Peut-être
nous reprochera-t-on de donner trop d'importance à
ce qui n'est sans doute qu'une simple mode intéressant
quelques milieux branchés, comme l'étaient
en leur temps le structuralisme, le post-modernisme et (si
l'on peut l'ajouter aux précédents) le mouvement
New Age. Mais nous pensons que, même si le nom de
posthumanisme vieillit un jour, la tendance qu'il incarne
ne fera que s'amplifier. Elle traduit une lame de fond,
celle que nous avons essayée de mettre en évidence
dans ce livre. Cette lame de fond, c'est le changement,
inévitable sauf catastrophe majeure, qu'impose aux
sociétés traditionnelles le développement
explosif et multiforme des sciences et des techniques, notamment
dans le domaine du computationnel et de l'artificiel.
Ce
développement est un produit de l'évolution
biologique darwinienne, qui n'est pas davantage finalisé
ni contrôlé que les autres phénomènes
évolutifs. Il crée l'effet de niche permettant
à de nouveaux types d'organismes et d'organisations
de se développer aux dépends des précédents.
Ceci est aujourd'hui visible dans le monde animal. Ce l'est
moins en ce qui concerne l'humanité. Mais de plus
en plus, l'idée se fait jour que les hommes, non
seulement ont déjà beaucoup changé,
mais qu'ils devront encore plus changer dans l'avenir. Nous
parlons évidemment des hommes immergés dans
le mouvement des sciences et des technologies, pas de ceux
qui seraient éventuellement laissés de côté,
sur lesquels nous reviendrons. Ces changements seront physiques
: le corps humain sera complété d'"augmentations"
diverses et son génome lui-même sera modifié.
Mais ils seront aussi et surtout intellectuels. Les contenus
de connaissance accessibles aux individus ordinaires seront
considérablement augmentés et en voie de complexification
continue. De plus, et c'est essentiel, ces mêmes individus
auront la possibilité de participer personnellement,
par l'invention et l'expérimentation, au développement
des contenus et des outils de connaissance.
Un
premier point intéressant le vocabulaire doit être
précisé, avant d'aller plus loin. Le posthumanisme
est-il la même chose que le transhumanisme ?. On trouve
une définition du transhumanisme sur le site du Suédois
Anders Sandberg (http://www.aleph.se/Trans/).
Le transhumanisme, selon lui, est une philosophie selon
laquelle l'humanité peut et doit s'élever
vers des niveaux supérieurs, physiquement, mentalement
et socialement. Cette philosophie encourage, nous dit Sandberg,
la recherche de nouvelles formes de vie, la cryonique, les
nanotechnologies, les augmentations mentales et physiques,
le téléchargement de la conscience humaine
et l'ingénierie à grande échelle. D'autres
y ajoutent les sciences dites parallèles. On pourra
laisser de côté la cryonique, relevant du folklore,
qui vise à conserver les corps par l'ultrafroid jusqu'à
ce que des conditions plus favorables permettent de les
décongeler. Mais les autres directions de recherche
participent de celles recommandées aussi par le posthumanisme.
Donc, pour ne pas entrer dans des discussions sémantiques
qui n'auraient pas d'intérêt ici, admettons
que le posthumanisme inclut diverses philosophies qui, sous
des noms différents, visent à dépasser
l'humain actuel par le recours aux sciences émergentes
et à leur inclusion dans une conception du monde
en complet renouvellement.
Les
nouvelles valeurs
Est-ce à dire que les valeurs morales qui, pendant
plusieurs millénaires ont assuré la cohésion
des sociétés anciennes, seront elles-aussi
bouleversées par ces sciences et ces philosophies?
Sans aucun doute, dès lors qu'elles constitueront
des freins inutiles ou dangereux à ce que les humains
impliqués dans les changements de civilisation estimeront
être pour eux un avenir souhaitable. Les défenseurs
de ces valeurs disparaîtront sans doute d'elles-mêmes,
peut-être après quelques combats d'arrière-garde
venant de ceux qui espéreraient s'abriter derrière
elles pour s'éviter de changer. Certains résisteront
y compris par les armes du fanatisme. On criera à
la mort des valeurs morales. Mais il n'y a aucune raison
de penser que les nouvelles civilisations émergeant
de cette évolution seront sans valeurs morales, précisément
parce qu'elles aussi, comme tout super-organisme, auront
besoin de facteurs de cohésion. Elles forgeront d'elles-mêmes
de nouvelles valeurs, mises en uvre à travers
les moyens de communication et éventuellement de
contrainte permis par les techniques et les institutions
du moment.
