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La sérenpidité ou l'exploitation créative de l'imprévu
Par Jean-Louis Swiners
30 mars 2005


Jean-Louis SwinersJean-Louis Swiners dirige WWWarketing Consultants, une équipe de consultants qui organisent et animent au sein des entreprises des wargamings créatifs stratégiques, une méthodologie dont il est l'inventeur*.
Rédacteur en chef de L'Encyclopédie de l'Innovation, de la Créativité et de la Stratégie, il est l'auteur de plusieurs articles sur la sémiotique de la photographie, la créativité publicitaire, la pratique de la décision en univers concurrentiel, le marketing de combat et la stratégie.
Pratiquant (en le sachant) la sérendipité depuis plus de de quarante ans, Jean-Louis Swiners est notamment l'auteur avec Jean-Michel Briet de l'ouvrage "L'Intelligence créative au-delà du brainstorming. Pour innover en équipe", Editions Maxima, 2004, dans lequel ils défendent l'idée que le refus de la sérendipité (le mot et la chose) est une des causes du retard de la France en matière d'innovation.


* Celle-ci consiste à impliquer les équipes dirigeantes dans l'imagination et la mise en œuvre de la meilleure stratégie possible face aux stratégies potentielles des concurrents. Chaque équipe est scindée en plusieurs mini-équipes se mettant chacune dans la peau d'un des concurrents de l'entreprise. L'objectif est d'imaginer des scénarios et stratégies que ceux-ci ne peuvent pas imaginer que l'on imaginera.
http://www.wwwarketing.com/300_wargaming_attitude.htm

Pour en savoir plus sur la sérendipité
http://wwww.intelligence-creative.com/350_serendipite.html

En 1996, le prix Nobel de chimie était décerné à Robert Curl, Harold Kroto et Richard Smalley pour leur découverte, par hasard et par chance, des plus belles molécules du monde, les fullerènes, découverte à l'origine des nanotechnologies. En 2000, le prix Nobel de chimie récompensait une autre équipe de trois chercheurs pour leur découverte "par sérendipité" des polymères conducteurs de l'électricité. En 2003, le prix Nobel de chimie récompensait Peter Agre et Roderick MacKinnon pour leur découverte des canaux dans les membranes des cellules : à l'origine, la sérendipité. Plus près de nous, trois produits miracles, des "blockbusters" : le Viagra : la sérendipité ; le Botox : encore la sérendipité ; le Zyban : toujours la sérendipité.

Molécule de Fullerène (C60)  © Chris Ewels
Découverte par sérendipité,
des plus belles molécules du monde, les fullerènes
© photo : Chris Ewels


Connaissiez-vous ce concept polymorphe caché derrière un mot "qui n'est pas français" - et qui n'est même pas dans le dictionnaire (bien qu'il soit sur Internet dans l'encyclopédie en ligne Wikipedia(1), dans un million et demi de pages de langue anglaise et dans 7 000 pages de langue française) : la "sérendipité" ("serendipity" en anglais), à laquelle Automates Intelligents vient de consacrer un article sous la plume de Pek van Andel, prix IG Nobel(2) 2000 de médecine ? Non ? La sérendipité est pourtant, d'après l'analyse du consultant en stratégie et professeur à la business school de Jamshedpur : Madhukar Shukla, à l'origine de 20 % des inventions(3). Elle est, d'après l'analyse de Peter Drucker le pape du management, la source principale d'innovation(4). Elle constitue, d'après l'enquête menée pendant cinq ans par deux consultants américains Alan Robinson et Sam Stern, l'une des six grandes sources de créativité au sein de l'entreprise(5).

Pek van Andel a réussi à le faire admettre dans un dictionnaire en Hollande, et milite pour son introduction dans le dictionnaire français en proposant en prime "sérendipiteux" pour traduire "serendipitous" et "sérendipitiste" pour qualifier la personne douée de sérendipité. Il définit celle-ci comme don de faire des trouvailles, c'est-à-dire de trouver ce que l'on n'a pas cherché, entendant par "trouvaille" la combinaison originale, aux yeux de l'investigateur, de deux ou plusieurs éléments connus en quelque chose de neuf et vrai (en science), de neuf et utile (dans le domaine technique), ou de neuf et fascinant (en art).
De façon générale, la sérendipité est le processus cognitif qui amène à trouver quelque chose par chance ou par hasard alors qu'on ne le cherchait pas. Pour nous (qui avons conclu à la nécessité de ce néologisme), une sérendipité sera le résultat de ce processus (comme une perception est le résultat de la perception).
Nous traduirons serendipitous par "sérendipitant" plutôt que "sérendipiteux" (peu élégant), ou "sérendipitien" comme Wikipedia le propose.

LES AVATARS DE LA SÉRENDIPITÉ


Nous l'avons dit, la sérendipité est un concept polymorphe. Horace Walpole (1750), son inventeur, Robert King Merton (1945), Jean Jacques (1980), le premier à en tirer une vraie réflexion philosophique en même temps que sur l'imprévu, lui donnent des sens quelque peu différents. Entre-temps, le mot était passé dans l'anglais courant avec une quatrième acception, et Alain Peyrefitte avait essayé d'en imposer une cinquième.

Origine et étymologie d'un mot "pas français"

C'est un politicien, écrivain et grand (le plus grand peut-être) épistolier anglais, Horace Walpole (1717-1797), qui a créé le mot en s'inspirant d'un "silly fairy tale" (un conte de fées idiot), écrit-il lui-même, Les Princes de Serendip, lesdits princes passant leur temps à faire des découvertes inattendues. L'histoire est reprise par Voltaire dans Zadig. Le mot est repris en 1945 par un scientifique américain, Walter Cannon, et à la même époque par Merton, un des grands sociologues américains- inventeur notamment des focus groups - qui, curieusement, ne s'en servira pas ensuite.

Sens et contresens

Les deux sens les plus usuels
Pour opérationnaliser le concept, nous serons conduits à distinguer 4 sens du mot. Mais voici dès maintenant les deux pôles autour desquels tournent les autres acceptions.

Langage courant
En anglais et en américain courant, la "serendipity" est le don de faire par hasard des rencontres ou des découvertes heureuses. Ainsi du film Serendipity, au titre emprunté au fameux salon de thé de New York du même nom, des magasins portant l'enseigne éponyme, des Serendipity Shop où l'on est censé trouver le cadeau auquel on ne pensait pas, du logiciel pour téléphone mobile, Serendipity, sur lequel travaille une équipe du MIT, qui permet des rencontres avec des gens partageant vos centres d'intérêt, etc.

Langage technique
Techniquement, la sérendipité est le fait de comprendre que l'on a trouvé ou découvert par hasard, par chance ou par accident, quelque chose d'important que l'on ne cherchait pas.
C'est le sens que lui donne l'encyclopédie en ligne Wikipedia, donnant comme exemple de sérendipité la découverte de la pénicilline, celle des polyéthylènes (cette matière plastique dont on fait les sacs en plastique)...


