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La Revue mensuelle n° 59
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Etonnante convergence interne entre le cerveau humain et le réseau Internet
JPB 10/01/05

Des observations du cerveau sain en Imagerie par Résonance Magnétique fonctionnelle, conduites conjointement sous la direction du Pr Dante Chialvo à la Northwestern University Feinberg School of Medicine, USA, à l'institut IMEDIA de Mayorca, Espagne et chez IBM (.J. Watson Research Center, Yorktown Heights) ont fait apparaître un phénomène surprenant.

L'objectif de la recherche consistait à visualiser le cerveau humain en fonctionnement comme un réseau massif, complexe et interagissant, gouverné par quelques principes dynamiques simples. L'observation par IRM a identifié des dizaines de milliers de zones cérébrales discrètes formant un réseau présentant les mêmes caractéristiques que d'autres réseaux complexes connus, celui de l'Internet ou ceux formés par les relations sociales.
Chaque séance d'enregistrement a montré des centaines d'images consécutives de l'activité du cerveau décomposée en milliers de petits cubes (voxels) . L'intensité d'image de chacun de ces cubes dénote en général la quantité d'activité cérébrale présente à cet emplacement. Les chercheurs ont ensuite calculé le degré de corrélation entre les activités de ces dizaines de milliers de régions. Ceci a permis de faire apparaître celles des régions qui étaient momentanément « connectées » en « réseau ».

En analysant ultérieurement la structure de ces réseaux, ils ont vu apparaître une image familière : celle présentée par d'autres réseaux complexes, notamment le web Internet.- où un très petit nombre de « clicks » sont suffisants pour joindre deux nœuds. Cette propriété, dite du « petit monde » (« small world ») assure la meilleure efficacité possible dans la connectivité.

De plus, les chercheurs ont fait révéler une forte « inhomogénéité ». De nombreux noeuds sont peu connectés et quelques uns sont beaucoup connectés. Ces nœuds super-connectés jouent le rôle de hubs assurant la rapidité des transmissions.

L'équipe espère tirer de ces premières observations un certain nombre de conclusions immédiatement utiles relatives à l'emploi de l'IRM dans le diagnostic des affections fonctionnelles (Schizophrénie, Alzheimer ou migraines chroniques). Plus généralement, on en retiendra la puissance de plus en plus grande des techniques d'imagerie fonctionnelle non invasives. C'est certainement de là que viendront les progrès les plus rapides dans la compréhension du fonctionnement du cerveau.

Mais (c'est nous qui ajoutons) les théoriciens des communications pourront faire aussi d'utile rapprochements entre la façon dont des réseaux anatomiques et des réseaux artificiels obéissent aux mêmes lois d'économie des ressources et d'optimisation des temps d'échanges. De là à dire qu'il sera un jour possible de communiquer sur le mode de l'Internet à l'intérieur du cerveau et, réciproquement, de faire vraiment fonctionner le web mondial comme un cerveau unique...il y a sans doute encore un pas.

Pour en savoir plus
Physical Review Letters on line, dec. 2004 : http://prl.aps.org/ (sur souscription)
Pr Dante Chialvo, page personnelle : http://www.bol.ucla.edu/~dchialvo/


Les nouveaux robots industriels de Toyota
JPB/CJ 10/01/05

(Tokyo. 06/01/05) Toyota Motors vient d'annoncer qu'il allait introduire des robots de nouvelle génération dans ses 12 usines japonaises. Ces robots seront beaucoup plus polyvalents que les 3.000 à 4.000 robots actuellement en service. Au lieu de se limiter à des tâches répétitives (soudure, peinture, assemblage de grosses pièces, tâches dangereuses), ils pourront accomplir les multiples tâches que suppose la finition d'un véhicule. Ils disposeront de deux bras et devraient être de type humanoïde, mais les détails de leur architecture n'ont pas encore été fournis. Les visiteurs pourront sans doute en observer à l'exposition universelle d'Aïchi.

L'objectif est de remplacer presque complètement la main d'œuvre manuelle dans les usines installées au Japon. D'une part la démographie japonaise ne permet plus de faire face aux besoins, d'autre part, Toyota ne souhaite pas importer de travailleurs étrangers. Cependant, les nouveaux robots devront être suffisamment efficaces pour que les coûts de fabrication restent alignés sur ceux des industriels asiatiques concurrents employant largement la main d'œuvre locale.

