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Publiscopie
présentation et discussion
par Jean-Paul Baquiast
décembre 2004
|
Dan
Gillmor est un ancien journaliste professionnel américain,
bien informé de toutes les problématiques
de la presse-papier. Il s'est investi depuis les débuts
de l'Internet dans les nouvelles technologies de l'édition
en ligne, dont il maîtrise aujourd'hui tous les
secrets. Ce faisant, il propose une philosophie de la
communication interactive qui dépasse largement
aujourd'hui les questions relatives à l'avenir
de la presse, des journalistes, des auteurs en ligne
et des simples consommateurs d'information.
Nous
situant nous-mêmes, d'une certaine façon,
ainsi que nos lecteurs, dans la sphère de la
nouvelle presse, nous ne pouvons qu'être intéressés
par le paysage évoluant très vite que
Dan Gillmor nous décrit.
Pour
en savoir plus
Dan
Gillmore Home page http://www.dangillmor.com/
Le
weblog du livre http://wethemedia.oreilly.com/
Dan
Gillmor's Journal: Le weblog Silicon Valley de l'auteur
http://weblog.siliconvalley.com/column/dangillmor/
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Présentation
générale
Dans
son introduction, Dan Gillmor rappelle que, jusqu'au
11 septembre 2001 environ, l'opinion publique, aux Etats-Unis,
suivait les grands événements politiques à
travers les médias classiques, que ce soit ceux de
la presse ou de la télévision. Des journalistes
professionnels se chargeait de chercher l'information
aux sources et de l'interpréter au profit des
lecteurs et auditeurs.
Mais dans le même temps, un phénomène
nouveau est apparu et s'est répandu rapidement.
Des gens estimant avoir quelque chose à dire en
dehors du discours des entreprises de presse officielles
ont pris la parole, grâce aux nouveaux outils de
publication disponibles sur l'Internet. Dès
les années 1995 on a vu se multiplier les sites
émanant d'organisation ou de particuliers
jusque là silencieux faute de moyens d'expression
bon marché et faciles à utiliser. De plus
les journalistes ont commencé à recevoir
par l'intermédiaire du courrier électronique
un nombre de plus en plus grand d'informations généralement
pertinentes. Il s'agissait de sources non-officielles
que les médias traditionnels n'avaient pas
l'habitude ou ne voulaient pas consulter. Ainsi
a commencé à se dessiner ce que pourrait
être le visage futur de l'information.
Ce ne fut pas seulement la presse qui fut affectée,
mais plus généralement les institutions
publiques et privées. Ainsi les assemblées
générales d'actionnaires, dans les
grandes corporations, ont commencé à recevoir
des informations venant en contradiction avec le discours
affiché des conseils d'administrations et
directeurs exécutifs. Beaucoup s'en trouvèrent
déstabilisés et durent céder la place
à d'autres. L'auteur cite le cas d'un
certain Nacchio, CEO de Qwest, un grand du téléphone
régional, qui fut contraint de reconnaître
lors d'une séance où il annonçait
de bons résultats un certain nombre de malversations
dont il s'était rendu coupable. C'étaient
des journalistes assistant à la séance et
informés en temps réels par des blogs circulant
sur leurs ordinateurs portables qui dénoncèrent
ses manœuvres. Une boucle en temps réel s'était
mise en place entre des actionnaires ou partenaires économiques
de Qwest jusque là privés de parole, des
journalistes et finalement l'instance de décision,
c'est-à-dire l'assemblée générale.
Nacchio dut se démettre. Un nouveau pouvoir d'information
venait de se manifester, au-delà de la presse et
même des sites Internet, celui des blogs alimentés
et consultés en temps réel.
Le livre vise à décrire les transformations
du journalisme traditionnel, depuis les structures lourdes
des entreprises de presse du 20e siècle jusqu'à
ce que la presse est en train de devenir, un phénomène
bien plus proche qu'auparavant des gens et des évènements,
c'est-à-dire, en principe, plus démocratique.
Il s'agit d'une longue histoire d'adaptation
susceptible d'être décrite en termes
darwiniens. Mais c'est aussi l'histoire de
la révolution technologique, loin d'être
terminée, qui a bouleversé le rapport des
individus et des organisations avec l'information.