Un contresens : l'effet serendip
Il arrive qu'on trouve ou qu'on obtienne le contraire de ce que l'on cherchait. C'est l'effet serendip d'Alain Peyrefitte dans Le Mal Français (1980) : on cherche à faire le bien et on fait le mal. "Trouver par hasard ce que l'on ne cherche pas. Ne jamais trouver ce que l'on cherche. Commettre une erreur qui tourne à votre l'avantage. Vouloir du mal à quelqu'un et assurer sa prospérité. Fort de l'expérience, manœuvrer en sens opposé et aboutir à plus inattendu encore. Walpole appela ce curieux phénomène serendipity. Nommons-le effet serendip"(6).
Dans The March of Folly(7), Barbara Tuchman analyse des effets serendip anglais et américains.
La sérendipité serait alors la faculté de trouver systématiquement le contraire de ce que l'on cherche. C'est un contresens(8) facilité par l'ambiguïté du mot "trouver". Dans la sérendipité on découvre quelque chose, dans l'effet serendip on obtient un résultat contraire à celui que l'on cherchait à obtenir, c'est très courant en sciences sociales et politiques(9).

Son contraire : la zemblanité
Notons ici qu'on doit au romancier anglais William Boyd l'invention de l'antithèse de la sérendipité : la zemblanité. Il imagine, dans son roman Armadillo, une île imaginaire, Zembla, aux antipodes de Serendip (c'est la Nouvelle-Zemble, au nord de la Sibérie), où règne "the faculty of making unhappy, unlucky and expected discoveries by design" : la faculté de faire de façon systématique des découvertes malheureuses, malchanceuses, attendues et n'apportant rien de nouveau…(10).

Hasard, chance, inattendu, imprévu et circonstances
Notons qu' une découverte ou une invention peut être faite par hasard ou par chance sans être sérendipitante.
Par exemple, l'invention des roller-skates. En 1980, Olson Scott, un hockeyeur sur glace cherchait à s'entraîner l'été. Il tombe par hasard dans un vieux grenier sur une veille paire de patins à roulette en ligne. Bingo. Cas classique de bissociation.
De même l'invention du VTT, qu'elle ait eu lieu en 1948 dans la banlieue de Paris alors truffée de carrières ou en 1974 dans les montagnes toutes proches de San Francisco, n'a pas été due au hasard mais, dans les deux cas, à un concours de circonstances. Comme l'invention du bicross dans la banlieue plate de Los Angeles

Ces concours de circonstances peuvent être fortuits : Friedrich von Kekulé invente la formule hexagonale du benzène en rêvant, endormi devant un feu de bois, d'un serpent de feu qui se mord la queue. Belle inspiration (du type ah ! ah !)… De même, l'invention des chaussures de sport à semelle gaufrée faite par Bill Bowerman en regardant sa femme mouler des gaufres, ou celle du procédé du verre flottant faite par Alistair Pilkington observant comment la graisse surnage à la surface de l'eau dans une casserole, s'étale et se fige ; ou celle de la planche à voile par Newman Darby faite pour aller à pied sec sur la petite île en face de chez lui, ne sont pas des traits de sérendipité.

QUELQUES GRANDES SÉRENDIPITÉS

Pour opérationaliser le concept de sérendipité, il nous faut bien analyser le processus cognitif et pour cela, partir du réel, d'exemples avérés de sérendipité. Au moins trois listes toutes faites s'offrent à nous.

Royston Roberts
Royston Roberts - chimiste de talent (Merck, inventeur d'un procédé de synthèse de la chloroquine) puis professeur d'université - dans son Serendipity. Accidental Discoveries in Science(11), qui se veut un grand inventaire des sérendipités, donne au fil des chapitres les découvertes suivantes comme résultant de la sérendipité : celle du principe d'Archimède, de l'Amérique, de la quinine, de la loi de la gravitation universelle, de l'électromagnétisme, de la vaccination, de l'oxygène, de l'hélium, des vertus anesthésiantes de l'éther, de l'urée, du daguerréotype, de la vulcanisation, du caoutchouc synthétique, du mauve, de l'indigo, du bleu monastral, de la formule du benzène, de la dynamite, du celluloïd, de la rayonne, du pétrole, de la confirmation expérimentale du big bang, des pulsars, de la lune de Pluton, de l'insuline, de la pilule anticonceptionnelle, du LSD, des rayons X, de la radioactivité, des édulcorants de synthèse, du verre de sécurité, de la pénicilline, du nylon, du polyéthylène, du teflon, de l'essence, de l'aspirine, du minoxidil, de l'interferon, de la caphalosporine, de la cyclosporine, des polycarbonates, du Velcro, de l'Ivory Soap, des Corn Flakes, des Post-its, du Scotchgard, de l'ADN…

Jean Jacques
Jean Jacques - chimiste lui aussi et professeur au Collège de France - à la fin de son ouvrage L'Imprévu ou la science des objet, consacre un chapitre à "Des extraits d'un catalogue de découvertes imprévues", dans lequel, d'Adrédaline à Ypérite, il donne 56 découvertes en chimie dues à la sérendipité.

À considérer ces deux listes, si l'on admet que, la moitié environ, d'après l'estimation de Martin Harwit, des découvertes astronomiques récentes, que la plupart des grandes découvertes archéologiques, et que pratiquement toutes les découvertes géographiques sont dues à la chance ou au hasard, on peut penser que la liste des découvertes qui ne relèvent pas de la sérendipité serait nettement moins longue que celle qui en relève !

Madhula Shuklar : la sérendipité un des quatre grands processus créatifs
Madhula Shuklar, cherchant à analyser le processus créatif de 80 grandes découvertes, en retient 16 sur 80 qui sont d'après lui dues à la sérendipité : le phonographe, le champ électromagnétique, la découverte du processus par lequel la rubéole entraîne des malformations congénitales, la non-découverte de la fission nucléaire par absence de sérendipité (Enrico Fermi passant à côté), le courant électrique, la guérison du diabète, les rayons X, le verre de sécurité, la fondation de 3M, le Téflon, le processus de transmission du typhus, la confirmation expérimentale de la théorie du Big Bang, le processus de vulcanisation du caoutchouc, la structure des cristaux, les Post-It, le principe de la vaccination...
Les autres inventions ou découvertes qu'il a choisi d'analyser sont dues, pour lui, à l'inspiration (x 11), à l'inconscient (x 23), à la bissociation (x 13), voire simplement au processus académique exploration-expérimentation (x 23). La conclusion inattendue à laquelle il arrive est que la sérendipité est pour lui un des quatre grands processus créatifs.

Les domaines de la sérendipité

On voit que la sérendipité s'exerce dans les domaines et les disciplines les plus diverses
Si on la prend au sens large, c'est un phénomène général et universel du domaine de l'imprévu, un concept polymorphe qui apparaît chaque fois que l'on a affaire à la chance et au hasard. Le problème est que tout devient alors sérendipité.
Au sens étroit, dans l'univers de la recherche, on la trouve, de fait, un peu partout :

    Les domaines classiques
    - La chimie générale (le mauve, le Lexan, le Kelvar, la kératinase, les fullerènes,...),
    - La chimie pharmaceutique et agroalimentaire (les édulcorants de synthèse, Aspartam, ...),
    - La médecine (la pénicilline, la chloropromazine et les antidépresseurs, le Viagra, le Botox, le Zyban, …),
    - La physique (les rayons X, l'hologramme, ...)

    Les nouveaux domaines

    - Internet
    - La recherche de l'information,
    - L'intelligence économique,
    - L'innovation exogène (Procter & Gamble),
    - L'innovation technique (le Velcro, le micro-ondes, la Superglue, l'imprimante à jet d'encre, le pacemaker, le Post-It…),
    - Les business-models (le modèle OODA : Observe, Oriente, Decide, Act).


