Retour au sommaire
Article
Sérendipité,
ou de l'art de faire des trouvailles
par Pek van Andel m.v.van.andel@med.rug.nl)
- avec la collaboration de Christophe Jacquemin
Texte traduit et adapté
du hollandais par Danièle Bourcier, directeur de recherche
au CNRS bourcier@msh-paris.fr
1er févrrier
2005
Ex chercheur et expérimentateur à l'université
de Groningue, Pek van Andel possède la plus
grande collection mondiale de sérendipités
et est considéré aux Pays-Bas comme
"sérendipitologue".
L'auteur a proposé aux journaux Le Monde et
Le Figaro le texte qui suit - texte d'une communication
faite le 1er février 2005 à l'université
de Cannes - qui en ont refusé la publication
(mais était-ce finalement le bon endroit où
le publier ?). Il a alors décidé de
l'offrir ici gratuitement, à condition que
soient respectés le droit d'auteur et celui
de la traduction. Qu'il en soit remercié.
Pek van Andel a introduit le mot Sérendipité
aux Pays-Bas avec la transcription "serendipiteit".
Le mot existe désormais dans les dictionnaires
hollandais.
Combien de temps faudra-t-il avant que le "sérendipité"
figure dans les dictionnaires français, le
mot existant déjà depuis plus d'un siècle
dans les dictionnaires anglais ?
Automates
Intelligents
|
Le
mot serendipity ('sérendipité' en transcription)
a été forgé il y a 251 ans. La sérendipité
est l'art de découvrir, inventer et créer ce
à quoi on ne s'attend pas. Les dictionnaires français
n'ont pas encore accepté ce terme. Voici l'histoire
de ce mot étrange pour l'art crucial de trouver le
non-cherché, qui joue un rôle important dans
la science, la technique et l'art.
Introduction
Les trois fils du roi de Serendip (mot du perse ancien pour
Sri-Lanka) refusèrent après une solide éducation
de succéder à leur père. Le roi alors
les expulsa.
Il partirent à pied pour voir des pays différents
et bien des choses merveilleuses dans le monde. Un jour, ils
passèrent sur les traces d'un chameau. L'aîné
observa que l'herbe à gauche de la trace était
broutée mais que l'herbe de l'autre côté
ne l'était pas. Il en conclut que le chameau ne voyait
pas de l'oeil droit. Le cadet remarqua sur le bord gauche
du chemin des morceaux d'herbes mâchées de la
taille d'une dent de chameau. Il réalisa alors que
le chameau pouvait avoir perdu une dent. Du fait que les traces
d'un pied de chameau était moins marquée dans
le sol, le benjamin inféra que le chameau boitait.
Tout en marchant, un des frères observa des colonnes
de fourmis ramassant de la nourriture. De l'autre côté,
un essaim d'abeilles, de mouches et de guêpes s'activait
autour d'une substance transparente et collante. Il en déduisit
que le chameau était chargé d'un côté
de beurre et de l'autre de miel. Le deuxième frère
découvrit des signes de quelqu'un qui s'était
accroupi. Il trouva aussi l'empreinte d'un petit pied humain
au près d'une flaque humide. Il toucha cet endroit
mouillé et il fut aussitôt envahi par un certain
désir. Il en conclut qu'il y avait une femme sur le
chameau. Le troisième frère remarqua les empreintes
des mains, là où elle avait uriné. Il
supposa que la femme était enceinte car elle avait
utilisé ses mains pour se relever.
Les trois frères rencontrèrent ensuite un conducteur
de chameau qui avait perdu son animal. Comme ils avaient déjà
relevé beaucoup d'indices, ils lancèrent comme
boutade au chamelier qu'ils avaient vu son chameau et, pour
crédibiliser leur blague, ils énumérèrent
les sept signes qui caractérisaient le chameau. Les
caractéristiques s'avérèrent toutes justes.
Accusés de vol, les trois frères furent jetés
en prison. Ce ne fut qu'après que le chameau fut retrouvé
sain et sauf par un villageois, qu'ils furent libérés.
Après beaucoup d'autres voyages, il rentrèrent
dans leur pays pour succéder à leur père.
[Ce texte est un fragment résumé du conte
Les pérégrinations des trois fils du roi de
Serendip d'Amir Khusrau, un grand poète persan. C'est
le premier conte de son recueil Hasht Bihist (Les huit Paradis,
1302). ]
Voltaire
écrivait Zadig, ou la destinée, en 1748,
inspiré par une version française de l'adaptation
italienne Perigrinnaggio de Christophoro (Venice, 1557) du
texte original. Mais le mot zadigité n'existe pas en
français.
L'histoire
Le mot sérendipity a été crée
le 28 janvier 1754. Il est décrit par Horace Walpole
comme définissant le talent de ces trois Princes. Dans
une lettre adressée à Horace Mann, ambassadeur
à Florence, il utilisa pour la première fois
ce mot et en donna l'étymologie et la définition.