Parmi ces valeurs nouvelles, on retrouvera sans doute des
morales religieuses. Rien ne permet de dire que les hommes
de demain seront plus nombreux à rejoindre l'athéisme
et la libre-pensée qu'aujourd'hui. Peut-être
seulement seront-ils plus nombreux à nommer Dieu
ce que les scientifiques d'aujourd'hui et de demain continueront
à ne pas pouvoir élucider et à refuser
de nommer. Mais il est bien d'autres valeurs qui n'ont rien
de particulièrement religieux, rassemblant athées
et croyants, qui seront conservées ou, plus exactement,
transmutées. Ce sont celles qui intéressent
l'humanisme, au sens noble du terme. Qu'est-ce que l'humanisme
? Le terme a d'abord servi à distinguer l'humain
du monde animal et plus généralement du monde
physique, tous deux considérés comme incapables
de sentiments et de conscience. Aujourd'hui, la frontière
ne tient plus. On découvre une continuité
très " sympathique " entre les différents
ordres d'existants. La continuité ne fera que se
renforcer, avec les symbioses prévisibles entre machines,
entités biologiques et humains. Ceux qui persisteront
à donner à l'homme une place à part,
éminemment supérieure, se déconsidéreront
d'eux-mêmes.
Mais l'humanisme désigne aussi un domaine moral conservant
toute son importance, celui qui sépare l'homme social
et coopératif de l'homme asocial et destructeur.
L'histoire a montré que les pires maux menaçant
l'humanité de disparition viennent des hommes eux-mêmes,
ou de certains d'entre eux. Spontanément, des barrages
contre ceux-ci se sont édifiés au cours des
siècles, symbolisés dans les imaginaires par
les idéaux de coopération, d'altruisme, de
création scientifique et artistique qui composent
la palette morale de l'humanisme d'aujourd'hui. Rien ne
permet d'affirmer que de tels idéaux ne seront plus
nécessaires dans l'avenir. Comme le disait Brecht
avec la grandiloquence de l'époque, le ventre est
encore fécond (sera toujours fécond) d'où
naquit la bête immonde. Les sociétés
futures généreront elles-aussi leurs éléments
destructeurs. Ceux-ci seront sans doute indispensables à
la tension interne assurant la survie, comme les germes
pathogènes sont indispensables à la survie
des organismes sains, mais ils devront être, demain
comme aujourd'hui, contenus par un système immunitaire
toujours en éveil. Finalement, on peut penser que
le posthumanisme poursuivra les mêmes buts que l'humanisme
actuel, mais avec un référentiel de valeurs
qui devra être adapté, car les obstacles à
surmonter et les buts à atteindre auront eux-aussi
changé.
Voilà donc beaucoup de bonnes raisons pour faire
l'inventaire de l'humanisme, éliminer ce qui déjà
tombe en poussière et construire du nouveau. Mais
ceci impose t-il de parler de posthumanisme, plutôt
que se borner à rajeunir le vieil humanisme ? On
peut évidemment en discuter. Disons que les subtilités
n'étant pas toujours bien comprises par les opinions,
remplacer le navire usé par un autre neuf, plutôt
que tenter de réparer ses voies d'eau et le doter
de nouvelles voiles, sera certainement plus motivant. De
plus, nous avons indiqué que derrière le terme
d'humanisme, combattent encore les représentants
des vieilles forces sociales et idéologiques dominantes,
qui n'ont pas l'intention de se laisser éliminer
sans résistance par des jeunes. Les valeurs de l'humanisme,
comme à une plus grande échelle celles des
religions, leur servent de boucliers derrière lesquels
ils mènent leur contre-offensive. Les exemples de
cela sont multiples. Lors de son dernier voyage à
Lourdes (15/08/04), par exemple, le Pape en appelait au
sens de l'humain des femmes pour leur demander de respecter
une conception de la vie aujourd'hui rejetée par
toutes les médecines modernes, qui en profondeur
tend à maintenir les femmes sous la sujétion
des hommes. On sait aussi comment les Comités d'éthique
et autres prophètes du sacro-saint principe de précaution
paralysent le développement des sciences et leurs
applications dans les pays les plus pauvres, en fait pour
protéger les intérêts d'industries et
de commerces qui craignent de n'avoir pas le temps d'évoluer
avant l'arrivée de concurrents plus efficaces. C'est
ainsi que les normes de sécurité imposées
aux vaccins par les règlements sécuritaires
du Nord, sous la pression des industries du médicament
qui y voient une occasion de développer à
grands frais des produits sophistiqués, entrave l'accès
des pays pauvres aux produits pharmaceutiques. L'éthique
du Nord sacrifie, selon les termes de Philippe Kourilsky,
directeur général de l'Institut Pasteur, les
malades du Sud [Pour la Science, 322, p.8].