Dan Gillmor raconte cette histoire du point de vue du journaliste
qu'il est : comment les Grands Média (Big Medias),
institutions arrogantes qui s'étaient baptisées
elles-mêmes le Quatrième pouvoir, obligeaient
les journalistes, leurs salariés, à traiter
sans la moindre interactivité non seulement l'information
mais les relations avec les lecteurs ou auditeurs. Les journalistes
étaient pratiquement contraints de ne pas tenir compte
de la façon dont le public recevait l'information
et y réagissaient. Les formules donnant en apparence
la parole à celui-ci, telles que les courriers des
lecteurs et autres «séquences des auditeurs»
n'exprimaient qu'une part infime et très
contrôlée de l'opinion. Aujourd'hui
au contraire, les frontières s'effacent entre
le producteur de l'information et son consommateur.
C'est le réseau lui-même, avec ses multiples
voix, qui devient un média.
Il en découle que les communautés d'intérêt
en présence vont être obligées de
changer : les journalistes, les media, les utilisateurs
finaux de l'information. Les journalistes doivent
se persuader que les personnes à qui ils s'adressent
en savent souvent plus qu'eux. Ils conserveront
par contre un rôle indispensable : élargir
les visions, prendre du recul, donner à réfléchir
– sans rien imposer. Les médias doivent apprendre
à utiliser eux-aussi les formes distribuées
des nouveaux réseaux et s'appuyer sur les
nouveaux lecteurs et auditeurs auxquels ceux-ci leur donneront
accès. Les utilisateurs finaux de l'information,
enfin, c'est-à-dire les personnes composant
l'audience, doivent abandonner leurs anciens réflexes
de consommateurs passifs. Ils ne doivent pas hésiter
à critiquer, compléter et si besoin est
prendre en charge eux-mêmes une partie de la mission
générale d'informer qui s'impose
en démocratie.
Journaliste depuis 25 ans, Dan Gillmor sait que ses confrères
auront du mal à prendre ces tournants. Soutenus
par les grandes entreprises de presse qui craindront de
perdre leur influence actuelle et leurs profits, ils risquent
de s'enfermer dans le corporatisme, refusant le
dialogue avec leur public. Pire encore, ils risquent d'accepter
sous la pression des entreprises de réduire la
qualité de leurs prestations au bénéfice
d'une augmentation à court terme des profits
de leurs employeurs. Il se trouve en effet que, malgré
le développement des médias interactifs,
les anciennes formules, dopées par les nouvelles
technologiques de diffusion (par exemple celles mises
en œuvre dans la télé-réalité)
attirent de plus en plus non seulement d'annonceurs
mais de spectateurs près à payer pour une
apparence de participation. Ce sont donc, dans l'immédiat,
des affaires très profitables qui n'hésitent
pas à corrompre la déontologie des journalistes
qu'elles emploient. Gillmor constate sans illusions
que le Premier amendement de la constitution américaine,
lequel donne aux journalistes le droit d'enquêter
et de publier librement, ne pèse plus face aux
intérêts économiques.
A cela s'ajoute la concentration des entreprises,
destinées à donner à des acteurs
de plus en plus intégrés une maîtrise
aussi grande que possible du paysage culturel. Le journalisme
professionnel sérieux, et la confiance que le public
lui accordait, en sont les victimes.
On peut cependant rester optimiste, espérer que
ceci laisse une porte grande ouverte aux nouveaux journalistes,
ceux que Gillmor appelle les journalistes citoyens. Mais
leur avenir reste problématique. C'est cet
avenir qu'il veut explorer.
Quel
sera en effet le modèle économique d'un
journalisme citoyen ? Qui va remplacer les journaux traditionnels,
dotés d'un fort capital de confiance, si
ceux-ci perdent leurs revenus anciens, vente au numéro,
petites annonces et publicité ? Comment financeront-ils
des enquêtes longues et délicates, tel celle
du Washington Post qui avait dénoncé le
scandale du Watergate ? Comment paieront-ils les frais
de justice que leur imposeront les gros intérêts
qu'ils contrarieront ? Qui va tenter d'incarner
le point de vue d'une région, d'un
Etat face au reste du monde ? Ne va-t-on pas constater
qu'une anarchie de voix discordantes s'est
substituée à ce que l'on appelait
hier encore le quasi service public de l'information
?
