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Publiscopie
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Catastrophe
Risk and Response
par
Richard A. Posner
Oxford University Press
2005
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présentation et discussion
par Jean-Paul Baquiast
avril 2005
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Richard
A. Posner est juge de Cour d'appel aux Etats-Unis
(U.S. Court Appeals for the Seventh Circuit) et
enseignant à la Law School de l'Université
de Chicago . Il a écrit de très
nombreux ouvrages, sur divers sujets juridiques
et de société, notamment sur le
cas Clinton-Monica Lewinsky.
Il n'hésite
pas à intervenir avec autorité sur
des sujets dépassant largement ses compétences
juridiques. Il y apporte, comme dans le cas de
Catastrophe, examiné ici, un souci scrupuleux
de faire appel au plus grand nombre de sources
documentaires possible.
Pour
en savoir plus
* Page personnelle http://home.uchicago.edu/~rposner/
** The Becker-Posner Blog http://www.becker-posner-blog.com/
Ce blog qui porte sur des sujets de politique
générale et internationale est intéressant
compte tenu de la personnalité des auteurs
et du soin qu'ils prennent à s'expliquer.
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De
plus en plus de personnes sont sensibles aux grands et
très grands risques menaçant l’humanité
ou plus généralement la vie sur Terre dans
les prochaines décennies. Ceci tient à plusieurs
raisons, de bonnes et de moins bonnes. Les bonnes raisons
de cette prise de conscience découlent de la globalisation
de l’information relative aux phénomènes
susceptibles d’affecter la planète. Chacun
perçoit que des évènements apparemment
isolés et ponctuels interagissent de façon
systémique. L’ignorance et la légèreté
ne devraient plus être de mise, compte tenu des
répercussions de grande ampleur que peuvent avoir
des comportements anodins. Les mauvaises raisons viennent
de ce que le goût de prophétiser des catastrophes,
qui ne date d’ailleurs pas d’hier, a toujours
éveillé dans les esprits des échos
profonds et souvent irrationnels, que certains se complaisent
à amplifier aujourd’hui en faisant appel
à toutes les ressources, textes et images, des
médias modernes.
Nous
avons déjà dans cette revue donné
la parole à deux prophètes de la catastrophe
annoncée, le cosmologiste anglais Martin Rees (http://www.automatesintelligents.com/biblionet/2003/avr/rees.html)
et l’ingénieur français Jacques Blamont
(http://www.automatesintelligents.com/biblionet/2004/sep/blamont.html).
L’un comme l’autre sont d’un pessimisme
extrême. Ils annoncent comme très probable
la mort des civilisations telles que nous les connaissons,
avec leurs grands mérites et leurs non moins grands
défauts. Mais ils ne le font pas sans arguments
sérieux. Bien entendu, on ne se trouve pas là
en face de connaissances scientifiques gravées
dans du marbre (lesquelles n’existent d’ailleurs
nulle part) mais de perspectives de catastrophes ayant
de grandes probabilités (si ce terme veut dire
quelque chose) de se produire à relativement court
échéance. Le lecteur peut donc espérer
que de tels livres provoqueront des réactions permettant
d’éviter le pire.
L’expérience
montre cependant – y compris sous la forme des messages
que certains de nos lecteurs ont bien voulu nous adresser
– que ces pronostics ne sont généralement
pas pris au sérieux. Même si intellectuellement
les individus admettent la possibilité du risque,
ils ne sont pas prêts pour éviter le pire
à changer en profondeur leur façon de produire
et de consommer. A plus forte raison est-ce le cas des
entreprises et des Etats. L’exemple des politiques
de contrôle de la production des gaz à effet
de serre est très démonstratif. Les principaux
responsables de cette production, Etats-Unis en tête,
persistent à ne rien vouloir changer dans leurs
pratiques techniques et économiques. Ils pourraient
difficilement dire de façon plus claire aux futures
victimes du réchauffement qu’ils se fichent
éperdument de ce qui pourra bien se produire dans
l’avenir, même si la Terre se transforme en
une espèce de Vénus torride ou en une boule
de glace (Snow-ball earth). L’essentiel est pour
eux de conserver leurs bénéfices immédiats.
