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Article
De quels types de dépenses militaires l'Europe
a-t-elle besoin?
par Jean-Paul Baquiast
2 février 2005
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Pour
assurer la paix mondiale, les investissements en technologie
militaire ne sont pas la meilleure solution possible.
Il faudrait au contraire les affecter en grande partie
à des recherches pacifiques. Telle est du moins
la conviction du groupe de pression britannique Scientists
for Global Responsibility (SGR) http://www.sgr.org.uk
Cette
thèse est développée dans un rapport
qui vient d’être mis en ligne sur le site
sgr.org « Soldiers in the Laboratory : Military
involvement in science and technology – and some
alternatives» dont le principal auteur est
Chris Langley. Le rapport constate que si les stratèges
militaires se sont depuis la Renaissance inspirés
des savants de leur époque 1), c’est avec
la deuxième guerre mondiale que les recherches
militaires sont devenues le principal moteur du développement
scientifique et technologique. Durant la Guerre froide,
40% de l’effort mondial de recherche/développement
étaient affectés aux technologies d’armement.
Aujourd’hui, avec la lutte contre le terrorisme
lancée par les Etats-Unis, ce pourcentage s’est
encore accru. SGR a calculé qu’en 2003 les
dépenses militaires atteignaient 950 milliards
de dollars. Elles dépassent les 1.000 milliards
en 2004. La responsabilité des Etats-Unis et dans
une moindre mesure, celle de la Grande-Bretagne dans ces
domaines sont énormes. Le budget militaire américain
dépasse les 40% des budgets militaires mondiaux,
celui de la Grande Bretagne vient au 3e rang (après
le Japon). Les Etats-Unis abritent 5 des 6 plus grandes
entreprises militaires du monde, et le Royaume Uni la
sixième (BAE Systems). La R/D militaire était
aux Etats-Unis de 62 milliards de dollars en 2004 et de
25 milliards environ en Grande Bretagne. Elle est la seconde
du monde en importance.
Ces
dépenses concernent d’abord l’optimisation
des armements traditionnels mais de plus en plus la recherche
de systèmes d’armes plus avancés.
La communauté scientifique, dans tous les pays
modernes, en tire emplois et contrats. Le nombre des contrats
passés, en Grande-Bretagne, par le gouvernement
et les entreprises de défense aux universités
ne cesse d’augmenter. Dix-huit universités
prestigieuses participent, notamment, à l’organisation
dite des Defence Technology Centres, finançant
des recherches dans les armes guidées, les radars,
les senseurs sous-marins et l’environnement militarisé.
Les fondations, publications, groupes de pression financés
par les firmes militaires britanniques et surtout américaines
se multiplient. Des domaines essentiels, comme celui de
l’Espace et plus récemment celui des nanotechnologies,
sont principalement dédiés aux applications
militaires. Le gouvernement et les Parlementaires font
l’objet d’un lobbying permanent, auquel ils
sont très sensibles.
La
recherche militaire bénéficie très
peu à la recherche civile, contrairement aux illusions.
Au plan de la diffusion sociale des savoirs, la tendance
à mettre l’embargo sur la publication des
résultats, sous une pression largement d’origine
américaine destinée soi-disant à
lutter contre le terrorisme, oblige les chercheurs à
adopter des comportements tout à fait contraire
à l’esprit scientifique traditionnel. L’espoir
de voir les technologies militaires donner naissance à
des technologies civiles (le fameux caractère dual
de certains investissements de recherche) se révèle
le plus souvent une illusion, compte-tenu de la complexité
des dispositifs qui pourraient permettre de tels transferts.
Les
chercheurs travaillant pour la défense ne s’inquiètent
pas de cette dépendance de la science au regard
des budgets militaires, dans la mesure où ils se
persuadent aisément de travailler ainsi au maintien
de la paix, selon le vieil adage « qui vis pacem
para bellum ». Mais, suggère le rapport,
s’ils voulaient vraiment contribuer au maintien
de la paix dans le monde, ils devraient réfléchir
un peu. Les véritables causes des conflits naîtront,
dans l’avenir, des luttes pour l’accès
à l’eau, aux médicaments, à
l’énergie propre, à un environnement
moins pollué et à un minimum de croissance.
