire la première du pays
5. Soutenir le secteur aéro-spatial en particulier et envisager un avion supersonique

Dans les 10 ans, la JAXA vise à améliorer la fiabilité des lanceurs, emmener des équipages et des charges notamment vers l'ISS.
Elle est ouverte à la coopération internationale, avec les USA, la Russie, l'Europe (notamment sur Ariane 5).

Jean-Yves Le Gall, DG Arianespace
http://www.arianespace.com/site/index2.html

Il faut rappeler l'événement qui fut à la source de ce succès franco-européen qu'est devenu Arianespace : le refus par les Américains de lancer le satellite franco-allemand de télécommunications Symphonie en 1973 (NB : voir http://www.airandspacemagazine.com/ASM/Mag/Index/1996/AM/frss.html), ce qui a conduit l'Europe a décider de se doter d'un « lanceur de souveraineté » en 1979. Ce fut une réussite européenne. Aujourd'hui Arianespace a lancé les 2/3 des satellites en orbite dans le monde, ce qui est peu connu.
Les clefs du succès aujourd'hui sont Ariane 5 et Ariane 5 lourd ECA (dont le 2e vol de qualification se fera en novembre prochain avec les satellites Spaceway 2 etTelkom 2). Les Arianes sont
développées par le CNES sous l'égide de l'ESA et font travailler toute l'industrie européenne du spatial. Les autres clefs du succès sont le centre spatial guyanais de Kourou, le meilleur cosmodrome au monde - et finalement l'offre intégrée de services aux clients proposée par Arianespace.

Mais ce succès reste fragile. Le modèle du marché ne permet pas d'assurer l'avenir d'un lanceur de souveraineté. Il faut le soutien des gouvernements, comme cela est le cas partout ailleurs dans le monde (USA, Chine, Japon, Inde, etc.). Les gouvernements européens n'utilisent pas Arianespace comme ils devraient le faire, dans le cadre d'un nécessaire « Buy european act ». Ils la mettent en concurrence à chaque lancement de satellite. Même les satellites militaires sont achetés clef en mains à des opérateurs qui s'adressent aux lanceurs du monde entier.
Or le marché commercial est fluctuant et en baisse. Il ne peut financer les développements nécessaires de Arianespace.
De plus, la concurrence met en compétition des offres relevant de systèmes économiques différents : régaliens d'un côté (USA, Japon), à très bas coûts de production d'un autre (Chine, Inde, Brésil).
Une autre raison d'inquiétude tient à ce que l'on arrive à la fin d'un cycle. Faute de nouvelles commandes assurées, les bureaux d'études se vident et la compétence des industriels disparaît. Le succès d'un groupe comme Arianespace tient à la marche sur deux jambes : les contrats actuels, le développement. Or la jambe développement n'est plus alimentée.

Contrairement à ce que l'on croit, l'Europe spatiale est encore à la croisée des chemins. Elle s'était trouvée dans cette situation lors du premier échec de Ariane 5 et s'en était tiré de justesse, par un sursaut des gouvernements.
Mais la situation se retrouve. Les Européens doivent soutenir leur industrie des lanceurs. Sans lanceurs de souveraineté, il n'y a plus d'Europe spatiale. Les lanceurs ne sont pas une «commodité» que l'on trouve sur étagères. Allez demander aux Américains de lancer les futurs satellites Galiléo et vous comprendrez. On retrouvera les exigences formulées à l'égard de Symphonie en 1973.

Les industriels, pour éviter cela, ont proposé en 2003 le pacte EGAS, European garanteed access to space qui doit permettre de travailler jusqu'à 2015 en fixant des étapes importantes (NB Voir http://www.esa.int/esaCP/SEMHQYR1VED_index_0.html). Dès maintenant il faut entreprendre les développements permettant en liaison avec l'ESA d'assurer l'accès humain aux orbites basses, les rendez-vous orbitaux, la rentrée dans l'atmosphère, les propulseurs du futur. ..
Que sera le lanceur européen en 2015. La réponse doit être donnée aujourd'hui. Tous les satellites européens institutionnels devront être lancés dorénavant avec Ariane. Sinon, on retrouvera le spectre de Symphonie.


Michel Eymard, directeur des lanceurs du CNES
http://www.cnes.fr/html/_.php

L'échec d'Ariane 5 en 2002 a mobilisé le CNES. Ariane 5 ECA a été remise en vol grâce à cela. Pour 2015 il faut tenir compte de ces acquis et les valoriser, y compris le centre de Kourou, financés essentiellement par la France.

Par ailleurs l'industrie doit disposer de perspectives rationalisées s'étendant au moins à 2020. Les décisions effectives seront à prendre entre 2008 et 2012. Elles concernent à la fois le domaine institutionnel et le domaine commercial.
Il faut pouvoir lancer d'ici là 4 à 5 lanceurs par an au minimum.
En 2020, on verra sur le marché de nouveaux entrants, Chine et Inde. Il faut donc, sans négliger le commercial, prioriser l'institutionnel.

Ceci n'exclut pas une coopération internationale, notamment avec la Russie. C'est le programme Oural, initié par la France mais ayant vocation à devenir européen. Il prévoit l'étude et la réalisation de démonstrateurs technologiques, au service du développement futur d'un lanceur en coopération avec la Russie (NB voir http://www.cnes.fr/html/_115_3244_.php). On peut concevoir un lanceur en commun si chaque partenaire conserve son indépendance technique et l'accès à son segment de marché.

De toutes façons il faut une stratégie de développement de démonstrateurs permettant de maintenir les compétences techniques. Certains seront communs avec les Russes.
Les prochains ne seront pas réutilisables (reusable). Mais ensuite viendront des générations réutilisables ou mixtes, des systèmes hybrides lanceurs-satellites, etc.

En ce qui concerne les moteurs, le CNES travaille à la future génération de moteur cryogénique. C'est le Vinci sous maîtrise d'oeuvre SNECMA
(NB : voir http://www.snecma-moteurs.com/fr/activites/propulsion_spatiale/moteur_vinci/)
Les développements de motorisation se centreront sur le cryogénique avec possibilité de remplacement de l'Hydrogène par du Méthane.
Les besoins de la sécurité-défense et de l'exploration guideront les choix.
L'Europe a besoin d'une cohérence des actions. Elle doit éviter la duplication des compétences.

Joël Barre, vice président SNECMA
http://www.snecma-moteurs.com

Un premier message est que le problème de la propulsion est essentiel pour la fiabilité des lancements. L'activité industrielle moteur est faible : 600 mns euros pour le carburant liquide, 250 mns pour le solide. Mais il s'agit de technologies clefs.
D'autres technologies sont en développement. Par exemple le moteur à propulsion plasmique. En 2003 l'Europe a réussi une première mondiale avec la sonde Smart 1 lancée vers la lune. (NB : voir http://sci.esa.int/science-e/www/area/index.cfm?fareaid=10).

Le second message : il faut poursuivre sans arrêts la R/D. On arrive à une période critique avec l'achèvement des programmes précédents. Il faut améliorer les performances et les prix avec la R/D. Mais on doit aller plus loin.

La priorité de la SNECMA et de son partenaire Safran EADS est le moteur Vinci. La cryotechnie est la solution la plus efficace pour les étages supérieurs des lanceurs. Le Vinci servira de démonstrateur pour toute une gamme d'étages supérieurs, sur Ariane ou d'autres lanceurs. Il est réalisé en participation avec Astrium (Allemagne) pour la chambre de combustion, Techspace Aero (société belge du groupe Snecma) pour les vannes, Volvo Aero Corporation (Suède) pour les turbines et Avio (Italie) pour la turbopompe oxygène.