Perversion possible du posthumanisme
On objectera, il est vrai, qu'il est toujours dangereux
de changer les étiquettes, car de nouvelles appellations
peuvent cacher des mélanges encore plus détonants
que ceux contre lesquels on voulait se prémunir.
Le terme de posthumanisme semblera peut-être ouvrir
une voie dangereuse, non seulement vers l'élitisme
mais vers de nouvelles formes de cloisonnement et d'exclusion.
Si les poshumains sont en effet ceux qui bénéficient
de toutes les facilités et perspectives des sciences
et technologies émergentes, ils seront peu nombreux,
quelques dizaines ou centaines de millions par rapport aux
milliards d'humains ordinaires relégués dans
leurs niches traditionnelles. Ils seront inévitablement
conduits à s'isoler dans des espaces protégés,
reléguant les autres dans le sous-développement.
Cette tendance est déjà plus que visible.
Le mouvement posthumaniste a surtout intéressé,
jusqu'à présent, les élites intellectuelles
des Etats-Unis. Beaucoup y ont vu une façon de marquer
leur différence et leur droit à l'hégémonie
sur le reste de l'humanité. Nous sommes déjà
des posthumains, avait affirmé un représentant
des néoconservateurs américains. Ceci peut
faire peur. L'augmentation prévisible des affrontements
entre les riches et les pauvres ne fera qu'accentuer le
mouvement.
On peut à cet égard évoquer sans peine
un scénario peu réjouissant. Très vite,
les posthumains de l'Amérique du Nord et d'une petite
partie de l'Europe affirmeront que ce sont eux qui détiennent
les valeurs d'avenir de l'humanité. Les autres hommes
seront répartis par eux en trois groupes n'ayant
plus de liens d'appartenance, les posthumains, les humains
et les non-humains. Par ce terme effrayant de non-humains,
on désignera notamment les terrorismes fanatiques
enfermés dans des mythologies d'un autre âge,
qui n'hésiteront pas à détruire le
monde développé en s'auto-détruisant
en même temps. On peut excuser les hommes des sociétés
développées de mal supporter des agressions
qui menacent les bases mêmes de la civilisation qu'ils
s'efforcent de construire. Mais rejeter les fanatiques dans
le non-humain ne fera rien pour les apaiser et les ouvrir
à la négociation. Quant aux humains, c'est-à-dire
les populations immenses et diversifiées situées
entre ces extrêmes, ils serviront d'après cette
vision du monde de réservoirs de main-d'uvre
ou de boucliers aux belligérants. Tout peut laisser
craindre alors que ce scénario ne soit celui de la
catastrophe globale. Les soi-disant posthumains, malgré
les ressources technologiques dont ils disposeront, ne pourront
pas gouverner et faire progresser une Terre soumise à
des conflits de civilisations capables de détruire
toute organisation, aussi savante soit-elle.
Un scénario de partage
Mais faut-il associer obligatoirement posthumanisme et ségrégation
raciste ? Ne peut-on envisager, précisément
parce que les valeurs de cohésion s'imposeront à
tous, que ce soit l'humanité toute entière
qui accède progressivement à un niveau supérieur
de développement. Ceux qui veulent promouvoir les
sciences et les technologies dans un esprit de connaissance
partagée le pensent. Aujourd'hui déjà,
face à l'exploitation capitaliste et financière
de la nature, conduite par des trafiquants qui trouvent
des alliés au sein des populations les plus pauvres,
certains militants s'efforcent de montrer à ces dernières
qu'elles ont intérêt à maîtriser
des technologies à la fois sophistiquées et
simples d'emploi pour se procurer de l'eau et de l'énergie.