Walpole avait rencontré Mann pendant son 'grand tour'
en Italie.
Voici son passage sur la sérendipité :
D'ailleurs
je dois te raconter une découverte pénible.
[...] Cette découverte est presque du type de ce que
j'appelle sérendipité, un mot qui dit beaucoup,
que j'essaierai de t'expliquer parce que je n'ai rien de mieux
à te dire ; tu le comprendras mieux par l'étymologie
que par la définition. Une foi,s je lisais un conte
stupide appelé "Les trois Princes de Serendip".
Quand les trois dignitaires voyageaient, ils faisaient toujours
des découvertes, par accidents et sagacité,
des choses qu'ils ne cherchaient pa s; par exemple l'un d'entre
eux découvrit qu'un âne borgne était passé
par la même route parce que l'herbe avait été
broutée seulement du côté gauche où
l'herbe était pourtant la moins bonne. Comprends-tu
sérendipité maintenant? [..] il faut bien noter
qu'aucune découverte d'une chose que tu cherches tombe
sous cette description [..].
Ici se
termine le passage de la lettre. Walpole souligna l'importance
de la sérendipité dans une lettre qu'il a écrit
plus tard :
Ni
qu'il n'y a aucun danger à commencer un jeu nouveau
pour l'invention ; beaucoup de découvertes sont faites
par des gens qui étaient à la chasse de quelque
chose de très différent. Je ne suis pas totalement
sûr si l'art à faire de l'or ou la vie éternelle
sont inventés - mais combien de découvertes
nobles ont été déjà mises en lumière
parce qu'on cherchait ces moyens miraculeux ! Pauvre Chimie
si elle n'avait pas eu de motifs aussi glorieux devant les
yeux!
Ce n'est
qu'en 1833 que le mot sérendipité fut imprimé
pour la première fois. C'est à ce moment que
la lettre cité ci-dessus fut éditée avec
d'autres lettres de Walpole.
Il fallu attendre 1875 pour que ce mot sérendipité
soit reprit par quelqu'un d'autre. Le bibliophile et chimiste
Edward Solly l'utilisa alors dans le magazine Notes and
Queries et le lança dans des cercles littéraires.
Walter Cannon, professeur de physiologie au Harvard Medical
School, l'importa dans les sciences exactes avec le chapitre
Gains from Serendipity de son livre The Way of an
Investigator, 1945 [investigare = chercher, chasser, suivre
la trace = vestigium (d'un animal)].
L'observation que le hasard joue un rôle quand on fait
des découvertes et des inventions est naturellement
plus vieux que le mot serendipité. Le célèbre
physicien britannique Robert Hooke écrivait déjà
en 1679 dans la préface de ses Lectiones Cutlerianae
:
[...]
(La plus grande partie de l'invention est un peu un accident
heureux en dehors de notre pouvoir, et comme le vent, l'Esprit
de l'Inventeur souffle si et quand cela est pertinent et nous
ne savons presque pas d'où il vient et s'il est parti).
À cause de cela, il est préférable d'embrasser
l'influence de la Prédestination et d'être diligent
pendant la recherche de tout ce que nous rencontrons. Parce
que nous réaliserons vite que le nombre des observations
importantes et Inventions collectées de cette manière
sera cent fois plus grand que ce qui a été trouvé
par n'importe quelle anticipation.
Presque
un siècle plus tard, en 1775, le pasteur et chercheur
anglais Joseph Priestley note dans l'introduction de ses Experiments
and observations on different kinds of air [gaz] :
Les
sujets de ce tome illustrent la vérité d'une
remarque que j'ai faite plus d'une fois dans mes textes philosophiques
et qui peut être difficile à répéter
trop de fois parce qu'elle encourage fortement des recherches
philosophiques : en effet nous devons plus à ce que
nous appelons accident, c'est à dire, philosophiquement
parlant, à l'observation des événements
qui se présentent avec des causes inconnues qu'à
n'importe quel bon plan ou théorie préconçue
dans cette activité. Cela n'apparaît pas dans
les oeuvres de gens qui écrivent synthétiquement
sur ces thèmes mais on le voit très bien, je
n'en doute pas, chez ceux qui sont plus célèbres
par leur sagacité philosophique que s'ils écrivaient
de façon analytique et ingénieuse.'
Une
remarque - dont la citation a été souvent erronée
- sur le rôle du hasard a été faite par
le chimiste Louis Pasteur dans son discours d'introduction
de doyen de la nouvelle Faculté des Sciences à
Lille en 1854 :
C'était
dans cette mémorable année 1822. Ørsted,
physicien Suédois [Danois], tenait en mains un fils
de cuivre réuni par ses extrémités aux
deux pôles d'une pile de Volta. Sur sa table se trouvait
une aiguille aimantée placée sur son pivot,
et tout à coup il vit, (par hasard diriez- vous peut-être,
mais souvenez-vous que, dans les sciences d'observation le
hasard ne favorise que des esprits préparés)
il vit tout à coup l'aiguille se mouvoir et prendre
une position très différente de celle que lui
assigne le magnétisme terrestre. Un fil traversé
par un courant électrique fait dévier de sa
position une aiguille aimantée.