Le pari lancé par Toyota risque de passer pour le moment inaperçu en Europe. Ce serait dommage, car il est d'importance. Il est même capital. C'est toute l'économie industrielle des prochaines décennies qui sera bouleversée en cas de succès. D'une part les productions sur le territoire national n'auront plus besoin d'être délocalisées pour rester compétitives. D'autre part, l'appel à main d'œuvre et industries hautement spécialisées nécessaires à la fabrication et à l'entretien de ces milliers de robots relancera de façon très importante l'innovation et la croissance dans les pays développés.

Les bonnes âmes demanderont s'il est bien moral de la part des japonais de priver la main d'œuvre asiatique pauvre des emplois qu'elle pouvait espérer suite aux délocalisations. Mais la réponse, que ce soit au Japon ou en Europe, devrait être la même. Ce n'est pas en encourageant le travail de salariés de type coolies, voire d'enfants mineurs, que l'on contribuera à l'élévation du niveau de vie des pays du tiers-monde. Mieux vaudrait leur apprendre à fabriquer eux-mêmes des robots. Ce qui est parfaitement possible, quand on considère l'exemple de la Chine, de la Corée et de Taïwan.

Il n'y a pas de raisons pour que le mouvement se limite à l'industrie automobile. Rappelons que certains scientifiques et industriels américains, pour leur part, prévoient le phénomène et s'y préparent (voir Hans Moravec, Robot. Mere Machine to Transcendent Mind
Oxford University Press, 1998 http://www.automatesintelligents.com/biblionet/2002/aou/moravec.html). Mais pour le moment, l'accent est mis davantage sur la robotique militaire que sur la robotique industrielle civile.

En France comme en Europe, par contre, le sujet n'est pas abordé, même lorsque les industriels de l'automobile présentent leurs stratégies d'innovation pour les prochaines années. C'est bien dommage. Voici en tous cas un grand chantier industriel de haute technologie que nous pouvons signaler au Président Chirac et à Jean-Louis Beffa.

© Photo : Toyota
Lors de l'inauguration de l'Exposition Internationale 2005, le groupe Toyota
présentera un spectacle de bienvenue avec un orchestre d'humanoides musiciens
© Photo : Toyota


Connaître David Lane
JPB 08/01/05

Peu de gens, en dehors des spécialistes du cancer, connaissent le Professeur (Sir) David Lane, Directeur au Cancer Research Center UK du Cell Transformation Group, Department of Surgery and Molecular Oncology, Ninewells Hospital and Medical School, Dundee. C'est un grand tort car ce chercheur mène une carrière scientifique internationale hors du commun. Il est également directeur exécutif de l'Institute of Molecular and Cell Biology à Singapour et fondateur de la compagnie biotech Cyclacel, à Dundee..

Si on ne le connait pas lui, du moins va-t-on sans doute vite apprendre à connaître sa découverte, la protéine P53 produite par le gène du même nom dont il a découvert le rôle en 1973 et qui est, après de longues années d'ignorance, en train de devenir un must de la recherche contre la prolifération des cellules cancéreuses. En très bref, lorsque l'ADN d'une cellule subit une mutation susceptible de la rendre maligne, P53 est secrétée et va, soit stopper la division de la cellule jusqu'à réparation, soit tuer la coupable afin qu'elle ne se reproduise pas. L'opération se fait des millions et millions de fois dans la vie d'un organisme, compte tenu des milliards et millards de divisions cellulaires qui se produise durant cette même vie. Ceci fait que les tumeurs avérées restent relativement rares, malgré la grande fréquence des mutations carcinogènes. On a baptise P53 l'ange gardien du génome. Mais il arrive que la protéine soit elle-même mutée, ou qu'elle ne puisse être activée convenablement. En ce cas, le cancer se déclare.

L'espoir des chercheurs est de mieux connaître ces mécanismes, ce qui n'est pas facile compte tenu de l'énorme complexité des formes moléculaires (P53 par exemple pourrait adopter plus de 1000 formes différentes dans une cellule). A partir de cela, on pourra mieux aider l'organisme à éliminer les cellules mutantes cancéreuses. P53 aurait également un rôle important dans les processus complexes du vieillissement. Mais n'abordons pas cette question ici.