    Autres domaines
    - les produits grands public (Ivory Soap de Procter & Gamble, Kleenex de Kimberly Clark, Corn Flakes de Kellogs, ...)
    - L'archéologie (la Vénus de Milo, la pierre de Rosette, les manuscrits de la Mer Morte, Pompéi, Machu Picchu, Xian…),
    - L'art culinaire (la champagnisation, les Bêtises de Cambrai, le Fontainebleau, la tarte Tatin, le Caprice des Dieux; le madère, le Sauternes…),
    - L'astronomie (les Pulsars, le Big Bang, ) ,
    - La géographie (l'Amérique, le Brésil, les Galapagos…),
    - La criminologie (Sherlock Holmes…).

Catalogue de quelques sérendipités célèbres ou exemplaires

Voici quelques histoires de sérendipités célèbres ou exemplaires donnés par ordre alphabétique. Ils passent d'un degré de sérendipité à un autre et d'un domaine à un autre. Nous chercherons à en dresser une classification en conclusion.

Deux cas historiques

Commençons par deux cas historiques.
Notons que si, pour nous, ce sont des cas de pure sérendipité, pour Royston Roberts l'" Euréka ! " d'Archimède est un cas de pseudo-sérendipité.

L'" Eurêka ! " d'Archimède
Archimède s'était fait fort de dire au roi Hiéron II de Syracuse combien d'argent son orfèvre avait mis dans la couronne soi-disant en or pur qu'il lui avait fabriquée. Cherchant plus ou moins à résoudre ce problème, il se fait couler un bain, rentre précipitamment dans la baignoire remplie à ras bord, la fait déborder et inonde la salle de bain.
Tout le monde aurait vu là une catastrophe et la perspective d'un dégâts des eaux. Et en aurait tiré les conclusions ou prescriptions suivantes : il ne faut jamais remplir complètement une baignoire et y rentrer avec précaution pour éviter de la faire déborder.
Archimède en tire une toute autre "abduction" : un corps plongé dans un liquide déplace un volume d'eau égal à son volume. C'est le principe d'Archimède.
Il croit avoir trouvé la solution au problème de la couronne. Nous avons montré - et même démontré - par ailleurs(12) que ce principe ne lui permettra pas de résoudre le problème d'Hiéron.
Reste un bel exemple de sérendipité par la récupération d'un incident malheureux. Non è vero, è bene trovato. Ce n'est pas vrai, mais c'est bien trouvé. C'est ce que nous appelons le syndrome de Vitruve, l'inventeur de l'histoire.

L'hélice de bateau
Dans les années 1830, un Anglais, Francis Petit Smith, cherchait à adapter la vis d'Archimède à un bateau (comme Léonard de Vinci avait proposé de le faire pour l'hélice aérienne). Il l'avait beaucoup raccourcie mais il avait laissé encore deux tours de vis complets car sans cela, pour lui, cela ne pouvait pas marcher. Il faisait un essai sur le canal Paddington (qui relie la Tamise près de Londres à Birmingham). Le bateau ne parvenant pas remonter le faible courant provoqué par une écluse, est drossé contre le quai, casse la moitié de la vis - et repart en avant. L'hélice de bateau était inventée ! Il suffira à Smith d'augmenter le nombre de pales et de diminuer leur largeur pour mettre très vite au point des hélices comme on les voit aujourd'hui.

Continuons par ordre alphabétique.

Aspartam (le Canderel) (Jim Slatter, Searle)
En décembre 1965, Jim Slatter de chez Searle, cherchant un produit pour lutter contre les ulcères gastriques, synthétise un intermédiaire, l'ester aspartyl-phenylalanine methyl, nécessaire à une expérience. Par inadvertance, il s'en met un peu sur le bout des doigts. Humectant plus tard son index pour séparer des feuilles de papier, il s'aperçoit qu'il est sucré. Il fait l'hypothèse que c'est l'ester et, au mépris de tous les principes de précaution, le teste aussitôt sur lui-même et son assistant.
Searle comprendra tout de suite l'importance de la découverte et passera du médical à l'agroalimentaire.
Racheté par Monsanto. Aujourd'hui Canderel.

Botox (Jean Carruthers, Allergan)
La toxine botulique est une neurotoxine très puissante (et, même, une arme bactériologique). Elle était employée avec précaution pour paralyser certains muscles du visage et guérir en particulier les spasmes des paupières.
En 1987, Jean Carruthers s'aperçoit qu'elle atténue les rides autour des yeux. Son mari est chirurgien esthétique. Le Botox est lancé comme produit antirides.

Chloropramazine et antidépresseurs
Henri Laborit était chirurgien et utilisait la chloropromazine comme anesthésique. Un jour il s'aperçoit que cette substance chimique avait des effets intéressants sur des malades dépressifs et en fait part à des confrères psychiatres. La révolution des neuroleptiques (Largactil, Thorazine, etc.) était déclenchée.

Édulcorants de synthèse
Tous les édulcorants de synthèse (saccharine, aspartame, acesulfame-K, cyclamate de sodium, sucralose) ont été obtenus jusqu'à présent par sérendipité. On ne sait pas inventer une substance chimique qui ait un goût sucré. On ne sait que découvrir qu'une substance l'a.
L'erreur de base va d'un manque absolu de respect d'un protocole expérimental à une erreur de lecture d'un assistant de recherche indou qui, au lieu de lire "test", "faites un essai", lit "taste", goûter, et donc, obéissant, goûte, et découvre que les dérivés chlorinatés de saccharose sont plusieurs centaines de fois plus sucrés que le sucre.

Fullerènes (Nobel 1996)
De l'infiniment grand à l'infiniment petit. Jusque là le carbone n'existait que sous deux formes : le graphite et le diamant Harold Kroto, un chimiste, pensait que l'on trouvait de longues molécules de carbone dans les étoiles géantes . Un ami Robert Curl le met en contact avec Richard Smalley qui a construit un appareil qui peut vaporiser n'importe quoi et l'analyser. Il vaporise du graphite et obtienne bien une troisième forme mais, surprise ! non pas sous forme de longue chaîne mais de sous forme de molécules regroupant 60 à 70 atomes de carbone dans une structure ressemblant à celle d'un ballon de football ou de façon plus précises aux fameuses structures de Buckminster Fuller. Les fullerènes (que d'autres appellent Buckballs et qui sont pour certains les plus belles molécules du monde) étaient découverts. Ils ouvraient la voie aux nanotechnologies (le nanomètre mesure un millionième de millimètre).
Voir : http://www.ornl.gov/ORNLReview/rev26-2/text/rndmain1.html

Helicobacter pylori (Barry Marhall)
La découverte de cette bactérie, cause des ulcères gastriques, est due au même genre d'accident que celui qui a conduit à la découverte de la pénicilline. Le chercheur Barry Marshall, australien et nobelisable, part en vacances et trouve la solution de son problème en rentrant. Ce sont des bactéries qui provoquent les ulcères d'estomac !
Incrédulité du monde scientifique. Les ulcères d'estomac sont dus à une hyper-acidité de la paroi gastrique due au stress et sûrement pas à des bactéries ! Barry Marshall mettra dix ans à faire prévaloir sa vérité scientifique se prenant lui-même comme cobaye pour en prouver le bien fondé.