Ce sont ces facteurs qui alimenteront les crises. Les
gesticulations bellicistes des dictatures comme les appels
à la guerre sainte lancés par les mouvements
fondamentalistes perdraient une partie de leur efficacité
si on ne trouvait pas 5 milliards d’hommes au revenu
journalier inférieur à 1 dollar pour s’en
inspirer.
De
plus, le coût final des dépenses militaires
des pays riches, note le rapport, est payé en grande
partie par les pays pauvres, en Afrique, au Moyen-Orient,
en Amérique Latine. Leurs gouvernements achètent,
y compris à crédit, des quantités
déraisonnables d’armements dont ils finissent
d’ailleurs par se servir, multipliant les victimes
civiles, les famines et la destruction de leurs propres
milieux naturels. La compétition pour l’exportation
à laquelle se livrent les grands pays est un des
premiers facteurs augmentant le risque de conflits plus
ou moins étendus.
Le
rapport proprement dit a pour objet de faire apparaître
en détail le rôle des crédits militaires
dans les recherches menées depuis quelques décennies
en Grande-Bretagne. Nous ne le résumerons pas ici,
renvoyant le lecteur au document original. Il est intéressant
par contre de noter que le rapport note l’effet
nuisible de la « Relation Spéciale »
avec les Etats-Unis. Sous cette expression se cache une
dépendance anormale de la science britannique au
regard des objectifs stratégiques de l’Amérique,
dont la Grande Bretagne tire de moins en moins de bénéfices.
La « Relation Spéciale », en outre,
présente l’inconvénient d’éloigner
les scientifiques anglais de leurs collègues du
Continent, lesquels ne sont pas admis à y participer.
Un aspect particulier de cette Relation, que le rapport
dénonce avec force, concerne les Accords sur le
développement d’armes nucléaires (Cooperation
on the Uses of Atomic Energy for Mutual Defence Purposes),
conclus initialement en 1958 et renouvelés en 2004.
Ces accords mettent clairement le Royaume Uni en contradiction
avec les résolutions du Traité de Non-Prolifération
Nucléaire, pourtant signé par lui.
Une
grande partie du rapport vise à appeler les hommes
politiques, les scientifiques et plus généralement
le public à une profonde prise de conscience. Ils
devraient d’abord militer pour qu’une définition
plus large du concept de Sécurité globale
conduise à prendre en compte les grands facteurs
de risques liés à l’inégalité
et au sous-développement. En conséquence
de quoi il faudrait qu’un tiers à la moitié
des dépenses de R/D militaires soit reverséà
des recherches permettant de lutter contre les causes
profondes du sous-développement, dans les domaines
évoqués ci-dessus, eau, énergies
propres, dépollution, etc. Une certaine partie
des budgets militaires, évaluée à
6%, devrait par ailleurs être consacrée à
des études sur la prévention des conflits,
études qui pourraient donner de très bons
résultats si elles étaient conduites avec
sérieux et sans parti pris. Par ailleurs, les chercheurs
devraient avoir la déontologie, quand ils sont
financés par des administrations militaires, de
le dire clairement afin de ne pas créer de confusions.
Ils devraient aussi refuser les clauses léonines
de non-publication.
Le rapport se termine par un appel général
au débat démocratique sur ces enjeux. L’opinion
publique s’est trop longtemps désintéressée
de telles questions, si bien qu’aujourd’hui
des choix essentiels à l’avenir de la Nation
ne sont pas discutés par les partis politiques
et les organisations citoyennes. Il s’agit d’une
situation inadmissible dans un pays qui, à juste
titre par ailleurs, se présente comme le modèle
des démocraties.
