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Le posthumanisme
par Jean-Paul Baquiast 17 août 2004

Cet article est extrait du chapitre 8 d'un nouveau livre de Jean-Paul Baquiast, en cours de finition, à paraître dans la collection Automates-Intelligents, sous le titre :" Nouvelles sciences, nouvelles politiques"

 

Peut-être nous reprochera-t-on de donner trop d'importance à ce qui n'est sans doute qu'une simple mode intéressant quelques milieux branchés, comme l'étaient en leur temps le structuralisme, le post-modernisme et (si l'on peut l'ajouter aux précédents) le mouvement New Age. Mais nous pensons que, même si le nom de posthumanisme vieillit un jour, la tendance qu'il incarne ne fera que s'amplifier. Elle traduit une lame de fond, celle que nous avons essayée de mettre en évidence dans ce livre. Cette lame de fond, c'est le changement, inévitable sauf catastrophe majeure, qu'impose aux sociétés traditionnelles le développement explosif et multiforme des sciences et des techniques, notamment dans le domaine du computationnel et de l'artificiel.

Ce développement est un produit de l'évolution biologique darwinienne, qui n'est pas davantage finalisé ni contrôlé que les autres phénomènes évolutifs. Il crée l'effet de niche permettant à de nouveaux types d'organismes et d'organisations de se développer aux dépends des précédents. Ceci est aujourd'hui visible dans le monde animal. Ce l'est moins en ce qui concerne l'humanité. Mais de plus en plus, l'idée se fait jour que les hommes, non seulement ont déjà beaucoup changé, mais qu'ils devront encore plus changer dans l'avenir. Nous parlons évidemment des hommes immergés dans le mouvement des sciences et des technologies, pas de ceux qui seraient éventuellement laissés de côté, sur lesquels nous reviendrons. Ces changements seront physiques : le corps humain sera complété d'"augmentations" diverses et son génome lui-même sera modifié. Mais ils seront aussi et surtout intellectuels. Les contenus de connaissance accessibles aux individus ordinaires seront considérablement augmentés et en voie de complexification continue. De plus, et c'est essentiel, ces mêmes individus auront la possibilité de participer personnellement, par l'invention et l'expérimentation, au développement des contenus et des outils de connaissance.

Un premier point intéressant le vocabulaire doit être précisé, avant d'aller plus loin. Le posthumanisme est-il la même chose que le transhumanisme ?. On trouve une définition du transhumanisme sur le site du Suédois Anders Sandberg (http://www.aleph.se/Trans/). Le transhumanisme, selon lui, est une philosophie selon laquelle l'humanité peut et doit s'élever vers des niveaux supérieurs, physiquement, mentalement et socialement. Cette philosophie encourage, nous dit Sandberg, la recherche de nouvelles formes de vie, la cryonique, les nanotechnologies, les augmentations mentales et physiques, le téléchargement de la conscience humaine et l'ingénierie à grande échelle. D'autres y ajoutent les sciences dites parallèles. On pourra laisser de côté la cryonique, relevant du folklore, qui vise à conserver les corps par l'ultrafroid jusqu'à ce que des conditions plus favorables permettent de les décongeler. Mais les autres directions de recherche participent de celles recommandées aussi par le posthumanisme. Donc, pour ne pas entrer dans des discussions sémantiques qui n'auraient pas d'intérêt ici, admettons que le posthumanisme inclut diverses philosophies qui, sous des noms différents, visent à dépasser l'humain actuel par le recours aux sciences émergentes et à leur inclusion dans une conception du monde en complet renouvellement.

Les nouvelles valeurs

Est-ce à dire que les valeurs morales qui, pendant plusieurs millénaires ont assuré la cohésion des sociétés anciennes, seront elles-aussi bouleversées par ces sciences et ces philosophies? Sans aucun doute, dès lors qu'elles constitueront des freins inutiles ou dangereux à ce que les humains impliqués dans les changements de civilisation estimeront être pour eux un avenir souhaitable. Les défenseurs de ces valeurs disparaîtront sans doute d'elles-mêmes, peut-être après quelques combats d'arrière-garde venant de ceux qui espéreraient s'abriter derrière elles pour s'éviter de changer. Certains résisteront y compris par les armes du fanatisme. On criera à la mort des valeurs morales. Mais il n'y a aucune raison de penser que les nouvelles civilisations émergeant de cette évolution seront sans valeurs morales, précisément parce qu'elles aussi, comme tout super-organisme, auront besoin de facteurs de cohésion. Elles forgeront d'elles-mêmes de nouvelles valeurs, mises en œuvre à travers les moyens de communication et éventuellement de contrainte permis par les techniques et les institutions du moment.

