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ACTUALITÉS
Le
robot d'exploration martienne SQYMER
JPB 04/07/04
Il
s'agit en fait d'un robot à échelle 1/2 réalisé
par le club MAGNITUDE 78 en vue de la prochaine «Fête
de la science», qui se déroulera au mois doctobre
2004. Celui-ci reprend en les simplifiant certaines des fonctions
des robots "Spirit" et "Opportunity" de
la Nasa.
SQYMER signifie simplement "St Quentin en Yvelines Mars
Exploration Rover". MAGNITUDE 78 est le club d'astronomie
de St Quentin en Yvelines. Le voici ainsi devenu aussi un
club de robotique. Toutes nos félicitations pour cette
belle initiative, qui devrait inspirer des centaines, voire
des milliers de successeurs. On trouvera tous les renseignements
techniques concernant l'engin sur le site
http://www.astroclub.net/mars/magnitude78/SQYMER/
Le
programme Solar Power from Sun (SPS 04)
JPB
29/06/04
Ce
programme, initialement conçu par la Nasa, puis abandonné
quand celle-ci dut en 2001 se concentrer sur les navettes
et la station spatiale internationale, a été
repris par l'Agence Spatiale Européenne (ASE) et la
Japan Aerospace Exploration Agency, ou JAXA. Une conférence
Internationale se tient sur ce thème du 30 juin au
2 juillet à Grenade, en Espagne. Des scientifiques
de la Nasa y participent. L'objectif est d'étudier
la mise en place de satellites qui concentreraient sur la
Terre des rayons solaires non perturbés par l'atmosphère
et l'obscurité nocturne, puisqu'ils seraient en orbite
géostationnaire. La transmission se ferait par micro-ondes
ou laser vers des stations terrestres situées n'importe
où sur terre.
L'ASE
et la Jaxa consacrent plusieurs millions d'euros au projet
par an. Un fort courant d'opinion, aux Etats-Unis, se fait
jour parmi les scientifiques et industriels pour que la NASA
revienne dans un programme qui serait indispensable, à
la fois dans la perspective d'un recours plus marqué
aux énergies solaires, mais aussi dans la perspective
d'obtenir de l'énergie pour les missions lunaires et
martiennes prévues par le président Bush. Affaire
à suivre.
Pour
en savoir plus
SPS
04 : http://www.congrex.nl/04c15/
JAXA
: http://www.jaxa.jp/index_e.html
L'émergence de la biologie synthétique
JPB/CJ
29/06/04
Le MIT
a récemment tenu un premier séminaire dédié
à une discipline émergente, la biologie synthétique
ou biologie de synthèse. De nombreux projets ont été
présentés. Le but de la biologie synthétique
est de reproduire les phénomènes naturels afin
de mieux les comprendre pour les intégrer dans de nouveaux
produits ou composants biologiques, par exemple la création
d'organes pour les transplantations ou, ultérieurement,
la fabrication d'ordinateurs naturels. Il s'agit donc d'un
secteur à la frontière entre la biologie et
la Vie Artificielle.
Les produits
de la biologie synthétique intéressent directement
les biotechnologies. En effet l'objectif principal est d'obtenir
des briques de base (BioBricks) qui pourront être utilisées
pour faire de l'ingénierie ou de la rétroingénierie
des systèmes vivants, comme le fait l'électronique.
Le MIT élabore un catalogue de briques de base et un
recueil de procédures de fabrication. Beaucoup voudraient,
comme les défenseurs des logiciels ouverts en informatique,
que ceci soit fait en Open Source. Les informaticiens ne sont
pas dépaysés par ces pratiques. Au contraire,
ils retrouvent toutes les méthodes qu'ils utilisent
pour la conception des systèmes.
On recense
actuellement environ 300 biobriques. 800 autres sont en préparation,
combinant les précédentes. Un BioBricks++ est
en cours de réalisation, qui, comme les programmes
orientés objet, permettra de fabriquer rapidement des
systèmes complexes en offrant des interfaces standards
à tous les segments d'ADN susceptibles d'être
combinés en séquences utilisant les enzymes
commercialement disponibles.
La National
Science Foundation et la Defense Advanced Research Projects
Agency soutiennent ces projets en finançant des équipes
de recherche universitaires. De son côté, l'Europe
s'y intéresse. La Biologie Synthétique est un
des trois domaines ouverts par l'Union européenne pour
soumettre des projets NEST-Pathfinder.