Une deuxième priorité de la SNECMA est le remplacement de l'hydrogène liquide par le méthane liquide dans ces moteurs. Le méthane est plus facilement stockable en orbite. La solution est aussi celle de la Nasa. Elle est indispensable pour les lanceurs réutilisables.

La propulsion solide reste par ailleurs fondamentale puisqu'elle assure 90% de la poussée au décollage sur Ariane 5. Elle est fiable. On étudie des propulseurs d'appoint modulaires et d'autres génériques.

Qu'en est-il du projet Merlin ? Il s'agissait de consolider en Europe les industriels de la propulsion liquide, en rapprochant SNECMA et EADS Space Transportation. Le projet a échoué devant le refus allemand (crainte de perte de souveraineté). Il sera représenté fin 2005 début 2006.

Alain Charmeau, Président EADS Space Transportation
http://www.space.eads.net/

EADS ST est au service des besoins institutionnels (par exemple le satellite militaire Hélios) et commerciaux. L'entreprise emploie 4.000 personnes en France et est en recherche permanente d'augmentation de compétitivité. Mais les perspectives sont assombries, avec une chute dramatique de l'activité prévue pour 2006-2008. Les compétences risquent de disparaître. Il faut retrouver un élan. Des projets concrets de prototypes et d'essais sont indispensables.

Pour le futur, il faut assurer l'opérabilité pendant au moins 10 ans du lanceur clef de l'indépendance européenne Ariane 5, ceci quelles que soient les difficultés et d'éventuels échecs momentanés. Les Etats membres européens doivent apporter le financement nécessaire. Ceci n'exclut pas une présence sur la marché, mais elle sera nécessairement subsidiaire.
On peut envisager un développement de Ariane 5 jusqu'à 2015 avec un étage cryogénique réallumable versatile, le carburant H et Méthane, des améliorations d'architecture et d'ingénierie générale, de nouveaux prototypes de logiciels et d'essais complexes. Mais après il faudra autre chose, que personne n'a encore clairement envisagé.

Une architecture industrielle optimisée autour de EADS.ST est nécessaire. Elle sera complétée de partenariats publics-privés. Un budget de 200 mns d'euros par an minimum sera indispensable pour réaliser les démonstrateurs.

La conférence ministérielle européenne sur l'espace de décembre prochain sera décisive.

Intervention non prévue du président de l'Agence Spatiale ukrainienne

L'intervenant explique l'intérêt d'une coopération de l'Europe, et particulièrement du CNES avec l'Ukraine, compte-tenu de la grande compétence de son Agence Spatiale.
Il insiste sur les dangers de la mise en concurrence qui détruit les potentiels au lieu de les unir. Des investissements ont été faits depuis 30 ans qu'il faut réutiliser par des accords politiques au sommet.

 

L'espace scientifique et de la connaissance. L'avenir des vols habités Remonter au sommaire

Modérateur: le Député Christian Cabal

Christian CabalCette table ronde aborde les sujets qui, à tort ou à raison, font le plus rêver l'opinion public. Si l'Europe est active dans l'exploration scientifique du cosmos, elle n'est pratiquement pas présente dans les vols habités. A l'avenir se posera nécessairement la question de savoir si l'opinion acceptera que toutes les lumières de l'actualité se portent sur les exploits d'astronautes non-européens.


Roger-Maurice Bonnet, président du COSPAR

http://www.cosparhq.org/

La structuration de l'espace européen présente une configuration singulière par rapport aux solutions des autres puissances spatiales. Les décisions sont réparties entre un grand nombre d'acteurs : les 25 Etats-membres, diverses agences nationales, les 17 membres de l'ESA, la Commission européenne. Il en résulte dispersion et disparités. Ce sont des handicaps considérables que l'on oublie trop souvent.

Néanmoins l'Europe a enregistré des succès majeurs dans l'observation de la Terre (Envisat, Topex, Jason...) et dans les sciences de l'univers (Mars Express, Huygens...)
Mais ces succès sont le fruit de décisions prises il y a plus de 25 ans. Aujourd'hui, les plans d'alors arrivent à terme.

De nombreux grands problèmes mériteraient pourtant une nouvelle programmation à 10/20 ans.

Dans le domaine des sciences de l'univers, les grandes questions portent sur :
- l'origine et l'évolution de l'univers. De quoi est-il fait ? Que sont exactement que l'énergie noire et la masse noire ?
- les lois actuelles de la physique sont-elles suffisantes pour le comprendre ?
- existe-t-il d'autres planètes de type terrestre ?
- la vie existe-t-elle ailleurs ?
- quelle est l'influence du soleil sur les planètes (étant rappelé que la Terre ne peut guère compter maintenant que sur 1 md. d'années d'activité solaire supportable) ?

Or aucune mission n'est actuellement programmée pour répondre à ces questions. On attend les budgets et les programmes. Qu'en sera-t-il de la conférence interministérielle de décembre, déjà plusieurs fois évoquée ?

Note : Si l'on en croît les divers intervenants, cette conférence devrait avoir un agenda considérable. On peut douter qu'elle traite utilement de tout. Affaire à suivre évidemment.

En ce qui concerne les sciences d'observation de la Terre (hydrologie, biologie, atmosphère, climat, structure interne, tectonique, magnétisme), la priorité est actuellement de rassembler, normaliser, retraiter et diffuser l'ensemble des données obtenues par les moyens d'observation actuels. C'est l'objet du programme européen Global Monitoring for Environment and Security' GMES (NB : voir http://www.gmes.info/).

Mais poursuivre les observations s'impose. Ce sont les programmes Living Planete, Cryosat (à reprendre après l'accident d'octobre), GOCE, ADM-AEOLUS, SMOS, Swarm, Météosat 3e génération, etc. à lancer d'ici 2008. Devrait suivre en 2012 Earth Care (Earth, Clouds, Aerosol and Radiation Explorer), mission européo-japonaise et 6e de la série Living Planet Explorers (NB. Pour détails voir http://www.esa.int/esaEO/SEM9JP2VQUD_index_0_m.html )

Exploration

La Nasa et le président Bush ont pris très au sérieux les projets de retour sur la Lune précédant le débarquement sur Mars. Il s'agit d'un enjeu politique majeur pour l'administration actuelle. L'Europe est plus prudente. Elle ne veut pas revoir tous ses projets. Elle n'a pas non plus les moyens d'être chef de file. Elle entend donc préserver ses acquits.
Cependant l'ESA a définit une carte routière pour l'exploration de Mars, en faisant appel à ses ressources propres. Il s'agit d'un exercice théorique qui risque de devenir obsolète car il n'a toujours pas été voté ni budgété. NB/ Sur Aurora, voir http://www.esa.int/SPECIALS/Aurora/ESA9LZPV16D_0.html
Ce projet serait cependant essentiel, car il obligerait l'Europe à se doter de moyens spatiaux en propre qui lui manquent encore et qu'elle ne trouvera évidemment pas auprès de la Nasa, qui l'a clairement fait savoir. Il s'agit de réaliser de nouveaux lanceurs et de maîtriser la technologie de l'atterrissage. Les explorations seront au début essentiellement robotiques.

L'envoi de spationautes européens sur la Lune, avec des moyens européens, à tort ou à raison, n'entre pas dans les perspectives de l'ESA, faute de moyen.

Note : L'exploration robotique de Mars représentera une occasion inestimable de faire progresser la robotique autonome européenne qui en a bien besoin. Ceci dit, on imagine la perte de prestige de l'Europe lorsque les Américains effectueront leur retour sur la Lune vers 2012, suivis peut-être par les Chinois, les Russes voire d'autres. Les jeunes Européens d'alors regarderont ailleurs que vers l'Europe.