Voila, messieurs, la naissance du télégraphe
actuel.
Dans
son manuscrit, Pasteur écrivit 'des esprits préparés'.
Au lieu de cela, fut mprimé 'les esprits préparés',
comme Mirko Grmek le remarqua par la suite. Au-dessus d'une
porte de la Harvard Medical School, on lit d'ailleurs la citation
Chance favors only the prepared mind (Le hasard ne
favorise qu'un esprit préparé).
Onze années plus tard, en 1865, Claude Bernard, qui
fut dramaturge mais plus connu comme père de la physiologie
expérimentale sur notre continent, écrivit à
son tour :
J'ai
dit, en effet, qu'il ne faut jamais rien négliger dans
l'observation des faits, et je regarde comme une règle
indispensable de critique expérimentale de ne jamais
admettre sans preuve l'existence d'une cause d'erreur dans
une expérience, et de chercher toujours à se
rendre raison de toutes les circonstances anormales qu'on
observe. Il n'y a rien d'accidentel, et ce qui pour nous est
accident n'est qu'un fait inconnu qui peut devenir, si on
l'explique, l'occasion d'une découverte plus ou moins
importante.
Le
sociologue des sciences américain Robert Merton souligna
en 1976 que les faits empiriques aident au commencement d'une
théorie. Il donna alors la définition la plus
exacte de la sérendipité :
Le
phénomène de sérendipité concerne
l'expérience assez générale de l'observation
d'une donnée non-anticipée, a-normale et stratégique
qui devient l'occasion du développement d'une nouvelle
théorie, ou l'extension d'une théorie existante.
Chacun des éléments de ce phénomène
peut été décrit facilement. D'abord la
donnée est non-anticipée. La recherche orientée
vers le test d'une hypothèse fournit un produit à
côté par hasard, une observation inattendue qui
concerne des théories qui n'étaient pas prises
en compte au commencement de la recherche.
Deuxième point, l'observation est a-normale, surprenante
et incompatible avec les théories courantes, ou avec
d'autres faits constatés. Dans les deux cas, l'incompatibilité
prima facie éveille la curiosité ; cela incite
l'investigateur à rechercher la donnée pour
le mettre dans un cadre plus large de connaissance. [..]
Troisièmement, observant que le fait inattendu doit
être stratégique, c'est-à-dire qu'il doit
permettre des implications qui concernent une théorie
généralisée nous parlons naturellement
plus de ce que l'observateur fait avec la donnée que
sur la donnée même. Parce que cela demande clairement
un observateur sensibilisé à la théorie,
pour lui
permettre le détecter le général dans
le particulier.
Pour Merton,
'sérendipité' est le terme juste pour l'observation
d'un fait surprenant qui est suivi par une abduction (explication)
correcte. Pour distinguer l'abduction de la déduction
et de l'induction, je cite le philosophe pragmatique américain
Charles Pierce qui redécouvrait en 1866 l'abduction,
comme le philosophe portuguais John Poinsot le fit en 1631
:
Il
y a dans la science trois façons de raisonner fondamentalement
différentes, la Déduction (appelée par
Aristote sunagwgh [ςυναγωγη]
ou anagwgh [αναγωγη]),
l'Induction (pour Aristote et Platon epagwgh [επαγωγη]),
et la Rétroduction (pour Aristote apagwgh [απαγωγη],
mais, par erreur souvent traduit par abduction). À
côté de ces trois raisonnements, l'Analogie (pour
Aristote paradeigma [παραδειγμα])
combine les caractères de l'Induction et de la Rétroduction.
Pierce
regarde l'abduction (il utilisait comme synonymes la rétroduction,
l'hypothèse et la présomption) comme la seule
forme de raisonnement pour découvrir quelque chose
de neuf:
[Induction]
ne peut jamais produire une idée, quel que soit son
type. Et la déduction non plus. Toutes les idées
de la science viennent par abduction. L'abduction consiste
dans l'étude des faits et dans la conception d'une
théorie pour les expliquer.
L'abduction est le processus de l'imagination d'une hypothèse
explicative. C'est la seule opération logique qui introduit
un idée neuve quelconque; parce que l'induction détermine
une valeur, et la déduction dérive seulement
les conséquences inévitables d'un hypothèse
pure. La déduction prouve que quelque chose doit être.
L'induction montre que quelque chose marche de facto. L'abduction
suggère seulement que cela serait possible. Sa seule
justification est que la déduction peut dériver
de sa suggestion un prédiction, qui peut être
testée par induction, et qui, si l'on veut apprendre
jamais quelque chose, ou expliquer de toute façon des
phénomènes, doit être fait via l'abduction.