Pour
en savoir plus
Le
site de la conférence du MIT : http://conference.syntheticbiology.org/index.html
MIT
Synthetic
Biology Working Group : http://syntheticbiology.org/
Le
BioBriks Catalog du : http://parts.mit.edu/
L'appel
à projets du 6e PCRD consacré à la biologie
de synthèse : http://www.eurosfaire.prd.fr/nest/documents/pdf/biology.pdf
La
probable privatisation partielle de l'espace, un bien ou un
mal ?
JPB
28/06/04
On ne
peut que saluer le succès inconstestable du SpaceShipOne
qui a atteint en 90 secondes l'altitude de 100 km, soit le
sommet de la dernière couche d'atmosphère dite
thermosphère. L'audace du concepteur Burt Rutan de
la compagnie Scaled Composites n'a eu d'égale que celle
du pilote sexagénaire Mike Melville. Selon les experts,
cet événement inaugure l'ère du spatial
commercial à but touristique ou utilitaire. Beaucoup
de progrès restent à faire, mais l'évolution
est parait-il inéluctable. Elle s'inscrit plus largement
dans la volonté de privatiser certaines activités
de la Nasa. L'administration actuelle reproche à cette
dernière la lourdeur de sa gestion et son manque de
réactivité. Mais cette privatisation serait-elle
compatible avec le maintien de missions qui seront nécessairement
et durablement déficitaires, le projet Lune-Mars ou
les missions scientifiques. La Nasa garderait-elle alors ce
qui serait non rentable et concéderait-elle au privé
les domaines plus ou moins étendus où celui-ci
pourrait gagner de l'argent? Ce serait de l'écrémage
spatial dont la recherche scientifique désintéressée
serait la première à souffrir. L'Agence ne voit
donc pas ces perspectives d'un très bon oeil.
On peut
penser cependant qu'il y a de la gesticulation, voire de l'intoxication,
derrière ces menaces de privatisation. La Nasa est
indispensable au gouvernement, notamment au DoD, pour développer
discrètement des technologies et des politiques de
puissance. Ce ne sont pas des firmes privées qui peuvent
le faire, sauf dans le cadre de contrats de sous-traitance
ne leur donnant pas beaucoup de liberté. Si nous étions
la Nasa, nous ne nous inquiéterons pas trop.
Pour
les Européens, cependant, la question de la privatisation
partielle de l'Agence Spatiale Européenne sera posée
par ceux désirant récupérer des miettes
de ses déjà maigres budgets. Décidément,
la nécessité de définir une stratégie
claire en ce qui concerne la politique spatiale européenne
s'impose plus que jamais.
Pour
en savoir plus
SpaceShipOne
Home page : http://www.scaled.com/projects/tierone/
Une
affaire à suivre : les neurones dits en fuseau (Spindle)
du cortex des primates, éventuels responsables de la
sociabilité humaine
JPB 26/06/04
La revue
NewScientist du 19 juin 2004 présente les travaux
du Pr. John Allman de Caltech. Celui-ci pense avoir découvert,
exclusivement dans le cerveau des humains et des grands singes,
des neurones particuliers, dits "spindle-shape"
(en forme de fuseau), qui joueraient un rôle essentiel
dans les activités sociales de l'homme et de ses proches
cousins : capacités à aimer, à compatir,
à se sentir coupable, à coopérer par
empathie
Ces cellules sont en très petit nombre
(100.000) et localisées dans 2 aires seulement, le
cortex cingulaire et le cortex frontoinsulaire. Elles semblent
disparaître dans certaines maladies dégénératives
comme Alzheimer. Il s'agit de neurones de grande taille, dont
le noyau est de 0,1 mm de long et l'axone long et chevelu.
A ce jour, ni John Allman ni les rares équipes qui
ont identifié ces cellules n'ont pu caractériser
leurs signaux électriques ou chimiques. La façon
dont elles agiraient (alors que leur nombre est infime au
regard des 100 milliards de neurones du cerveau) reste donc
encore à élucider.
En termes d'évolution, on pense que ces cellules ont
dû apparaître récemment dans les lignées
d'hominiens et être sélectionnées pour
les avantages adaptatifs qu'elles apportaient, dans des groupes
où la coopération s'imposait d'autant plus que
l'autonomie croissante des individus risquait de distendre
les indispensables liens sociaux. Cette idée est très
intéressante. Rien n'interdirait de penser que le nombre
de ces cellules continuerait à s'accroître chez
les hommes contemporains, pour les mêmes raisons. Comme
quoi (simple hypothèse) le cerveau humain pourrait
encore évoluer...
