Vers le site Automates Intelilgents
La Revue mensuelle n° 62
Robotique, vie artificielle, réalité virtuelle

Information, réflexion, discussion
logo admiroutes

Tous les numéros


Archives
(classement par rubriques)

Image animée




 

Retour au sommaire

Editorial
Les quatre piliers de la souveraineté européenne
par Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin
17 février 2005


A l'heure d'un référendum sur le Traité Constitutionnel qui place enfin l'entité Europe sous le feu des projecteurs, nous aimerions ici exposer quelques points qui nous semblent fondamentaux pour que la construction de l'Europe soit perçue par tous comme offrant de véritables perspectives de développement. Dans un monde en pleine mutation, où l'on ne cesse d'annoncer le redécoupage géostratégique et économique de la planète en zones d'influences - Etats-Unis, Chine, Inde, Asie, Europe… (et autres blocs dont on ne parle jamais), quel rôle cette Europe va-t-elle tenir dans les décennies à venir ?

Au sein des différents Etats-membres de l'Union, qui ose aujourd'hui parler de "souveraineté européenne" ou de l'Europe "puissance" ? Des mots qui font peur… A plus forte raison, qui ose parler de souveraineté scientifique et technologique. Et pourtant, selon nous, le maintien d'une place de choix de l'Europe dans le concert international passe en priorité par l'affirmation d'une nécessaire souveraineté scientifique et technologique européenne.

Mais comment traduire cet objectif multiforme? Il faut aller aux priorités. Nous proposons ici quatre grands programmes que nous qualifions de "piliers de la souveraineté européenne". Ils sont aussi importants les uns que les autres, le succès de chacun conditionnant celui de l'ensemble. Il doit s'agir ici de véritables Plans d'actions, dotés des moyens nécessaires et insérés dans une démarche de mobilisation stratégique à 20 ou 30 ans. Ajoutons que la Constitution permettra qu'ils fassent si besoin était l'objet de coopérations renforcées, au cas où certains Etats n'accepteraient pas de s'y engager d'emblée.

Quatre grands programmes

Bâtir une vraie Europe spatiale, qui aujourd'hui n'existe pas, malgré les apparences. Il faudra investir dans les trois grandes dimensions du spatial européen : l'Espace militaire, l'Espace scientifique, l'Homme européen dans l'Espace (le programme Aurora de l'Agence Spatiale Européenne).

[Voir sur ce sujet notre article L'Espace, clef de la souveraineté européenne http://www.automatesintelligents.com/democratie/2005/fev/espaceurop.html ainsi que l'interview de Roger-Maurice Bonnet http://www.automatesintelligents.com/interviews/2005/jan/bonnet.html]

Bâtir une véritable Europe de la Culture et des industries culturelles, reposant sur une valorisation systématique, grâce aux réseaux et outils numériques, des fonds culturels et des formes et contenus d'expression contemporaines. Le multilinguisme assisté par ordinateur devra devenir de règle à cette occasion.

[Voir sur ce sujet notre dossier Culture Européenne http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2004/60/cult.htm ainsi que l'interview de Bernard Stiegler http://www.automatesintelligents.com/interviews/2005/jan/stiegler.html et la présentation de son ouvrage Mécréance et Discrédit http://www.automatesintelligents.com/biblionet/2005/jan/stiegler.html]

Construire une Europe de la recherche scientifique fondamentale. Celle-ci n'existe pas encore, la recherche appliquée étant seule encouragée, d'ailleurs avec des moyens insuffisants et sans stratégies. La mise en place d'un Conseil de la Recherche Européenne (European Research Council), doté de moyens de financements importants et de l'autonomie de décision, est actuellement considérée comme un premier pas dans la construction de l'Europe de la recherche fondamentale débordant les domaines d'excellence actuels (physique, astronomie notamment). Il faudra compléter cela par la réalisation de nombreux grands et moyens équipements qui manquent encore à l'Europe.

[Voir sur ce sujet notre compte-rendu du Colloque Science et conscience européenne du Collège de France consacré à la recherche européenne http://www.automatesintelligents.com/manif/2004/collegedefrance.html]

Confirmer l'Europe dans le rôle de pilote dans la lutte contre l'effet de serre. L'Europe a déjà fait beaucoup dans ce domaine. Le monde attend d'elle beaucoup plus. L'intention affichée par le président de la République de multiplier par 4 les objectifs de Kyoto à horizon de 2050 va dans ce sens, mais un tel objectif impose des mesures institutionnelles, législatives et budgétaires sans commune mesure avec ce que fait l'Union Européenne actuellement.

[Voir à ce sujet notre article Lutte contre l'effet de serre Facteur 4 http://www.automatesintelligents.com/democratie/2005/fev/facteur4.html]

Il est inutile de dire que si l'Europe visait à affirmer sa souveraineté et pourquoi pas son leadership dans ces 4 domaines, les questions de protection du potentiel industriel, de l'emploi et du modèle social qui se posent actuellement trouveraient bien plus facilement des réponses.

Ajoutons qu'un certain nombre de politiques communes indispensables à l'affirmation de la souveraineté européenne sont transversales à ces quatre grands programmes. Nous le les avons donc pas formulées explicitement. Ainsi, en matière de politique énergétique, il faut investir dans la recherche et dans les moyens de lutter contre l'effet de serre - par exemple en lançant la construction du réacteur expérimental ITER... Dans le domaine militaire, la construction d'une force européenne de défense suppose d'investir, au niveau européen, dans le spatial et dans la recherche scientifique.

Plus généralement, les quatre programmes recensés ci-dessus supposent, comme aux Etats-Unis, en Chine et aussi au Japon, d'être mis au service d'une perception à long terme des enjeux géopolitiques et d'une volonté de mobilisation totale des forces dont dispose l'Europe dans les affrontements entre puissances. Pour l'Europe, se doter d'une capacité de défense globale à la hauteur des rapports de forces dans le monde sera conçu comme un facteur d'influence pour exporter, pacifiquement bien entendu, la conception européenne de la société et participer à l'équilibre général de la planète.

Retour au sommaire