L'Europe a les moyens d'une grande ambition spatiale, moyens tant scientifiques qu'industriels, mais elle n'en a pas la volonté. Elle n'a pas d'ambitions. Le budget de l'ESA est de 3,5 mds d'euros, celui de la Nasa de 16.

Tout ceci avait été exposé dans un Livre blanc et un Livre vert communautaires, mais rien n'a suivi. Où est la vision politique ? Manque à l'Europe aujourd'hui le De Gaulle des premières années du spatial européen, avec un rôle pilote de la France réaffirmé, que tous les autres pays attendent.

La principale difficulté tient au manque de conscience politique sur le sujet de la part des Etats européens, à quelques exceptions près. Or, les compétences étant partagées, les budgets partagés, on ne peut rien faire sans consensus. Mais ces Etats s'imaginent pouvoir compter sur les USA ou sur le marché pour satisfaire leurs besoins. Ils se trompent complètement.

La Commission européenne n'est pas un acteur majeur, car elle est éclatée entre Commissaires différents (recherche, science, éducation nationale). Elle n'intervient pas en matière de défense. Elle pilote les projets européens sans vues d'ensemble. La nouvelle Commission semble encore plus handicapée que la précédente. Elle n'a pas encore été capable de lancer véritablement Galiléo, devant un refus allemand de dernière minute peu compréhensible. Galiléo n'a été sauvé que par l'engagement in extremis de l'ESA. Or Galiléo est vital, non pas seulement pour l'avenir mais pour le court terme.

Il faudrait en fait un Conseil européen de l'Espace, réunissant les Chefs d'Etat. L'objectif serait de refaire l'Europe spatiale, en lui fixant des objectifs aussi ambitieux que clairs : science, recherche, applications civiles, défense, exploration. Le tout en sauvegardant l'industrie spatiale qui se délite actuellement et en stoppant l'évaporation des cerveaux qui est devenue dramatique - sans mentionner la crise des vocations scientifiques en matière universitaire.

Intervention de Christian Cabal : le constat est sévère mais juste. Un rapport sur ces questions est en cours de rédaction par lui-même et le sénateur Revol (voir conclusion).

Jeffrey Hoffman MIT

Nous abrégerons le résumé de l'intervention très intéressante du Dr Hoffman car elle a évoqué les grandes lignes de l'actuelle politique spatiale américaine, tant sur les plans techniques que budgétaires, dont nous avons déjà rendu compte dans notre Revue (voir par exemple http://www.automatesintelligents.com/actu/050930_actu.html#actu6). Nous retiendrons par contre les éclairages suivants :

Selon l'orateur, la Nasa, spontanément, aurait abandonné beaucoup plus vite qu'actuellement les vols navette vers l'ISS qui ne présente plus pour elle d'intérêt. Elle ne le fait pas pour respecter ses engagements à l'égard de ses partenaires, essentiellement le Japon et l'Allemagne. Mais les dépenses seront sévèrement réduites.

En effet et plus généralement, la Nasa est désormais obligée de fonctionner à budget constant autour de 20 mds de dollars par an et ce jusqu'au retour sur la Lune vers 2012. Tous ses efforts seront axés sur cet objectif, qui ne peut pas ne pas réussir. Il faudra développer de nouveaux lanceurs par réutilisation et optimisation des actuels, faire le Crew Exploration Vehicle (Apollo en plus grand) , le Heavy Lift Launcher, etc. Pour le moment, Mars a disparu des projets visibles de la Nasa.

Ce qui préoccupe la Nasa actuellement, au-delà de ces questions techniques, concerne la durabilité du programme. Celle-ci ne sera assurée qu'à plusieurs conditions qui ne sont pas garanties actuellement :
- continuer à disposer d'un budget réaliste, c'est-à-dire excluant toutes dépenses inattendues ou prévoyant la suppression d'activités actuelles en cas de dépassements imprévus
- assurer la réduction du coût des vols humains actuels pour pouvoir les poursuivre
- assurer surtout
la robustesse de la volonté politique. Il serait catastrophique qu'à chaque changement de président les objectifs soient revus. Autrement dit, les programmes doivent survivre à Bush et à ses successeurs. Rien ne le garantit car aucun budget à long terme n'a été arrêté.

Une autre condition s'impose désormais qui n'existait pas aux temps héroïques : il faut que la nation apprenne à gérer et accepter le risque. Dans le spatial, les accidents et pertes humaines sont inévitables. Il faut pouvoir les surmonter. Or ceci n'est pas assuré aujourd'hui.

Il faut en contrepartie que le public en « ait pour son argent ». Autrement dit, la Nasa doit abondamment communiquer, fournir des images et des textes à tous, y compris aux écoles et Universités. Les informations doivent arriver régulièrement. Aujourd'hui Internet permet de remplacer les médias. Il faut donc mettre en place des sites web populaires et interactifs. Ceci permettra de construire la capacité de mobilisation du public, même si cela représente une augmentation des coûts.

Il faut enfin admettre que le sponsoring de riches amateurs permettra de compléter l'effort des agences publiques, voire de les précéder. Actuellement, aux fins de mécénat ou de tourisme spatial, un large engouement de milliardaires en dollars permet d'expérimenter de nombreuse solutions dont certaines seront sans doute très innovantes et pourront assurer l'avenir des vols habités. Il faut sortir de la culture du tout institutionnel.
A ces conditions les vols habités auront encore un large avenir


Observation de Christian Cabal : les investissements privés ne sont pas suffisants. L'espace ne peut pas s'autofinancer, ni aux USA ni surtout en Europe. Les Etats doivent investir.

Note : L'orateur n'a pas mentionné les sommes énormes investies par le département de la Défense et la Darpa dans le spatial de Sécurité Nationale. La Nasa n'est pas seule à supporter l'effort spatial des USA. Les industriels bénéficient de contrats considérables qui leur permettent d'accroître sans arrêt leurs compétences et d'écrémer le meilleur des compétences étrangères.

Heinz-Joseph Kaaf, Deutsches Zentrum fur Luft und Raumfarht
http://www.dlr.de/

Depuis 20 ans l'Europe participe au projet ISS. Les Allemands ont voulu être chef de file de ce projet pour l'Europe, en concevant le Laboratoire et les expériences du module Colombus. Celui-ci devait initialement être lancé par une Ariane 5, puis par une navette. Aujourd'hui, le projet est en attente d'un lanceur. Ce sera peut être un Soyouz. Quid de l'ATV développé par l'ESA ?
DLR doit sauvegarder les 2 mds d'euros engagés dans ce projet. Le lancement pourrait être réalisé en 2007-2008.
Pour l'avenir, l'Allemagne reste fixée sur l'ISS. Elle recommande une approche par paliers. Elle n'est pas pressée. On veut aller trop loin et trop vite. Cependant l'accord de principe est acquis pour des missions robotiques sur Mars.

Intervention de Christian Cabal. Ce retard du lancement de Colombus illustre le lourd prix à payer pour la collaboration avec les USA.

Note : La position allemande, telle qu'exposé par l'intervenant, est assez décourageante. Aucun des arguments politiques rappelés par les intervenants précédents ne semble avoir été retenu par le gouvernement allemand. Que ce malthusianisme (doublé d'une telle naïveté à l'égard des USA), soit le lot de certains nouveaux Etats européens entrants, on pourrait le concevoir. Mais qu'il représente la position de la première économie européenne est incompréhensible. Il faudra voir quelle sera l'attitude du prochain gouvernement en cours de formation. Mais les motifs d'espérer un ressaisissement sont minces.

Richard Bonneville, CNES, chef du service Etude et exploration de l'univers

L'intervenant a donné des informations sur les objectifs et les programmes d'exploration de l'univers menés par l'ESA avec le concours du CNES, ou par le CNES seul. Nous ne les reprendrons pas ici car trop techniques.