Aussi
bien, l’égoïsme de ceux qui refusent
de prendre en considération les risques pour ne
pas avoir à s’engager dès maintenant
dans des politiques de restriction ou d’assurance
est si détestable que notre sympathie ne peut qu’aller
à leurs contradicteurs. C’est-à-dire
aux esprits courageux qui, bien qu’accusés
de catastrophisme systématique, recensent ces risques
et proposent des méthodes préventives. A
voir comment la conjonction des intérêts
jouisseurs se mobilise pour leur couper la parole, on
se sent obligé de les écouter et de les
faire écouter. C’est la raison pour laquelle
nous évoquons à nouveau la question à
propos du livre (non traduit en français) que vient
de faire paraître le juge américain Posner.
Bien que celui-ci fasse partie de l’establishment
culturel américain, son travail lui suscite tellement
de critiques de la part des gros intérêts
économiques, à en croire les revues de presse,
qu’il mérite toute notre attention.
Un
très large recensement
Pourquoi
un juge traiterait-il de questions de risques ? Parce
que la prévention des catastrophes et la réaction
à leurs conséquences, quand elles se produisent,
devraient aujourd’hui faire partie des préoccupations
politiques majeures de la communauté internationale,
y compris en termes de finances et de droit. Ce qui a
été fait, avec plus ou moins de succès,
en matière de prévention d’un conflit
nucléaire lors de la guerre froide devrait être
repris et généralisé aujourd’hui
à de nombreux autres sujets.
On
ne reprochera donc pas à Richard Posner de «
recenser large », si l’on peut dire. Il n’y
a pas de raison d’exclure des risques jugés
comme lointains ou hautement improbables, tels que ceux
découlant de la rencontre de la Terre avec un astéroïde
1). De même, les risques de manipulations
maladroites ou terroristes dans le domaine des biotechnologies
ou des nanotechnologies ne sont pas à exclure.
Au contraire. C’est en les prenant en considération
et en s’efforçant de se prémunir contre
eux, comme on l’a fait dans le domaine de l’atome,
que les recherches pourront progresser. Même l’hypothèse,
généralement rejetée par les physiciens,
de la création d’un « strangelet »
lors des collisions de particules à haute énergie,
doit être envisagée 2) .
Il serait irresponsable de ne pas le faire.
Il
est donc normal et même indispensable de poursuivre
et étendre l’exercice consistant à
s’efforcer de prévoir le plus précisément
possible les risques majeurs menaçant l’humanité.
On peut d’ailleurs être assuré à
cet égard d’en oublier, voir de ne pas attacher
d’importance aux plus évidents et aux plus
immédiats 3). Cela tient au
fait que les systèmes complexes, on le sait maintenant,
sont imprévisibles. A tous moments le meilleur
comme le pire peuvent en émerger. On ne prend généralement
conscience de l’émergence que lorsqu’elle
s’est produite.
Mais
la question n’est pas là. Elle est de savoir
ce que l’on fera effectivement pour minimiser les
risques dûment prévus. La précipitation
et la démagogie politicienne ne devraient pas être
de mise. Comme toute politique de précaution ou
d’assurance a un coût, il faut s’efforcer
de multiplier les évaluations et d’en faire
de véritables questions de société.
Se pose alors la question de la compétence et de
la bonne foi des personnes et des sources d’information
auxquelles l’on s’adresse. Richard Posner,
dans son ouvrage, insiste à juste titre sur la
nécessité de provoquer de vastes confrontations
interdisciplinaires. Il faut faire appel en priorité
aux experts scientifiques proprement dits. Ils ne sont
jamais objectifs, on le sait bien, mais ils le sont bien
plus que les représentants des lobbies industriels
qui s’efforcent, comme on le voit à propos
des changements climatiques, de ridiculiser leurs prévisions.
Il faut aussi leur associer des juristes, des économistes,
des sociologues, susceptibles de faire valoir tous les
aspects des solutions à envisager.
L’auteur,
comme dans ses précédents ouvrages, manifeste
une grande confiance dans le débat citoyen autour
de normes juridiques. Il propose, au cas par cas, des
perspectives permettant d’évaluer et de minimiser
les risques les plus grands. Ce faisant, il mécontentera
beaucoup de gens différents. Ainsi, dans certains
cas, il propose de réduire la liberté de
décision des Etats – notamment en matière
de lutte contre le réchauffement global –
ce dont la Maison Blanche ne veut évidemment pas
entendre parler. Dans d’autres cas, il recommande
d’étendre les mesures de contrôle des
activités individuelles au détriment des
libertés publiques. Il propose aussi de soumettre
à plus de surveillance les activités des
laboratoires civils et militaires. Il voudrait enfin des
réformes en profondeur du système éducatif
et de protection sociale afin d’y inclure la prévention
des grands risques.