Le
pire peut arriver, qui se traduirait, face à l'explosion
d'un nombre illimité de pamphlétaires
irresponsables, par un retour de la censure officielle ou
un blocage par les grandes entreprises de l'accès
aux sources. Ceci pourra prendre des formes apparemment inoffensives
au début, par exemple pour protéger la sécurité
publique. On sent très bien, dans l'Amérique
d'aujourd'hui, comment une collusion entre ce
que Gillmor appelle le «cartel du copyright» et
des mesures gouvernementales interdisant l'usage de
certaines technologies, pourraient rétablir une censure
préalable, légale ou de fait, à toute
volonté de publication ne bénéficiant
pas de la bénédiction des pouvoirs en place.
Alors les journalistes refusant ces interdits ne pourront
plus compter sur l'émergence d'un journalisme-citoyen
de terrain, utilisant les technologies interactives, pour
leur donner accès à des informations de terrain
qui leur seront plus que jamais nécessaires et dont
les sources officielles leur seront désormais inaccessibles.
Mais Gillmor reste optimiste. Il estime qu'un équilibre
peut s'établir entre l'anarchie des
paroles s'exprimant sur les nouveaux réseaux
et un blocage général et officiel de l'accès
aux sources gouvernementales ou privées. Il veut
avec son livre proposer certaines perspectives, s'adressant
en priorité au journaliste professionnel qui voudrait
continuer à vivre honorablement d'un métier
dont il continue à valoriser l'éthique.
La première est de se tourner, grâce aux
nouveaux outils de l'édition interactive,
vers ceux que les grands médias continuent à
mépriser, malgré leurs prétentions,
des gens ne se situant pas dans la frange supérieure
de l'opinion dite intellectuelle. Mais comme ceux
qu'ignore la presse traditionnelle, aujourd'hui
comme hier, souffrent de l'inégalité
sociale, sous la forme dite notamment en France de la
fracture numérique, il ne sera pas simple de leur
donner la parole. Il ne sera pas simple de le faire sans
condescendance ni a priori. Il faudra donc inventer de
nouvelles formes d'écoute et d'expression.
C'est un des buts du livre que d'explorer
ces voies difficiles.
Pouvons-nous,
en ce qui nous concerne, y voir un effort honnête
pour jouer la carte de la démocratie de l'information,
qui est aussi la carte de la démocratie tout court
? Ne sommes-nous pas au contraire en présence d'un
professionnel qui cherche à sauver ce qu'il
peut de ses prérogatives face à l'émergence
de nouvelles voix politiques et sociales. C'est
ce qu'une lecture attentive du livre devrait nous
permettre de juger. Voyons cependant ici les arguments
de ceux qui restent sceptiques devant l'enthousiasme d'un
Gillmore et de ses semblables (1).
Les
arguments des sceptiques
Tout
le monde, même parmi les praticiens de l'Internet,
ne partage pas l'enthousiasme de Dan Gillmor relativement
à l'apparition d'un nouveau media qui
changerait profondément les conditions selon lesquelles
les citoyens pourraient accéder aux informations
et exprimer leurs opinions. Mais ces sceptiques sont eux-mêmes
diversement crédibles, car ils représentent
parfois des intérêts hostiles à la
nouvelle société de l'information
que l'explosion des réseaux numériques
peut laisser espérer.
Les journalistes traditionnels sont immédiatement
concernés. Les plus conservateurs de ceux-ci craignent
manifestement l'apparition de nouveaux métiers
qu'ils devront apprendre et de nouveaux concurrents
qu'ils devront combattre. Ils ne sont pas les derniers
à utiliser les sources d'information disponibles
sur Internet, mais ils le font sans le dire, c'est-à-dire
sans citer leurs sources et sans honorer ceux qu'ils
pillent d'un minimum de dialogue constructif. Ce
qui est loin d'être correct au regard de la
déontologie de la presse dont ils se font par ailleurs
les défenseurs agressifs. Les journaux et les stations
de radio et de télévisions se sont tous
néanmoins dotés de versions en ligne dont
certaines sont bien faites et pourraient sérieusement
concurrencer la vente au numéro, si les lecteurs
avaient plus de facilités pour consulter l'Internet.