Un point mérite cependant d'être signalé, concernant l'avenir. Il s'agit de l'expérimentation de vols de satellites en formation (2 ou 3), pour réaliser des observatoires interférométriques. Les tolérances de variation dans les distances respectives telles qu'annoncées (sauf erreur de réception de ma part) sont incroyablement basses: quelques microns sur quelques mètres).

André Brahic CEA

De la longue et brillante intervention d'André Brahic, nous ne retiendrons ici, faute de pouvoir faire passer l'enthousiasme bien connu de l'orateur, que quelques traits:

L'espace est un enjeu crucial pour la civilisation, car l'avenir de celle-ci est là.
Seul la valorisation de l'espace aura la force suffisante pour faire reculer le scepticisme à l'égard de la science, particulièrement marqué en France et désastreux. Le phénomène est grave chez les étudiants: 20 étudiants en physique dans telle faculté contre 200 en psychologie. Or la science vaut bien d'autres formes de culture, trop prisées par comparaison: la musique, le sport, la voiture.

Bien plus, l'espace est seul capable de rajeunir le regard que la science (et la culture avec elle) portent sur le monde. En 20 ans nous avons appris que le cosmos est absolument diffférent de ce que l'on imaginait. Plus rien n'a le sens attribué précédemment. C'est une véritable révolution épistémologique qui est derrière les nouvelles découvertes des sondes spatiales. Mais qui s'en aperçoit?

Pour exprimer cela, André Brahic met en opposition une peinture du ciel nocturne par Van Gogh jeune, comportant des étoiles représentées par des points brillants. En face, il montre un ciel de Van Gogh peint à la fin de sa vie, au seuil de la folie, avec un ciel empli de tourbillons. Or c'est un tel ciel qu'instruit par l'astronomie et la cosmologie moderne nous devrions voir. Il y va de notre survie intellectuelle.

A quand un accord entre tous les partis politiques sur l'importance de la science et au sein de la science, de l'astronomie et du spatial? Quand entendra-t-on les candidats aux prochaines présidentielles françaises tenir ce discours?

Note: André Brahic a raison. C'est aux Chefs d'Etat ou candidats Chefs d'Etat qu'il appartient désormais de parler ainsi. Surtout en Europe. Le Chef d'Etat français aurait un rôle essentiel à jouer pour entraîner les autres.


Anne Bondiou, Directeur, Onera
http://www.onera.fr/

L'intervenante décrit plusieurs dispositifs indispensables aux missions spatiales: accélérométrie ultra sensible, intelligence embarquée autonome, vol en formation (cf ci-dessus).

Un important arsenal technologique est en cours de développement, dans le cadre de la coopération entre agences. Mais ceci est peu connu et peu valorisé auprès de l'opinion.

 

Nouvelles applications au service des citoyens Remonter au sommaire

PIerre CohenPierre Cohen, député, modérateur, pose une question de fond. Le développement des politiques spatiales sera-t-il tiré par les besoins du marché ou par ceux des citoyens? Mais comment savoir ce que souhaitent les citoyens. Ne faut-il pas d'abord définir des applications afin de mieux connaître les besoins? L'expérience de l'Inde à cet égard est très intéressante.

R.V. Perumal, directeur à l'Indian Space Research Organisation
http://www.isro.org/

L'Inde a établi à partir de 1963 un programme spatial à 40 ans, orienté vers les applications civiles. Il faut rappeler que le premier acte de ce programme a été en 1977 l'utilisation du satellite Symphonie acquis auprès de la France. Toute une série d'applications ont été définies et progressivement mis en oeuvre : télévision, télécommunications, observation de la Terre, etc. Un principe de base est que cela doit être fait en utilisant et intégrant les ressources scientifiques et industrielles nationales. C'est le cas notamment en matière de lanceurs et de satellites.

L'orateur donne plusieurs exemples montrant comment des Systèmes d'informations géographiques spatiaux (SIGS) permettent d'élaborer des politiques de gestion de l'eau, des terres agricoles, de la sécheresse, des ressources halieutiques.
Viennent ensuite des applications plus complexes : télémédecine, télééducation, gestion des urgences et calamités, secours et navigation en mer, météo. Ainsi en télémédecine 115 hôpitaux sont aujourd'hui organisés en réseau et peuvent dispenser des télé-soins sur l'ensemble du territoire rural. Il en est de même concernant les universités.

C'est l'Etat qui prend l'initiative des premiers services. Mais le point important est que les moyens d'utiliser les données au service des besoins locaux sont mis en place d'emblée, parallèlement à l'offre de services. C'est la formule dite des « Ressources de Village ». Un ou plusieurs terminaux donnent les informations critiques aux villageois qui en ont besoin. Ceux-ci, dans un premier temps, les utilisent telles quelles. Ils interviennent ensuite pour que les services s'améliorent.
L'exemple indien pourrait intéresser l'Europe, dans ses relations de coopération avec l'Afrique.

Note : ces exemples sont tout à fait significatifs (cf pour plus de détails le site de l'ISRO). Certes, les investissements de départ (d'ailleurs très faibles) sont pris en charge par les budgets publics, mais les retombées, en terme d'élévation des niveaux de vie et de durabilité du développement, sont considérables, sans commune mesure avec les dépenses initiales. Mais ce ne sont pas les mêmes budgets qui en bénéficient. Il faut donc une approche globale de la comptabilité nationale (ou internationale) qui manque actuellement en Occident.

Yannick d'Escatha, président du CNES
http://www.cnes.fr/html/_.php

Le CNES s'inscrit tout à fait dans l'objectif de mettre l'espace au service des citoyens. Mais ceci suppose un dépassement des objectifs commerciaux à court terme. Il faut assurer la continuité des services globaux, en précisant bien les responsabilités des différents acteurs (télémédecine, téléenseignement par exemple).

La Commission européenne a eu ces dernières années un rôle important en amont, en finançant dans le cadre des programmes cadres la réalisation de solutions globales. Ce fut le cas avec Galiléo et aujourd'hui avec le GMES, déjà cités. Malheureusement, cette volonté n'a pas encore été relayée au niveau des institutions européennes et des Etats. Il faut pourtant renforcer les responsabilités européennes pour répondre aux besoins nouveaux de nos sociétés. La France, par l'intermédiaire du CNES notamment, a toujours défendu et servi cette approche.
Galiléo (rappel : voir http://europa.eu.int/comm/dgs/energy_transport/galileo/index_en.htm) constitue à cet égard un enjeu majeur, tant pour le civil que pour la sécurité-défense. La France a toujours soutenu le projet. Elle a proposé d'accueillir le concessionnaire et le centre de service et sécurité.

Note : Mais contrairement à ce que l'on pouvait espérer, rien n'est encore vraiment ou définitivement acquis concernant Galiléo. Les retards, dus à des ambitions nationales mal comprises, continuent, malgré les efforts de l'ESA pour que le dossier soit définitivement bouclé.

En matière de sécurité défense, il existe une équipe défense au CNES commune avec les autorités de défense.

Le GMES déjà évoqué constitue le nouveau grand enjeu. Il vise à une connaissance globale des phénomènes, en intégrant aussi des données non spatiales (balises en mer par exemple). Il faut maintenant faire des efforts considérables de collation, mise en cohérence et utilisation intelligente des données, ce qui impliquera de nombreux acteurs scientifiques et médiatiques.

En matière de télévision, le spatial est plus lent à se déployer, compte tenu de la concurrence du terrestre. D'où la nécessité de prévoir à l'avance l'évolution des besoins et des technologies.