Le premier phase d'une hypothèse et son développement,
comme question simple ou avec un certain mesure de confiance,
est une étape dérivée, que j'appelle,
comme proposition, l'abduction.
Ici se
terminent les citations de Peirce qui est spécialement
connu par son travail sur le pragmatisme comme méthode
de recherche. Pour cela il est appelé 'pragmaticiste'.
Epilogue
Quand je définis la sérendipité comme
le don de faire des trouvailles, c'est à dire de trouver
ce que l'on n'a pas cherché, qu'est-ce que j'entends
par trouvailles?
Je parle de trouvailles si deux ou plusieurs éléments
connus sont combinés originalement aux yeux de l'investigateur,
en quelque chose de neuf et vrai (science), de neuf et utile
(technique), ou de neuf et fascinant (art). Cogito pour 'je
pense' signifie littéralement 'je secoue', comme Jacques
Hadamard le remarquait. Et une des traductions possibles pour
intelligo est 'je choisis'. Le non-cherché est relié
au chercheur qui l'a trouvé mais n'exclut pas qu'il
cherchait autre chose à ce moment ou avant (ce qui
est souvent le cas). Dans les sciences, on parle de découverte
de phénomènes qui existaient déjà,
comme les rayons X. Dans la technique, on parle d'invention
(in-veno = je viens sur [quelque chose]) de ce qui n'existait
pas avant, comme le 'daguerreotype'. Dans l'art, on parle
de création liée à l'artiste, et Pablo
Picasso dit dans son Étude de femme : 'Je ne cherche
pas, je trouve'. Un exemple classique de sérendipité
dans l'art est une expérience écrite par le
peintre russe Vassily Kandinski qui observait en 1910 quelque
chose de miraculeux :
À
Münich, un regard inattendu dans mon atelier m'a rendu
perplexe. C'était à l'heure du crépuscule.
Je rentrai chez moi avec ma valise de peintre. Quand j'aperçus
tout d'un coup, une toile incroyablement belle avec une chaleur
intense, je m'arrêtais et m'approchais rapidement de
ce tableau énigmatique dans lequel je ne voyais rien
d'autre que des formes et des couleurs dont le contour restait
incompréhensible. Je trouvais la clé de l'énigme
immédiatement : c'était un tableau peint par
moi qui était posé contre le mur sur un de ses
côtés. Le lendemain, j'essayais à la lumière
du jour de retrouver l'impression que j'avais reçue
du tableau la veille. Mais je n'y réussissais qu'à
moitié. De plus, dans ce tableau mis sur le côté,
je reconnaissais toujours les objets et l'azur délicat
du crépuscule avait disparu. À présent
je savais que 'l'objet' nuisait à mes tableaux.
Après
cette expérience, Kandinski commença à
peindre volontairement de façon complètement
abstraite. On peut considérer qu'il s'agit de la première
initiative de ce qu'on appelle l'art abstrait (abstraho =
j'enlève [la représentation de 'l'objet']).
Si on découvre quelque chose de neuf, il faut des années
pour savoir si c'est nouveau et vrai, utile ou fascinant.
Rétrospectivement, il existe toujours un risque à
ce qu'une légende se forme. La sérendipité
d'une trouvaille peut être facilement sous-estimée
ou niée, ou surestimée ou inventée. Dans
la pratique, la sérendipité joue un rôle
de figurant, qui peut être essentiel. La découverte
de Christophe Colomb est éclairante à cet égard
: si le 'Nouveau Monde' n'avait pas existé, Colomb
serait resté inconnu.
L'évolution génétique illustre bien le
rôle de la sérendipité. Chaque mutation
d'un gène est un événement accidentel,
non-cherché, sans but et aveugle. Si la mutation est
testée, c'est seulement ensuite qu'on peut savoir à
quel problème la réponse a apporté une
solution. Ensuite, le gène muté doit encore
montrer qu'il a plus de chance de survivre que le gène
non muté.
Dans la culture définie comme 'connaissance transférable',
l'évolution marche exactement dans l'autre direction
: le problème précède la réponse.
Mais la sérendipité joue aussi un rôle
dans la culture. Plusieurs études indiquent que les
innovations sont pour quatre-vingts pour cent des réponses
à un problème connu, comme la pilule contraceptive.
Dans les vingt pour cent qui restent, la découverte
est faite avant que la demande soit connue, par exemple les
rayons X.
Mon
cabinet de sérendipités m'a appris les dix points
suivants :
1. La sérendipité
existe comme interprétation juste d'une observation
surprenante. C'est une trouvaille, quelque chose qui 'tombe'
sur quelqu'un, sine anticipatio mentis (sans anticipation
de l'esprit), une expression de Francis Bacon. 'Sans hypothèse
a priori', je dirais. Une vraie innovation est toujours 'sérendipiteuse'
sinon elle ne serait pas nouvelle. Ce qui est vraiment neuf
ne peut être dérivé de ce qui est connu.
