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Dossier
Se
préparer à une pandémie de grippe
aviaire
par Jean-Paul Baquiast
et al.
mars 2005 |
L'Organisation
mondiale de la Santé ne doute plus maintenant qu'une
pandémie de grippe dite aviaire sévira bientôt
sur le monde. Ce sera un défi pour tous les pays et
notamment pour tous les services publics en charge de la santé
et de la sécurité civile. Nos lecteurs penseront
peut-être qu'un tel sujet déborde les limites
de compétence de notre revue. Ce n'est pas notre avis.
Il est au coeur des réflexions sur l'imbrication de
la recherche scientifique et du fonctionnement des sociétés
dans un monde globalisé.
Nous
envisageons de publier dans ce dossier quelques articles sur
le sujet, sans prétendre évidemment nous substituer
aux rôles d'information du ministère de la santé
en France et de l'Organisation Mondiale de la Santé
au plan des Nations Unies.
1.
Préparer les administrations publiques à leur
future épreuve de vérité. Cet article
est moins une réflexion sur la grippe elle-même
que sur les concepts de service public et d'intérêt
général, mis à l'épreuve d'une
catastrophe d'ampleur mondiale.
2. Grippe aviaire et traitement. Cet article
en date du 11 avril 2005 nous a été envoyé
par le Docteur Michel S.F.Vermeulen, 109,
av.Eugène Demolder, 1030 Bruxelles, Belgique , Tel:02.216.31.02,
avec le commentaire suivant:
Cher Monsieur, je vous envoie la version
définitive de mon petit article, si celui ci peut
être utile à vos lecteurs.
Le résumé de mon idée est, d'une part,
que les différents pays doivent définir leurs
besoins réels en Oseltamivir au niveau des différents
continents, notamment au niveau des pays de la communauté
européenne, et que d'autre part, dans la situation
actuelle, les différents départements de santé
publiqe
doivent demander à Roche, société suisse,
une transparence totale sur ses capacités de production,
ses délais et ses commandes en attente. Suivant la
réponse de Roche, il serait prioritaire et urgent
de pouvoir envisager une sous-traitance par des firmes pharmaceutiques
compétentes, si l'urgence du besoin s'imposait, ce
que je pressens comme vous depuis longtemps.
Certes il existe une molécule similaire conçue
par Smith KLine Ritt: le Zanamivir qui est commercialisée,
mais dont le mode d'administration particulier (disk inhalator)
rend la production en masse impossible. C'est dommage, car
cela aurait supprimé le monopole de Roche et créé
une concurrence saine.
L'oseltamivir est la première ligne de défense
dans le temps, avant la conception et la production d'un
vaccin contre la souche qui émergera. Mais cela supposera
que la technologie de "génétique inverse"
utilisée pour la fabrication du vaccin définitif,
soit parfaitement mise au point pour la fabrication massive
et rapide,
quand cela sera nécessaire.
Je vous envoie mes sentiments cordiaux et dévoués.
Préparer
les administrations publiques à leur future épreuve
de vérité
Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin 28/02/05
Ceux
qui ont la responsabilité de l'intérêt
général du fait qu'ils exercent des fonctions
administratives devraient dès maintenant réfléchir
à ce que la collectivité attendra d'eux dans
la future grande épreuve de vérité
qui très vraisemblablement frappera le monde à
brève échéance. Le message s'adresse
aussi aux agents publics n'exerçant plus d'activités
mais toujours en état de servir la collectivité.
Que risque-t-il de se passer ? Nous avons plusieurs fois
ici et ailleurs évoqué le risque maintenant
très probable d'une pandémie mondiale provoquée
par la recombinaison génétique du virus aviaire
A(H5N1) et d'un virus grippal humain. La mortalité
résultant de cette pandémie, compte tenu de
la complexité du monde moderne, ne pourrait rester
limitée, comme le fut par exemple celle de la grippe
espagnole de 1920, à 40 millions de morts. Elle dépasserait
certainement la centaine de millions de décès,
sinon le demi-milliard. Elle touchera donc l'ensemble du
monde, y compris les pays européens. Elle se traduira
par une désorganisation complète de l'ensemble
des réseaux sanitaires, énergétiques,
économiques, sociétaux de l'ensemble des pays.
Dans chacun d'eux, on en reviendra à des situations
connues par l'Europe centrale à la fin de la 2e guerre
mondiale, où pratiquement plus rien n'avait survécu
de ce qu'était le mode de vie antérieure.
La situation sera même pire car à l'époque
demeurait une économie rurale capable d'autosubsistance,
qui a complètement disparu aujourd'hui.
Ceci entraînera inévitablement un retour à
la loi de la jungle, les plus forts s'efforçant de
survivre aux dépends des plus faibles. Les conflits
entre forts et faibles apparaîtront d'abord pour l'obtention
des rares vaccins et anti-viraux disponibles. Mais très
vite ils s'étendront à l'accès aux
réserves de nourriture et d'énergie. Lorsque
la désorganisation sociale aura atteint son apogée,
on verra des groupes violents s'affronter les armes à
la main pour survivre, au détriment des plus faibles.