Dans le domaine très important de la lutte contre la fracture numérique, des solutions bi-directionnelles permettant l'accès à Internet par satellite sont aujourd'hui disponibles afin de favoriser le concept de village communiquant (santé, enseignement) dans les zones non desservies par des canaux terrestres, sur le modèle exposé par le Dr Perumal. On étendra le concept à la surveillance des événements naturels, au secours des personnes isolées, à la surveillance des pandémies.
L'ONU a établi en 2001 une Charte internationale de l'espace et des catastrophes majeures avec l'appui de l'ESA et du CNES, qui permet le recueil des données d'urgence et la gestion des opérations de secours. Cette procédure est intervenue 25 fois depuis 2005. Peu de gens le savent. On a là un bon 'exemple de l'espace mis au service de l'humanité.


Sergio Vetrella, président de l'ASI, Agence Spatiale Italienne
http://www.asi.it/

L'ASI n'a pas pour le moment investi le secteur des besoins des citoyens, faute d'argent. Elle s'est concentrée sur les satellites et non sur les services. Ceci a permis d'assurer un certain chiffre d'affaire aux industriels mais ce n'est pas suffisant. On a un train sans rails et sans passagers.

Aujourd'hui par exemple, en matière de prévision des catastrophes naturelles, on ne dispose pas de modèles valables concernant les glissements de terrain et les inondations, pourtant fréquentes même dans le bassin méditerranéen.

Il faudra que le Conseil Espace de décembre aborde toutes ces questions en s'affranchissant des approches traditionnelles concernant l'espace.

Note: On ne peut pas parler plus franchement. Mais c'est dommage que le président de l'ASI ne s'explique pas davantage. Sommes-nous en présence d'un phénomène uniquement italien ou concerne-t-il toute l'Europe? Et comment réagir?


Daniel Sacotte, Directeur, ESA
http://www.esa.int/esaCP/France.html

L'espace est présent désormais au coeur de toutes les attentes des citoyens et irradie l'ensemble des activités quotidiennes : éducation, santé, sécurité, environnement, énergie, information, loisirs. L'orateur donne de nombreux exemples.
En ce qui concerne la science, les grandes missions spatiales apportent et vont apporter des éclairages nouveaux très importants. Par exemple, Vénus Express qui décollera en novembre permettra de comprendre un phénomène qui menace la Terre : comment l'effet de serre a pu transformer une planète sans doute initialement proche de la nôtre en enfer ? De même, si on découvre de la vie sur Mars, on imagine la révolution, non seulement en biologie mais aussi sur le plan philosophique que cela constituera.
On ne parle plus en Europe d'exploration lunaire humaine, mais c'est dommage. La Lune permettra de développer des méthodes de recyclage des déchets, de production d'énergie et d'eau, dont la Terre aurait déjà besoin.
L'ESA s'est donné un plan avec plusieurs priorités pour répondre à tout ceci. Mais là encore, tout dépendra des décisions qui seront prises au prochain sommet européen de l'Espace.

José Achache, directeur du Group on Earth Observation (GEO)
http://earthobservations.org/

Le GEO est né de la constatation qu'en matière d'environnement et de sécurité globale, l'observation de la Terre à partir de l'Espace offre dorénavant des solutions très intéressantes. Celles-ci ne concernent pas seulement ce à quoi l'on pense, la prévision des tsunamis et séismes. C'est ainsi que la sécheresse fait chaque année 30.000 morts en Afrique et peut être prévue par des observations ad hoc.
Pour cela il faut se situer au niveau du monde. Le GEO est l'extension au monde entier du GMES. Il s'agit, dans les deux cas, de Systèmes de systèmes (Systems of Systems). On évitera les séparations entre systèmes d'observations particuliers, pour adopter une approche transverse, traitant tous les problèmes ensemble. Ainsi les systèmes de suivi des précipitations globales (seuls les pays développés suivent leur pluviométrie par radar), permettra de prévoir la couverture végétale, l'agriculture, les épidémies, les inondations, etc. Chaque domaine sert les autres. Le temps n'est plus aux seules initiatives nationales, même à l'échelle des grands Etats.

Mais pour convaincre les opinions publiques de l'intérêt de cela, il faut des démonstrateurs, il faut des programmes suivis avec continuité et aux résultats largement diffusés, comme cela fut fait en météorologie. Les sciences de la Terre sont en grande mutation, comme celles de l'atmosphère, car elles intègrent désormais les données spatiales. Elles génèrent des approches radicalement différentes de celles des observations in situ. Cela, les scientifiques encore enfermés dans leurs disciplines traditionnelles ont parfois du mal à le comprendre.

De plus, ce ne sont pas seulement les scientifiques qui doivent avoir accès à l'information, mais tout le monde : industriels, utilisateurs multiples, ceci en libre-accès. Le GEO doit pouvoir donner un accès mondial intégré à l'information sur le modèle de ce que fait actuellement Google Earth. Les utilisateurs, initialement, ne connaissent pas leurs besoins. Il faut, comme l'Inde, offrir d'abord un service universel afin ensuite de le raffiner.

Le problème à résoudre concernant l'observation de la Terre n'est pas celui des observatoires, mais celui de la diffusion des informations recueillies. La première initiative du GEO sera un Geo-netcast sur le modèle du Broadcast en télédiffusion. Il sera étendu à l'échelle globale et offrira une fonction remontante.

L'initiative peut-elle être confiée à l'industrie ? Sans doute, mais à quelle industrie ? Choisir un partenaire industriel oblige à adopter son business model. En France, on s'était initialement trompé. Produire de l'image brute et de la vendre, comme avaient fait Spot Image initialement ou Envisat, ne répond pas aux besoins d'aujourd'hui. Avec Spot 5, suivi des mini-satellites Pléiades, Spot Image a évolué. Il cherche les applications, voire les «entertainments» qui permettent de diffuser plus largement. (NB/ Voir http://www.spotimage.fr/html/_65_.php).

Pour cela, deux voies sont possibles. La première est celle de l'Inde où l'initiative est publique voire gouvernementale. On n'attend pas de connaître ce que veut le public, on réalise et on adapte ensuite. C'était assez dans la culture européenne ancienne, mais aujourd'hui l'esprit ne semble plus là.
La deuxième voie est privée. Elle fait appel au marché. C'est celle de Google Earth version professionnelle, qui est payante. Les grandes entreprises fournisseurs d'information arrivent sur ce marché, par exemple Microsoft. GEO est un système d'information. Cela les intéresse. On notera que Microsoft s'est allié avec l'INRIA français précisément pour réutiliser les recherches françaises en matière de grands systèmes d'informations.

Le problème pour l'Europe est qu'il n'y a pas d'industriels européens dans ce créneau. Il s'agit pourtant d'un secteur clef entre le spatial et les utilisateurs de données, où les Européens s'ils ne font rien perdront leurs compétences traditionnelles.
Il faudrait évidemment que les entreprises européennes se positionnent d'urgence dans la fourniture des services et des applications spatiales. GMES a donné à l'Europe 3 ans d'avance. Mais si elle ne fait rien, cette avance disparaîtra rapidement. Google et Microsoft auront capté le marché.

Note: en France, l'alliance Microsoft-INRIA a été saluée comme une démarche très généreuse de la firme de Redwood. Pour quelques centaines de milliers d'euros, elle s'est en effet ouvert une porte lui permettant d'accéder à des compétences sans prix.