Si cette récherche progressait, elle permettrait de
désigner nettement les systèmes neuronaux qui
font la spécificité de l'espèce humaine
et fondent ses capacités sociales et "morales".
De là à envisager de doter les robots d'architectures
neuronales équivalentes... il n'y aurait qu'un pas.
Pour
en savoir plus
Observatoire
de John Allman et présentation de ses travaux sur les
"spindle cells" : http://www.allmanlab.caltech.edu/
Des
chocs électriques guidés par laser pour incapaciter
les manifestants
JPB 26/06/04
La revue
NewScientist n'hésite pas à porter un
point de vue, disons, citoyen, sur certaines applications
des nouvelles technologies qui lui paraissent dangereuses
pour la démocratie. Dans son n° du 19 juin 2004,
p. 24, elle signale les risques découlant des nouvelles
armes dites incapacitantes destinées à permettre
aux forces de l'ordre de contenir les manifestants un peu
trop agressifs. La Darpa ainsi que les polices des Etats-Unis
et de divers pays européens, dont la Grande Bretagne,
s'y intéressent. Il s'agit de donner des successeurs
au célèbre Taser, que nous avions évoqué
dans ces colonnes en son temps. Celui-ci est jugé peu
efficace, car il électrocute les gens en leur envoyant
des fils conducteurs propulsés par des fléchettes,
qui se plantent où elles peuvent et ne dépassent
pas la portée de 7 mètres. Aux Etats-Unis, le
Taser aurait cependant provoqué plus de 40 morts subites
sur plus de 30.000 coups tirés (mais les victimes,
selon la police, seraient mortes d'autre chose, probablement
de mauvaise volonté).
Les successeurs au Taser ne manquent pas. Le journal en présente
plusieurs, dont le plus impressionnant serait une sorte de
bazooka proposé par XADS (Extreme Alternative Defence
System) de Anderson, dans l'Indiana. L'idée est de
projeter à plusieurs dizaines de mètres des
gaz ionisés. Dans la version la plus évoluée,
ce serait un laser qui ioniserait l'air et servirait ainsi
de conducteur aux chocs électriques, soit 10 millions
de mégawatts, intensité il est vrai limitée
dans le temps à 0,4 picosecondes. La Croix Rouge et
Amnesty International n'en sont pas moins horrifiées,
et font valoir les nombreuses victimes, y compris parmi des
non-manifestants, que de telles armes non léthales
employées dans la foule pourraient provoquer. Mais
quelle idée aussi de manifester ou se de mêler
à des manifestants.
Pour
en savoir plus
Taser : http://www.taser.com/
XADS : http://xtremeads.com/
Le
projet Cerebus
JPB/CJ 25/06/04
VSD,
dans son numéro 1400, présente le projet Cerebus
du MediaLabEurope (MLE) à Dublin, sous la plume d''Hervé
Bonnot dont nous avions déjà signalé
le savoir-faire dans l'exposé de questions scientifiques
complexes.
Le projet Cerebus vise à permettre la commande d'ordinateurs
ou de prothèses en utilisant les ondes émises
par le cortex moteur. La grande innovation, par rapport aux
expériences sur des primates que nous avions déjà
signalées ici, notamment de John Donoghue à
l'université Brown et de Miguel Nicolelis à
l'université Duke, est de ne pas nécessiter
l'implant de micro-électrodes, mais seulement le port
d'un casque. Il s'agit d'une technique appelée certainement
à un grand avenir. Elle n'est devenue possible que
grâce à la sensibilité et la sélectivité
des capteurs de micro-flux électromagnétiques
disponibles aujourd'hui. Elle suppose aussi des études
préalables en imagerie fonctionnelle permettant d'identifier
les zones motrices adéquates du cortex, et les signaux
correspondant à tel ou tel ordre de la volonté
(consciente ou inconsciente). Un apprentissage et un calibrage
individuels sont par ailleurs indispensables.
Le
managing director du MLE présente ce projet comme un
véritable saut dans les techniques d'interfaçage
entre le cerveau et les ordinateurs. De nombreuses applications
commerciales sont visées, compte tenu des programmes
visant à raffiner cette première réalisation.
Le MediaLabEurope est une extension du MediaLab du MIT, ce
qui montre une fois de plus la capacité des scientifiques
et stratèges américains à tirer profit
des ressources intellectuelles européennes. Les recherches
en question, aux Etats-Unis, sont en effet principalement
financées par la Darpa, qui compte les utiliser pour
le pilotage des engins. Le responsable du projet irlandais
est le Dr Gary McDarby.
