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Article
Le financement de la recherche au Canada
par Jean-Paul Baquiast
6 octobre 2004

La revue britannique NewScientist a consacré dans son numéro 2466 du 24 septembre 2004 (Northern Star, p. 50) un article du plus haut intérêt à la façon dont le Canada est en train de rattraper le handicap que lui imposait la proximité de son grand voisin américain en matière de recherche scientifique. Les pays européens, notamment la France, auraient le plus grand intérêt à s’inspirer de l’exemple canadien, s’ils veulent eux-aussi rehausser le niveau de leurs recherches et éviter la fuite des cerveaux.

Que retenir de cet article ? L’auteur, Tim Lougheed, rappelle que les Canadiens ont toujours souffert d’un complexe d’infériorité vis-à-vis des Etats-Unis, notamment dans le domaine des sciences et des technologies. Ce complexe s’était accentué dans les années 1980 avec les restrictions de crédits de recherche appliquées les années précédentes. Cependant le retard se traduisit notamment par une fuite persistante des cerveaux et l’effondrement des brevets déposés. Le phénomène ne pouvait passer inaperçu. Une prise de conscience se produisit, entraînant un réveil politique de grande envergure. A partir de 1990, les administrations fédérales, provinciales et locales commencèrent à consacrer des milliards de dollars aux activités de recherche. Les laboratoires publics, les entreprises et les individus en bénéficièrent à travers un réseau original de financement. De plus, pour l’opinion publique, ces efforts ont représenté un véritable défi patriotique qu’il convenait de soutenir, notamment au travers d’un dialogue permanent avec les chercheurs et les institutions.
Le début de la convalescence se traduisit par la mise en place d’un Réseau National de Centres d’excellence (National Network of Centres of Excellence) à la fin des années 1980. Il s’agissait de regrouper et rationaliser les efforts dispersés entre thèmes et implantations géographiques trop nombreux. Aujourd’hui, il existe 22 de ces réseaux, travaillant par exemple sur les maladies génétiques, les cellules-souches ou les véhicules du futur.

A ceci s’ajoutèrent deux initiatives nationales, les Canada Research Chairs (CRC) et la Canada Foundation for Innovation (CFI). Ces deux institutions, chargés de récolter de l’épargne et de la redistribuer, financèrent plus de 4 milliards de Can$ de projets.
La CFI est une institution non-profit indépendante, créée en 1997, dont la dotation initiale fut de 1 milliard de Can$. Les fonds visaient à permettre des acquisitions en matériel plutôt qu’à financer des prêts ou des salaires. Ceci permit à de nombreux jeunes chercheurs d’améliorer sensiblement leurs équipements. A partir de ces premiers investissements, les administrations provinciales et les entreprises privées furent invités à participer à des projets plus ambitieux.

C’est par un tel dispositif que l’Université de Saskatchewan put financer la réalisation du synchrotron de la ville de Saskatoon, grand équipement dont on attend beaucoup de services. Malgré les conseils prodigués par les américains, qui proposaient à leurs voisins de leur allouer des ressources sur leurs propres matériels, les canadiens résistèrent, jugeant que seule la pleine propriété d’un équipement permettrait, non seulement de fixer les chercheurs dans la province, mais d’attirer des équipes étra,ngères. Cela rappelle beaucoup les discussions qui avaient accompagné la décision (heureusement non appliquée) du ministre Allègre, visant à arrêter la construction du synchrotron Soleil à Orsay.

Une autre des opérations de la CFI consiste à abonner en bloc 64 universités aux revues scientifiques en ligne. Il s’agit du Canadian National Site Licensing Project. Aujourd’hui, le mandat de la Fondation a été prolongé jusqu’à 2010, et ses crédits renouvelés et augmentés.

L’initiative dite CRC, Canada Research Chairs, fut lancée en 2000. Elle a pour objet non pas de financer des matériels mais de proposer des postes budgétaires destinés à des chercheurs. 2000 emplois ont été offerts, visant à renforcer l’expertise des chercheurs individuels. L’objectif était de faire revenir les meilleurs des expatriés et fixer ceux tentés par l’exil. Mais de plus en plus on cherche aussi à attirer des experts étrangers. Le mouvement semble avoir parfaitement réussi à ce jour.

On ne peut pas dans cette recension passer sous silence le National Research Council. Ce dernier, créé durant la 1ère guerre mondiale, a pris beaucoup d’initiatives pour contribuer à la renaissance scientifique en cours. Il dispose de 20 filiales réparties sur l’ensemble du territoire, qui se spécialisent sur les actions les plus aptes à bénéficier des atouts locaux. C’est le cas par exemple du NRC Institute for Ocean Technology à Terre-Neuve ou du NRC Herzberg Institute of Astrophysics à Victoria, BC.

Le gouvernement canadien compte beaucoup sur l’esprit de compétition des communautés géographiques et humaines qui hébergent ces Centres et Instituts. Il existe une rivalité parfois vive entre les provinces, dont chacun bénéficie finalement. On peut citer, pour ce qui concerne la Québec, particulièrement cher aux français, la plus grande communauté de biotechnologies du pays, implantée à Montréal et alentours. C’est le NRC Biotechnology Research Institute. Il emploie plus de 800 personnes. Les entreprises suivent le mouvement. Ainsi en biotechnologie, le Canada recense 487 firmes employant 8000 personnes. La crise relative du secteur a provoqué quelques dégâts mais pour l’essentiel, les reconversions sont en cours et de nouveaux domaines émergents explorés.

Les nanotechnologies sont bien représentées, pour leur part, dans l’Alberta, avec le NRC National Institute for Nanotechnology à Edmonton, créé en 2001, avec un capital-risque de 120 millions de Can$dollars.

Une autre institution originale est le Canadian Institute for Advanced Research, dite aussi Université hors les murs. L’idée est de financer des universitaires en les libérant des tâches administratives et d’enseignement afin qu’ils consacrent librement leur temps et leurs ressources, dans leurs laboratoires, aux questions jugées importantes. Des personnes implantées à l’étranger peuvent bénéficier du système. Il s’agit d’une approche résolument élitiste, visant à encourager les meilleurs, qui contraste avec l’esprit jugé un peu trop égalitariste régnant jusqu’alors dans le monde universitaire. Trois grandes Agences fédérales se sont inscrites dans cette démarche, le Natural Sciences and Research Council, le Canadian Institute for Health Research et le Humanities Research Council.

Ajoutons que le gouvernement canadien, dans la conduite de ces politiques ambitieuses, s’est doté de conseillers de haut niveau. Le Premier ministre, notamment, dispose d’un National science Advisor en la personne de Arthur Carty, personnalité reconnue. Il fut nommé en avril 2004 après avoir passé dix ans comme président du National Research Council.

Tout ceci semble donner de bons résultats. Un article publié dans Nature de Juillet 2004 par le britannique David King montre que le Canada se situe très bien parmi les 30 pays produisant le plus grand nombre d’articles scientifiques. Le lecteur français tiendra compte de l'enthousiasme patriotique de l'auteur de l'article, journaliste scientifique à Ottawa. Mais il semble bien que l'essentiel de ce que rapporte ce dernier corresponde à des faits tangibles.


Pour en savoir plus
National Network of Centres of Excellence http://nce.nserc.ca/
Canada Research Chairs http://www.chairs.gc.ca/
Canada Foundation for Innovation http://www.innovation.ca/
Canadian National Site Licensing Project http://www.cnslp.ca/
Canadian Institute for Advanced Research http://www.ciar.ca/
National Research Council http://www.nrc-cnrc.gc.ca/