Commentaires
Le
lecteur français saluera d’abord la clairvoyance
et le courage de scientifiques qui ne craignent pas de
dénoncer des situations dont beaucoup d’entre
eux pourraient bénéficier. Ils ne craignent
pas non plus de remettre en cause les points de vue officiels
relatifs à la façon de défendre les
intérêts de la Nation britannique. Ils ne
nient pas le besoin d’une politique de défense,
mais ils appellent à élargir les débats
sur les questions de sécurité, en prenant
en compte ce qu’ils estiment être les vrais
risques.
Mais nous devons aussi étudier de près les
critiques et suggestions de ce rapport, car elles nous
concernent directement. Nous devons ainsi nous interroger
sur la façon dont l’Union Européenne
devrait concevoir sa politique de recherche scientifique
dans le domaine militaire. Quelle part les dépenses
militaires doivent y jouer ? Ces dépenses sont-elles
les mieux choisies pour assurer la sécurité
et finalement, comment faire pour que les retombées
civiles en soient les plus grands possibles ?
Il
y a quelques décennies, le rapport et l’existence
même de SGR auraient été imputés
à une action de désinformation conduite
par le KGB, dans la suite des Mouvements pour la Paix
visant à désarmer l’Occident face
à l’URSS. Ceci ne peut être suspecté
aujourd’hui, mais il sera sûrement reproché
à SGR de désarmer l’Occident face
à d’autres types de menaces, celles du terrorisme
international ou des Etats-voyous, comme, à plus
long terme, celles pouvant provenir d’Etats-continents
comme la Chine susceptible de s’armer contre lui.
En critiquant la Relation Privilégiée avec
les Etats-Unis, les auteurs du rapport encourreront également
le reproche d’affaiblir globalement la défense
occidentale, en tentant de découpler les investissements
de défense britanniques de ceux du grand allié
américain.
Nous
pensons pour notre part que nous devons aborder le débat
ouvert par SGR en nous plaçant dans la problématique
qui est celle de cette Revue : comment l’Union Européenne
peut-elle acquérir la souveraineté scientifique
et technologique qui lui manque, afin de se présenter
en entité géopolitique indépendante
dans un monde multipolaire ? Pour cela plusieurs questions
différentes doivent être discutées.
1. L’Europe a-t-elle besoin dans ce but de l’apport
essentiel que représentent les industries militaires
et les laboratoires britanniques travaillant pour la défense.
La réponse est évidemment affirmative, mais
elle sous-entend que la Grande Bretagne se détache
progressivement de sa coopération avec les Etats-Unis
en matière de défense (certains diront de
sa sujétion aux Etats-Unis) afin de s’ouvrir
à des coopérations avec les industries européennes,
au sein de programmes décidés non à
Washington, mais au sein d’organes politiques européens
(encore presque’inexistants malheureusement) regroupant
les quelques Etats résolus à construire
une force européenne autonome : France, Allemagne,
Espagne, Italie…Il faudra aussi que des regroupements
industriels adéquats se fassent, soit au cas par
cas (par exemple dans la perspective encore hypothétique
d’un EADS naval), soit plus généralement
sous l’égide de la future Agence européenne
de l’armement. On sait les difficultés de
tels regroupements.
Mais les liens entre l’industrie et les laboratoires
américains et britanniques de défense sont
plus qu’étroits. Ils bénéficient
d’une véritable pluie de dollars. On peut
donc douter de l’attraction que représenteraient
des programmes européens dont on connaît
les difficultés politiques et budgétaires.
Il faudra que les intérêts britanniques (prenons
ceux de BAE cités dans le rapport) soient non seulement
sauvegardés mais mieux servis au sein d’alliances
européennes. Cela pourtant n’est pas impossible,
comme le montre dans le domaine civil l’exemple
de Airbus Industries.
2.
Est-il opportun alors de remettre en cause l’intérêt
des dépenses militaires traditionnelles et des
R/D correspondantes, visant à améliorer
les systèmes d’armes existants et à
en définir d’autres ? Transférer comme
le propose le rapport la moitié des budgets de
R/D militaires vers des programmes civils destinés
à améliorer le statut économique
et social du Tiers-monde ne sera pas jugé très
attrayant par les lobbies militaro industriels britanniques,
pas davantage que par ceux existant dans certains pays
du Continent. L’objection nous mène au cœur
du problème que veulent poser les auteurs du rapport:
quelle est la meilleure façon de défendre
l’Occident en général, la Grande-Bretagne
en particulier. Mais nous l’étendrons à
l’Europe. Quelles sont les vraies menaces qu’affrontent
les pays de l’Union européenne et quelles
seront les meilleures façons d’y répondre.