Imprimante à jet d'encre (Ichiro Endo, Canon vs. HP)
Un chercheur de chez Canon, Ichiro Endo, fait un faux mouvement. Son fer à souder chaud tombe sur un seringue d'encre et sa pointe chaude entre en contact avec le col de la seringue, faisant s'en échapper une petite éclaboussure d'encre. Intrigué, Endo reproduit le phénomène en le photographiant avec une caméra ultrarapide. Par hasard et par chance, il comprend et invente le principe de l'imprimante à jet d'encre (Bubble Jet), peu avant Hewlett-Packard qui l'inventait de son côté par des voies différentes mais tout aussi peu conventionnelles(13).

Java (SunMicrosystems)
Le langage Java avait été développé chez SunMicrosystems pour une application spécifique. Commercialisé sous le nom de Oak pour la télévision interactive et les consoles de jeux vidéo, c'est un échec. Le président et fondateur, Bill Joy, s'aperçoit alors que, sans le faire exprès, ils ont développé une application qui convient à merveille aux navigateurs Internet. Rebaptisé Java, il est devenu indispensable.

Kevlar (DuPont)
Stephanie Kwolek, chercheur chez DuPont, obtient un résidu noirâtre tout juste bon à jeter. La dureté de cette matière plastique, qu'elle ne parvient pas à décoller du récipient ayant servi à l'expérience, l'étonne. Elle vient de synthétiser par hasard et de découvrir une matière plastique cinq fois plus résistante que l'acier : le Kevlar.

Lockheed F-16 Fighting Falcon
En 1972, à la suite des énormes dépassements de crédit entraînés par le programme F 15 Eagle de McDonnell, l'Armée de l'air des États-Unis décide d'explorer les possibilités de concevoir un avion de chasse plus petit et moins cher. Elle charge deux constructeurs, dont General Dynamics, de se livrer à ce qui n'était pour elle qu'un exercice de style. Elle n'avait aucune intention de mettre un tel avion en service.
General Dynamics reprend les théories de John Boyd (voir plus bas le cycle OODA) et présente le GD 401, construit à un exemplaire, qui vole pour la première fois début 1974. C'est un gadget, un avion monoréacteur, qui n'a aucune stabilité naturelle, dans lequel le pilote est allongé - ce qui lui permet d'encaisser jusqu'à 9 G en virage prolongé - sous un immense canopy. Le pilotage se fait par joystick à main droite. Rien n'a été fait pour que l'avion soit très rapide : vitesse maxi Mach 2.
Toujours aucune intention de le produire en série. Ce n'était qu'un concept-plane destiné à rejoindre le grand cimetières des avions morts-nés(14).
Des observateurs de petits pays étrangers s'intéressant malgré tout par hasard à ce prototype pas cher, agile, bien armé, General Dynamics le développe un peu et présente en 1975 une version opérationnelle. Bingo ! Cinq mois plus tard, la Belgique, le Danemark, la Hollande et la Norvège passent commande.
Aujourd'hui General Dynamics a été repris par Lockheed Martin et le F-18 Fighting Falcon s'est vendu à plus de 4 000 exemplaires (dans des versions constamment améliorées) alors que son concurrent direct, le Mirage 1000 de Dassault n'a été vendu qu'à 100 exemplaires (et à la France seule).

McDonald's
En 1957, Ray Kroc, représentant en appareils destinés à fabriquer des hot-dogs, s'étonne de l'importance des commandes que lui passe un de ses clients, les frères McDonald. Il va les voir et découvre que leur fast-food ne désemplit pas : leurs hamburgers sont délicieux. Ils les convainc de lui vendre leur nom, change de métier (à 64 ans) et fonde McDonald's.
Du pur Peter Drucker. Et du pur Merton. L'exploitation d'une réussite anormale.

Micro-ondes (Perry Spencer, Raytheon)
Au lendemain de la Deuxième guerre mondiale, Perry Spencer, un inventeur talentueux, 150 brevets, quelque peu désœuvré, se promenait dans les bureaux d'études de Raytheon, le fabricant de magnétrons, cette pièce centrale émettant des micro-ondes qui est au cœur des radars. Il a des bonbons chocolatés dans la poche de sa chemisette. Il ne fait pas particulièrement chaud ce jour là, aussi est-il surpris, voulant en croquer un, de voir qu'ils ont fondu dans sa poche alors que la publicité affirmait " ils fondent dans la bouche et pas dans la main ". Mais bien sûr ! pas d'autre explication que celle voulant qu'ils aient été réchauffés par les ondes du magnétron en marche en face duquel il venait de s'arrêter.
On doit donc pouvoir griller du pop-corn en le présentant devant un magnétron. Et ça marche! Le principe du micro-ondes était découvert.

Nylon (Carothers et Hill, DuPont)
Wallace Carothers cherchait à synthétiser une fibre textile pour remplacer la laine et la soie. Il parvient à en fabriquer une, mais elle est trop fragile pour être utilisée. L'invention est mise de côté. Un jour, en son absence, un de ses assistants, Julian Hill, joue comme un gosse avec une boule de cette substance au bout d'une baguette de verre - comme on pourrait jouer avec une Chupa Chups de liquide visqueux ou jouer à faire des fils en tournant une mouillette de fondue savoyarde - et découvre que si on trempe le fil qui se déroule - comme on trempe de l'acier - le problème est résolu.
Son invention étant attribuée par certains à la chance et non à son pur mérite personnel, lui, Carothers, l'inventeur de la molécule , par ailleurs dépressif, se suicida.
Lien : http://www.wfu.edu/users/schusc4/

OODA (La boucle stratégique -)

1954. La guerre de Corée se termine en apothéose pour l'Armée de l'air américaine. 700 victoires en combat aériens pour seulement 70 Sabre abattus par les MiG-15 soviétiques utilisés par les forces nord-coréennes. Un ratio de 10 à 1.
Un jeune pilote de l'air, le capitaine John Boyd(15), est interpellé par le côté anormal, stratégique, de cette statistique. Le Mig-15 soviétique est plus rapide et mieux armé que le F 15 Sabre de North American (le constructeur du célèbre Mustang, un temps filiale de General Motors et absorbé ensuite par Boeing).
Il abduit(16) que le Sabre est supérieur au Mig-15 parce qu'il est plus agile et permet à son pilote, par la vision plus large et la douceur des commandes, d'anticiper les anticipations du pilote ennemi. Simple capitaine de trente ans, il développe la théorie de la boucle stratégique OODA (Observe-Oriente-Decide-Act) comme devant présider à la refonte de la stratégie de l'armée américaine et à la conception de ses intercepteurs.
Il s'agit d'être non pas plus rapide, mais plus agile (not faster, but quicker).
Il lui faudra 20 ans pour voir triompher ses théories avec le F-16 Flying Falcon (voir ci-dessus)(17). Le corps des US Marines reprendra son concept d'agilité en 1990 dans son règlement de manœuvre.
Voir : http://www.belisarius.com/

Pénicilline (Alexander Fleming, Howard Florey, Ernst Chain, Pfizer)
Un jour de 1928, Alexandre Fleming, chercheur quelque peu désordonné, entreprend de nettoyer enfin, avant de les réutiliser, une pile de boîtes de Pétri dans lesquelles il cultivait des colonies de staphylocoques, et qu'il avait entassées en vrac sur la paillasse du laboratoire quelques semaines auparavant en partant en vacances. Dans une des boîtes, la colonie s'était bien développée, mais, dans un coin, les bactéries du staphylocoque avait été tuées par quelque chose arrivé là par hasard ou par accident - peut-être parce qu'il avait laissé la fenêtre ouverte. Bizarre. Anormal. Il note que l'agent est de la famille des penicillium, bouleverse son plan de recherche, prouve l'efficacité théorique de la pénicilline, publie ses résultats. Devant le peu d'intérêt qu'ils soulèvent, il abandonne.
La guerre. Les Britanniques vont découvrir une seconde fois la pénicilline, mais sont incapables de la produire industriellement à grande échelle et demandent l'aide de l'industrie pharmaceutique américaine. En 1942, Pfizer, à la suite d'un débat dramatique au sein de son conseil d'administration, accepte les risques financiers et bactériologiques et devient en 1944 le plus grand fabricant mondial de pénicilline et un acteur majeur de l'industrie pharmaceutique
Prix Nobel de médecine et de physiologie en 1945 partagé avec Ernst Chain et Howard Florey(18).