Pour en savoir plus
Dark Angel, article de David Lane dans le NewScientist du 18 décembre 2004, p. 38
David Lane Home page http://www.dundee.ac.uk/biocentre/SLSBDIVdpl.htm
Cyclacel http://www.cyclacel.com/


Un quasi sonar bactérien
JPB/CJ 08/01/05

Nous avions déjà parlé de l'extraordinaire Quorum sensing par lequel certaines bactéries pathogènes mesurent leur densité dans un organisme afin de savoir si elles sont suffisamment nombreuses pour devenir pathogènes et déborder les défenses immunitaires de l'hôte. Un dispositif différent mais utilisant comme le quorum sensing la diffusion d'un médiateur dans l'environnement a été signalé par un article de Science (24 décembre 2004). Il s'agit de la façon dont Enterococcus faecalis, peut-être utile dans l'intestin mais très pathogène en dehors (il provoque beaucoup de maladies nosocomiales) procède pour détruire les cellules.

L'entérocoque fabrique pour ce faire une toxine, mais seulement dans certaines conditions (il est ménager de ses forces, comme tout organisme biologique qui se respecte). La toxine n'est produite que si une cellule se trouve dans l'environnement de la bactérie. Celle-ci, pour analyser son environnement, procède de la même façon disent les auteurs de l'article qu'elle le ferait avec un sonar. Elle produit deux substances dont l'une s'attache aux cellules détectées et l'autre revient à la bactérie pour signaler la présence de la cible potentielle. Si aucune cible n'est détectée, les deux substances s'attachent l'une à l'autre et ne transmettent aucun message en retour. La bactérie ne produit pas de toxine.

On devine qu'élucider de tels mécanismes permettra de tromper les processus par lesquels les bactéries deviennent pathogènes, ce qui sera particulièrement utiles en présence de germes antibiotico-résistants. Plus généralement on espère pouvoir transposer ces mécanismes dans d'autres bactéries, pour leur donner la possibilité de scruter leur environnement à des fins, cette fois-ci, thérapeutiques.

L'équipe responsable de la recherche dépend du Schepens Eye Research Institute.

Pour en savoir plus
Newswise : http://www.newswise.com/articles/view/509012/


Les technologies de l'information, moteur de l'innovation dans l'Union européenne
CJ 05/01/2005

La Commission européenne a rendu public, le 21 décembre dernier, la quatrième édition de son tableau de bord annuel sur l'innovation. Intitulé "European Innovation Scoreboard" (EIS), ce bilan se base sur douze à vingt indicateurs communs, selon les pays, tels que le nombre de brevets accordés, les dépenses en recherche et développement ou le taux d'accès à l'internet. À partir de ces indicateurs, il établit un indice de synthèse, le "Summary Innovation Index" (SII), compris entre 0 et 1 (le plus proche
de 1 étant le plus innovant).
L'EIS 2004 montre une prépondérance des technologies de l'information, qui font figure de moteur pour l'innovation dans l'Union. Dans ce cadre, 10 secteurs industriels et 4 secteurs des services ont été retenus.

Le secteur industriel possédant le plus fort indice d'innovation (SII) concerne les équipements électroniques et optiques (0,37), devant les produits chimiques (0,35), les équipements de transports (0,3), les machines-outils (0,27) et les matériaux plastiques (0,22).
Parmi les services, le secteur de l'informatique (infogérance, intégration...) arrive en première place, avec un SSI de 0,37, devant les services divers alloués aux entreprises (0,33), le transport, stockage et
communication (0,15) et les services de commerce de gros (0,13).

Une grande force de ce rapport réside dans le fait qu'il permet de dresser une carte comparative des capacités d'innovation dans les 25 pays membres de l'Union européenne, par rapport à d'autres pays d'Europe (Bulgarie, Roumanie, Turquie, Islande, Norvège et Suisse), mais aussi par rapport aux deux poids lourds que sont les États-Unis et le Japon, qui conservent toujours une longueur d'avance sur l'Europe en terme d'innovation (ce qui a d'ailleurs été abondamment commenté lors de la tenue de notre colloque "Indépendance de l'Europe et souveraineté technologique" (http://www.europe-puissance-scientifique.org) les 28 et 29 avril 2004). Au cours de la dernière décennie, l'Union européenne montre un SII moyen stable autour de 0,4. Sur cette même période, les États-Unis n'ont cessé de croître, atteignant un SSI de 0,8 en 2001, puis 0,7 (chiffre 2003). Le Japon quant à lui a connu une croissance continue et dépasse maintenant 0,7.