Parmi ces valeurs nouvelles, on retrouvera sans doute des morales religieuses. Rien ne permet de dire que les hommes de demain seront plus nombreux à rejoindre l'athéisme et la libre-pensée qu'aujourd'hui. Peut-être seulement seront-ils plus nombreux à nommer Dieu ce que les scientifiques d'aujourd'hui et de demain continueront à ne pas pouvoir élucider et à refuser de nommer. Mais il est bien d'autres valeurs qui n'ont rien de particulièrement religieux, rassemblant athées et croyants, qui seront conservées ou, plus exactement, transmutées. Ce sont celles qui intéressent l'humanisme, au sens noble du terme. Qu'est-ce que l'humanisme ? Le terme a d'abord servi à distinguer l'humain du monde animal et plus généralement du monde physique, tous deux considérés comme incapables de sentiments et de conscience. Aujourd'hui, la frontière ne tient plus. On découvre une continuité très " sympathique " entre les différents ordres d'existants. La continuité ne fera que se renforcer, avec les symbioses prévisibles entre machines, entités biologiques et humains. Ceux qui persisteront à donner à l'homme une place à part, éminemment supérieure, se déconsidéreront d'eux-mêmes.

Mais l'humanisme désigne aussi un domaine moral conservant toute son importance, celui qui sépare l'homme social et coopératif de l'homme asocial et destructeur. L'histoire a montré que les pires maux menaçant l'humanité de disparition viennent des hommes eux-mêmes, ou de certains d'entre eux. Spontanément, des barrages contre ceux-ci se sont édifiés au cours des siècles, symbolisés dans les imaginaires par les idéaux de coopération, d'altruisme, de création scientifique et artistique qui composent la palette morale de l'humanisme d'aujourd'hui. Rien ne permet d'affirmer que de tels idéaux ne seront plus nécessaires dans l'avenir. Comme le disait Brecht avec la grandiloquence de l'époque, le ventre est encore fécond (sera toujours fécond) d'où naquit la bête immonde. Les sociétés futures généreront elles-aussi leurs éléments destructeurs. Ceux-ci seront sans doute indispensables à la tension interne assurant la survie, comme les germes pathogènes sont indispensables à la survie des organismes sains, mais ils devront être, demain comme aujourd'hui, contenus par un système immunitaire toujours en éveil. Finalement, on peut penser que le posthumanisme poursuivra les mêmes buts que l'humanisme actuel, mais avec un référentiel de valeurs qui devra être adapté, car les obstacles à surmonter et les buts à atteindre auront eux-aussi changé.

Voilà donc beaucoup de bonnes raisons pour faire l'inventaire de l'humanisme, éliminer ce qui déjà tombe en poussière et construire du nouveau. Mais ceci impose t-il de parler de posthumanisme, plutôt que se borner à rajeunir le vieil humanisme ? On peut évidemment en discuter. Disons que les subtilités n'étant pas toujours bien comprises par les opinions, remplacer le navire usé par un autre neuf, plutôt que tenter de réparer ses voies d'eau et le doter de nouvelles voiles, sera certainement plus motivant. De plus, nous avons indiqué que derrière le terme d'humanisme, combattent encore les représentants des vieilles forces sociales et idéologiques dominantes, qui n'ont pas l'intention de se laisser éliminer sans résistance par des jeunes. Les valeurs de l'humanisme, comme à une plus grande échelle celles des religions, leur servent de boucliers derrière lesquels ils mènent leur contre-offensive. Les exemples de cela sont multiples. Lors de son dernier voyage à Lourdes (15/08/04), par exemple, le Pape en appelait au sens de l'humain des femmes pour leur demander de respecter une conception de la vie aujourd'hui rejetée par toutes les médecines modernes, qui en profondeur tend à maintenir les femmes sous la sujétion des hommes. On sait aussi comment les Comités d'éthique et autres prophètes du sacro-saint principe de précaution paralysent le développement des sciences et leurs applications dans les pays les plus pauvres, en fait pour protéger les intérêts d'industries et de commerces qui craignent de n'avoir pas le temps d'évoluer avant l'arrivée de concurrents plus efficaces. C'est ainsi que les normes de sécurité imposées aux vaccins par les règlements sécuritaires du Nord, sous la pression des industries du médicament qui y voient une occasion de développer à grands frais des produits sophistiqués, entrave l'accès des pays pauvres aux produits pharmaceutiques. L'éthique du Nord sacrifie, selon les termes de Philippe Kourilsky, directeur général de l'Institut Pasteur, les malades du Sud [Pour la Science, 322, p.8].