Pour
en savoir plus
Les
différents projets du MLE : http://mindgames.mle.ie/
Intimate
Interfaces : présentation du projet Cerebus et d'autres
projets analogues, par Simon Jones, managing director du MLE
(PDF, 10 pages) :http://www.medialabeurope.org/brochures/MLEIntimateInterfacesEXT.pdf
Nicholas
Negroponte plaide en faveur de la simplification des logiciels
et des matériels dans la micro-informatique
JPB
24/06/04
Chacun
connaît Nicholas Negroponte, professeur de Media Technology
au MIT et ancien directeur du fameux Media Lab du MIT. L'utilisateur
informatique de base que nous sommes ne peut donc qu'applaudir
quand, dans un article du NewScientist, (5 juin 2004, p. 26)
il s'en prend à l'inutile sophistication des logiciels
et des micro-ordinateurs. Il rappelle que si la loi de Moore
avait été appliquée par les constructeurs
aux micro-ordinateurs portables (laptops), ceux-ci devraient
aujourd'hui coûter 6 dollars (ceci, soit dit en passant,
n'est pas si évident qu'il ne paraît). De plus
et surtout, dit-il, les logiciels vendus aujourd'hui sont
infiniment plus lourds et plus coûteux que ceux utilisés
au début de la micro-informatique, sans donner à
l'utilisateur le moindre gain de productivité supplémentaire,
ceci parce que chaque nouvelle version accumule de nouvelles
spécifications et options que personne ne demande.
Si bien, dit-il, que lui, Nicholas Negroponte, en 6 heures
par jour et 365 jours par an de travail sur son ordinateur,
estime faire la même quantité de tâches
qu'il faisait en 1979 sur son Sony Typecorder.
Cette course à la sophistication inutile, qu'il baptise
du néologisme de "featuritis", se rencontre
aussi, dit-il, dans les téléphones portables
et plus généralement tous les outils technologiques.
Il voudrait donc que les utilisateurs fassent pression pour
obtenir des versions simplifiées et stables tant des
matériels que des logiciels. Mais comme de telles solutions
seraient bien moins chères, il doute que les industriels
acceptent de les produire et les commercialiser.
Cet article, plein de bon sens, provoque cependant de l'étonnement.
Quand on est un ponte, c'est le cas de le dire, de l'informatique,
mondialement écouté, comment se fait-il qu'on
n'essaye pas de faire pression sur les industriels pour qu'ils
répondent enfin à ces exigences ? L'article
que nous citons est quasi-psychédélique. Pas
une fois il ne cite Microsoft, pas une fois il n'évoque
les logiciels libres. Pas une fois il n'incite les utilisateurs
désirant s'affranchir des producteurs à prendre
en mains leur destin. Pas une fois il n'évoque le fait
que la brevetabilité des logiciels, que les Etats-Unis
sont en train d'imposer à l'Union Européenne,
fait le jeu des entreprises (américaines) qui dominent
ce marché au détriment des utilisateurs et pour
le plus grand profit du Pentagone, grand écouteur devant
l'éternel.
Pour nous Européens, cet article de Negroponte devrait
être un argument de plus pour refuser la brevetabilité
des logiciels et développer un projet comme celui que
nous préconisons, un European Joint Open Source Project,
au profit des utilisateurs finaux. Mais peut-on encore y croire
?
Alcatel
et Finmeccanica s'allient dans les satellites
JPB 23/06/04
Dans
le domaine des industries de l'aérospatiale, on vient
d'apprendre l'alliance d'Alcatel et de l'italien
Finmeccanica afin
de regrouper leurs activités satellites. Deux sociétés
sont créées, Alcatel Alenia Space pour les activités
industrielles et une seconde contrôlée par les
Italiens, qui se consacrera aux services. Ceci fait du groupe
le 3e mondial, devançant le 4, Astrium, filiale du
groupe franco-allemand EADS. Ces 2 groupes européens
cumulés font à peu près les 2/3 du chiffre
d'affaire cumulé de leurs deux rivaux américains
dans le domaine satellite, Lockheed et Boeing. C'est honorable.
Restent aux Européens à trouver les marchés
nécessaires. Ceux-ci ne peuvent que venir majoritairement
de programmes publics civils et militaires, comme c'est depuis
longtemps déjà le cas aux Etats-Unis. D'où
la nécessité de lancer ou relancer d'ambitieuses
politiques spatiales et satellitaires européennes.