Polymères conducteurs de l'électricité (Nobel 2000)
Les polymères, c'est ce que nous appelons " matières plastiques ". Par définition, à l'inverse des métaux, ils ne sont pas conducteurs de l'électricité, ce sont des isolants. Et puis un beau jour, la magistrale erreur d'un sans-grade remet en cause cette loi et permet à une équipe de savants de recevoir le Prix Nobel de chimie 2000.
Ils confient une manipulation à un chercheur visitant. Celui-ci se trompe dans les proportions d'un composant et met 1000 (mille !) fois la dose prescrite. Au-lieu du précipité noirâtre attendu, il obtient un précipité à reflets métalliques. Les polymères (les matières plastiques) conducteurs de l'électricité sont découverts.
Première reconnaissance officielle de la sérendipité dans le discours de réception des trois récipiendaires. Voir : http://www.nobel.se/chemistry/laureates/2000/presentation-speech.html

Post-It (3M)
Récupération d'une colle qui ne colle pas (mais qui poisse).
En 1964, Spencer Silver, chimiste au laboratoire central de recherche et de développement de 3M obtient par hasard un nouvel adhésif poisseux auquel ni lui ni 3M ne trouvent la moindre application. Le nouveau produit est enterré et c'est tout juste si, cinq ans plus tard, Spencer Silver, qui n'abandonne pas, parvient à obtenir l'argent nécessaire pour breveter son idée, mais pour les États-Unis seulement.
1974. Arthur Fry, un de ses collègues, a une autre idée. À l'école du dimanche (il est protestant), des papillons enduits de cet adhésif qui ne colle pas sont très pratiques pour marquer les pages des psaumes du jour dans sa Bible.
Deux savants, Henry Courtney et Roger Merrill, parviennent à résoudre le problème de savoir comment coucher industriellement l'adhésif sur du papier.
1978. Lancement… et échec commercial des Post-it.
Deux hommes de marketing, Geoffrey Nicholson et Joseph Ramey, y croient quand même et relancent. Le succès arrive seulement au début des années quatre-vingts.
Total : les efforts conjugués de huit hommes sur quinze ans.

Simulateur cardiaque (Medtronics)
En 1958, Wilson Greatbatch travaillait comme professeur assistant à l'Université de Buffalo, et pour le Chronic Disease Research Institute voisin. En 1956, le prix des transistors avait baissé à un niveau qui permettait d'envisager de les utiliser pour des applications médicales. Ayant une bonne expérience de la question sur des animaux de ferme, il cherchait à concevoir un circuit bon marché qui enregistre les pulsations cardiaques.
Par erreur, il connecte un transistor d'un autre circuit que celui sur lequel il travaillait et bingo ! constate que ce circuit stimule le coeur de l'animal. Dans un premier temps il n'y croit pas lui-même : "I stared at the thing in disbelief".
Cinq ans plus tard, la plupart des simulateurs cardiaques vendus dans le monde utilisaient son circuit.
Voir : http://invention.smithsonian.org/centerpieces/ilives/lecture09.html

Scotchgard (3-M)
En 1952, une jeune chercheuse de chez 3-M, Patsy Sherman, travaille sur des composées fluorés destinés à augmenter la résistance des pièces en caoutchouc au kérosène des avions à réaction. Un des assistants du labo fait tomber par accident un peu de solution fluorée sur une de ses tennis. Impossible d'enlever la tâche. Impossible, quel que soit le solvant utilisé. L'idée - jugée folle par ses supérieurs - lui vient d'un polymère fluoré qui aurait la capacité de repousser l'huile et l'eau des tissus, de les rendre intachables. En 1956, ce sera le Scotchgard, puis toute la gamme des Scotchgard. Un succès phénoménal.
Suspecté de favoriser le cancer, il sera retiré du marché en 2002, mais c'est une autre histoire.

Superglue (Eastman-Kodak, Loctite)
Un exemple où la sérendipité doit frapper deux fois pour se faire entendre. Harry Coover travaillait pendant la deuxième guerre mondiale sur les cyanoacrylates. Comment obtenir des pièces de viseur en matière plastique claire comme du cristal ? Il en trouve une qui présente la fâcheuse tendance à coller partout. Il la rejette, ce n'est pas son projet. La fin de la guerre interrompt ses recherches dans ce domaine. Quelques années plus tard, il travaille de nouveau sur le problème et, aux mêmes causes les mêmes effets, colle ensemble par inadvertance deux pièces d'optique très coûteuses avec une tête d'épingle de quelque chose qui, bon sang, mais c'est bien sûr !, se révèle une colle-miracle. Ce sera l'Eastman 610, une révolution, qui deviendra la Super-Glue de Loctite.

Téflon
Le Téflon a été découvert accidentellement par un chimiste de DuPont nommé Roy Plunkett.
Il était en train d'essayer de produire du fréon, le gaz utilisé dans les réfrigérateurs..
Il pensait que la réaction du tetrafluoroethylène (TFE) sur de l'acide chlorhydrique ferait l'affaire. Mais pour cela il devait d'abord liquéfier le TFE. Sans le faire exprès, il le refroidit à une température qui crée par chance les conditions de la réaction dans laquelle il se transforme en flocon blanc. Le premier Téflon venait d'être créé(19).
http://www.dupont.com/teflon/history.html
http://www.teflon.com/NASApp/Teflon/TeflonPageServlet?....teflon_history.html

Viagra (Pfizer)
Deux chercheurs de chez Pfizer travaillaient sur un médicament destiné à guérir l'angine de poitrine. Ils en trouvent un très prometteur, mais celui-ci a des effets secondaires fâcheux. Il déclenche chez les patients des érections intempestives, un véritable priapisme. Comprenant qu'ils venaient par accident de trouver autre chose que ce qu'ils cherchaient, une chose qui leur paraissait un rêve impossible à réaliser, la vigueur sexuelle éternelle, ils changent d'objet de recherche et développent le Viagra(20). Un nouveau "blockbuster" [médicament dont le chiffre d'affaires annuel dépasse un milliard de dollars], fruit de la sérendipité.