On peut penser qu'à terme cependant, un équilibre
satisfaisant s'établira entre les versions
papier ou hertziennes et les versions web, dans la presse
comme dans l'édition. Les deux formules peuvent
très bien se compléter, comme le montre
Dan Gillmor.
D'autres
types de sceptiques, infiniment plus dangereux, se recrutent
parmi ceux qu'effrayent la liberté d'expression
et ses avancées possibles. Inutile d'en faire
la typologie. On y trouve d'abord les gouvernements
autoritaires telle celui de la Chine qui lutte encore,
sans grand succès il est vrai contre le libre accès
de la jeunesse à l'Internet et même
aux téléphones cellulaires utilisés
comme moyen de publier des blogs (2).
Mais en Occident, même dans les pays européens
traditionnellement libéraux, les esprits conservateurs
sont nombreux pour condamner les « licences »
que permettra le développement généralisé
de la liberté d'expression sur les réseaux.
Il est certain que l'Internet a vu et continuera
à voir se multiplier les comportements nuisibles
(comme la propagation de virus et les spams), délictueux
et même mettant en cause directement la sécurité
publique. Mais ces comportements (qui prolifèrent
aussi sous d'autres formes dans les medias traditionnels)
se combattent par des moyens appropriés, qu'il
faut adapter au caractère mondialisé du
support. Prétendre vouloir tout arrêter ou
tout contrôler serait non seulement impossible mais
terriblement dangereux pour les libertés publiques
et la créativité sociale en général.
On en reviendrait au syndrome chinois, dont nous venons
de voir qu'il évoluera sans doute lui-même
plus vite que l'on imagine vers plus d'ouverture.
Les critiques les plus fondées face à l'optimisme
d'un Gillmor ou d'un Rheingold, viennent des
réalistes. Il ne faut pas faire croire, disent-ils,
à l'émergence d'une nouvelle
forme d'information, associant journalistes professionnels
et bénévoles, dans la mesure où ces
derniers risquent de rester longtemps des minoritaires
favorisés. Même en Occident, dans des pays
dotés des plus hauts niveaux de vie du monde, la
plupart des citoyens ne disposent pas encore de l'accès
aux hauts débits, de la culture journalistique
et surtout du temps qui pourraient vraiment leur permettre
de se transformer en agents actifs d'une nouvelle
forme de démocratie informationnelle. Certes, le
développement de la culture de l'Open Source
et du bénévolat militant faciliteront les
choses, mais combien de gens resteront encore, qu'ils
le veuillent ou non, prisonniers de la facilité
que représente la consommation passive des produits
médiatiques du commerce ?
On fait valoir aussi un phénomène plus étonnant,
qui sans tomber dans le délictueux, relève de
l'attrait pour les comportements destructeurs qui caractérise
beaucoup d'individus et de groupes y compris dans les sociétés
développées. C'est que très vite un site
mis en libre accès, comme un forum ou même un
blog ouvert aux contributions externes, attire des propos
sans objet sinon débiles qui en éloignent les
contributeurs sérieux. Pour éviter cela, il
faut renforcer la « modération », mais
celle-ci demande du temps et peut réintroduire des
formes de censure d'autant plus pernicieuses qu'elles ne s'avouent
pas. On peut excuser ces comportements négatifs en
montrant que (comme les graffiti dans les transports en commun)
ils émanent d'individus en ayant besoin pour affirmer
une existence que la société parait leur dénier.
Mais c'est pourtant une forme de pollution qui fait beaucoup
de mal à la morale de la gratuité et de l'ouverture,
du moins chez ceux qui n'ont pas le recul philosophique suffisant
pour s'en accommoder comme un moindre mal.