Ils ne seront pas les seuls, si l'on peut dire, car la destruction
des services d'hygiène et de sécurité
civile laissera proliférer des bandes immenses de
parasites de toutes tailles, germes microbiens mais aussi
rats ou chiens errants. Les pays pauvres seront les premiers
frappés, mais même dans les pays occidentaux
qui pensent pouvoir se prévaloir d'une forte structuration
sociale, les risques de désorganisation seront grands.
Ceux qui ont connu la 2e Guerre mondiale en Europe sauront
ce que cela signifie.
Alors les populations des pays occidentaux, confrontées
à ces catastrophes, retrouveront sans doute leur
réflexe traditionnel, consistant à se tourner
vers les pouvoirs publics, administrations, services publics
et organisations charitables capables de se mobiliser au
service de l'intérêt général.
Mais les serviteurs de la collectivité, recrutés
et formés dans l'esprit du service public, se montreront-ils
à la hauteur de leur rôle ? L'égoïsme
ne l'emportera-t-il pas ? On le verra dès les premiers
jours de l'accès aux vaccins, qui devront être
réservés à ceux capables d'assurer
la protection civile mais pas à leurs familles et
relations. Au fur et à mesure que la crise s'étendra,
que deviendront les réflexes de dévouement
à l'intérêt général qui
devraient être, plus que la recherche de la sécurité
de l'emploi, la motivation première des fonctionnaires
publics ?
Nous ne voulons pas dire que seuls les agents publics devront
assumer le service de la collectivité. Comme dans
toutes les crises de grande ampleur, on verra dans chaque
profession, à commencer par les professions de santé,
de grands désintéressements et de grands dévouements
s'opposer à de grands égoïsmes. Ce que
nous voulons dire par contre, c'est que les responsables
des services publics devront être les premiers à
donner l'exemple.
Pour
ce faire, ils devraient être les premiers à se
préparer à faire face aux immenses difficultés
qu'ils auront à affronter. Les pouvoirs politiques,
qui eux aussi sont au service de l'intérêt général,
devraient d'ailleurs y réfléchir dès
maintenant et oser en parler aux citoyens, plutôt qu'abriter
leur peur de l'action derrière l'argument selon lequel
il en faut pas effrayer la population par des risques qui
ne se produiront peut-être pas. Certains pays se préparent
à l'épidémie, notamment en Europe, mais
assez mollement. Les dispositions à l'étude
visent d'abord à suivre les progrès de l'épidémie,
puis prendre des solutions d'isolement et de prophylaxie.
Il s'agit aussi de commencer à préparer l'industrie
pharmaceutique à ce qui sera la pierre de touche de
son efficacité, produire des milliards de doses vaccinales
dans des temps records. Mais les experts pensent que les mesures
envisagées sont encore loin du compte. (http://www.euro.who.int/surveillance/cooperation/20050218_1).
* Nous reviendrons sur ces sujets très graves ultérieurement.
On pourra s'informer sur la grippe aviaire à partir
de différents sites Internet, notamment celui de l'OMS
http://www.who.int/fr/
. Mais un très bon dossier est aussi disponible dans
le numéro 1049, février 2005, de Science &
Vie « Grippe aviaire, six raisons de craindre le
pire ».
** On ne peut pas dire que les autorités françaises
ne soient pas préparées. On trouve sur le site
du ministère de la Santé divers documents sur
la question, notamment un Plan gouvernemental de lutte http://www.sante.gouv.fr/htm/actu/grippe_aviaire/grippe_aviaire.pdf.
Mais on reprochera à ces travaux de ne pas toucher
le public, ni même la plupart des professionnels de
santé.
|
Comment la France se prépare-t-elle
à l'éventuelle pandémie de grippe
aviaire ?
Face
à une éventuelle épidémie
de grippe aviaire, quel est l'état des lieux
de la préparation des autorités sanitaires
? Sur ce sujet, le nouveau Commissaire européen
de la Santé, Markos Kyprianou, a réuni
à Luxembourg au cours du mois de mars quelque
70 experts venus de 52 pays européens.
L'état
des lieux n'est pas des plus rassurants aujourd'hui.
Sur ces 52 pays, seulement 31 ont préparé
un plan national de lutte, dont 18 parmi les 25 pays
de l'UE. Quant aux stocks de médicaments antiviraux,
seuls 24 pays en disposent, dont 13 dans l'UE. Une
mesure pourtant jugée essentielle dans l'attente
d'un vaccin efficace contre le virus mutant de la
grippe aviaire.
Conscientes du problème, l'OMS et la Commission
européenne ont prévu d'assister les
pays à la traîne pour accélérer
le mouvement face à la menace qui se profile.
Elles insistent sur le fait qu'une "volonté
politique est cruciale pour que ces plans soient efficaces".
En septembre prochain, un exercice d'alerte devrait
être lancé à l'échelle
européenne pour éprouver les dispositifs
et en déceler les failles.
En
France, trois premiers millions de doses de Tamiflu
(seul médicament antiviral susceptible d'atténuer
la gravité de cette nouvelle grippe) doivent
être livrés aux autorités durant
ce mois de mars. Dix autres millions de doses doivent
suivre d'ici à la fin de l'année.