Velcro
Georges de Mestral, ingénieur suisse adepte de randonnées en montagne avec son chien, avait toujours trouvé très désagréables ces fruits de bardane qui s'accrochaient à ses chaussettes et aux poils de son chien. Qui s'agrippaient si bien qu'il décide un jour d'en avoir le coeur net et de les examiner au microscope pour en comprendre la raison. Les minuscules crochets lui donnent l'idée de la fermeture Velcro. Il s'agit aujourd'hui d'une multinationale.
Royston Roberts donne ce cas comme exemple de serendipité pure : notre homme ne cherchait pas à inventer quelque chose, il cherchait seulement à comprendre.

Zyban (GlaxoSmithKline)
Le buproprion était au départ un antidépresseur et l'est d'ailleurs toujours sous la marque Wellbutrin. Ses propriétés anti-tabagiques ont été découvertes fortuitement et ont conduit GSK à le commercialiser sous une forme faiblement dosée. Nom de marque : Zyban.

LES QUATRE SORTES DE SÉRENDIPITÉ

On sent bien que ces découvertes ou inventions sont des manifestations de sérendipité. Il y a bien chance, hasard et sagacité, mais il ne s'agit pas de la même sérendipité.
Royston Roberts distinguait deux sortes de sérendipité : la vraie, dans laquelle l'inventeur n'a aucune intention d'inventer quelque chose (exemple : Georges de Mestral observant les fruits de la bardane qui se sont accrochés à ses chaussettes) et la pseudo-serendipité, par laquelle un inventeur invente ce qu'il cherchait par un moyen imprévu (exemple : Archimède et le problème de la couronne du roi Hiéron II).

Paul Thagard en distingue trois :
- trouver quelque chose que l'on ne cherche pas ;
- trouver quelque chose que l'on cherchait mais par un moyen imprévu ;
- bien trouver quelque chose mais qui sert à tout autre chose que ce à quoi on pensait au départ (Java, Post-It).

Si l'on reprend les exemples donnés précédemment, on doit distinguer d'après nous, suivant le degré de sérendipité, c'est-à-dire la complexité du processus cognitif, quatre types de sérendipité, allant de la sérendipité au sens le plus banal ou le plus large, une trouvaille inattendue, à la sérendipité au sens le plus technique, une découverte scientifique faite à la suite d'une erreur récupérée et/ou exploitée (qui peut aller jusqu'à valoir le prix Nobel à l'auteur de cette récupération), en passant par la trouvaille sur un moteur de recherche d'une information intéressante qu'on ne cherchait pas ou, pour Procter & Gamble, le fait de trouver à l'extérieur de l'entreprise, dans le cadre d'une open innovation, une innovation qu'elle ne cherchait pas.

1. Trouvaille ou rencontre heureuse (La sérendipité 1)

Trouvaille
Etre sérendipitant est alors synonyme d'avoir de la chance. Il est souvent arrivé à l'auteur de ces lignes de trouver très vite, dans une bibliothèque de plusieurs centaines ou plusieurs milliers de livres, par chance et par hasard, le livre et dans le livre la page et le passage qui répondaient à une question qu'il se posait, mais dont il ne cherchait pas explicitement la réponse à ce moment là.
Il ne s'agit plus aujourd'hui de milliers de livres mais des milliards de pages Internet. La sérendipité est alors l'art de trouver par hasard et par chance l'information intéressante - comme l'ont très bien analysé Bruno Martinet et Yves-Michel Marti d'Egideria dans leur ouvrage Intelligence économique.
Prenons un exemple. < Serendipity > sur Google, c'est 1 500 000 pages. Quelles sont les bonnes ? La recherche méthodique, en explorant laborieusement les combinaisons de " sérendipité " avec d'autres champs, ou au petit bonheur la chance ? Google vous y invite avec son bouton "J'ai de la chance" "I'am feeling lucky". Comme le chemin qui y mène est aussi changeant et la démarche qui y a conduit aussi fugitive que le passage du Nord-Ouest cher à Michel Serres, le problème est de gérer en continu cette sérendipité (le processus) en bookmarkant, téléchargeant, etc., les sérendipités (les pages trouvées).

Rencontre
La sérendipité est aussi, on l'a vu, l'art de faire une rencontre heureuse
Des consultants et auteurs à succès nous apprennent à la développer, telle Susan RoAne avec son livre et ses séminaires sur le thème How to create Your Own Luck et le networking.
Des chercheurs cherchent à la maximiser, comme José Campos avec son logiciel Max, ou à la planifier comme Alex Pentland et Nathan Eagle du Human Dynamics Group du Media Lab du Massachusetts Institute of Technology avec leur logiciel Serendipity pour téléphones mobiles.
Etre doué de sérendipité veut ici dire "avoir de la chance". Le mot est amusant mais, au fond, n'apporte pas grand-chose - sinon quant au problème de l'exploitation de cette chance.

2. Faculté de trouver autre chose que ce que l'on cherchait (La sérendipité 2)


La sérendipité, c'est aussi la faculté de trouver par hasard autre chose que ce que l'on cherchait (alors que l'on était à la recherche de quelque chose).
C'est la définition qu'en donne Horace Walpole : le fait de découvrir quelque chose par accident et sagacité alors que l'on est à la recherche de quelque chose d'autre (accident and sagacity while in pursuit of something else).
Christophe Colomb cherchait une route pour aller aux Indes et il découvre, plus simplement il trouve, l'île de Cuba (remarquons au passage que toutes les îles ont été découvertes par hasard).

La recherche d'information sur Internet
En recherche d'information, la sérendipité sera donc non pas trouver par chance ce que l'on cherchait mais trouver par hasard tout autre chose. Un exemple : recherchant des précisions sur les boîtes de Pétri dans le cadre de la rédaction de cet article, nous trouvons par hasard et/ou par chance sur < Google Image > l'image d'un exemple de "swarming" de bactéries, le swarming (de swarm, essaimer, grouiller, pulluler) étant par ailleurs un processus de management(21) sur lequel nous n'avions encore il y a peu pas beaucoup d'informations et qui relance notre compréhension du sujet.

3. Trouver quelque chose que l'on ne cherchait pas (La sérendipîté 3)

La sérendipité, c'est aussi trouver quelque chose - alors qu''on ne le cherchait pas.
Un fait anormal qui met sur la piste de quelque chose de nouveau.
C'est le sens que lui donnait Robert Merton, à l'origine de la redécouverte du mot et de son emploi. : la découverte par chance ou sagacité de résultats pertinents que l'on ne cherchait pas. On observe une donnée inattendue, aberrante et peut-être capitale (strategic), qui donne l'occasion de développer une nouvelle théorie ou d'étendre une théorie existante.
Il donne dans son Social Theory and Social Structure un unique exemple, d'ailleurs assez obscur.

L'abduction
ll s'agit d'une induction faite sur un cas isolé, autrement dit d'une abduction, cette troisième façon de raisonner (à côté de la déduction et de l'induction), mise en évidence par Charles Pierce et que Pek van Andel dénomme méthode anomalie abductive.
Cette conception de la sérendipité est très proche de la conception que se fait Peter Drucker de l'innovation, exploitation pour lui de l'imprévu (réussite ou échec), ou événement extérieur(22).
Les exemples qu'il en donne sont d'un autre âge ou peu parlants, d'où le peu d'intérêt qu'a soulevé ce point de vue.