Traiter cette première question nous permettra
d’aborder la suivante, qui n’a rien de subsidiaire.
Si des réponses nouvelles doivent être apportées
à des menaces nouvelles, les industries et laboratoires
constituant les lobbies militaro-industriels européens
pourront-ils se reconvertir de façon à conserver
leurs poids mais en réorientant leurs activités
?
3.
Répondre à ces diverses questions supposerait
de rédiger un traité de stratégie
pour le 21e siècle, ou tout le moins l’organisation
d’un grand colloque sur la défense européenne,
qui ne serait pas uniquement conçu par les industriels
de la défense et leurs amis militaires. Bornons-nous
ici à quelques suggestions rapides :
- Les risques traditionnels découlant d’un
affrontement possible avec des puissances nucléaires
demeureront. Il ne serait donc pas envisageable de renoncer
à une force de dissuasion crédible, avec
tout ce que celle-ci suppose en termes de vecteurs, infrastructures,
moyens humains.
- Le concept de forces de projection susceptibles d’intervenir
avec quelque poids sur des théâtres jugés
vitaux par l’Union Européenne continuera
également à s’imposer. De telles forces
supposent des matériels terrestres, aériens
et navals efficaces. On peut admettre par contre, dans
l’esprit du rapport de SGR, qu’elles pourraient
servir si besoin à des fins humanitaires, comme
les évènements récents découlant
du tsunami en Asie du Sud l’ont montré.
- De même, l’Europe, comme les Etats-Unis
et bien d’autres Etats, devront toujours faire face
à diverses formes de terrorisme. Ceci supposera
que la recherche de techniques de plus en plus sophistiquées
– et si possible protectrices des droits individuels
– soit poursuivie.
- Il existe des domaines enfin où l’Europe
ne saurait être absente, face notamment aux Etats-Unis
aujourd’hui et face aux efforts que feront bientôt
d’autres Puissances, la Chine, l’Inde, le
Japon. Il s’agit d’abord de l’Espace
mais aussi des développements en matière
de technologies émergentes : biotechnologies, nanotechnologies,
robotique. Si dans de tels domaines où la recherche
industrielle civile est très défaillante,
les Etats n’interviennent pas, il ne se passera
rien. Mais comment leur demander d’intervenir si
on veut dissocier les dépenses de R/D militaires
des dépenses civiles ? Prenons le cas de l’Espace.
L’exemple français, confirmé par celui
bien plus évident présenté par les
Etats-Unis et la Chine, montre que ce qui a été
fait pour la « conquête » d’une
place dans l’Espace l’a toujours été
en conjuguant les objectifs civils et militaires. Roger-Maurice
Bonnet le rappelle dans un interview que nous publions
dans le présent numéro. L’Espace est
un domaine stratégique. La recherche scientifique
« désintéressée » ne
représente que 20% des retombées d’une
politique spatiale.
- Mais alors se pose le problème la question des
retombées civiles des recherches stratégiques.
Si véritablement, le concept d’une recherche
« duale » est en grande partie un mythe, comme
pensent le démontrer les auteurs du rapport de
SGR, il sera difficile en Europe de défendre l’apport
de moyens nouveaux accrus à des projets comme les
programmes spatiaux, où il faudra développer
à la fois les applications civiles et militaires.
Nous pensons pour notre part, peut-être à
tort, que des recherches fondamentales et même applicatives
duales ne sont pas impossibles. Au contraire. La difficulté
évoquée par le rapport est spécifique
à la science britannique, sous la dépendance
d’impératifs de secret-défense de
plus en plus rigoureux imposés par le principal
donneur d’ordre, l’Administration américaine.