Mais
qui prendra de telles initiatives ? Qui induira de telles
confrontations ? Normalement, la responsabilité
devrait en incomber aux autorités politiques nationales
et internationales. On pense notamment au rôle que
des comités rattachés aux Nations Unies
devraient dorénavant jouer, comme c’est déjà
le cas en matière de santé publique, de
lutte contre la faim ou de politiques de population. Mais
est-il réaliste d’espérer que cela
puisse être effectivement le cas ? Les choses évolueront
sans doute beaucoup plus lentement, peut-être, comme
le pensent Rees et Blamont précités, trop
tard. Mais comment faire autrement ?
C’est
en fait la prise de conscience en profondeur de certains
grands risques par la population, suite à d’innombrables
publications, colloques, manifestations, qui pourra entraîner
une inflexion de la route du navire Humanité. On
le voit à propos de l’effet de serre où,
même aux Etats-Unis, de plus en plus de gens contestent
la volonté de non-changement jusqu’ici affichée
par les intérêts politiques et économiques
au pouvoir. A cet égard, le rôle d’un
livre comme Catastrophe, bien que non immédiatement
appréciable, sera probablement plus important que
ne le pensent les critiques superficielles
4)
Notes
1.
Les risques sont loin d’être nuls. Selon Ciel
et Espace : « le 26 octobre 2028, l’astéroïde
1997 XF11 croisera la route de la Terre à 18 h
30 GMT, à une distance comprise entre 400 000 km
et moins de 48 000 km (c’est-à-dire aux alentours
des satellites en orbite géostationnaire). “Les
derniers calculs d’orbite montrent que, dans un
peu plus de trente ans, il est pratiquement certain que
l’objet passera à une distance inférieure
à celle de la Terre à la Lune. Les risques
d’une collision sont faibles mais ne peuvent pas
être totalement écartés” selon
Brian Marsden, directeur du Bureau central des télégrammes
astronomiques de l’Union Astronomique Internationale.
La collision entre la Terre et 1997 XF11, à la
vitesse de 60 000 km/h, pourrait provoquer un dégagement
d’énergie de 300 000 mégatonnes —
près de vingt millions de fois la puissance de
la bombe lancée sur Hiroshima. Depuis, de nouveaux
calculs d’orbite ont été présentés,
qui éloigneraient le géo-croiseur de la
Terre. Mais rien ne peut être affirmé avec
certitude, sauf qu'une catastrophe de cette nature se
produira nécessairement (http://www.cieletespace.fr/front/default.asp?name=/front/savoir/archives/visu_article.asp?numBiblio=1428),
2.Le Relavistic Heavy Ion Collider (RHIC)
en service depuis 2000 au Brookhaven National Laboratory,
vise à produire des densités d’énergie
suffisantes pour générer un nouvel état
de matière hadronique, un plasma de Quark-Gluon.
Il pourrait en résulter la production d’une
matière négativement chargée de quarks
« étranges » (un strangelet) telle
qu’on la trouverait au cœur des étoiles
à neutrons. Le « strangelet » ainsi
formé pourrait de proche en proche accréter
les noyaux atomiques ordinaires et en principe transformer
la Terre en une sphère hyperdense de quelques centaines
de mètres de diamètre. (voir http://wired-vig.wired.com/wired/archive/8.05/rhic.html
et, pour plus de détail, y compris avec des calculs
de risque http://chess.captain.at/strangelets-matter.html).
La même aventure pourrait se produire dans le futur
LHC du CERN à Genève.
3.Pensons à la pandémie
de grippe aviaire, souvent évoquée dans
notre revue, dont la prévention ne mobilise que
faiblement encore les autorités de santé
mondiales.
4. La critique qu’en donne Olivier
Postel-Vinay dans la Recherche, Mars 2005, p. 90, nous
parait sur ce plan à la limite de l’irresponsabilité.