Si c'était possible, le résultat ne serait pas
vraiment neuf. Le totalement nouveau peut être trouvé
seulement par surprise et pour cela un événement
imprévisible est nécessaire, comme une anomalie
bizarre ('Ciel!') ou une illumination soudaine ('Eurêka!').
Ce qui ne surprend pas ne peut pas être vraiment neuf.
Par exemple, une invention n'est pas brevetable si elle est
évidente, elle doit avoir un élément
surprenant. Le droit anglais précise même que
la sérendipité d'une invention n'est pas une
contre-indication pour un brevet. La volonté d'un dieu,
notre inconscient, un plan, une stratégie, une idéologie,
un programme de recherche ou d'ordinateur ne peuvent jamais
anticiper l'inconnu, l'impossible, le contre-intuitif, l'arrivée
des faits, des relations, des points de vue ou des effets
pervers, qui sont surprenants. De même, un système
expert ne peut pas non plus improviser ou être surpris,
il n'a pas de sens de l'humour, il ne peut pas été
effrayé et n'est pas capable de (re)connaître
ce qui est vraiment nouveau.
2. Dans les disciplines
expérimentales, comme la chimie, la physique, la géologie,
la médecine, l'astronomie, la technique et les arts,
les exemples de sérendipité sont fréquents.
Dans ces domaines, il est plus facile de voir et de tester
si on a découvert, inventé ou créé
quelque chose de non-cherché : on peut expérimenter.
Dans les sciences humaines, l'expérimentation est rarement
possible parce qu'on ne peut pas isoler complètement
la situation dans laquelle le phénomène se manifeste.
Personne ne sait jamais a priori si une intervention voulue
dans un contexte social a des effets prévus ou non,
ou des effets pervers surprenants ou non. À Bruxelles
par exemple, l'Office de lutte anti-fraude est chargé
de découvrir les effets non-voulus d'un règlement
communautaire.
3. La sérendipité
joue un rôle secondaire et essentiel, qui ne doit être
ni surestimé ni sous-estimé. L'astronome et
historien américain Martin Harwit a étudié
43 découvertes de phénomènes cosmiques
et remarqua qu'environ la moitié de ces observations
était sérendipiteuse. Il commenta ainsi ce résultat
: 'Cela jette un peu de doute sur les critères normaux
du 'peer review' parce que les critères courants reposent
sur une justification théorique du travail que le chercheur
veut faire : surtout si on demande du temps pour [utiliser]
un télescope ou pour toute autre chose.'
4. La recherche systématique
et finalisée et la sérendipité ne s'excluent
pas mais sont complémentaires et même se renforcent.
Dans la pratique, la sérendipité peut émerger
en exécutant un projet planifié : dans la trouvaille
de la vulcanisation, un cas de pseudo-sérendipité,
Charles Goodyear trouva ce qu'il cherchait mais sur une route
imprévue.
5. En général,
le rôle de la sérendipité dans les sciences,
la technique et les arts est sous-estimé. En effet
on rationalise souvent a posteriori sur la recherche expérimentale
et ses résultats, quand on publie ses résultats.
Les éléments qui ne sont pas rationnels, chronologiques
et recherchés, comme les observations accidentelles
ou fortuites, les surprises, les erreurs, les choses dont
on n'a jamais rêvé, les inconnues qui ont donné
des résultats restent alors dans l'ombre ou sont même
dissimulés dans les coulisses ou derrière le
décor. Ensuite la rationalité pure devient la
norme, non seulement quant aux résultats mais aussi
quant à la route qui conduisait à ces résultats.
Des chercheurs rapportent alors leur conclusions comme s'ils
les dérivaient de façon directe et logique de
leur première hypothèse, retirant les indices
d'une sérendipité éventuelle. Un article
sur une expérience réussie est écrit
et publié de telle façon que cette expérience
soit reproductible. Ainsi un livre de recettes de cuisine
ne parle pas de la façon dont elles ont été
trouvées. L'inside story, l'histoire derrière
la narration, le 'comment se passait réellement la
recherche' manquent. Un article de ce type est désigné
comme 'fraude', 'prophétie rétrospective' ou
'falsification rétrospective'. Si l'article est lu
comme le rapport d'une découverte, il peut conditionner
le lecteur dans sa propre recherche à négliger
les fleurs du bas-côté de la route qui formaient
un bouquet plus beau que les fleurs qu'il a cultivées
lui-même dans son parc. Cela peut donner une perte de
sérendipité : le plan et le but peuvent gâcher
l'aventure et le voyage. Un chercheur aguerri doit garder
ses deux yeux ouverts : l'un pour des observations cherchées
et l'autre pour des observations non-cherchées. Von
Laue, le célèbre chimiste allemand formulait
cette idée avec empathie : 'On voit souvent le mérite
sans la chance mais jamais la chance sans le mérite.'