Perversion possible du posthumanisme

On objectera, il est vrai, qu'il est toujours dangereux de changer les étiquettes, car de nouvelles appellations peuvent cacher des mélanges encore plus détonants que ceux contre lesquels on voulait se prémunir. Le terme de posthumanisme semblera peut-être ouvrir une voie dangereuse, non seulement vers l'élitisme mais vers de nouvelles formes de cloisonnement et d'exclusion. Si les poshumains sont en effet ceux qui bénéficient de toutes les facilités et perspectives des sciences et technologies émergentes, ils seront peu nombreux, quelques dizaines ou centaines de millions par rapport aux milliards d'humains ordinaires relégués dans leurs niches traditionnelles. Ils seront inévitablement conduits à s'isoler dans des espaces protégés, reléguant les autres dans le sous-développement. Cette tendance est déjà plus que visible. Le mouvement posthumaniste a surtout intéressé, jusqu'à présent, les élites intellectuelles des Etats-Unis. Beaucoup y ont vu une façon de marquer leur différence et leur droit à l'hégémonie sur le reste de l'humanité. Nous sommes déjà des posthumains, avait affirmé un représentant des néoconservateurs américains. Ceci peut faire peur. L'augmentation prévisible des affrontements entre les riches et les pauvres ne fera qu'accentuer le mouvement.

On peut à cet égard évoquer sans peine un scénario peu réjouissant. Très vite, les posthumains de l'Amérique du Nord et d'une petite partie de l'Europe affirmeront que ce sont eux qui détiennent les valeurs d'avenir de l'humanité. Les autres hommes seront répartis par eux en trois groupes n'ayant plus de liens d'appartenance, les posthumains, les humains et les non-humains. Par ce terme effrayant de non-humains, on désignera notamment les terrorismes fanatiques enfermés dans des mythologies d'un autre âge, qui n'hésiteront pas à détruire le monde développé en s'auto-détruisant en même temps. On peut excuser les hommes des sociétés développées de mal supporter des agressions qui menacent les bases mêmes de la civilisation qu'ils s'efforcent de construire. Mais rejeter les fanatiques dans le non-humain ne fera rien pour les apaiser et les ouvrir à la négociation. Quant aux humains, c'est-à-dire les populations immenses et diversifiées situées entre ces extrêmes, ils serviront d'après cette vision du monde de réservoirs de main-d'œuvre ou de boucliers aux belligérants. Tout peut laisser craindre alors que ce scénario ne soit celui de la catastrophe globale. Les soi-disant posthumains, malgré les ressources technologiques dont ils disposeront, ne pourront pas gouverner et faire progresser une Terre soumise à des conflits de civilisations capables de détruire toute organisation, aussi savante soit-elle.

