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Billet
Pourquoi n'existe-t-il pas davantage de web-radios
dans le domaine de la communication scientifique ?
par
Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin
(25/12/04)
|
Il
est classique de regretter que les chaînes de la télévision
publique françaises ne fassent aucun effort pour
produire des séries documentaires et éducatives
– ce dont de leur côté ne se soucient
pas les chaînes privées. Le coût de réalisation
d’un documentaire d'une durée d'une heure serait,
selon les sujets, de 100.000 à 1 million d’euros.
Le budget des chaînes publiques permettrait donc d’en
proposer un certain nombre(1),
s’il n’était pas gaspillé en actions
sans portée réellement éducative. Il
en résulte que l’essentiel des heures d’écoute
est consacré aux émissions en flux produites
par les sociétés détenues par les «animateurs»
qui ont en quelques années réussi à
monopoliser le secteur public. Ce n’est pas à
ceux-ci qu’il faut demander de se soucier d’élever
le niveau de connaissance scientifique et culturelle du
public L’histoire s’interrogera sur cet étonnant
phénomène d’accaparement par des aventuriers
sans scrupules. La responsabilité principale en incombe
aux gouvernements de gauche et de droite qui ne se sont
jamais soucié du rôle éducatif de la
télévision.
On dira qu’ARTE sauve l’honneur de la télévision,
mais ARTE ne fait pas partie du secteur public audiovisuel.
Assez curieusement,
on ne constate pas sur les radios ce même mépris
pour l’information documentaire et éducative. C’est
France Culture, évidemment, qui est à citer en
tête du tableau d’honneur. Tout n’y est pas
présenté de la façon la plus susceptible
d’attirer une large audience (pour dire cela gentiment)
mais, d’une façon générale, il ne
se passe pas de jours sans qu’un thème de grande
portée culturelle ou politique n'y soit présenté
et discuté. De plus, France-Culture a joué la
carte du web dès que l’Internet est vraiment entré
dans les moeurs, en complétant ses émissions radio
par des références en ligne et en permettant la
réécoute de certaines d’entre elles en web-radio.
Aujourd’hui,
France Culture annonce un nouveau pas en ce sens. Elle offre
depuis le 20 décembre, à partir de son site,
l’accès à deux web-radios, l’un,
Les Chemins de la Connaissance dédié
à la connaissance en général et l’autre,
Les Sentiers de la Création, consacré
à la création artistique contemporaine, L’auditeur
accèdera à un certain nombre d’heures
de programme, enregistrées mais jusque là inaccessibles.
Il pourra aussi écouter des émissions en rediffusion(2).
Tout ceci est encore bien timide : peu de contenus, des horaires
trop restreints, pas de véritable promotion. France-Culture
craint-elle de se faire elle-même concurrence face à
ses émissions en temps réel ? Se heurte-t-elle
à des problèmes de droits d’auteur ? On
imagine pourtant ce qui pourrait être fait si la radio
développait vraiment le concept d’une banque
d’émissions aux thèmes très diversifiés
et accessibles sans limitation de temps (au moins aussi longtemps
qu’il existerait une demande provenant des auditeurs).
Le coût de la conservation des enregistrements va devenir
de plus en plus faible. Il serait certainement très
stimulant pour les auteurs de demeurer en ligne sine die (avec
un bon moteur de recherche pour les retrouver).
Evidemment, une telle politique serait à coupler avec
celle de grands organismes dédiés à la
connaissance, comme le Collège de France, la Bibliothèque
nationale de France, l’Institut national de l'audiovisuel,
certaines universités ou sociétés dites
savantes. Quand on considère tout ce qui se dit et
s’écrit dans ces lieux, dont il ne reste rien,
tout au moins pour le grand public et les enfants des écoles,
on mesure l’ampleur du gaspillage et le peu d’intérêt
manifestées par nos élites intellectuelles dans
cette quête(3).
Mais après tout, les organismes qui, comme nous, prétendent
publier des contenus «intellectuels» en Open Source
sur le web, pourraient aussi commencer à mettre en
ligne des articles en présentation orale, voire de
véritables cours (pour les courageux). C’est
ce que fait l’INRIA, comme nous l’avions signalé
il y a quelques semaines. Qu’attendons-nous, les uns
et les autres, pour généraliser cette démarche
?
(1)
Et lorsqu'elles en produisent, elle sont les
premières à les déprogrammer si besoin
où à les diffuser à des heures impossibles.
Citons par exemple l'excellent documentaire "Intelligence
superficielle" écrit et réalisé
par Vincent Maillard (produit par Stations services) déprogrammé
deux fois, sauvé du passage à la trappe grâce
aux réclamations de téléspectateurs
indignés, mais diffusée alors à des
heures tardives (23h50 le 5/11/04 et 4h00 du matin le 12/11/04).
Un document intelligent à l'écriture originale,
dans lequel sont traités la suprématie de
l'économie, les brevets de logiciels, la recherche
robotique et les mutations des machines, Internet, la naissance
de la conscience au sein de la matière, la génétique
et le problème du clonage, les nanotechnologies...
Voir http://contrecourant.france2.fr/article.php3?id_article=213
(2) Voir http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/dossiers/2004/nvx_prog/index.php
(3) A titre d’exemple,
beaucoup de gens se plaignent de ne plus pouvoir obtenir
sur le web la rediffusion du Colloque du Collège
de France consacré au thème de la Science
européenne. Reste le résumé
que nous en avons fait sur ce site, mais cela ne suffit
pas.
Note d'optimisme, signalons l'excellente initiative du ministère
de la Recherche qui a lancé depuis mars 2004 le portail
http://www.sciences.gouv.fr
répertoriant les meilleurs sites et contenus multimédias
:
- animations multimédias scientifiques : http://www.science.gouv.fr/index.php?action=page&target=select&rubrique=26
cours et conférences universitaires : http://www.science.gouv.fr/index.php?action=page&target=select&rubrique=28
vidéos scientifiques : http://www.science.gouv.fr/index.php?action=page&target=select&rubrique=27
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