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La menace de la grippe aviaire
par Jean-Paul Baquiast
6 octobre 2004

Une pandémie mondiale de grippe se prépare-t-elle ? L’hebdomadaire scientifique NewScientist publie régulièrement à ce sujet des nouvelles alarmantes, dont il a fait plusieurs fois le thème de son éditorial. Il vient de renouveler ses mises en garde dans le n° 2467 du 2 octobre 2004. Selon lui, l’événement « que les experts mondiaux de la grippe craignaient le plus semble s’être produit ». Les autorités de santé Thaïlandaises ont annoncé fin septembre la première transmission inter-humaine du virus de la grippe du poulet identifié sous le code H5N1. Il s’agirait d’un événement grave. Jusqu’ici le virus était capable d’infecter l’homme à partir de son hôte habituel le poulet, mais la contagion s’arrêtait là. Le virus avait réussi à vaincre les barrières immunitaires de l’homme en contact avec un animal infecté, mais n’avait pas acquis la possibilité de passer d’humain à humain. C’est ce qu’il semble en train d’apprendre à faire. Ceci est d’autant plus inquiétant, note l’hebdomadaire, que 3 des 4 personnes infectées sont mortes. Le virus serait donc très virulent.

On avait évoqué les semaines précédentes des mutations utilisant le porc comme vecteur vers l’homme. Mais apparemment ce détour ne serait même pas nécessaire. En cas d’explosion, que faire ? Les vaccins contre la grippe ordinaire seront sans doute inefficaces. Les antiviraux tels que l’oseltamivir n’auront que peu d’effets. Il faudra préparer au plus vite un nouveau vaccin. Mais c’est là que la question prend un aspect géostratégique qu’apparemment personne en Europe ne semble avoir remarqué.

Les Etats-Unis bénéficient d’un dispositif de lutte contre le bioterrorisme qui les rend sensibles à de tels risques. L'ancien conseiller du gouvernement sur la biosécurité D.A.Henderson vient d’annoncer un plan pour produire à grande échelle un vaccin contre le H5N1 ( et ce bien que son efficacité ne soit pas absolument certaine. 2 millions de doses viennent d’être commandées à la firme française Pasteur-Aventis, livrables en décembre (beau succès pour Aventis, notons-le au passage). Mais ces doses seront réservées au territoire américain et plus particulièrement aux personnels de santé et aux militaires. La technique utilisée est celle de la génétique inverse (reverse genetics) qui mêle et fait réagir des gènes de différentes souches. La commande est de 13 millions de dollars et le vaccin sera produit dans l’usine d’Aventis à Swiftwater en Pennsylvanie.

On imagine les drames qui se produiront, y compris aux Etats-Unis, quand il faudra choisir les personnes à vacciner. Aussi, à juste titre, l’éditorial de NewScientist appelle à une mobilisation mondiale des autorités de santé et des équipements industriels capables de produire des doses par dizaines ou centaines de millions. Une douzaine d’usines ultra-modernes réparties sur la planète pourraient faire face à la pandémie, soit en produisant les souches s’étant révélées efficaces, soit en recherchant au plus vite de nouveaux vaccins en cas de mutation renouvelée de l’ennemi. Il faudrait aussi une autorité mondiale qui soit capable d’affecter les vaccins dans les zones les plus à risques, en surveillant leur bon emploi par les autorités nationales. Mais d’où viendra l’argent ? Qui prendra l’ensemble de l’opération en charge ? L’ONU, l’Organisation Mondiale de la Santé ? Une autorité internationale créée à cette fin ? L'OMS, dans son communiqué du 4 octobre (voir ci-dessous) recommande différentes mesures, sur un ton qui ressemble trop hélas à ce que l'on appelle en France un voeu pieux.

L’Union Européenne, en attendant, serait coupable de ne pas se saisir immédiatement de la question, en liaison avec les autorités sanitaires nationales et les industriels du médicament.


Pour en savoir plus
Le communiqué et la mise en garde de l'OMS http://www.who.int/csr/don/2004_10_04/en/
Pasteur-Aventis US http://www.us.aventispasteur.com/
D.A. Henderson website http://www.pitt.edu/~disease/henderson.html

Ajoutons qu'il n'y a pas que la grippe aviaire pour nous menacer d'une épidémie catastrophique. Le même NewScientist fait état des préoccupations de nombreux virologues devant la façon négligente, selon eux, dont sont menées des recherches visant à reconstruire le virus de la grippe espagnole, qui avait fait au moins 40 millions de morts après la première guerre mondiale. L'ADN de ces virus a été récupérée sur des cadavres miraculeusement conservés et fait actuellement l'objet de manipulations censées aider à mieux comprendre les modes de mutation de tels virus. Mais on risque ce faisant d'augmenter leur virulence et surtout, de les laisser échapper par erreur dans l'environnement. Les morts pourraient alors se compter par centaines de millions, les humains d'aujourd'hui n'ayant plus aucune immunité vis-à-vis de tels virus.

Source: http://www.newscientist.com/news/news.jsp?id=ns99996554

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