Giuliano Berretta, DG Eutelsat
http://www.eutelsat.org/fr/home/

Eutelsat, premier opérateur de satellites en Europe, et opérateur français, entretient 23 satellites, tous acquis en Europe. CA 750 Mns dont 68% vient de la télédiffusion. 1500 chaînes, 53 mns de foyers desservis par antenne, 120 mns avec le relais du câble. L'avenir naturel est la TV haute définition, en compétition avec la TNT. Elle visera notamment les divers moyens de transport.
Eutelsat s'intéresse à la fracture numérique. Elle vise la diffusion vers les pays du tiers monde, où le satellite est bien adapté.
Ceci dit Eutelsat ne peut innover en matière technique. C'est aux Agences spatiales de la faire. Ceci en prenant 10 ans d'avance sur la pratique. Sinon, c'est trop tard. Par contre Eutelsat peut embarquer de nouvelles technologies dans ses nouveaux satellites. Cela permet de les éprouver. C'est ainsi qu'il faut maintenant prévoir la télévision sur les portables (cf exposé ci-après).

Note: les services français assurant une veille en matière d'intelligence économique savent à quel point Eutelsat est convoité par des fonds étrangers.

Olivier Coste Vice président business dévelopment, Alcatel Alenia Space
http://www.alcatel.com/space/

Les sujets institutionnels constituent les 2/3 du CA de l'entreprise. Les solutions Télécom représentant 1/3 du CA sont exportées dans le monde entier. Galiléo représente un marché potentiel considérable.

Note : on lit sur le site de l'entreprise (cf ci-dessus concernant les retards de Galiléo et l'intervention salvatrice de l'ESA): "Paris, November 3, 2005 - Alcatel (Paris: CGEP.PA and NYSE: ALA) applauds the agreement of the European Space Agency's industrial policy and navigation program committees regarding the additional financing of Galileo's first industrial phase.

This initial phase consists of placing 4 first satellites into orbit to validate the key technologies of this complex system. In its full deployment stage, the Galileo constellation will consist of 30 satellites, with the operational roll-out expected at the end of 2010. One of the first satellites, integrated by Alcatel Alenia Space in its Rome facility, will be launched early in 2006.

Olivier Houssin, President of Alcatel's Private Communications and in charge of Alcatel's space activities says: "Thanks to this decision, the industrial teams in Europe - and notably Alcatel Alenia Space teams - will be able to work with the needed visibility to achieve this program within the time and financial frame. This green light will strengthen European technological competencies in satellite navigation and will encourage job creation in transport, telecommunications and safety domains."

ESA's strategic decision demonstrates Europe's will in establishing the Galileo program, essential for European autonomy, and for the development of new localization-based services. Once this first industrial phase will be achieved, a private concessionaire will ensure the financing, building and exploiting of the whole satellite constellation.

Alcatel, together with its partner Finmeccanica, is one of the founding members of the Galileo Consortium. The concessionaire will have the task of operating Galileo for 20 years but will also benefit from commercial results."

L'orateur développe ensuite la vision d'Alcatel Alenia Space concernant la télévision sur mobile. Il s'agit d'un marché qui aura sans doute un développement considérable, avec les nouveaux terminaux prévus pour dans 3 ou 4 ans. Une architecture hybride satellite - stations à terre de nouvelle génération offrira : une accessibilité universelle partout, la possibilité de recevoir un nombre illimité de chaînes, un maniement facile pour l'utilisateur.
Ce système est déjà pratiqué aux USA et au Japon pour la radio. La solution Alcatel pour mobile donnera à l'Europe une avance certaine.
Le réseau ne permettra pas seulement les fonctions du portable actuel avec celles de la télévision. Ce sera aussi un outil d'alerte aux populations en cas de crise, et d'usages interactifs, avec voies de retour.
La bonne coopération avec les agences spatiales européennes devrait conforter son succès.

Quel espace de la Défense? Remonter au sommaire

Sénateur Henri Revol , modérateur

Herni RevolContrairement à l'habitude des colloques sur l'espace, nous avons souhaité intégrer à celui-ci la dimension défense, elle-même étendue pour comprendre la sécurité intérieure. De quel type de défense l'Europe veut-elle se doter et que seront ses moyens spatiaux ? L'Agence Européenne de Défense en cours de mise en place devra se poser la question. Il faut rappeler que les USA consacrent 20 mds de dollars au spatial militaire, contre 1, tous pays réunis, en Europe.
Qui dit défense dit autonomie des entreprises travaillant dans ce secteur. Il faut donc leur assurer un certain montant de commandes publiques. Le risque aujourd'hui est que cela ne soit plus garanti.

Général Botondi, directeur national des armements de l'armée italienne

L'Italie se veut un pilier solide de l'Europe spatiale. Ses domaines d'intérêt sont en extension permanente : contrôle de l'environnement, navigation, renseignements. La plupart comportent des applications intéressant la sécurité nationale, à partir de plates-formes satellitaires duales. Pourquoi ce concept de dualité ? Compte tenu de ressources limitées, il faut exploiter la transversalité, en partageant les informations avec le secteur civil. Il faut bénéficier des pôles d'excellence technologiques là où ils existent. Le militaire et le civil ont beaucoup de points communs.

Par ailleurs, la plupart des informations peuvent être échangées avec d'autres pays.
Le général donne quelques détails sur les systèmes d'information pour le commandement intéressant ce qu'il appelle la Homeland Security, qui seront partagés avec le civil et avec des pays voisins : les futurs programmes spatiaux (Pleïades, CosmosSkymed, SarLuppe, TerasSar), avec leurs ambitieux programmes d'observation de la Terre, justifient ces efforts.

(NB : Cosmos-skymed est un observatoire radar italien atteignant 1m de pouvoir séparateur. SAR Luppe est un système allemand de 5 petits satellites radar reliés à une station terrestre.)

Une coopération étendue avec la France a été décidée à Turin en 2001. L'Italie accède à Hélios 2 depuis 2004 et la France à CosmosSkymed.

Un plan 2015 à l'étude vise à intégrer l'ensemble des réseaux futurs. Ce Plan est conduit en synergie avec l'Agence Spatiale Italienne.


Amiral Poulain, adjoint espace, Etat-Major des armées

L'espace-défense n'est pas un système de forces en tant que tel. Il relève des départements information et commandement.

L'espace européen de la défense est la somme d'initiatives nationales. Un espace-défense européenne 2015 devra être repensé, en termes d'expression de besoins et d'acquisition de ressources et services. La ministre Mme Alliot Marie veut matricer l'information pour raccourcir les boucles décisionnelles. Les fonctions télécommunications, observation, écoute, météo, navigation, surveillance de l'espace contribuent à l'ensemble dissuasion - prévention - protection.
Mais les systèmes nationaux ne suffisent plus. Il faut pouvoir adapter l'espace à des crises futures encore inconnues. L'Agence européenne de défense sera intégrée aux dispositifs.

En matière de télécommunications, les approches nationales restent différentes. Syracuse III en France, Skynet V en Grande Bretagne (voir http://www.fas.org/spp/guide/uk/military/comm/skynet_5.htm ), Sicral en Italie (voir http://www.space-technology.com/projects/sicral/), Coral en Espagne.

Le général Borondi a présenté précédemment les systèmes d'observation de la Terre.

En vue de 2015, il faudra consolider l'infrastructure spatiale européenne, mutualiser l'accès à l'information brut par segments sol, définir le besoin d'informations nouvelles. L'espace militaire est le premier facteur de cohérence des systèmes d'information et de commandement. Mais son développement dépend des besoins de partage d'informations entre nations - c'est-à-dire de la consistance que prendra à l'avenir le concept de défense européenne.

Ingénieur Général Charles de Lauzun, DGA

L'orateur donne un certain nombre de précisions sur les systèmes actuels (déjà évoqués ci-dessus) et les besoins à horizon 2015 qu'il n'est pas possible de reprendre ici. Il observe que rien de tout ce qui parait nécessaire aujourd'hui ne sera acquis si des programmes dûment budgétés ne sont pas mis en place au niveau des Etats européens coopérant à une défense commune. Il faut aussi dès maintenant sécuriser l'outil industriel.