Les technologies de l'information, moteur de l'innovation dans l'Union européenne Les technologies de l'information, moteur de l'innovation dans l'Union européenne mesurés par les SII calculés à partir de 12 indicateurs communs
Ecarts constatés entre les Etats-Unis, le Japon et l'Europe,
mesurés par les SII calculés à partir de 12 indicateurs communs

Des disparités en Europe

Le rapport montre également des disparités parmi ses 25 membres de l'Union.
Dans le panorama proposé, la Suède et la Finlande arrivent nettement en tête (avec quasiment 0,8), devant l'Allemagne et le Danemark (un peu en dessous de 0,6) et le Royaume-Uni (0,5). La France, l'Irlande et les Pays-Bas arrive ensuite (entre 0,4 et 0,45), mais leur croissance a tendance à ralentir, ce qui fait dire aux auteurs du rapport qu'ils sont tous trois en perte de vitesse. mais figurant cependant au-dessus de la moyenne européenne (0,4).
Certains membres de l'Union, nouveaux entrants ou plus anciens, présentent une croissance en terme d'innovation qui leur permet de se rapprocher rapidement de ce seuil : citons le Portugal, l'Espagne, la Lettonie, la Hongrie, la Slovénie, la Pologne.
Dans le domaine sectoriel, la Finlande arrive en tête dans le secteur le plus innovant (équipements opto-électroniques), avec un SSI de 0,62, devant la Belgique (0,46), les Pays-Bas et la Suède(0,45), puis la France (0,4) et l'Allemagne (0,39).

Pour en savoir plus :
Site "Trenchart - Innovation Policy in Europe : http://trendchart.cordis.lu/scoreboards/scoreboard2004/index.cfm
Le Rapport European Innovation Scoreboard (en anglais) :
http://trendchart.cordis.lu/scoreboards/scoreboard2004/eis_2004.pdf


Realclimate.org
JPB 02/01/05

Le Monde du 2 Janvier 2005 nous apprend l'existence d'un blog publié par des climatologistes de diverses nationalités visant à combattre les idées fausses (selon eux) diffusées par ceux qui veulent pour des raisons politiques nier les risques d'un réchauffement terrestre. Excellente initiative, à suivre. http://www.realclimate.org/


Au sujet de l'Interprétation transactionelle de la mécanique quantique
JPB 02/01/05

Nous avons reçu le message suivant du chercheur russe Pavel Kurakin, que nous relayons à l'intention de lecteurs éventuellement intéressés:

Dear sir, I have found the following paper on Your site, about S. Afshar experiment: http://www.automatesintelligents.com/labo/2004/juil/afshar.html

Many reviewers today mention a possible relevance of S. Afshar's experiment to Transactional Interpretation of Quantum Mechanics (TIQM) by prof. John Cramer.

I am highly interested in any discussion of TIQM and development of TIQM. Perhaps You might be interested in a concept, currently developed at Keldysh Institute of Applied Mathematics (KIAM), Russian Academy of Sciences:
http://www.geocities.com/bellstheorem/

Sincerely,
Kurakin P.V., KIAM research worker

J'ajoute qu'à la lecture du site de S.Afshar, http://users.rowan.edu/%7Eafshar/ la répétition de son expérience faite dans des conditions supposées levées certaines ambiguités découlant de la première expérimentation confirmerait les observations initiales. Mais à part deux articles de grande presse, la communauté scientifique ne semble pas encore avoir réagi à un évènement qui pourrait pourtant avoir de grandes conséquences. JPB


Créer de la vie artificielle
CJ 27/12/04

Nous avions récemment signalé l'émergence de la biologie synthétique (notre actualité du 29/06/04). Secteur situé à la frontière entre la biologie et la vie artificielle, elle cherche à reproduire les phénomènes naturels afin de mieux les comprendre pour les intégrer dans de nouveaux produits ou composants biologiques, par exemple la création d'organes pour les transplantations ou, ultérieurement, la fabrication d'ordinateurs naturels.