Que conclure en terminant cette brève revue des critiques
que susciteront les thèses de Dan Gillmor et de ceux
qui comme lui voient se lever une nouvelle société
démocratique reposant sur la généralisation
des médias partagés ? C'est qu'il s'agit bien
évidemment d'un phénomène systémique
profond, commencé depuis une cinquantaine d'années
et qui ne fera que s'accélérer : la part croissante
des contenus numériques (on les appellera idées,
théories scientifiques ou, mieux encore, mèmes)
dans l'évolution adaptative des sociétés
humaines. Ceux qui maîtriseront les techniques de la
recherche et de la production des informations numériques
auront plus de chances d'y survivre que ceux restant, volontairement
ou du fait de la fracture numérique, à l'écart
du mouvement.
Notes
(1)
Voir un de nos précédents éditoriaux,
Vive le Libre et les SMS, où nous présentions
les thèses, allant dans le même sens que celles
de Dan Gillmor, d'un autre Gourou américain de la nouvelle
culture, le prospectiviste américain Howard Rheingold,
auteur notamment de l'ouvrage à succès "Smart
mobs, the next social revolution"(2001)
(2)
On lira à cet égard l'interview dans le NewScientist
du 27 novembre 2004 (Chinese whispers, p. 40) de Xiao Qiang,
directeur du China Internet Project à Berkeley et animateur
du China Digital News blog (http://journalism.berkeley.edu/projects/chinadn/en/).
Il est aussi militant expatrié pour les Droits de l'Homme
en Chine, ce qui en fait un témoin partisan mais précieux.
Xiao Qiang considère que le blog est « une véritable
révolution. Les gens peuvent l'utiliser sans formation
et cela ne coûte pratiquement rien ». Les blogs
se sont énormément développés
en Chine, malgré la police du Net qui a fermé
la moitié des cafés Internet, qui surveille
étroitement les échanges et poursuit les déviants
jugés les plus dangereux. Mais rien n'y fait et des
sites hébergeant les bloggers se développent
à l'intérieur même de la Chine, c'est-à-dire
à l'intérieur du Grand Firewall officiel qui
permet de censurer les relations avec le reste du monde. Ces
blogs, il est vrai, traitent de tout, notamment de sexe, sport,
vie culturelle et pas particulièrement de politique.
Cependant, comme ils sont plus de 2 millions aujourd'hui (faire
bo ke sur Google) ils permettent la circulation d'opinions
que les hébergeurs de l'Internet traditionnel soumis
au contrôle policier auraient refusées comme
« sensibles ». : Taiwan, la corruption, les droits
de l'homme, les réformes administratives, les questions
de santé publique. Ils le font souvent en utilisant
des euphémismes non détectables par les censeurs.
Le développement du Moblogging, c'est-à-dire
des blogs texte et image sur téléphone mobile,
ne fera que renforcer cette entrée en force d'un début
de liberté d'expression dans les couches sociales profondes.
Nous avons noté dans cette Revue le paradoxe qui fait
que dans le même temps qu'il renforce sa censure, le
gouvernement Chinois négocie avec Microsoft et d'autres
grandes entreprises américaines divers accords destinés
à associer étroitement ces dernières
au développement des TIC dans le pays. Le gouvernement
Chinois n'est certainement pas naïf. Il sait que ces
technologies permettront inévitablement aux occidentaux
et notamment aux Américains d'étendre leur pénétration
culturelle et économique en Chine. Mais sans doute
les dirigeants le font-ils en considérant qu'une grande
partie de ces « Américains » seront en
fait des Chinois de la diaspora, provenant notamment des universités
et des grandes entreprises de la côte Ouest. Les stratèges
gouvernementaux font peut-être le pari qu'il est temps
de créer une véritable communauté d'échanges
entre les meilleurs cerveaux de l'intérieur et de l'extérieur,
préfigurant peut-être le retour en force des
expatriés, dans quelques décennies, au sein
d'une Chine pan-chinoise face à laquelle l'Amérique
WASP, comme d'ailleurs l'Europe, si elle continue à
se tenir à l'écart de ce qui se passe en Asie,
ne pèseront pas très lourd.