Harry Beckers, qui fut la figure centrale de la recherche
dans la société Shell avait un oeil ouvert pour
la sérendipité et s'opposait à l'approche
dite 'Harvard Business School', qui présume que l'on
peut planifier la recherche et le développement et
que ce secteur doit seulement résoudre des questions
sans 'bavarder' à leur sujet :
En
tant que coordinateur de la recherche, on doit être
le gardien d'un système ouvert, à l'abri de
la domination bureaucratique. La planification de la recherche
doit été faite
de façon simple. Il faut suivre le planning mais cela
ne doit pas devenir un but en tant que tel. Les vraies idées
à approfondir surviennent souvent sous la douche et
les réelles innovations, les soi-disant quantum jumps,
émergent par accident comme quelqu'un qui, lorsqu'il
veut verser le liquide d'un gobelet, s'aperçoit que
ce liquide est devenu solide. Le bon chercheur se demande
alors ce qui se passe... La découverte du polyketon
'Carillon' de Shell est un bon exemple, mais c'est difficile
de l'expliquer à ses clients. Quand on souligne trop
la planification, trop de gens tournent autour du pot sans
être dans le pot lui-même. En
d'autres termes, le bureaucrate devient de plus en plus important
et la recherche réelle disparaît.
6.
Le
Grec Héraclite d'Ephèze (550-475 av. J.C.) aurait
écrit : 'Quand on n'attend pas l'inattendu, on ne
le découvre pas parce qu'on peut pas le trouver et
qu'il reste inaccessible.' Les anciens Grecs avaient même
un dieu pour l'inconnu, jusqu'à ce que, dit le Nouveau
Testament, les Chrétiens viennent, voient et disent
que le dieu grec inconnu était leur Dieu. À
ce moment l'histoire prenait, je pense, une fausse direction.
C'est pourquoi je veux maintenant faire revivre ce dieu ouvert
à l'inconnu pour combattre la routine servile du connu.
7. Les sérendipitistes
sont souvent vus dans la littérature comme des observateurs,
curieux, facilement distraits, intuitifs, judicieux, flexibles,
ayant le sens de l'humour mais étant difficilement
gérables car ils ont un esprit indépendant et
un comportement imprévisible. Ils ne peuvent pas être
encadrés de façon autoritaire car leur motivation
est intrinsèque. Un maverick, un serendipity-prone,
un Einzelgänger, un 'oiseau libre' défend sa liberté
académique et la liberté de la recherche en
général. Le fameux physicien américain
Irving Langmuir formula cette exigence de cette manière
:
Le
travail n'était pas planifié. Il pouvait être
'poussé' parce que nous étions curieux et passionnés.
On ne peut pas planifier de découvertes mais le travail
qui occasionnera les découvertes. On peut organiser
un laboratoire de façon à obtenir une plus grande
probabilité de résultats utiles. Tout en sauvegardant
la flexibilité et la liberté. Nous savons par
exemple, qu'on peut faire des choses qui ne peuvent pas arriver
en les planifiant. La sérendipité est l'art
de profiter de l'inattendu. La liberté de l'opportunité,
telle que développée par la démocratie,
est la meilleure réaction humaine face à des
phénomènes divergents. On peut définir
la sérendipité comme l'occasion de profiter
de l'inattendu.
Detlev
Bronk, ancien président de l'Académie des Sciences
aux États-Unis, conseillait : 'Fais tout pour attirer
les meilleurs mais ne te met pas sur leur chemin.' Les
résultats de la recherche fondamentale sont, on le
sait, imprévisibles, parce que la recherche fondamentale
étudie aussi les trouvailles qu'elle prend au sérieux.
R. Pattle décrit ce phénomène :
Certaines
écrivains parlent d'une découverte qui n'était
pas cherchée comme 'accidentelle' ou 'non voulue'.
Ce qui n'est jamais vrai. Les observations sont faites parce
que l'observateur a un oeil pour chaque aberration. La découverte
des substances qui abaissent la tension de la surface de l'intérieur
du poumon a été faite par un ensemble de circonstances
et n'est pas simplement un produit du hasard ou de la fortune.'
8.
Quand je définis l'intuition (in-tueri =
regarder vers) comme une anticipation que je ne peux pas expliquer
ni avant ni après, je suppose que la sérendipité
commence au-delà de l'intuition. Mais ce n'est pas
aussi simple. Dans la pratique, la sérendipité
est une intuition en développement, fondée sur
une orientation, expérience ou problème, qui
est plus générale que ce qui est étudié
par le chercheur. Son esprit est préparé à
cela. Son anticipation schématique est fondée
sur une intuition orientée par un problème spécifique
et/ou fondée sur son expérience. Dès
que le chercheur fait une observation surprenante, il interrompt
ou arrête, son travail 'normal' pour un moment, en vue
de l'exploiter et de l'expliquer par son sens de la sérendipité,
son intuition, sa connaissance, sa logique et son expérience.