4. Capacité à faire une découverte ou une invention par la récupération et l'exploitation des conséquences (malheureuses ?) d'un accident malheureux (La sérendipité 4)

Au sens le plus étroit, le plus strict, la sérendipité la plus pure, la plus forte, la plus vraie est la capacité à découvrir ou inventer par la récupération et l'exploitation créative des conséquences (malheureuses ?) d'un accident a priori malheureux (erreur de manipulation, maladresse, non-respect d'un protocole ou d'une recette).
C'est la conception de Charles Darwin (le petit-fils de Darwin) : qualité qui consiste à chercher quelque chose et, ayant trouvé autre chose, à reconnaître que ce qu'on a trouvé a plus d'importance que ce qu'on cherchait.
L'erreur ouvre alors l'idée d'une nouvelle piste.
Les découvertes faites par un trait de sérendipité de cette espèce demandent au chercheur - comme l'a fort bien écrit Jean Jacques, ce philosophe de la sérendipité, déjà cité - … l'aptitude à ne pas rester aveugle devant l'imprévu ; elles lui demandent d'avoir l'honnêteté d'accepter la contradiction qu'apporte un espoir déçu, de surmonter l'affront de voir réduite à rien une hypothèse sur laquelle il peut avoir tout misé ; plus encore, elles mettent à l'épreuve la faculté de reconnaître que la trouvaille inattendue est peut-être plus importante que ce qu'il cherchait. C'est dire que, dans presque tous les cas, elles obligent le scientifique a perdre plus ou moins la face qu'il montre le plus volontiers".

À LA POURSUITE DE LA SÉRENDIPITÉ EN ENTREPRISE

Un des chapitres de Liberation Management de Tom Peters a pour titre : "The Vigourous Pursuit of Serendipity"(23). Tom Peters y développe l'idée que beaucoup d'entreprise doivent leur succès à la chance et qu'il faut donc la forcer. Il donne comme principale recette la destruction créatrice chère à Aloïs Schumpeter : Détruire pour reconstruire. En fait, la poursuite de la sérendipité dans l'entreprise passe par la reconnaissance du facteur chance.
Comment avoir de la chance ? On cite toujours l'aphorisme de Pasteur à propos de la découverte fortuite de l'électromagnétisme par Hans Christian Oersted : "Dans les sciences de l'observation, le hasard ne sourit qu'à l'esprit préparé". Pasteur voulait dire "la chance" mais la remarque est juste. Elle est insuffisante. Nous lui préférons cette réflexion peu connue d'Henri-Cartier Bresson, sûrement le plus grand photographe de reportage de tous les temps : "Avoir de la chance, c'est savoir se mettre sur la trajectoire du hasard."(24). Il y a là plus que la préparation de l'esprit, il y a l'anticipation physique, dynamique. Savoir se placer sur la trajectoire du hasard, c'est voir les possibilités d'occurrence d'un événement et se déplacer être au bon endroit au bon moment.
C'est d'abord une attitude d'esprit mais aussi une attitude physique.

Le développement de la sérendipité dans l'entreprise

Dans le processus d'innovation, la sérendipité suit les mêmes règles que l'imagination. Dans l'équation de l'innovation que nous avons donnée par ailleurs(25) :

Innovation = Imagination x Organisation x Action

remplaçons "imagination" par "sérendipité" et nous avons l'équation d'une innovation sérendipitante :

Innovation = Sérendipité x Organisation x Action

Alexander Fleming ne pouvait à lui tout seul inventer pratiquement la pénicilline. Il a fallu Florey pour l'action et Pfizer pour l'organisation.
Sur le développement individuel de la sérendipité, nous avons déjà évoqué les logiciels Serendipity et Max. Susan RoAne a écrit un livre sur le sujet : Comment développer sa propre chance.
Sur le développement organisationnel de la sétendipté, citons deux exemples : Procter & Gamble et Danone.

Procter & Gamble est face, comme toutes les entreprises, au dilemme classique de l'innovateur : la plupart des innovations échouent, mais les entreprises qui n'innovent pas meurent. Sa solution: l'"innovation innovante" (sic). Pour " faciliter la sérendipité ", comme le dit Gil Cloyd, son Chief Technnology Officer, cette entreprise à déployé un busines-model : Connect + Develop (C + D), qui connecte le recherche interne avec les possibilités imprévues offertes par l'extérieur grâce à un réseau de 50 experts et avec l'assistance d'une entreprise spécialisée : NineSigma(26).

Pour Larry Huston, vice-président de l'Innovation de Procter & Gamble : " Procter & Gamble, ce sont 7 500 chercheurs travaillant dans 150 domaines. Nous estimons qu'il y a 1 million et demi de chercheurs dans ces domaines dans le monde, ce qui signifie que pour chaque chercheur de P & G, il y a 200 chercheurs au moins aussi bons. Et comme 200 cerveaux peuvent inventer plus de choses qu'un seul, Procter & Gamble a mis en place une stratégie pour essayer de s'appuyer sur ces gisements extérieurs d'innovation. C'est de la sérendipité planifiée qui nous permet de trouver des innovations surprenantes aux quelles nous ne pensions pas.
Nous avons un réseau mondial de plus de 50 spécialistes qui sont très entraînés à reconnaître une nouvelle bonne idée susceptible de développer notre chiffre d'affaires, même si nous ne la cherchions pas. "
Même attitude chez Vitadanone, le pôle recherche de Danone. Pour Gérard Denariaz, directeur de l'innovation, celle-ci est le fruit d'un mélange de méthode, de sérendipité et d'alliance.
Danone développe par ailleurs une networking attitude. Trouver au sein de l'entreprise la réponse à sa question en mettant sur Intranet les ressources de 8000 cadres et un moteur de recherche.

Un mélange équilibré
Pek van Andel a donné dans son article le profil du "sérendipiste" : "Les sérendipitistes sont souvent des observateurs, curieux, facilement distraits, intuitifs, judicieux, flexibles, ayant le sens de l'humour, mais difficilement gérables car ils ont un esprit indépendant et un comportement imprévisible". Ce qui correspond strictement à la description des ENTP du MBTI (le Myers-Briggs Type Indicator, un inventaire de personnalité). Les ENTP (pour Extraverti, iNtuitif, Logique, oPportuniste), dont nous avons dit dans notre livre(27). combien ils étaient utiles à l'innovation dans l'entreprise et comment ils en étaient systématiquement exclus car difficiles à gérer.

Le développement de la sérendipité passe donc par un rééquilibrage des profils psychologiques et des méthodes :
- 50 % de méthode rigoureuse (domaine de prédilection des ISTJ, c'est-à-dire des tempéraments introvertis, se fiant à l'expérience, ayant des critères logiques et ne revenant pas sur leurs décisions)
- 50 % de sérendipité (domaine des ENTP)

Si ce n'est pas possible à réaliser à l'intérieur de l'entreprise, il faudra le faire avec un concours l'extérieur - comme P&G et Danone.

Faire face à la sérendipité : l'exploitation créative de l'imprévu

Face à tant d'innovations imprévues mais (c'est là le paradoxe) prévisibles, l'entreprise doit faire face. Et pour cela elle doit d'abord être flexible. L'inflexibilité, c'est-à-dire le refus d'accepter les erreurs, le refus de changer d'axe de développement, etc., est l'ennemie mortelle de la sérendipité.
L'inflexibilité est encouragée par tous les facteurs de résistance au changement. Ils sont bien connus. Nous n'y reviendrons pas ici.
Bean et Radford(28) voient six solutions alternatives pour exploiter les opportunités sérendipitantes qui se présentent :


1. Essayer de les mettre en œuvre à l'intérieur de l'entreprise,
2. Faire l'acquisition d'une structure pouvant le faire,
3. Créer une entreprise en parallèle,
4. Contracter une alliance,
5. Monter une joint-venture,
6. Vendre l'idée.