Les biophysiciens Albert Libchaber, de la Rockfeller University de New York et Vincent Noireaux (post-doctorant) viennent aujourd'hui de créer une forme de vie artificielle à partir de plusieurs éléments de construction d’origine animale ou bactérienne. Un article publié le 10 décembre dernier dans les Proceedings of the National Acadamy of Sciences of United States of America (PNAS) montre comment les deux chercheurs ont construit de toutes pièces un «bioréacteur» capable de produire une protéine à partir d’un gène. Pour cela, les deux scientifiques se sont servis de lipides issus de blanc d’œuf pour former les parois de la cellule, de la bactérie E.coli privée de son ADN pour la machinerie, d'un gène de fluorescence prélevé sur une méduse et d'un autre provenant du staphylocoque doré, et enfin d'une enzyme extraite d’un virus pour permettre la traduction des gènes.
Cette "cellule" mise en culture a produit
des protéines. En exprimant le gène de la méduse, elle a pris une couleur verte fluorescente ; à partir du gène du staphylocoque, les parois de la cellule se sont couvertes de minuscules pores lui permettant de profiter des nutriments du milieu de culture.
Pour les deux biophysiciens, ce ‘’bioréacteur’’ n'est pas à proprement parler un organisme vivant, étant incapable de se diviser pour se reproduire comme le font les cellules.

Si la biologie synthétique n'en est qu'à ses débuts, elle a déjà fait parler d'elle : en 1999, travaillant sur le génome de la bactérie Mycoplasma genitalium afin d’obtenir le plus petit génome possible nécessaire à la vie, Craig Venterµ a montré que cette dernière pouvait perdre 130 à 220 de ses 480 gènes tout en gardant la capacité de se reproduire et de vivre.
En 2002, des chercheurs de l’université de Stony Brook (New York) ont pour leur part défrayé la chronique en synthétisant un virus de polio et son génome entier (notre actualité du 18/07/02).

* Fondateur de la société Celera Genomics spécialisée dans le séquençage du génome.

Pour en savoir plus
PNAS du 10 décembre 2005, A vesicle bioreactor as a step toward an artificial cell assembly, par Vincent Noireaux et Albert Libchaber
abstract : http://www.pnas.org/cgi/content/abstract/0408236101v1?
Site d'Albert Libchaber : http://www.rockefeller.edu/labheads/libchaber/libchaber-lab.html
- voir aussi : http://www.rockefeller.edu/research/abstract.php?id=93

Contact
libchbr@rockefeller.edu


Ariane-5: succès du largage du satellite militaire Hélios II-A
AFP 18/12/04

Le satellite militaire d'observation Hélios II-A a été largué avec succès par une fusée Ariane-5 samedi à 17h26 GMT, une heure et huit secondes après son décollage de Kourou, en Guyane française, a rapporté un journaliste de l'AFP.Le largage par la fusée de six micro-satellites Nanosat, Essaim 1,2,3,4 et Parasol a également réussi. Hélios II-A est destiné à améliorer le renseignement militaire au profit notamment de la France, de la Belgique et de l'Espagne. D'une masse au décollage d'environ 4.200 kilos, Hélios II-A a une durée de vie théorique de cinq ans. Il a été construit sous la maîtrise d'oeuvre d'EADS Astrium avec de nombreux sous-traitants européens dont Alcatel Space.

Les grincheux diront: que d'argent perdu, qui aurait pu servir, par exemple, à faire des logements sociaux. Mais il me semble qu'aujourd'hui, vue la dépendance croissante où se trouve l'Europe dans les technologies avancées, qu'elles soient civiles ou militaires, il s'agisse au contraire d'une très bonne nouvelle. Vivement la suite donc, qui a nom Helios II-B. Ajoutons que le petit (mini) satellite Parasol a pour objet, en liaison avec un train d'autres analogues déployés conjointement par l'Europe et les Etats-Unis, d'observer les masses nuageuses et autres indicateurs de l'état de l'atmosphère.