Une des valeurs du posthumanisme pourrait être de
rechercher à la fois l'avenir de l'humanité
et la survie de la biosphère. Rassurons ceux qui
ne croient pas à l'idéalisme des bons sentiments.
Le scénario de partage que nous évoquons sera
motivé par l'intérêt. Il relèvera
de ce que l'on pourrait appeler l'altruisme compétitif
: coopérer plutôt que s'entre-détruire.
La coopération n'intéressera-t-elle que les
humains ? Certainement pas. Nous avons indiqué en
effet que si des conceptions idéalistes de la conscience
humaine sont remises en cause par les sciences modernes,
en contrepartie celles-ci conduisent à conférer
une sorte de conscience primaire et même de langage
à des espèces vivantes voire à des
phénomènes physiques jusqu'ici considérées
comme matière première à exploitation
destructrice. Selon la terminologie de Bruno Latour, il
s'agira de " non-humains " qui seront appelés
progressivement à dialoguer, selon leurs paroles
propres, avec les humains. Pour ce faire, ces non-humains
pourront par exemple bénéficier des technologies
développées dans les échanges langagiers
entre humains et robots autonomes. Dans ce cas, nous proposons
d'abandonner pour désigner de telles entités
le terme de non-humains pour celui, moins réducteur,
de presque-humains.
Ne pas en revenir au finalisme
Un autre point doit être évoqué lorsque
l'on considère les perspectives que les sciences
et technologies ouvriront à l'humanité de
demain, c'est-à-dire à ces posthumains dont
nous parlons. On entend souvent dire que, grâce à
de nombreuses découvertes, notamment dans le domaine
de la biogénétique et des neurosciences, les
hommes deviendront capables de dessiner et produire le type
d'humain qu'ils voudront devenir. De même, ils pourraient
transformer à leur guise les espèces vivantes
et l'environnement terrestre. Leur avenir, dit-on, sera
dans leurs mains. Il sera ce qu'ils en feront. D'où
l'appel à des mesures de prudence qui sont souvent
une résurgence de l'esprit de conservation que nous
évoquions plus haut. Or selon nous, rien n'est plus
faux que cette vue des choses, tout au moins si on veut
rester fidèle aux théories darwiniennes de
l'évolution qui jusqu'ici se sont révélées
les plus appropriées pour décrire le monde.
L'évolution des posthumains restera soumise à
la règle de la mutation/sélection, que ce
soit dans le domaine génétique ou dans le
domaine culturel. Toute décision se prétendant
volontaire sera une émergence faisant suite à
un processus involontaire beaucoup plus étendu, qui
noiera les résultats de cette décision dans
de nombreux autres phénomènes inattendus lui
retirant la portée que les " volontaristes "
croyaient lui donner. On en voit déjà un exemple
dans le domaine des modifications génétiques
pourtant modestes que les industries du vivant essaient
de mettre en uvre. Elles enclenchent une cascade de
réactions dans le milieu naturel et dans la société
qui leur retire beaucoup de leur portée. Nous ne
voulons pas dire que l'homme ne pourra pas modifier les
génomes, et le sien même en premier lieu. Mais
ces modifications ne seront qu'un aspect parmi d'autres
du processus beaucoup plus large entraînant la posthumanité
vers des avenirs imprévisibles et par conséquent
non gouvernables. Pas sensiblement plus qu'avant, l'avenir
de l'homme ne sera " entre ses mains ".
Mais, dira-t-on, la science n'offrira-t-elle pas aux décisions
des humains des champs de référence informationnelles
et de possibilités considérablement augmentées,
ce que précisément nous avions appelé
le " réel humanisé ". Ne serait-ce
pas alors là une sorte de sous-système d'univers
devenu transparent à lui-même et capable de
s'auto-diriger, capable peut-être à terme,
comme le croit David Deutsch, d'entreprendre le gouvernement
du cosmos tout entier, afin de le faire échapper
à ses déterminismes physiques? Peut-être,
mais cette perspective, à supposer qu'elle se réalise,
pose à ce moment la question de la conscience volontaire,
que nous avons déjà abordée. Il n'existe
pas, dans les conceptions de la conscience que nous propose
actuellement la science, de conscience ayant la possibilité
de jouer un rôle causal. La conscience supérieure,
celle qui pourrait prétendre à être
volontaire, n'est que l'expression, dans un langage permettant
la communication, de mécanismes neuraux et corporels
sous-jacents bien antérieurs à son apparition.