Dans le domaine des vaccins, une des parades les plus
efficaces, notre pays a publié un appel d'offres
le 2 mars. Il s'agit ici d'acheter deux millions de
doses d'un vaccin contre le virus H5N1, qui sévit
actuellement en Asie. Les premiers essais sur l'homme
devraient débuter très prochainement.
Si ce vaccin ne devrait protéger que partiellement
contre l'infection, sa mise au point devrait permettre
d'accélérer la fabrication d'un vaccin
efficace, à partir du moment où le nouveau
virus pandémique aura surgi.
Notre pays s'applique également à constituer
un stock national de masques de protection respiratoire
(dont il existe très peu de fabricants chez-nous).
Reste à bien définir leur type, leur
quantité et qualité. Là aussi,
un appel d'offres va être lancé.
Une
circulaire conjointe des ministères de la Santé
et de l'Intérieur doit être également
adressée à la mi-avril aux Dass et aux
préfets pour leur préciser la mise en
oeuvre de ce plan national sur le terrain : création
de cellules départementales, mobilisation de
la médecine libérale r,enforcement de
l'offre de soins en ambulatoire. Un exercice d'alerte
nationale est prévu pour le printemps et un
autre avant l'hiver.
|
Grippe
aviaire et traitement
par le Dr Michel S.F.Vermeulen 11/04/05
L’ Oseltamivir ou Tamiflu ( de son nom déposé
), fabriqué par la firme Roche, constitue une des
seules solutions pour affronter les premiers moments douloureux
de la pandémie de grippe aviaire. Il permettra de
sauver énormément de vies humaines, en attendant
qu’un vaccin puisse être mis au point, pour
prévenir les dégâts du virus mutant
définitif.
La mise au point
du vaccin à partir de l’identification de la
transmission interhumaine peut prendre environ 5 mois, ensuite
commencera la production industrielle.
Il faut seulement
1 mois pour que l’infection se répande sur
notre planète.
Or la pandémie de grippe est inévitable suivant
les spécialistes, mais on ne peut pas prédire
quand celle-ci débutera. Ce dont on est sûr,
c’est que les jours sont comptés pour le début
de ce fléau.
Suivant
les prévisionnistes les plus pessimistes, le nombre
de morts pourrait se situer aux environs des 150 millions,
et l’on peut imaginer avec une très grande
inquiétude, que tous les services et administrations
dont dépend l’activité d’un pays,
seront paralysés par le grand nombre de gens non
actifs simultanément : les malades et les morts .
Il
est donc impératif pour sauver les populations de
la Terre, de disposer de suffisamment d’Oseltamivir,
et pour cela de faire sauter le verrou de l’exclusivité
de la fabrication du Tamiflu par la firme Roche, afin de
permettre à toutes les firmes pharmaceutiques compétentes
de combler l’insuffisance de production du médicament.
Ainsi nous pourrons espérer couvrir les besoins énormes
des populations du monde. Il y a des lois économiques
concernant les brevets relatifs aux médicaments dans
le cadre des accords de l’Organisation mondiale du
commerce sur la propriété intellectuelle,
ce qui est juste en temps normal. Mais ne peut-on pas concevoir,
dans le cadre d’un avenir menaçant, la fabrication
d’un unique générique par les différentes
firmes pharmaceutiques possédant les capacités
de fabrication et de production de l’ Oseltamivir
? Le temps court et nous traînons, empêtrer
dans nos problèmes quotidiens, et à force
d’entendre parler de ce problème , celui ci
s’efface de nos préoccupations.
Certes,
il est évident de reconnaître comme prioritaire
le principe de constituer des réserves accrues et
suffisantes d’Oseltamivir, pour réaliser une
première ligne de défense face aux premières
vagues de la pandémie virale, mais il y a l’argent.
Il est le nerf de la guerre, mais pas le nerf de la vie.
Il est plus commode d’être riche que pauvre
, mais il vaut mieux être vivant que mort. Mais alors,
que faire ?
Il
faudrait définir des accords économiques entre
la firme Roche et les autres firmes pharmaceutiques intervenantes
.Ces accords devraient tenir compte de l’effort de
chacun dans la production du médicament et considérer
une faveur particulière au découvreur du principe
actif. Mais ceci est une affaire de spécialiste et
j’avoue mon incompétence en la matière
pour régler les litiges des conflits d’intérêts.
Mais face à une menace qui concerne l’avenir
de l’humanité, j’ose espèrer que
la sagesse humaine permettra de surmonter les problèmes
d’intérêts économiques.
Finalement
la question posée est : faut-il laisser à
une seule firme les bénéfices de la sous-production
d’un produit vital pour l’humanité, dans
le seul but de respecter les lois du commerces et de l’argent,
et ainsi laisser sombrer l’humanité à
son sort funeste ?
Je
serais heureux que d’autres personnes sensibles à
ce problème, puissent contribuer à développer
cette réflexion, avec le souci de la faire évoluer
pour aboutir à une action concrète, si des
personnes compétentes la jugent pertinente.
Merci.
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