Les Vingt-cinq donnent leur feu vert définitif à Galileo
JPB/CJ 10/12/04

Dessin d'artiste illustrant le système Galileo CNES © CNESLes ministres des Transports des 25 ont donné le 10 décembre à Bruxelles leur feu vert définitif au déploiement opérationnel de Galileo, le futur système européen de navigation par satellites qui doit commencer à fonctionner en 2008*. Ainsi, après avoir perdu plusieurs années à lever les obstacles mis par les Américains pour préserver le monopole du GPS et régler des arbitrages internes, l'UE s'engage ainsi irrévocablement dans le déploiement du système européen, après avoir constaté que les conditions préalables qu'elle s'était fixées sont remplies.La future infrastructure européenne de positionnement par satellites offrira aux utilisateurs de ces services une technologie plus sûre et précise que le GPS américain, avec lequel il sera compatible.

Les industriels candidats à la concession du système se sont engagés à investir 1,4 milliard d'euros dans le système (qui prévoit d'exploiter 30 satellites), soit les deux tiers des coûts de déploiement estimés. Le reste, soit 700 millions d'euros, doit être apporté par le budget communautaire. Les deux consortiums candidats à la concession de Galileo sont Eurely (formé autour d'Alcatel/Finmeccanica/Vinci) et iNavsat (formé autour de Thales/EADS/Inmarsat). Le choix définitif doit intervenir d'ici la fin février 2005.

Galileo doit trouver des applications dans des domaines extrêmement variés, allant des transports (gestion de flottes de véhicules, télépéage, sécurité aérienne...) au secteur financier (synchronisation des réseaux de transaction financières) à la sécurité publique (surveillance des matières dangereuses) et au militaire. Ces applications donneront lieu à un grand nombre de produits fortement créateurs de chiffres d'affaires**. Il faudra évidemment que des entreprises innovantes européennes se saisissent de ces marchés et ne s'y laissent pas évincer par des concurrents non-européens. Les services publics et administrations auront aussi un rôle important à jouer, tant comme prescripteurs que comme maîtres d'oeuvre, afin de pleinement exploiter les ressources potentielles du réseau de satellites.

*Phase de lancement en 2006
** Le marché mondial des produits et services liés à la navigation par satellites est estimé à quelque 275 milliards d'euros à l'horizon 2020

Pour en savoir plus
Le système européen de navigation par satellites : http://www.cnes.fr/html/_112_860_.php


EADS décide la construction de l'Airbus A 350
JPB 10/12/04

Réuni à Amsterdam le 9/12/04, le conseil d'administration d'EADS a donné son feu vert au lancement de l'Airbus A 350. Le projet, représentant un investissement de 4 milliards d'euros, était présenté par Noël Forgeard, le président du constructeur européen Airbus contrôlé à hauteur de 80% par EADS.

Airbus s'est trouvé quasiment obligé de lancer ce projet de moyen-long courrier A 350, malgré les investissements qu'il consent pour le gros porteur A 380. Il semble qu'il ait sous-estimé la capacité de Boeing à reprendre la main, avec son programme 7E7 Dreamliner. Il lui fallait une réponse modernisant son offre actuelle, derrière laquelle il ne pourra plus s'abriter dans quelques années. Ceci d'autant plus que Boeing, apparemment, n'a pas renoncé à relancer une version elle-même modernisée du 747. Les projets A 380 et A 350 représentent des engagements de 15 milliards d'euros sur huit ans. Un montant à la hauteur des enjeux industriels et commerciaux pour Airbus face à Boeing, en particulier sur les marchés asiatiques.

L'A 350, qui sera motorisé par General Electric, utilisera les avancées technologiques de l'A 380 tout en étant conçu comme une version améliorée du long-courrier A 330. Le nouvel avion doit être mis en service en 2010, deux ans après le 7E7.

Cette décision a été prise alors que se déroulent de grandes manoeuvres pour la direction de l'aéronautique européenne civile et de défense, dont nous ne traiterons pas ici. Il est très heureux que les négociations politiques n'aient pas retardé les décisions industrielles qui s'imposaient.