Mais l’Espace et le nucléaire français
semble avoir démontré qu’il était
possible d’obtenir des scientifiques et des industriels
un minimum de polyvalence entre le civil et le militaire.
C’est en tous cas un objectif qu’il faudra
de plus en plus rechercher dans la future Europe scientifique
et technologique.
- Reste alors la question fondamentale soulevée
par le rapport : les grands risques que devront affronter
les nations dites développées viendront
de la dégradation de l’environnement, de
l’accroissement des inégalités et
de toutes les violences que suscitera cette situation.
Il est certain qu’affecter aux technologies permettant
de faire face à ces risques des crédits
de plus en plus importants sera nécessaire. Ces
crédits pourront-ils provenir, en Europe tout au
moins, d’économies faites sur les budgets
militaires ? Cela parait difficile, mais pas impossible,
notamment dans la perspective d’applications duales
telles qu’évoquées ci-dessus (par
exemple des satellites militaires contribuant à
la surveillance géophysique de la Terre). Mais
il faudra aussi que d’autres budgets, provenant
d’économies sur d’autres dépenses,
soient affectés par les Européens à
ces recherches d’inspiration « humanitaires
».
- Le challenge à résoudre sera alors d’intéresser
aux développements correspondants les grands industriels
du secteur militaro-industriel. Là encore, cela
n’a rien d’impossible. Au contraire. On ne
voit pas pourquoi, à terme, Matra, par exemple,
ne participerait pas davantage à la production
d’installations dans le domaine des énergies
renouvelables, dès lors que des aides fiscales
voire des commandes publiques encourageraient le marché
de ces équipements, en Europe mais aussi et surtout
dans le Tiers-monde.
-
En tous cas, comme le recommande SGR, la discussion citoyenne
de telles questions est véritablement indispensable
aujourd'hui à la construction d'une conscience
européenne démocratique.
1)
Lire sur ce thème l’étude de Jean-Jacques
Salomon, Le Scientifique et le Guerrier, qui montre l’imbrication
des recherches scientifiques et des dépenses militaires
( Belin, 2001)
Postscript au 03/01/05
Nous avons reçu de Philip Webber, co-responsable
du rapport, le message ci-dessous. Qu'il soit chaleureusement
remercié. JPB
Dear
Jean-Paul
I
was very interested to read your article and the accompanying
commentary.
Thank
you for your thoughtful exposition of the arguments in
the Report. I would like to add one or two comments of
my own in the spirit of debate.
You
place your commentary within the problematique:
'comment l'Union Européenne peut-elle acquérir
la souveraineté scientifique et technologique qui
lui manque, afin de se présenter en entité
géopolitique indépendante dans un monde
multipolaire ?'
How
can the EU gain the scientific and technological sovreignity
which it lacks and present an independent geopolitical
entity in a multi polar world?
- and - how Europe should be defended in the face of new
threats such as terrorism and new powers such as China
-
What
we are suggesting is not disarmament as such but what
we think would be a better use of resources through diversion
of spending from the military to other - arguably more
strategic - ways of achieving security through actions
such as poverty relief, health, environmental protection
etc.
Clearly
we need a military - the question is why should the military
so dominate the scientific agenda when so many issues
are not military. Things are clearly out of balance. We
think that far more
emphasis should be given to security building and cooperation.
Addressing climate change requires a 'military' scale
effort but it would be wrong surely for the military to
take over this agenda.
But
through diverting a sizeable proportion of what is currently
military spending to alternative carefully chosen uses
one can create a stronger economy, more jobs, and a stronger
really diversified science expertise more able to hold
its own in a multi polar world, and at the same time address
key issues such as climate change. Many countries across
Europe and Sweden and Switzerland have very low defence
spending and high security. The UK and France are similar
in that they both have strong interests in nuclear power
and both possess nuclear weapons, both have large military
industries. Where we differ markedly of course is the
so-called special relationship.
Perhaps
France could be in an even better position to consider
and take advantage of the recommendations of the SGR report
than the UK Government with its secret ties to the US?
Philip
Webber, report co-editor and Chair of Scientists for Global
Responsibility, UK.
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