L'avion
sans pilote Euromale
JPB 23/06/04
Ce nom est peut-être mal choisi, à une époque
où l'on prescrit toute manifestation de sexisme(1),
mais il signifie Moyenne Altitude Longue Endurance. C'est
le programme du futur drone que Dassault et EADS viennent
de décider de lancer en association, sous l'égide
du ministère de la défense français.
L'objet annoncé n'est pas d'en faire un produit seulement
français, mais une plate-forme de coopération
européenne, en associant d'autres constructeurs autres
que ceux déjà membres du consortium européen
EADS.
Saab, Ericsson, Fokker, Finmeccanica, notamment, ont été
contactés. On sait que par ailleurs l'Israélien
IAI a été appelé à apporter son
expérience technique au projet, qui coûterait
300 Mns d'euros pour un chiffre d'affaire de 3 Mds vers 2012.
Un prototype devrait être livré vers 2008. On
peut penser qu'il s'agit là d'une réalisation
concrète allant dans le bon sens, celui de la constitution
non seulement d'une Europe de la défense, mais d'une
industrie européenne de défense autonome.
Les drones sont des extrapolations professionnelles des modèles
réduits d'avions qui font depuis presque un siècle
la joie des jeunes et moins jeunes. Leurs applications sont
principalement militaires ou intéressant la sécurité
civile et l'exploration géographique. Un des premiers
drones a été la "bombe volante" allemande
V1, dont les capacités d'auto-pilotage étaient
minimum. Bien plus sophistiqués, les missiles de croisières
modernes sont au contraire capables d'effectuer de longs vols
sans pilotage (même à distance) en se repérant
seuls sur un territoire qui a été numérisé
à l'avance afin de leur donner des références
cartographiques précises.
Les drones peuvent être soit des avions classiques (à
hélice ou réaction), soit des hélicoptères,
soit éventuellement des ballons dirigeables. Comme
ils sont très vulnérables, on peut envisager
de les faire opérer à plusieurs. En ce cas,
ils coopèrent de façon "intelligente".
Un certain nombre de projets visent à les miniaturiser,
jusqu'à la taille d'insecte. Leur fonctionnement en
essaim sera alors particulièrement utile.
Les missions visent en priorité l'observation. Mais
ils peuvent aussi délivrer des charges offensives ou
à finalité pacifique. Avec la miniaturisation
progressive des instruments d'observation, ils pourront devenir
de véritables plate-formes d'observation et d'analyse
multi-fonctions, se tenant ou non en relation temps réel
avec leur base.
Les difficultés
que doivent résoudre les drones tiennent à l'alimentation
en énergie, pour les petits modèles qui ne peuvent
embarquer beaucoup de carburant. Mais elles sont surtout relatives
au pilotage - surtout quand les drones abordent des zones
de navigation fréquentées. Le pilotage à
vue par télécommande, pratiqué sur les
modèles réduits, n'a que peu d'applications
pratiques. Il faut que le drone soit suivi à distance,
par exemple grâce à un répondeur radar,
et qu'il puisse conserver en permanence, sans brouillage,
la liaison avec le centre de contrôle. La localisation
du drone ne pose pas de difficultés particulières,
avec le GPS, encore faut-il que celui-ci ne soit pas brouillé.
Signalons que, sur les territoires non couverts par le GPS
et non cartographiés (par exemple sur une planète)
on expérimente une technique complexe dite SLAM, localisation
et cartographie simultanée, qui historiquement fut
celle des premiers navigateurs non dotés de cartes
marines fiables.
Les drones sont de bons candidats pour embarquer les systèmes
de pilotage " conscients " que l'on étudie
actuellement en vue d'en doter les robots autonomes qui auront
pour mission de se comporter comme le feraient des équipages
humains, là où la présence de ceux-ci
n'est pas possible ou pas souhaitée. Ces systèmes,
dits " cognitive systems ", font l'objet d'investissements
importants de la part du ministère de la défense
américain et de la Nasa. L'objet est d'avoir un automate
non seulement capable de calculs sophistiqués, mais
capable de se représenter lui-même, d'avoir des
sensations et des sentiments (par exemple la peur, mère
de la sureté). Dans ce cas, il pourra veiller lui-même
à sa survie et au bon accomplissement de sa mission.
Il est indispensable que l'Europe ne se tienne pas en retrait
de tels développements, dont les retombées seront
considérables.