Les budgets globaux à consacrer à l'Europe spatiale de la défense devraient être portés dorénavant de 1 md d'euros actuellement à 2 milliards. On reste loin des 20 mds de dollars américains mais cela pourrait suffire compte tenu des ambitions militaires européennes plus réduites.

Un document a précisé tout ceci, c'est le rapport remis au ministre de la défense par l'ambassadeur Bujon de l'Estang en 2004, dont l'objet était de convaincre les pays européens de confier leurs moyens spatiaux de défense à l'Agence européenne de défense.

Note: Dans un article du Monde daté du 14 juin 2005, François Bujon de l'Estang avait présenté les grandes lignes de ses recommandations. Vu l'importance du sujet, nous en reprendrons ici les principaux passages:

Confrontés à la mondialisation des risques et des menaces, pleinement avertis de la nécessité de moderniser encore leur « armée des machines », les Etats-Unis, puissance globale, ont entrepris pour leur compte une révolution des affaires militaires au sein de laquelle les systèmes spatiaux de satellites tiennent une place centrale : les forces spatiales sont partie intégrante de la posture dissuasive des Etats-Unis.

Ambassadeur à Washington, lors de la publication en janvier 2001 du rapport Rumsfeld, j'avais alors été très frappé de l'importance accordée à la space dominance, concept construit autour de l'idée forte que dominer le spectre de l'information devient aussi critique pour la conduite d'un conflit ou d'une opération de maintien de la paix que jadis l'occupation du terrain ou le contrôle de l'espace aérien.

Cette évolution majeure ...fait apparaître une intégration sans précédent des satellites aux autres sources de reconnaissance, de communication et de commandement - l'architecture d'ensemble dépendant de façon critique de télécommunications sûres et à haute capacité via satellites (Network Centric Warfare - Voir http://www.dod.mil/nii/NCW/).

L'effort américain est donc à la fois doctrinal et concret. Il se traduit en une programmation stratégique et des budgets impressionnants, de l'ordre de 20 milliards d'euros par an, à comparer à un demi-milliard pour le budget français et 650 millions pour l'effort européen. Il pourrait, à en croire la presse anglo-saxonne, être encore amplifié si l'administration américaine suivait les propositions de l'Air Force en matière d'utilisation des engins spatiaux à des fins offensives.

Les capacités spatiales de défense de la France sont loin d'être insignifiantes...
...mais elles sont incomplètes et dans certains domaines embryonnaires ou inexistantes. L'avenir des filières n'est pas assuré, l'enchaînement des démonstrateurs et des programmes opérationnels n'est pas planifié. Au fil de la décennie 1990, le budget spatial militaire s'est trouvé en termes réels diminué de plus de moitié. Aucun programme nouveau, faute de décision dans les années passées, faute aussi d'une organisation défendant les couleurs de l'espace au sein des armées, n'est prévu au-delà de 2010. Les utilisateurs opérationnels reconnaissent que les moyens spatiaux - données images ou moyens de communication -, s'ils peuvent être précieux au niveau politique, ne sont sur le terrain que de peu d'utilité, n'étant pas accessibles ou étant peu adaptés. L'illusion de l'excellence ne saurait dissimuler la pauvreté des moyens opérationnels.

Encore faut-il ajouter que les capacités spatiales de défense ne sont pratiquement pas partagées à l'échelle européenne, à la différence du programme civil, européanisé presque dès l'origine (Ariane). Hélios est français à 95 %, les démonstrateurs sont nationaux. Nos voisins n'ont entrepris aucun programme de satellite pour la sécurité, laissant la France ouvrir la voie et se fiant aux alliés, ou bien n'ont conçu que des programmes très modestes sur des bases nationales.

Il est plus que temps de réagir. Tout indique que l'espace constitue une nouvelle dimension stratégique clé de la politique de défense et de sécurité et que nous nous trouvons à un tournant comparable à celui apparu au milieu du siècle dernier avec la prise en compte de la dimension nucléaire. Un décalage s'est insinué entre la France et l'Europe d'un côté, et les Etats-Unis de l'autre, tant dans la réflexion stratégique que dans l'action programmatique, qui expose la France à ne plus être en mesure dans quinze ans de participer concrètement à des opérations « réseaux centrées » de police internationale. Si nous ne prenons pas dès maintenant certaines orientations décisives, nous prenons le risque d'un vrai décrochage européen bien avant 2020 dans un domaine-clé de haute technologie.

Ces interrogations graves sont à l'origine d'une prise de conscience dans notre pays. C'est au Salon du Bourget, voici deux ans, que le ministre de la défense, Mme Alliot-Marie, a marqué de la façon la plus nette son intérêt pour qu'une « réflexion d'orientation stratégique » soit entreprise sur une politique spatiale de défense et de sécurité. A son initiative, une mission de réflexion interne au ministère de la défense, que j'ai eu l'honneur de présider, a été conduite tout au long de l'année 2004, enrichie de nombreuses auditions de personnalités du monde spatial. Elle a conclu à la nécessité de donner à notre effort spatial un nouveau souffle, parce que les besoins sont avérés, et que les moyens de les satisfaire ont été identifiés et sont à la portée de l'Europe.

Les besoins de nos armées sont connus de leurs plus hauts responsables, comme sont identifiées les lacunes capacitaires nationales et européennes. Il faut mettre en place une véritable politique spatiale duale utile à nos forces, amenées à intervenir de plus en plus en coalition, et attractive pour nos partenaires. L'urgence commande de se concentrer sur les capteurs d'imagerie et les voies modernes d'acheminement de l'information, et d'investir les autres champs d'application du spatial comme l'écoute, les techniques de positionnement précis, l'alerte avancée et la surveillance de l'espace.

....Ce n'est qu'en combinant une approche nationale et une approche européenne, et en recherchant l'effet multiplicateur de la « dualité » civile-militaire, que nous pourrons satisfaire des besoins à l'évidence croissants et partager de façon solidaire un enjeu qui dépasse les clivages nationaux.
Enfin, une politique spatiale ambitieuse doit se concrétiser par un effort capacitaire. L'histoire des vingt dernières années montre que cela ne va pas de soi. Un tel effort ne peut être réalisé que s'il s'appuie sur une très forte volonté politique et budgétaire.

La France se doit de montrer l'exemple pour légitimer l'appel à un effort commun. Elle doit exprimer sa vision nationale, faire les choix doctrinaux et d'architecture qui conviennent, orienter annuellement politique et programmes. Des fonds publics seront nécessaires, l'analyse détaillée en a été faite. ...

... A l'échelle européenne, des travaux ont été entrepris pour analyser les lacunes capacitaires. Ils sont très préliminaires et ne voient pas loin. Nous devons nous employer à convaincre un par un nos voisins de la nécessité de procéder à un inventaire des besoins et des solutions permettant de les satisfaire. Nous pouvons aussi faire des propositions, à partir des études de démonstrateurs en cours, et consulter nos partenaires sur des initiatives conjointes dans le domaine des nouvelles « fonctionnalités » comme l'alerte ou la surveillance de l'espace. Il appartiendra, enfin, à la nouvelle Agence européenne de défense de relayer efficacement cette impulsion politique.

L'enjeu est d'importance, en termes de stratégie de défense comme d'outil industriel. Faute de prendre des décisions rapidement, nous assisterons par impuissance à un décrochage irrémédiable avec les Etats-Unis, que nous ne pourrons plus rattraper si nous ne donnons pas à nos industriels les orientations politiques et budgétaires qui peuvent seules les mobiliser. Quand la fracture sera devenue apparente, il sera trop tard pour la réduire."

