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Le Joint Research Center de la Commission européenne
http://www.jrc.cec.eu.int/welcome.htm
présentation par Jean-Paul Baquiast
05/12/04


La mission du Joint Research Center (JRC) est, lit-on sur la page d'accueil de son site, d'apporter un soutien scientifique et technique, orienté vers les besoins du consommateur, au développement, la mise en place et le contrôle des politiques communautaires. Le JRC, au service de la Commission, doit servir de centre de référence à l'Union européenne en matière de sciences et de technologies. Au plus près des processus décisionnels européens, il est au service de l'intérêt commun des Etats-membres, indépendamment des intérêts particuliers, qu'ils soient ceux du secteur privé ou des Etats nationaux.

Roland Schenkel, Directeur Général, ajoute que l'Europe est confrontée à maintes interrogations du public relatives à des questions complexes comme la contamination alimentaire, les modifications génétiques, les risques chimiques, les changements climatiques, l'environnement, la santé et la sûreté nucléaire. Le JRC vient en appui des décideurs européens en charge de définir les politiques publiques destinées à traiter ces problèmes transnationaux et globaux.

Rôle et activités

Le JRC est une direction générale de la Commission. Il est dirigé par un directeur général assisté par un conseil de gouverneurs venant de l'ensemble des Etats-membres, nommés par la Commission sur proposition de ces derniers. Il s'agit soit de scientifiques, soit d'industriels soit de consultants en stratégie de l'innovation.

Note: Pour trouver sur le site web du JRC les différentes pages citées ci-dessous, il faut se rendre sur http://www.jrc.cec.eu.int/default.asp@sidsz=our_organisation.htm, page à partir de laquelle on se rendra sur les adresses des pages et organismes mentionnées.

Le JRC a mis en place 7 Instituts spécialisés par domaine, qui agissent comme autant d'organismes conseils autonomes, dotés de leurs propres experts. On se référera à leurs sites pour s'informer de leurs compétences et de leurs travaux. Chacun d'eux aborde des questions d'un grand intérêt stratégique et on ne peut que regretter le peu de publicité qui est faite à leurs travaux, sauf lorsqu'ils abordent des sujets sensibles où les intérêts particuliers peuvent venir en contradiction de ce que les experts estiment, à tort ou à raison, être l'intérêt général de l'Europe.

• The Institute for Reference Materials and Measurements (IRMM)
• The Institute for Transuranium Elements (ITU)
• The Institute for Energy (IE)
• The Institute for the Protection and the Security of the Citizen (IPSC)
• The Institute for Environment and Sustainability (IES)
• The Institute for Health and Consumer Protection (IHCP)
• The Institute for Prospective Technological Studies (IPTS)

• S'y ajoute la direction du site d'Ispra (Italie), Ispra Site Directorate, qui est responsable des programmes communs de sûreté nucléaire.

La page Overview précise les 4 domaines prioritaires d'action du JRC, tels que définis pour la durée du précédent programme cadre, ainsi que les budgets affectés (en millions d'euros sur 4 ans) :
- Food, chemical products and health 212
- Environment and sustainability 286
- Nuclear activities 290
- Horizontal activities 262

La page Programme de travail complète les données précédentes. On voit que les activités horizontales prennent de plus en plus d'importance, par rapport notamment à l'activité traditionnelle intéressant la sûreté nucléaire.

On s'intéressera particulièrement aux nouveaux sites web autonomes par rapport au site du JRC: celui de l'Institut pour l'environnement et le développement durable http://ies.jrc.cec.eu.int/ et celui de l'Institut pour les éléments transuraniens (radioactifs) http://itu.jrc.cec.eu.int/.

Par ailleurs, les rapports du JCR, à travers ses divers instituts et groupes de travail, bien que généralement publiés en anglais, devraient mériter une lecture attentive. On les trouve à la page Publications http://www.jrc.es/home/publications/publication.cfm?pub . Ainsi à l'adresse http://www.jrc.es/home/publications/publication.cfm?pub=1208 se trouve un récent rapport de l'Institute of Prospective Technological Studies qui présente les résultats d'un projet de recherche chargé d'examiner l'impact des technologies de l'information et de la communication sur une série d'indicateurs environnementaux à l'horizon 2020. Ce rapport indique que les TIC peuvent jouer un rôle important dans la préservation d'un environnement durable. C'est un point rarement évoqué à leur sujet.

Plus généralement, le JRC contribue, souvent au travers de conventions passées avec d'autres organismes de recherche ou de formation, à l'ensemble des politiques de promotion des recherches pré-compétitives menées dans le cadre de la politique de recherche de la Commission. Il aborde aussi, incidemment, des questions ayant trait à la recherche fondamentale. Mais ce n'est pas là sa vocation première.

Ceci veut dire qu'il ne pourra pas jouer le rôle de Conseil Européen de la recherche (ERC), jugé désormais indispensable à l'Europe pour établir une véritable politique européenne de la science. Cependant ses travaux devront aider l'ERC, si celui-ci est enfin crée par les Gouvernements européens.

Commentaires

La création du JRC a découlé de la constatation qu'au moins 25 % des textes légaux européens impliquent des questions scientifiques et techniques, ce pourcentage allant croissant au fil des années. Il a donc été décidé, dès les premiers programmes-cadres de recherche, de doter la Commission d'un organisme-conseil capable de fournir des expertises sur les sujets scientifiques et leurs impacts sociétaux. L'ambition du JRC est grande. Le rôle assigné est très important. L'ampleur des questions abordées fait dorénavant de cet organisme, devenu le JRC, un élément essentiel des politiques communautaires. Il a réalisé en quelques années un travail considérable, notamment en termes d'études et de propositions sur des sujets sensibles.