(1) Si
vous cherchez sur euromale.com, vous trouverez tout autre
chose que des drones. Le site à consulter est celui
de EADS : http://www.eads.net/
Le Lemur, un robot grimpeur
JPB/CJ 15/06/04
Le
Joint Propulsion Laboratory et l'université de Stanford
développent actuellement un robot grimpeur, le Lemur,
destiné principalement à escalader les parois
rocheuses de Mars ou d'autres planètes, ce que ne peuvent
faire les robots actuels. Le robot pourra aussi être
utilisé en milieu urbain. Le Lemu, conçu par
le chercheur Timothy Bretl, est doté de quatre membres
articulés qui reproduisent les mouvements d'un grimpeur
humain, en s'accrochant aux aspérités disponibles.
Il est destiné à devenir intelligent, c'est-à-dire
à s'adapter aux types de parois auxquels il s'attaque,
grâce à des caméras et des capteurs de
toucher alimentant un logiciel de calcul de trajectoire optimisée.
Il devra aussi, comme un véritable grimpeur, se rétablir
en cas de prise défaillante.
Pour en savoir plus
Le site de Tim Bretl :
http://sunvalley.stanford.edu/~tbretl/research.html
L'hypothèse des
nanobactéries
JPB 14/06/04
Qu'est-ce qui définit la vie ? On répond généralement
: la capacité de se reproduire. Mais les virus ne peuvent
se reproduire seuls. On considère que pour disposer
de l'ADN et des protéines nécessaires, une cellule
doit avoir une taille d'au moins 140 nanomètres. Cependant
des équipes pensent avoir identifié des nanobactéries,
ou l'équivalent, de taille inférieure à
100 nanomètres, doté d'ADN et capable de se
multiplier dans un milieu de culture. Il s'agit de John Lieske
et d'une équipe basée dans la clinique Mayo,
à Rochester, Minnesota. Ces nanobactéries vivraient
dans les calcifications pathologiques des artères et
valves cardiaques humaines. En 1998, une équipe de
l'Université de Kuopio en Finlande avait annoncé
la présence de nanobactéries dans les calculs
calciques (apatite) responsables de coliques néphrétiques.
Un scepticisme général a accueilli ces annonces.
Mais les expériences se poursuivent, notamment pour
identifier les ADN dont la présence a été
annoncée.
Si l'hypothèse se vérifiait, elle donnerait
raison aux médecins qui tel le Pr Paul W Edwards, fondateur
de la "médecine évolutionnaire", pensent
que de nombreuses maladies humaines aux causes inconnues sont
causées par des parasites non encore identifiés
(cité dans notre article http://www.automatesintelligents.com/biblionet/2003/mar/brockman.html).
Mais au plan épistémologique, elle a l''intérêt
de rappeler que des concepts tels que la vie ne correspondent
pas à des essences existant en dehors de l'homme, mais
sont construites. Il ne convient donc pas de rejeter a priori
toutes les nouvelles entités-objet (pour reprendre
l'expression de Mme Mugur-Schächter) susceptible d'enrichir
et diversifier non seulement le concept mais la façon
dont en pratique la science humaine se comporte à l'égard
des manifestations du présumé-vivant. Inutile
de dire que le même débat fait rage à
propos des molécules-prions, mieux connues que les
nanobactéries.
A titre méthodologique, on distinguera
évidemment les entités réplicantes de
l'ordre du biologique de celles pouvant être réalisées
par l'homme dans le domaine de l'artificiel (nanotechnologies
ou programmes informatiques). Mais celles-ci feront sans doute
apparaître que des homologues existaient déjà
dans la nature, par exemple d'éventuels cristaux réplicants.
Pour en savoir plus
Article: NewScientist,
22 mai 2004, p.6
John Lieske. Travaux en
cours
: http://mayoresearch.mayo.edu/mayo/research/staff/lieske_jc.cfm
Zapping. Estan vivos?
: http://axxon.com.ar/zap/217/c-Zapping0217.htm (bon article,
en espagnol) Zapping est une publication de Axxon, dont le
statut est incertain, entre science et science-fiction. Une
visite s'impose, au moins à titre d'information générale.