Un scénario de partage

Mais faut-il associer obligatoirement posthumanisme et ségrégation raciste ? Ne peut-on envisager, précisément parce que les valeurs de cohésion s'imposeront à tous, que ce soit l'humanité toute entière qui accède progressivement à un niveau supérieur de développement. Ceux qui veulent promouvoir les sciences et les technologies dans un esprit de connaissance partagée le pensent. Aujourd'hui déjà, face à l'exploitation capitaliste et financière de la nature, conduite par des trafiquants qui trouvent des alliés au sein des populations les plus pauvres, certains militants s'efforcent de montrer à ces dernières qu'elles ont intérêt à maîtriser des technologies à la fois sophistiquées et simples d'emploi pour se procurer de l'eau et de l'énergie. Une des valeurs du posthumanisme pourrait être de rechercher à la fois l'avenir de l'humanité et la survie de la biosphère. Rassurons ceux qui ne croient pas à l'idéalisme des bons sentiments. Le scénario de partage que nous évoquons sera motivé par l'intérêt. Il relèvera de ce que l'on pourrait appeler l'altruisme compétitif : coopérer plutôt que s'entre-détruire.

La coopération n'intéressera-t-elle que les humains ? Certainement pas. Nous avons indiqué en effet que si des conceptions idéalistes de la conscience humaine sont remises en cause par les sciences modernes, en contrepartie celles-ci conduisent à conférer une sorte de conscience primaire et même de langage à des espèces vivantes voire à des phénomènes physiques jusqu'ici considérées comme matière première à exploitation destructrice. Selon la terminologie de Bruno Latour, il s'agira de " non-humains " qui seront appelés progressivement à dialoguer, selon leurs paroles propres, avec les humains. Pour ce faire, ces non-humains pourront par exemple bénéficier des technologies développées dans les échanges langagiers entre humains et robots autonomes. Dans ce cas, nous proposons d'abandonner pour désigner de telles entités le terme de non-humains pour celui, moins réducteur, de presque-humains.

Ne pas en revenir au finalisme

Un autre point doit être évoqué lorsque l'on considère les perspectives que les sciences et technologies ouvriront à l'humanité de demain, c'est-à-dire à ces posthumains dont nous parlons. On entend souvent dire que, grâce à de nombreuses découvertes, notamment dans le domaine de la biogénétique et des neurosciences, les hommes deviendront capables de dessiner et produire le type d'humain qu'ils voudront devenir. De même, ils pourraient transformer à leur guise les espèces vivantes et l'environnement terrestre. Leur avenir, dit-on, sera dans leurs mains. Il sera ce qu'ils en feront. D'où l'appel à des mesures de prudence qui sont souvent une résurgence de l'esprit de conservation que nous évoquions plus haut. Or selon nous, rien n'est plus faux que cette vue des choses, tout au moins si on veut rester fidèle aux théories darwiniennes de l'évolution qui jusqu'ici se sont révélées les plus appropriées pour décrire le monde. L'évolution des posthumains restera soumise à la règle de la mutation/sélection, que ce soit dans le domaine génétique ou dans le domaine culturel. Toute décision se prétendant volontaire sera une émergence faisant suite à un processus involontaire beaucoup plus étendu, qui noiera les résultats de cette décision dans de nombreux autres phénomènes inattendus lui retirant la portée que les " volontaristes " croyaient lui donner. On en voit déjà un exemple dans le domaine des modifications génétiques pourtant modestes que les industries du vivant essaient de mettre en œuvre. Elles enclenchent une cascade de réactions dans le milieu naturel et dans la société qui leur retire beaucoup de leur portée. Nous ne voulons pas dire que l'homme ne pourra pas modifier les génomes, et le sien même en premier lieu. Mais ces modifications ne seront qu'un aspect parmi d'autres du processus beaucoup plus large entraînant la posthumanité vers des avenirs imprévisibles et par conséquent non gouvernables. Pas sensiblement plus qu'avant, l'avenir de l'homme ne sera " entre ses mains ".