Peut-on dire cependant que le JRC est aujourd'hui à la hauteur des enjeux que sous-entend l'intitulé de sa lettre de mission? Constatons qu'il est peu connu du public, tout au moins en France. Lors du récent Colloque au Collège de France consacré à la science européenne, il n'a sauf erreur pas été mentionné, même par l'ancien commissaire à la Recherche Philippe Busquin. Le recrutement de ses experts obéit à des règles peu transparentes. Ses rapports et propositions ne font pas l'objet de commentaires ni d'une présentation suffisante par les services concernés de la Commission. De ceci il résulte que les lobbies s'en saisissent pour les critiquer ou les monter en épingle, souvent en les déformant, ce qui n'améliore pas l'image du JRC.

On devine en effet que les questions abordées par le JRC sont toutes fortement sous-tendues par des intérêts contradictoires. Il existe de nombreux sujets dont il n'est pas saisi ou dont il ne se saisit pas, car ces sujets sont jugés politiquement trop sensibles. Mais quand il intervient, il provoque des contestations qui ne sont pas toutes guidées par la recherche d'un consensus en termes scientifiques. Le JRC avec son centre d'Ispra a longtemps bataillé avec les autorités des pays nucléaires, notamment la France. Aujourd'hui, dès qu'il fait mine de mettre en cause les pratiques industrielles, qu'il s'agisse de celles des entreprises européennes ou de celles des entreprises non-européennes visant le marché européen, il soulève les oppositions négatives. Ces entreprises en appellent aux gouvernements quand les propositions des experts européens leur paraissent menacer leurs intérêts. Elles n'hésitent pas à accuser ces derniers d'irréalisme ou même de jugements idéologiques ou intéressés. Ceci est le sort de toute expertise, mais quand cette expertise émane de "Bruxelles", selon l'expression consacrée, l'opinion a vite fait de lui donner tort.

Il en résulte que ses recommandations, quand il en fait, ne sont pas toujours suivies par la Commission et surtout par les Etats. On en a eu l'exemple récemment à l'occasion du rapport dit REACH qui avait dénoncé la multi-présence de produits chimiques dans l'environnement des européens et demandé des mesures beaucoup plus fermes de protection. L'industrie chimique s'est élevé contre ce rapport, et beaucoup des demandes formulées par le JRC n'ont pas été retenues. Les porte-parole de l'industrie chimique, qui veut absolument se débarrasser de son image "sale", vont jusqu'à dire que le consommateur d'aujourd'hui peut parfaitement bien se porter malgré qu'il ingère quotidiennement (il est vrai à faible dose) des centaines de produits toxiques. Sans polémiquer, on se bornera à rappeler que c'était exactement le discours qu'ont tenu pendant 50 ans les industriels de l'amiante.

L'exemple de Reach

Ce cas est exemplaire. Dans le domaine intitulé Food, Chemicals products and Health, le JRC a proposé de mettre en place sur onze ans un système d'enregistrement, d'évaluation et d'autorisation des substances chimiques présentes dans l'environnement (REACH, Registration, Evaluation and Authorisation of Chemicals). 30.000 produits suspects avaient été identifiés, pour lesquels la Commission demandait d'appliquer la procédure REACH. Ce sujet inquiète légitimement les opinions publiques (quand elles sont informées). On sait qu'une étude menée début 2004 à l'initiative du Fonds Mondial pour la Nature (WWF) a permis de détecter dans le sang des ministres européens de l'environnement des traces d'une centaine de substances hautement toxiques (lire l'article de Sciences et Avenir, décembre 2004, p. 46 Bruxelles : La compétitivité avant la santé).

La Commission avait par ailleurs proposé (non sans irréalisme, notons-le) que la charge de la preuve de la non-toxicité incombât aux industriels, contrairement aux usages actuels selon lequel c'est aux autorités publiques de démontrer la nocivité d'un produit avant de l'interdire. De plus, elle prévoyait que les produits les plus toxiques devraient dorénavant faire l'objet d'autorisation. Enfin, il était prévu que lorsque existeraient des produits jugés moins dangereux, à effets égaux, que ceux commercialisés, les industriels devraient remplacer les seconds par les premiers.

Tout ceci a mécontenté l'industrie chimique européenne. Elle a fait valoir le risque de désindustrialisation qui résulterait de l'application de telles mesures, alors qu'elle emploie 1.700.000 salariés et réalise un chiffre d'affaires de 530 millions d'euros. Les Etats-Unis ont également menacé de porter plainte devant l'OMC. Devant les interventions des trois gouvernements européens : Allemagne, France et Grande-Bretagne, la Commission a réduit le nombre des produits devant faire l'objet de surveillance à 10.000 et renoncé à ses autres exigences. Finalement, le coût total de REACH pour l'industrie chimique représentera seulement 0,06% de ses recettes. Mais ce recul ne satisfait pas tout le monde. Le Conseil des ministres des pays nordiques (Nordic Council of Ministers), qui soutient REACH, estime qu'en contrepartie, ce sera d'ici 2050 40 milliards d'euros de dépenses de santé supplémentaires que l'Europe devra consentir.

 

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