François Auque, PDG EADS Space
http://www.space.eads.net/

L'orateur souhaite préciser 3 points.

Premier point : La défense européenne dispose d'outils performants par rapport à leurs coûts. Ceci repose sur un investissement massif français élargi par coopération avec l'Allemagne et l'Italie. Les lanceurs assurent l'indépendance, les satellites d'observation et de télécommunication sont efficaces.
Le budget est ce qu'il est. On dit 1 md d'euros, mais c'est plutôt 600 mns. La France en supporte l'essentiel.
En termes techniques, la technologie est encore remarquable. Mais ces atouts ne sont pas pérennes, faute de renouvellement programmé. De plus des champs entiers ne sont pas couverts : lanceurs de demain, surveillance des objets spatiaux, interceptions anti-missiles, lanceurs balistiques.
Les industriels ont fait d'importants efforts d'amélioration de leur productivité. Ils ont consenti des restructurations. Ils ont réduit les effectifs. Mais les 30% supprimés se payent en termes de pertes de compétence.

Deuxième point. Qu'en sera-t-il en 2015 ? Il y aura une explosion de besoins nouveaux bien étudiés aujourd'hui : il faudra établir les réseaux info-centrés (net centric, cf ci-dessus), il faudra surveiller l'espace, anticiper les menaces balistiques, pallier la vulnérabilité des engins spatiaux. Au plan industriel, il faudra sécuriser l'outil actuel. L'accès à l'espace n'est pas garanti s'il n'y a pas de programmes en ce sens.
Les grands programmes doivent avoir des successeurs : Hélios 2, SARlupe, CosmosSkymed. Les démonstrateurs que l'on réalise doivent déboucher sur un programme européen.

Troisième point. Que faire ? Il faut appliquer le programme remis par l'ambassadeur Bujon de l'Estang au ministre de la défense : mettre les systèmes spatiaux au coeur du système de défense, proposer des pistes concrètes de coopération aux alliés et finalement doubler le budget. Ce rapport a été approuvé par tout le monde. Qu'attend-on pour le mettre en application. La seule décision à prendre est facile. Elle est budgétaire, pour un montant de 1 md, c'est-à-dire sans commune mesure avec les gains qui en découleront.

Qu'attend-on pour la prendre. Les mois passent et rien n'est encore décidé.


Blaise Jaeger, Directeur des télécommunications, Alcatel Alenia Space
http://www.alcatel.com/space/

Les problèmes de l'espace dédié aux citoyens recoupent ceux de l'espace militaire. Dans tous les cas il faut acquérir de l'information, l'exploiter sur le théâtre, la diffuser, la fusionner et la retraiter. Le citoyen demande sans cesse plus de débit. Mais il en est de même du militaire.

Or si on ne met pas le militaire au même niveau que celui donné aujourd'hui au citoyen par le progrès permanent des techniques, on obtiendra une fracture militaire/citoyen. Autrement dit le militaire perdra confiance et perdra ses compétences. L'espace de la défense est aussi la défense de l'espace.


Conclusion Remonter au sommaire

Christian Cabal, député, président du groupe parlementaire sur l'espace.

Il y a manifestement une déception de la communauté spatiale à l'égard des hommes politiques et plus précisément des parlementaires. On pense qu'ils ne comprennent pas les enjeux de l'espace. Ce n'est pas tout à fait exact, notamment au sein du Parlement français. Nous essayons actuellement de développer des relations interparlementaires sur les questions spatiales, avec les Parlements européens et ceci même au-delà de l'Europe. Mais la tâche reste difficile.

Il faut bien voir que les parlementaires, même s'ils sont au fond d'eux-mêmes convaincus, ont toujours des soucis plus immédiats, comme en ce moment par exemple la crise des banlieues qui, aussi grave soit-elle, ne durera pas aussi longtemps que l'aventure humaine dans l'espace.

Il faudrait une pression du grand public. Cela se fera peu à peu autour des questions de l'environnement. De même, l'accent mis par la presse sur les grands événements, comme les lancements de fusées ou les découvertes de planètes (pensons à Titan) maintient l'intérêt du public.

Cependant, cela ne suffira pas. On enregistre dorénavant de grands entrants nouveaux dans l'espace qui vont marcher à pas rapides, avec l'intention de ne se laisser arrêter par rien, notamment pas par les questions de crédit, les risques et éventuels accidents. C'est la Chine, l'Inde, le Brésil. Ils nous montrent que l'espace n'est pas une danseuse, comme on avait dit en France, mais vraiment la voie d'avenir de l'humanité.

Ce colloque l'a rappelé. Nous pouvons le considérer comme un nouveau point de départ. Il y a 8 ans, avec Henri Revol j'avais fait un premier rapport qui dans l'ensemble a été suivi d'effets. Henri Revol a proposé que nous reproduisions l'exercice, afin de déposer de nouvelles propositions en 2006 axées sur l'évolution des besoins et les nouvelles perspectives de coopération européennes. Ceci sera fait.

Que retenir par ailleurs des interventions. Voici quelques points marquants :

- L'exposé du Japon a montré la difficulté de réaliser des lanceurs japonais. Mais les Japonais continuent à injecter des crédits - le budget de la JAXA est supérieur à celui du CNES - car ils savent que les lanceurs sont la pierre de base d'une politique d'indépendance.

- Quid des vols habités ? Le débat continue pour savoir s'ils ne peuvent être remplacés par des vols robotisés, qui laisseront des crédits disponibles pour des expériences scientifiques. Le débat est normal. On ne le tranchera pas ici.

- Quid des politiques spatiales des Etats européens ? L'Italie est le seul pays européen disposant d'une politique spatiale de longue haleine. L'Allemagne crée des soucis. Elle bloque actuellement des décisions importantes. Sa politique spatiale est très en dessous de ses possibilités économiques et industrielles. De quel moyens, suite à la nomination du nouveau gouvernement disposera le budget allemand de l'espace ?

- Le programme GEO va représenter un progrès considérable dans l'utilisation des données d'observation de la Terre, en prolongement de GMES. Ses succès devront être portés à la connaissance du public par une politique de médiatisation bien faite.

- Eutelsat est une entreprise française de bonne qualité et dynamique.

- Galiléo a frôlé la catastrophe la semaine dernière, pour la raison exposée par un intervenant. Grâce à l'ESA, l'essentiel a été sauvé. Mais rien n'est encore vraiment bouclé. Il faut le savoir. D'autant plus que les Russes vont améliorer leur Glonass et les Américains le GPS.

- En ce qui concerne la défense, ou l'effort français est maintenant bien relayé par l'Italie, il ne faut pas espérer faire la même chose que les Américains. Le DOD lance des constellations de satellites dont l'Europe n'a pas vraiment besoin. Avec 1 md d'euros supplémentaires par an, comme il a été dit, l'Europe pourrait faire aussi bien, compte tenu de ses ambitions, que les USA. Il faudrait donc le faire. François Auque a eu raison d'insister.

- En matière de rationalisation des choix budgétaires, les parlementaires français peuvent espérer disposer d'éléments donnant une plus grande clarté sur les programmes, l'évaluation des résultats et les possibilités de réaffectation. Cela résultera de la LOLF ( NB. Voir http://www.minefi.gouv.fr/lolf/index1.html), dont les députés et sénateurs devront absolument apprendre à se servir au moment des discussions budgétaires. On peut espérer que les arbitrages en faveur de l'espace pourront en être facilités.
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Note:
Voir aussi notre article: Pour que l'Europe devienne une société spatio-centrée. http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2005/68/societespatiocentree.htm

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