Wilhelm Röntgen est un bel exemple : en sept semaines,
il explora et publia ce qu'il appelait rayons X. 'X' est le
symbole mathématique - d'origine arabe - pour l'inconnu.
La sérendipité est l'art des oeillères
démontables. Aussi un sérendipitiste a besoin
d'oeillères, quand il recherche et étudie, mais
il peut les enlever, et il le fait aussi quand il observe
un fait surprenant, qu'il veut interpréter pour en
donner une explication correcte, ou une stratégie émergente.
Mais dans ce cas, on a besoin d'espace et d'occasion pour
le 'bootlegging' (on escamote des produits, comme de l'alcool,
dans le haut de ses bottes), pour 'jouer dans le temps du
chef', et pour 'l'expérience du vendredi après-midi'.
Dans le laboratoire de recherche et développement de
Shell, cette recherche personnelle représente 10% du
temps de travail, chez DuPont 20% et à 3M 30%. Presque
partout il existe une recherche clandestine, ou 'de tiroir'
(comme on l'appelle au Pays-Bas) : on cherche ce qu'on veut,
on met les résultats dans un tiroir, on demande de
l'argent pour chercher et trouver soi-disant ces résultats
et si l'argent est donné, on peut continuer à
faire ce qu'on veut. Les résultats 'rêvés'
de cette recherche payée sont extraits du tiroir quand
le financier les demande. Ainsi, dans la Russie communiste,
les plans quinquennaux étaient remplis avec des recherches
précédemment réussies, qui n'avaient
pas encore été publiées. Cette tradition
de 'recherche de tiroir' existe dans toutes les disciplines
scientifiques et devient de plus en plus importante, parce
que c'est une ruse de chercheurs pour défendre la liberté
académique vis-à-vis des bureaucrates qui accordent
des crédits de recherche. Cette 'politique de tiroir'
est un forme de fraude structurelle, légère
mais elle augmente au fur et à mesure que la bureaucratie,
qui paye la recherche originale, domine. Elle est aussi une
perte de temps du côté des chercheurs et des
distributeurs de subventions et donne l'idée fausse
que la recherche scientifique originale pourrait être
planifiée. Naturellement, dans l'investigation scientifique
il faut planifier, mais un plan n'est jamais sacré.
Pour souligner cela, la société hollandaise
des chimistes a déjà donné un premier
prix de sérendipité, en 2003.
9. Un expérimentateur
qui teste une hypothèse et observe une anomalie (une
anormalité qui ne correspond pas à ses idées,
opinions, préjugés, dogmes et connaissances)
pense d'abord, naturellement, qu'il a fait une erreur. Quand
il a exclu cette possibilité, sa réaction secondaire
consiste à expliquer autrement le phénomène
aberrant pour comprendre quand même l'anomalie. Si cette
explication est suffisamment intéressante, élégante
et simple, il peut et veut en faire une nouvelle hypothèse
de travail, et la tester expérimentalement, indépendamment
de l'anomalie, pour éviter de 'penser en rond'. La
recherche scientifique boîte, marche, danse et saute
alors sur deux jambes : l'une pour tester une hypothèse
et l'autre pour expliquer une anomalie surprenante. Alors
la méthode hypothético-déductive et la
méthode anomalie-abductive (= sérendipité)
ne s'excluent pas, mais alternent, se complètent et
sont même en synergie. Naturellement toutes les anomalies
n'émergent pas pendant le test des hypothèses,
et les hypothèses n'émergent pas toutes comme
explications des anomalies. Néanmoins le test d'une
nouvelle hypothèse ne fournit pas toujours une anomalie
fraîche et une anomalie ne donne pas non plus toujours
une nouvelle hypothèse.
Le physicien américain Robert Curl est co-découvreur
de la 'bucky ball', une molécule de soixante atomes
de carbone qui a la forme du sommet des angles des sutures
d'un ballon moderne de football. La découverte de cette
molécule est un exemple classique d'une anomalie non-attendue,
qui émerge pendant une expérience scientifique
et qui a été observée et expliquée
correctement par la suite. Après avoir reçu
un Prix Nobel (partagé) pour cette découverte,
Curl insista, dans son intervention, sur la place et le contexte
de l'anomalie comme phénomène :
Dans
la science, l'hypothèse conduit l'expérience
et la théorie, parce que c'est seulement par l'imagination
des hypothèses que nous pouvons diriger nos expériences
et théories. Ce n'est que si ceci et cela est vrai,
que je serai capable de faire cette expérience, de
chercher ce résultat spécial ou d'arriver à
cette formulation théorique. À l'inverse, l'expérience
et la théorie conduisent aussi l'hypothèse.
Quelqu'un fait une observation sensationnelle ou a une illumination
soudaine et on commence à spéculer sur ces implications
et à imaginer des hypothèses possibles. Mais
toutes les hypothèses ne sont pas valables ou utiles.