Les conditions de la sérendipité

Les conditions de la sérendipité sont l'activité, la curiosité, la flexibilité.
L'activité. La chance favorise certainement les esprits préparés. Mais nous l'avons dit, elle favorise ceux qui vont se mettre sur son chemin. Ce n'est pas en restant derrière son bureau que l'on trouve des idées. C'est en cherchant qu'on trouve, si même on trouve autre chose que ce que l'on cherchait. La curiosité : devant un fait aberrant, la sérendipité commande de se demander pourquoi ? La flexibilité. La réponse va le plus souvent être surprenante, autre que ce à quoi on s'attendait. Savoir passer d'un sujet à un autre est une des conditions sine qua non d'exploitation d'une sérendipité.

CONCLUSION
Avez-vous la Serendip attitude ?

Quand on considère le taux d'échec des innovations, on peut se demander si ce processus n'est pas régi par la zemblanité, rappelez-vous : la faculté d'aboutir de façon systématique à des innovations malheureuses, malchanceuses et sans surprise…

Son contraire, la sérendipité, n'a qu'un défaut : celui de l'imprévu.

Par ailleurs, il est frappant de voir combien il faut d'efforts, de temps et d'hommes à une sérendipité pour s'imposer.
La pénicilline, (re)découverte en 1927 par Alexander Flemming, re-découverte de nouveau en 1939 par Ernest Chaim et Walter Florey (rappelons que le Prix Nobel qu'a obtenu Fleming est un prix qu'il a partagé avec Chaim et Florey, 1/3 de prix Nobel en quelque sorte), avec sa première application concrète en 1942(29).
Le Post-it, dont la colle est découverte en 1964, le papillon en 1974 pour ne devenir un succès commercial qu'au début des années quatre-vingts.
Le micro-ondes, dont le principe est découvert en 1946, qui sera un échec retentissant en 1953 quand il est lancé par Raytheon, pour ne devenir un succès commercial qu'en 1965 après que Keishi Ogura de Toshiba eut revu entièrement le cahier des charges.
C'est, chaque fois, le fruit d'une sérendipité, d'un travail d'équipe, de la pugnacité et de la résilience.

Dans les années vingt, Thomas Edison, Irving Langmuir, prix Nobel de chimie en 1932, et Willis Whitney avaient développé au sein de la General Electric une atmosphère de recherche que l'on appellerait aujourd'hui une serendip attitude. Langmuir définissait la sérendipité comme : l'art de profiter des événements imprévus (the art of profiting from unexpected occurrences) et la serendipity attitude consistait pour Whitney à offrir le maximum de liberté à ses chercheurs tout en résolvant pour eux tout ce qui était charges administratives. L'age d'or n'est pas derrière nous. C'est la culture de cette serendip attitude, au sein d'une structure profondément innovante, qui fait que Gore Associates(30) s'est vu décerner l'année dernière le titre d'entreprise la plus créative et la plus innovante du monde par Fast Company(31). Une entreprise dont la vision, provoquée par un hasard heureux(32), consiste à exploiter une sérendipité, la découverte sérendipitante du téflon.

Notes
(1)Cette encyclopédie, http://fr.wikipedia.org/wiki/Accueil en propose une définition en français, en anglais, en allemand, en italien et en néerlandais.
(2) Il s'agit d'un prix prestigieux décerné chaque année sur le modèle du prix Nobel (avec à peu près les mêmes catégories) à quelqu'un qui a réalisé quelque chose qui dans un premier temps fait RIRE puis fait RÉFLECHIR. Pek Van Andel faisait partie de l'équipe qui a réussi à effectuer une coupe sagittale en IRM d'un coït humain remettant en cause la conception populaire que nous en avions depuis Leonard de Vinci. Voir : http://www.improbable.com/ig/ig-top.html
(3) www.madhukarshukla.com
(4) Les Entrepreneurs, Pluriel, 1985.
(5) L'Entreprise créative. Comment les innovations surgissent vraiment, Alan Robinson et Sam Stern, Éditions d'Organisation, 2000.

(6) Chapitre 44, "L'effet serendip".
(7) La Marche Folle de l'Histoire, Robert Laffont, 1984.
(8) G. Walter, "La truffe ou le bec", dans : Le Monde, 17-18 avril 1977.
(9) Robert Merton avait dès 1936, à 26 ans, écrit un article sur le sujet : "The Unanticipated Consequences of Purposive Social".
(10) Colette Guillemard, "Sérendipité", dans Le Figaro, 26 août 2003.
(11) John Wiley & Sons, 1989.
(12) "Eurêka !. Mais qu'est-ce qu'il a trouvé au juste, Archimède ?", dans : L'Intelligence créative au-delà du brainstorming, Maxima, 2004, p. 37-38.
(13) Voir "Quand l'encre explose" dans : Robinson & Stern, op. cit., p. 200-208.
(14) On parle souvent du dilemme de l'innovateur : pour survivre, il faut innover et la plupart des innovations sont des échecs.

(15)Voir : http://en.wikipedia.org/wiki/John_Boyd_%28military_strategist%29
(16)Tentons ce néologisme : si faire une déduction c'est déduire, faire une abduction c'est abduire. On pourrait aussi dire que si avoir une intuition c'est intuiter, avoir une sérendipité c'est sérendiper.
(17)Voir : Robert Coram, Boyd : The Fighter Pilot Who Changed the Art of War, Back Bay Books, 2004.
(18) Un très bon résumé qui passe seulement sous silence la contribution capitale de Pfizer : http://www.nobel.se/medicine/educational/penicillin/readmore.html
(19) Voir : "Enfin, voilà où utiliser le solvant universel", dans : Robinson et Stern, op. cit., p. 220-221.

(20) Dont l'invention, par ailleurs, sauvera miraculeusement les rhinocéros d'une disparition annoncée...
(21) Voir Management, n° 107, mars 2004, " 50 idées qui vont changer l'entreprise ", p. 87.
(22) "La première source d'innovation systématique : l'imprévu", dans : Les entrepreneurs, Pluriel, 1985.
(23) Traduit en français, dans L'Entreprise libérée, sous le titre :"À la recherche du bonheur fortuit", sans que cela soit vraiment une trahison. Tom Peters prend serendipity dans son sens 1 rencontre heureuse faite par hasard.
(24) C'est ce qu'il nous a confié un jour, prenant comme exemple sa célèbre photo ddu Pont de l'Europe (derrière la gare Saint-Lazare) où l'on voit un homme sauter au-dessus d'une flaque d'eau .
(25) op. cit.
(26) www.ninesigma.com
(27)"Une exclusion méthodique des gens d'imagination au profit des gens d'organisation" dans : L'intelligence créative au-delà du brainstorming, Maxima, 2004, p. 47-56.
(28) Roger Bean & Russel Radford, "Coping with serendipity", dans : The Business of Innovation, Amacom, 2001.
(29) Voir : http://www.herodote.net/histoire09031.htm
(30 ) Voir : http://www.gore.com/
(31) Voir : http://www.fastcompany.com/magazine/89/open_gore.html
(32) Robinson & Stern, op.cit. p. 222-223.

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