Le père de Gaia
en soutien du nucléaire
JPB 10/06/04
James Lovelock, père de l'hypothèse
(parfois controversée) dite Gaia selon laquelle la
Terre se comporterait globalement comme un organisme vivant
susceptible de survie adaptative, vient de provoquer l'ire
des écologistes en se prononçant sans états
d'âme, dans le journal britannique Independant, en faveur
d'un développement massif de l'énergie nucléaire
et de l'abandon immédiat des énergies fossiles
(sans préjudice évidemment de ce qui pourra
être fait dans le domaine qui restera inévitablement
marginal des économies d'énergie et de l'appel
aux énergies renouvelables). Son argument est qu'un
désastre majeur menace à court terme l'écosystème,
avec le développement des gaz à effet de serre.
Pour lui, les risques du nucléaire ne sont rien en
comparaison des effets du réchauffement.
On peut lui faire la grâce de penser
qu'il se prononce dans son âme et conscience de scientifique,
et non sous la pression du lobby nucléaire. José
Achache, cité dans la brève ci-dessous, dit
d'ailleurs la même chose. La seule solution pour l'avenir
consiste à remplacer le pétrole par le nucléaire
comme source d'énergie primaire et par la pile à
combustible dans les transports. C'est ce sur quoi investissent
dorénavant massivement les américains, alors
qu'en Europe, les "meilleurs esprits" continuent
à pousser à la sortie du nucléaire.
Les anti-nucléaires font valoir que
l'entrée dans le nucléaire au plan mondial exigeraient
des dépenses considérables, et se heurterait
au manque d'uranium à terme. Mais il n'en serait rien
si on accélérait les programmes de fusion. A
ce propos, où en est-on dans le conflit entre les européens
et les américano-japonais pour la détention
du réacteur expérimental ITER? Plus personne
n'en parle officiellement.
Pour en savoir plus
Lovelock.
Home page : http://www.ecolo.org/lovelock/lovebioen.htm
Lovelock.
Son intervention dans The Independant :
http://www.worldchanging.com/archives/000774.html
Les sentinelles de
la Terre
JPB 10/06/04
José
Achache, directeur du programme d'observation de la Terre
à l'Agence Spatiale Européenne, vient de publier
chez Hachette (avril 2004) un ouvrage que nous vous recommandons
vivement: Les sentinelles de la Terre, pour prévenir
les nouveaux désordres de la nature. Dans ce livre,
il expose les innombrables services que rendent les divers
satellites d'observation terrestre mis en oeuvre depuis une
vingtaine d'années. L'auteur est expert puisqu'il a
mis au point des techniques très fiables d'interférométrie
permettant de mesurer des différences locales de niveau
de surface terrestre de quelques centimètres, inobservables
autrement.
L'ouvrage présente un autre intérêt,
sur lequel il faut absolument insister. Il montre la suprématie
écrasante que se sont donnée les Etats-Unis
dans ce domaine de l'espace, au service de toutes les stratégies
civiles et militaires aujourd'hui essentielles. C'est la politique
de "Space dominance" qui se traduit par des budgets
atteignant 4% du PIB, soit 24 milliards de dollars par an
dont 40% à finalité militaire. Ces programmes
militaires ont l'avantage d'être aussi à retombées
civiles, où ils concurrencent les investissements qui
ne se veulent que civils.
José Achache plaide évidemment
la cause de l'Agence Spatiale Européenne, en montrant
notamment le caractère indispensable - et longtemps contesté
par les Etats-Unis - du programme Galiléo destiné
à échapper au monopole du GPS américain.
Mais il montre que les crédits de l'ASE sont malheureusement
loin de faire le poids face aux investissements des Etats-Unis.
Ce sont des points prioritaires qu'il conviendra d'évoquer
dans les discussions relatives aux programmes scientifiques
européens. José Achache a été interviewé
par Stéphane Deligeorge dans l'émission de France
Culture Continent Science du 10 juin 2004.
Essaims de robots coopératifs
JPB 09/06/04
Les applications reposant sur la coopération
de petits robots autonomes travaillant en coopération
sans contrôle humain direct sont de plus en plus à
l'ordre du jour. On peut en citer deux. La première
est menée au sein de i.Robot, la firme de Rodney Brook.
Il s'agit d'un contrat destiné à la défense,
visant à produire des essaims d'éventuellement
plusieurs centaines de petites machines destinées à
différents usages militaires: explorer et le cas échéant
désarmer un champ de mines, nettoyer des immeubles
susceptibles de recéler des embuscades, etc. Le projet
exploite les idées d'un certain James McLurkin, qui
s'est spécialisé dans les intelligences réparties
simples exploitant l'exemple des insectes sociaux.