10.
Nous sommes trop éduqués avec l'idée
que la connaissance progresse d'une question à une
réponse, d'une hypothèse à une thèse.
Aussi l'examen des connaissance se fait par un questionnaire
à 'choix multiples' dans lequel les questions sont
préformulées et suivies de réponses préformulées
dont on ne peut extraire qu'une seule réponse juste
(en fait c'est un choix singulier et non 'multiple'). Cela
peut donner sans le vouloir l'idée que, dans le domaine
de la recherche scientifique, la connaissance croît
d'une hypothèse juste à une réponse juste.
Mais dans la recherche, ni la question juste, ni la réponse
juste ne sont données avant. De même on ne sait
ni si elles existent, ni si on peut les trouver et comment.
En outre, à propos d'une observation sérendipiteuse,
la pratique scientifique nous apprend que la route entre la
question et la réponse est prise en sens contraire.
Cela veut dire non de la question à la réponse,
mais d'un fait surprenant à un nouveau problème
(= hypothèse). Dans la tradition actuelle de l'enseignement
et de l'examen des connaissances, on n'apprend presque pas
à chercher, trouver et formuler des questions justes
et des réponses correctes. Très rarement, on
apprend à aller d'une observation surprenante à
un problème original. Par exemple, il n'y a pas de
travaux pratiques dans lesquels il émerge un phénomène
inattendu et non-annoncé, qui serait soumis à
un étudiant pour voir ce qu'il en ferait. Ce qu'on
n'enseigne pas explicitement, c'est de dériver des
hypothèses fraîches à partir d'un fait
bizarre. C'est-à-dire de raisonner de ce qu'on ignore,
ne comprend pas, ou ne maîtrise pas, vers un problème
neuf, utile et vérifiable.
En 1901, le Français Louis Leprince-Ringuet distinguait
clairement le vrai chercheur de l'écolier :
Celui
qui trouve ce qu'il cherche fait en général
un bon travail d'écolier ; pensant à ce qu'il
désire, il néglige souvent les signes, parfois
minimes, qui apportent autre chose que l'objet de ses prévisions.
Le vrai chercheur doit savoir faire attention aux signes qui
révéleront l'existence d'un phénomène
auquel il ne s'attend pas.
Conclusions
Des sérendipités, ou des illuminations, sont,
comme le psychologue cognitif allemand Otto Selz l'écrivait,
le résultat d'une anticipation schématique très
générale qui était présente dans
l'esprit de l'observateur et qui a été provoquée
par un événement externe. La fortune sérendipiteuse
peut émerger de façon inattendue mais elle ne
survient que dans un esprit préparé par un intérêt,
une pensée ou une expérience préexistante.
Mais après l'étude de centaines de cas de sérendipité,
ce point de vue apparaît néanmoins discutable.
Comme pour toutes les opérations intuitives, la sérendipité
pure ne peut pas être planifiée, programmée
ou générée par un ordinateur. Dès
qu'on peut la programmer, on ne peut pas la nommer sérendipité.
Ce que je peux seulement programmer c'est que, si quelque
chose d'imprévu se passe, l'utilisateur agira par lui-même
pour essayer de comprendre l'observation surprenante. Et je
peux éventuellement spécifier les conditions
nécessaires pour l'émergence de ce fait surprenant.
Est-ce accidentel ou structurel et quels sont les élément
en jeu? 'Les problèmes non-cherchés se manifestent
quand on approfondit l'étude,' écrivait
Selz.
Aussi mes exemples de sérendipité pure semblent
indiquer que les systèmes experts peuvent assister
les experts mais non s'y substituer. La sérendipité
est définie comme le talent à faire des trouvailles.
On ne peut pas la planifier mais on peut la souhaiter pour
le lecteur et moi-même, au-delà de notre fantaisie
et de nos paradigmes. Dans ce cas, comme le disait Umberto
Eco, il ne faut mépriser aucune source.
'Être préparé, c'est tout,' comme
le disait Hamlet : 'Readiness is all.' L'orientaliste
néerlandais Snouck Hurgronje, qui avait le courage
de visiter la ville interdite de la Mecque avec un déguisement,
disait en 1900 : 'Quand je vois la femme Fortuna, je la
prends et je la baise'. Ensuite la sérendipité
fut définie comme 'rechercher une aiguille dans
une botte de foin et en sortir avec la fille du paysan'.
Pour
finir, le typescript The Travels and Adventures of Serendipity
de 1958, par Robert Merton & Elinor Barber,
jamais encore édité, est publié par les
Princeton University Press, en février 2004.
251 années après la naissance du mot serendipity,
c'est donc le moment idéal pour incorporer enfin les
mots sérendipité, sérendipiteux et sérendipitiste
dans les dictionnaires français.
Le mot 'trouvaille' est le plus proche, mais sa connotation
est légèrement péjorative. Est-ce un
hasard?
Retour au sommaire