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Editorial
Les
quatre piliers de la souveraineté européenne
par Jean-Paul Baquiast
et Christophe Jacquemin
17
février 2005 |
A
l'heure d'un référendum sur le Traité
Constitutionnel qui place enfin l'entité Europe sous
le feu des projecteurs, nous aimerions ici exposer quelques
points qui nous semblent fondamentaux pour que la construction
de l'Europe soit perçue par tous comme offrant de véritables
perspectives de développement. Dans un monde en pleine
mutation, où l'on ne cesse d'annoncer le redécoupage
géostratégique et économique de la planète
en zones d'influences - Etats-Unis, Chine, Inde, Asie, Europe
(et autres blocs dont on ne parle jamais), quel rôle
cette Europe va-t-elle tenir dans les décennies à
venir ?
Au
sein des différents Etats-membres de l'Union, qui ose
aujourd'hui parler de "souveraineté européenne"
ou de l'Europe "puissance" ? Des mots qui font peur
A plus forte raison, qui ose parler de souveraineté
scientifique et technologique. Et pourtant, selon nous, le
maintien d'une place de choix de l'Europe dans le concert
international passe en priorité par l'affirmation d'une
nécessaire souveraineté scientifique et technologique
européenne.
Mais comment traduire cet objectif multiforme? Il faut aller
aux priorités. Nous proposons ici quatre grands programmes
que nous qualifions de "piliers de la souveraineté
européenne". Ils sont aussi importants les uns
que les autres, le succès de chacun conditionnant celui
de l'ensemble. Il doit s'agir ici de véritables Plans
d'actions, dotés des moyens nécessaires et insérés
dans une démarche de mobilisation stratégique
à 20 ou 30 ans. Ajoutons que la Constitution permettra
qu'ils fassent si besoin était l'objet de coopérations
renforcées, au cas où certains Etats n'accepteraient
pas de s'y engager d'emblée.
Quatre
grands programmes
Bâtir une vraie Europe spatiale,
qui aujourd'hui n'existe pas, malgré les apparences.
Il faudra investir dans les trois grandes dimensions du spatial
européen : l'Espace militaire, l'Espace scientifique,
l'Homme européen dans l'Espace (le programme Aurora
de l'Agence Spatiale Européenne).
[Voir
sur ce sujet notre article L'Espace, clef de la souveraineté
européenne http://www.automatesintelligents.com/democratie/2005/fev/espaceurop.html
ainsi que l'interview de Roger-Maurice Bonnet http://www.automatesintelligents.com/interviews/2005/jan/bonnet.html]
Bâtir
une véritable Europe de la Culture et des industries
culturelles, reposant sur une valorisation systématique,
grâce aux réseaux et outils numériques,
des fonds culturels et des formes et contenus d'expression
contemporaines. Le multilinguisme assisté par ordinateur
devra devenir de règle à cette occasion.
[Voir sur ce sujet notre dossier Culture Européenne
http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2004/60/cult.htm
ainsi que l'interview de Bernard Stiegler http://www.automatesintelligents.com/interviews/2005/jan/stiegler.html
et la présentation de son ouvrage Mécréance
et Discrédit http://www.automatesintelligents.com/biblionet/2005/jan/stiegler.html]
Construire
une Europe de la recherche scientifique fondamentale. Celle-ci
n'existe pas encore, la recherche appliquée étant
seule encouragée, d'ailleurs avec des moyens insuffisants
et sans stratégies. La mise en place d'un Conseil de
la Recherche Européenne (European Research Council),
doté de moyens de financements importants et de l'autonomie
de décision, est actuellement considérée
comme un premier pas dans la construction de l'Europe de la
recherche fondamentale débordant les domaines d'excellence
actuels (physique, astronomie notamment). Il faudra compléter
cela par la réalisation de nombreux grands et moyens
équipements qui manquent encore à l'Europe.
[Voir sur ce sujet notre compte-rendu du Colloque Science
et conscience européenne du Collège de France
consacré à la recherche européenne http://www.automatesintelligents.com/manif/2004/collegedefrance.html]
Confirmer
l'Europe dans le rôle de pilote dans la lutte contre
l'effet de serre. L'Europe a déjà fait beaucoup
dans ce domaine. Le monde attend d'elle beaucoup plus. L'intention
affichée par le président de la République
de multiplier par 4 les objectifs de Kyoto à horizon
de 2050 va dans ce sens, mais un tel objectif impose des mesures
institutionnelles, législatives et budgétaires
sans commune mesure avec ce que fait l'Union Européenne
actuellement.
[Voir à ce sujet notre article Lutte contre l'effet
de serre Facteur 4 http://www.automatesintelligents.com/democratie/2005/fev/facteur4.html]
Il est
inutile de dire que si l'Europe visait à affirmer sa
souveraineté et pourquoi pas son leadership dans ces
4 domaines, les questions de protection du potentiel industriel,
de l'emploi et du modèle social qui se posent actuellement
trouveraient bien plus facilement des réponses.
Ajoutons
qu'un certain nombre de politiques communes indispensables
à l'affirmation de la souveraineté européenne
sont transversales à ces quatre grands programmes.
Nous le les avons donc pas formulées explicitement.
Ainsi, en matière de politique énergétique,
il faut investir dans la recherche et dans les moyens de lutter
contre l'effet de serre - par exemple en lançant la
construction du réacteur expérimental ITER...
Dans le domaine militaire, la construction d'une force européenne
de défense suppose d'investir, au niveau européen,
dans le spatial et dans la recherche scientifique.
Plus généralement,
les quatre programmes recensés ci-dessus supposent,
comme aux Etats-Unis, en Chine et aussi au Japon, d'être
mis au service d'une perception à long terme des enjeux
géopolitiques et d'une volonté de mobilisation
totale des forces dont dispose l'Europe dans les affrontements
entre puissances. Pour l'Europe, se doter d'une capacité
de défense globale à la hauteur des rapports
de forces dans le monde sera conçu comme un facteur
d'influence pour exporter, pacifiquement bien entendu, la
conception européenne de la société et
participer à l'équilibre général
de la planète.
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