Pour en savoir plus
Airbus http://www.airbus.com/prehome.asp On trouvera sur le site des informations sur le A 350.
Boeing http://www.boeing.com/flash.html


Une très étonnante observation, et de quoi faire réfléchir les scientifiques qui publient encore en français
JPB 08/12/04

Govert Schilling, journaliste scientifique hollandais spécialisé en astronomie, raconte dans le NewScientist du 27 novembre 2004, p. 28, (Einstein Eclipsed, The puzzle that relativity can't solve) une très étonnante histoire. Il rapporte une observation de l'économiste et physicien français Maurice Allais, concernant l'apparition d'anomalies dans le sens de rotation d'un pendule type Foucault pendant le moment précis où la Terre est en alignement avec la Lune et le Soleil lors d'une éclipse de celui-ci. Maurice Allais, né en 1911, est un économiste réputé, toujours vivant. Il a eu le prix Nobel d'économie en 1988. Mais c'est aussi un physicien, un peu marginal, qui s'est intéressé toute sa vie à des hypothèses aujourd'hui considérées comme "exotiques", l'anisotropie de l'espace et de possibles variations dans le champ gravitationnel et la vitesse de la lumière.

On sait que le pendule de Foucault décrit une trajectoire dans un plan qui tourne selon le sens des aiguilles d'une montre par rapport au plan du laboratoire, ce qui traduit le fait que la Terre tourne sur son axe de rotation alors que le pendule reste immobile dans le champ plus général de la gravité. Ce que Maurice Allais avait observé, dès 1954 et ensuite dans d'autres expériences, corroborées par celles de divers physiciens, dont Erwin Saxl, Mildred Allen et d'autres, est que le sens de rotation du plan du pendule s'inverse pendant la durée d'une éclipse de soleil, avant de reprendre ensuite sa course normale. Aujourd'hui, les expériences se poursuivent à l'occasion de nouvelles éclipses. Les uns estiment que le mystère tient sans doute à des erreurs observationnelles. Mais d'autres pensent qu'il existe un phénomène de très grande importance, révélé par des anomalies dans le champ gravitationnel, lesquelles obligeraient sans doute à revoir certaine des formulations de la relativité générale. La Nasa pour sa part a également observé des modifications temporaires inexplicables de trajectoire affectant les sondes Pioneer 10 et 11 en route vers le Soleil.

Ne tentons pas ici de proposer nos propres hypothèses sur les champs de gravitations. Par contre, on pourra s'attrister de constater, de l'aveu même des scientifiques anglophones qui ont repris et développé les expériences de Maurice Allais, que celles-ci, publiées en français, soient restées pratiquement et injustement ignorées de la communauté scientifique mondiale. A l'époque comme aujourd'hui, qui peut s'intéresser à un physicien qui en publie pas en anglais? Saluons donc ici par un grand coup de chapeau, dans ce site dédié à la francophonie, le désintéressement de Maurice Allais, serviteur malheureux de la langue française.

Pour en savoir plus
Maurice Allais. Ecrits et biographie http://allais.maurice.free.fr/. En anglais http://allais.maurice.free.fr/English/Science.htm
Voir aussi Chris Duiff, ...observations anormales faites pendant les éclipses solaires http://fr.arxiv.org/ftp/gr-qc/papers/0408/0408023.pdf


Le programme Hyper-X de la Nasa est repris par la Darpa
JPB 08/12/04

Nous avions annoncé dans notre n° précédent (Actualités http://www.automatesintelligents.com/actu/041131_actu.html#actu8) le succès du 2e exemplaire de l'avion sans pilote X-43A de la Nasa, qui avait le 16/11/04 battu le record de vitesse des engins mus par un moteur atmosphérique (ScramJet), soit Mach 10 à 110.000 pieds. Mais Chuck Mc Clinton, directeur du programme Hyper-X au centre de recherche de la Nasa à Langley (source NewScientist, 20/11/04, p. 22), vient de faire connaître que la Nasa allait abndonner les perspectives civiles de cette filière, devant se concentrer sur les vols humains vers la Lune et Mars.

Rassurons-nous, les travaux seront repris par le Laboratoire de Recherche de l'Air Force et la Darpa, afin d'améliorer le bombardier Scramjet en cours de développement, le Falcon. Celui-ci devra pouvoir "délivrer" une bombe dans n'importe quelle partie du monde en 2 heures minimum, en décollant, grâce à un engin porteur, de n'importe quelle partie du territoire américain. Vous avez dit technologies duales?

Pour ceux qui s'intéressent à l'histoire de l'aviation, la technique du moteur atmosphérique avait été expérimenté avec succès par l'ingénieur français René Leduc vers 1946, avec un "tuyau de poèle" porté par un SO Bretagne, sauf erreur.