Transposée à l'échelle de la société
posthumaine, cette affirmation signifierait que les décisions
prétendues volontaires que croiraient prendre les
posthumains seront l'émergence de processus sous-jacents
de toutes sortes, biologiques, sociologiques et aussi physiques
sur lesquels ils n'auront toujours pas prise, dont ils ne
se rendront sans doute même pas toujours compte, faute
notamment de temps et de moyens suffisants pour les étudier.
Ceci veut dire que l'histoire de monde continuera à
s'écrire comme elle l'a toujours fait, sur un mode
non finalisé. Nous aurons sans doute une conscience
plus élargie de certains phénomènes.
Sur la base de celle-ci, nous prendrons sans doute des décisions
plus ambitieuses, mais du fait même que par notre
action nous ajouterons de la complexité au monde,
nous n'augmenterons en rien nos possibilités d'agir
sur lui au plan global.
Le posthumanisme et les sciences
Comment cette philosophie du posthumanisme, à la
fois ambitieuse et modeste, s'exprime-t-elle en ce qui concerne
les objectifs et les moyens de la recherche scientifique?
On constate de plus en plus une tendance à l'abandon
des préjugés idéologiques qui, dans
beaucoup d'esprits encore, lient le progrès scientifique
et le Mal. On commence à considérer d'un il
positif les trop rares chercheurs qui, généralement
sans soutien des grandes firmes ni des gouvernements, explorent
des voies nouvelles. Ces recherches se situent à
la frontière entre les disciplines, entre les genres.
Elles mêlent le quantique et le macroscopique, le
physique et le vivant, le biologique non humain et le biologique
humain, le matériel et le virtuel, l'inconscient
et le conscient. Les conservateurs souhaitent encore les
interdire sous prétexte qu'elles offensent des croyances
imposées par ceux qui, dans les siècles précédents,
voulaient maintenir les foules sous leur domination par
la peur du châtiment qui suivrait la transgression.
Mais ils perdent progressivement leur audience. Nous avons
dans ce livre tenté de donner la parole à
quelques-uns uns de ceux qui mènent ou soutiennent
de telles recherches. En ce sens, nous pourrions dire que
le livre tout entier s'efforce d'être une défense
et apologie du posthumain.
Mais nous l'avons vu, le combat ne se mène pas uniquement
dans les laboratoires. Il est aussi dans les conceptions
idéologiques plus subtiles qui baignent encore profondément
les sociétés modernes. Des modes de représentation
profondément ancrées dans nos esprits réifient,
c'est-à-dire transforment en Vérité
dont nous devrions tenir compte, les prétendues réalités
auxquelles renvoient les mots des langages ordinaires comme
ceux des philosophies et des religions encore en vigueur.
Nous avons vu, à propos de la critique des processus
d'acquisition des connaissances qu'impose dorénavant
la physique quantique et qui peuvent être généralisées
à l'ensemble des domaines épistémologiques,
qu'il n'y a pas de réel en soi, dans n'importe quel
domaine que ce soit. Tout est construit à l'intérieur
d'un réel humanisé n'ayant de sens que pour
les hommes qui en parlent, éminemment reconfigurable,
discutable, relatif. Il n'y a pas d'Humanité en soi,
ni de Bien ni de Mal, ni non plus de Dieux ou de Diables
(surtout avec des Majuscules). D'une certaine façon,
les posthumains retrouvent le mot d'ordre que pour notre
part nous continuons à considérer comme magnifique,
celui des anarchistes du 19e siècle " Ni Dieu
ni Maître ". L'avenir n'est pas écrit.
Il sera certainement pour une part tel que nous le ferons,
mais il ne sera certainement pas tel que nous voudrions
aujourd'hui qu'il soit. Il émergera tous les jours
d'une évolution cosmologique dont les posthumains,
s'ils se débrouillent bien, pourront être des
témoins et des acteurs influents.