Mais, dira-t-on, la science n'offrira-t-elle pas aux décisions des humains des champs de référence informationnelles et de possibilités considérablement augmentées, ce que précisément nous avions appelé le " réel humanisé ". Ne serait-ce pas alors là une sorte de sous-système d'univers devenu transparent à lui-même et capable de s'auto-diriger, capable peut-être à terme, comme le croit David Deutsch, d'entreprendre le gouvernement du cosmos tout entier, afin de le faire échapper à ses déterminismes physiques? Peut-être, mais cette perspective, à supposer qu'elle se réalise, pose à ce moment la question de la conscience volontaire, que nous avons déjà abordée. Il n'existe pas, dans les conceptions de la conscience que nous propose actuellement la science, de conscience ayant la possibilité de jouer un rôle causal. La conscience supérieure, celle qui pourrait prétendre à être volontaire, n'est que l'expression, dans un langage permettant la communication, de mécanismes neuraux et corporels sous-jacents bien antérieurs à son apparition. Transposée à l'échelle de la société posthumaine, cette affirmation signifierait que les décisions prétendues volontaires que croiraient prendre les posthumains seront l'émergence de processus sous-jacents de toutes sortes, biologiques, sociologiques et aussi physiques sur lesquels ils n'auront toujours pas prise, dont ils ne se rendront sans doute même pas toujours compte, faute notamment de temps et de moyens suffisants pour les étudier. Ceci veut dire que l'histoire de monde continuera à s'écrire comme elle l'a toujours fait, sur un mode non finalisé. Nous aurons sans doute une conscience plus élargie de certains phénomènes. Sur la base de celle-ci, nous prendrons sans doute des décisions plus ambitieuses, mais du fait même que par notre action nous ajouterons de la complexité au monde, nous n'augmenterons en rien nos possibilités d'agir sur lui au plan global.

Le posthumanisme et les sciences

Comment cette philosophie du posthumanisme, à la fois ambitieuse et modeste, s'exprime-t-elle en ce qui concerne les objectifs et les moyens de la recherche scientifique? On constate de plus en plus une tendance à l'abandon des préjugés idéologiques qui, dans beaucoup d'esprits encore, lient le progrès scientifique et le Mal. On commence à considérer d'un œil positif les trop rares chercheurs qui, généralement sans soutien des grandes firmes ni des gouvernements, explorent des voies nouvelles. Ces recherches se situent à la frontière entre les disciplines, entre les genres. Elles mêlent le quantique et le macroscopique, le physique et le vivant, le biologique non humain et le biologique humain, le matériel et le virtuel, l'inconscient et le conscient. Les conservateurs souhaitent encore les interdire sous prétexte qu'elles offensent des croyances imposées par ceux qui, dans les siècles précédents, voulaient maintenir les foules sous leur domination par la peur du châtiment qui suivrait la transgression. Mais ils perdent progressivement leur audience. Nous avons dans ce livre tenté de donner la parole à quelques-uns uns de ceux qui mènent ou soutiennent de telles recherches. En ce sens, nous pourrions dire que le livre tout entier s'efforce d'être une défense et apologie du posthumain.

Mais nous l'avons vu, le combat ne se mène pas uniquement dans les laboratoires. Il est aussi dans les conceptions idéologiques plus subtiles qui baignent encore profondément les sociétés modernes. Des modes de représentation profondément ancrées dans nos esprits réifient, c'est-à-dire transforment en Vérité dont nous devrions tenir compte, les prétendues réalités auxquelles renvoient les mots des langages ordinaires comme ceux des philosophies et des religions encore en vigueur. Nous avons vu, à propos de la critique des processus d'acquisition des connaissances qu'impose dorénavant la physique quantique et qui peuvent être généralisées à l'ensemble des domaines épistémologiques, qu'il n'y a pas de réel en soi, dans n'importe quel domaine que ce soit. Tout est construit à l'intérieur d'un réel humanisé n'ayant de sens que pour les hommes qui en parlent, éminemment reconfigurable, discutable, relatif. Il n'y a pas d'Humanité en soi, ni de Bien ni de Mal, ni non plus de Dieux ou de Diables (surtout avec des Majuscules). D'une certaine façon, les posthumains retrouvent le mot d'ordre que pour notre part nous continuons à considérer comme magnifique, celui des anarchistes du 19e siècle " Ni Dieu ni Maître ". L'avenir n'est pas écrit. Il sera certainement pour une part tel que nous le ferons, mais il ne sera certainement pas tel que nous voudrions aujourd'hui qu'il soit. Il émergera tous les jours d'une évolution cosmologique dont les posthumains, s'ils se débrouillent bien, pourront être des témoins et des acteurs influents.

 

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