Microsoft et la Chine
JPB 08/12/04

On a trop vite dit, nous les premiers, que la Chine allait s'orienter massivement vers les logiciels libres, pour éviter que Microsoft ne s'empare, comme il l'a fait en Occident de 90% de ses systèmes d'exploitation et logiciels professionnels - avec les risques d'intrusion qui en résultent au profit d'agents extérieurs. Il est évident que si la Chine investissait massivement dans le domaine des logiciels libres, comme semble jusqu'à nouvel ordre le faire l'Inde, Microsoft aurait pu s'inquiéter. Mais quand on dispose d'un trésor de guerre tel que celui de Bill Gates, on n'attend pas d'être menacé pour réagir.

C'est ce qui s'est passé début novembre avec la visite en grand cérémonial de Rick Rashid, vice-président de Microsoft à Pékin pour inaugurer le Computing in the 21st Century, une grande manifestation et foire organisée par Microsoft pour célébrer le 5e anniversaire de Microsoft Research Asia (MSRA) et annoncer le lancement d'un Advanced Technology Center (ATC) à Pékin. Plusieurs grands noms de la recherche et de l'industrie des STIC américaines avaient fait le déplacement. La manifestation étant patronnée par la National Science Foundation of China (NSFC), 3.400 étudiants et professeurs chinois y ont assisté, en montrant selon les observateurs un enthousiasme extraordinaire. Rick Rashid et les représentants du MIT ou de Berkeley en ont profité pour déployer toutes les promesses qui s'attachent à leurs produits et applications actuels et futurs. Ils ont décrit un univers où tout le monde pourrait communiquer avec tout le monde, grâce à de multiples technologies en réseau. Les exposés furent repris 2 jours après à la métropole régionale hith-tech de Chengdu, devant plus de 2700 passionnés.

Ceci appelle plusieurs commentaires. Le premier est que Microsoft et ses concurrents/ alliés (IBM, Intel, Lucent...) qui procèdent de même mais plus discrètement, sont bien décidés à ne pas laisser en friche le marché potentiel des 19 millions d'étudiants des universités chinoises (à comparer aux 14 millions d'étudiants américains - dont beaucoup d'ailleurs sont asiatiques). Au delà des congrès, ils multiplient les accords avec le ministre de l'éducation en Chine et les universités pour développer des laboratoires de recherche en technologie avancée (interfaces graphiques et multimédia pour téléphones cellulaires et assistants personnels, etc.). Au plan culturel, la démarche est la même. Microsoft et la NSFC lancent un projet de plusieurs millions de dollars visant à développer au Harbin Institute of Technology la plus grande base de données mandarin-anglais, qui servira de base à des systèmes répartis de traduction automatique. Microsoft propose aussi de créer un super-calculateur en connectant les milliers de PC des universités chinoises.

Le second commentaire est politique. Dans le même temps où Pékin renforce sa censure sur les usages privés de l'Internet, en faisant notamment la chasse à la multiplication des blogs, il accepte le principe de développer tous azimuts les technologies en réseau. Mais il y a peut-être une réponse à ce paradoxe. Comme ce que Microsoft propose reste du domaine des logiciels propriétaires très facilement contrôlable centralement, Pékin préfère peut-être cela à un bourgeonnement non contrôlable de logiciels libres. Mais n'introduira-t-il pas le loup américain dans la bergerie chinoise, car, encore une fois, on sait que les logiciels propriétaires sont du pain béni pour les hackers et les espions.

Notre troisième commentaire s'impose de lui-même. L'inde, comme le montre l'article de Network Magazine India que nous référençons ci-dessous, est très attentive à ce que négocie Microsoft et les autorités chinoises. Suivra-t-elle la même voie en s'alliant à son tour avec Microsoft ou persévérera-t-elle dans la voie de l'autonomie des logiciels? L'Europe par contre semble ignorer tout cela. Se rend-elle bien compte de tout ce qui est en train de se mettre en place, sans elle ou contre elle, dans le bloc Chine-Amérique, déjà fortement soudé par la parité entre la monnaie chinoise et le dollar?

Pour en savoir plus
Computing in the 21st Century (à lire attentivement) http://www.networkmagazineindia.com/200402/focus01.shtml


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