La deuxième application,
destinée à la Nasa, vise à réaliser
des nuages de robots capables de travailler dans l'espace,
par exemple pour assembler sans personnel humain de grandes
structures, pouvant à terme dépasser les 10
kms de long. L'originalité de ce projet est que les
robots doivent se déplacer en apesanteur, ce qui leur
retire tous les contacts avec des repères fixes de
type terrestre. Le projet expérimente pour ce faire
des robots travaillant sur un coussin d'air. Ce projet a été
présenté par l'équipe de Wei-Min Shen
de l'Université de Californie du Sud à l'International
Conference on Complex Systems 2004 qui s'est tenue le
mois dernier à Boston,
Pour en savoir plus
Le projet
de i.Robot. Article de Fortune
: http://www.fortune.com/fortune/print/0,15935,643751,00.html
Le site
de James McLurkin
: http://www.ai.mit.edu/people/jdmac/
Les robots
sur coussin d'air. Article de Nature : http://www.nature.com/nsu/040524/040524-9.html
Faisabilité
de nanomachines auto-répliquantes
JPB 09/06/04
Une étude
de 6 mois apparemment très complète de General
Dynamics Advanced Information Systems réalisée
pour le compte de la Nasa (Institute for Advanced Concepts)
vient de proposer le concept d'un "kinematic cellular automata"
ou automate cellulaire doté de capacités de réplication.
Il s'agit d'un système reconfigurable composé
de nombreux modules identiques, susceptibles de se reproduire
sur le mode du vivant. Ceci pourrait permettre la production
en masse dans une dizaine d'années de composants moléculaires
pour robots, écrans de visualisation , circuits intégrés,
programmables à la demande. Le développement envisagé
respectera les consignes de sécurité préconisées
par le Foresight Institute et destinées à éviter
la prolifération accidentelle de tels composants.
L'étude, disponible sur le web, est particulièrement
intéressante du fait des nombreux parallèles qu'elle
propose entre les systèmes répliquants artificiels
et les systèmes vivants.
Pour
en savoir plus
L'étude
de GDAIS :
http://www.niac.usra.edu/files/studies/final_report/pdf/883Toth-Fejel.pdf
GDAIS : http://www.gd-ais.com
Le
collectif des chercheurs lance un manifeste européen
JPB 09/06/04
Le collectif
des chercheurs Sauvons la recherche s'intéresse maintenant
à la recherche européenne et lance un manifeste
européen et un questionnaire. Il porte essentiellement
sur le rôle de l'European Research Council. Le dossier
est déjà assez riche et devrait continuer à
s'enrichir. Bonne initiative à suivre. J'ai signé
en ce qui me concerne pour le compte de notre Revue http://fer.apinc.org/sommaire.php3
Dommage pourtant que le Manifeste n'aborde pas les questions
cruciales de souveraineté technologique et scientifique
de l'Europe, objet de notre dernier colloque.
Seizure.
Le clonage thérapeutique à la Une
JPB 09/06/04
Nous
avons souvent ici noté le talent de la société
américaine en général et de ses auteurs
dramatiques en particulier pour se saisir de sujets scientifiques
pointus afin d'en faire des sujets de films ou de romans destinés
au grand public. L'intérêt est triple : renouveler
les thèmes au rythme rapide du progrès scientifique,
sensibiliser les lecteurs à des questions de grande
actualité politique ou sociétale et finalement
donner la parole à tel ou tel groupe d'intérêts
qui s'estiment mal desservis dans l'opinion par les responsables
publics. Seizure [Pan Books, 2003] le nouveau roman
de Robin Cook, auteur bien connu de thrillers médicaux,
est typique de cette démarche. Il met en scène
un couple de chercheurs en biotechnologies ayant développé
une technique innovante permettant d'obtenir des cellules-souches
embryonnaires à but thérapeutique. Faute du
soutien de leur laboratoire universitaire, ils ont fondé
une start-up. Mais celle-ci se heurte à différentes
difficultés, notamment l'opposition politique d'un
sénateur conservateur qui s'inscrit de façon
outrageusement démagogique dans la prohibition, encore
en vigueur aujourd'hui aux Etats-Unis, de telles recherches.
Cependant il se trouve que ce sénateur se découvre
atteint de la maladie de Parkinson et que l'implantation de
cellules souches susceptibles de se substituer aux neurones
dopaminergiques qui lui font défaut pourrait le guérir.
Après de nombreuses aventures, le sénateur accepte
de se faire soigner aux Bahamas, dans une clinique expatriée
pour échapper aux lois américaines et dont le
sérieux chirurgical n'est pas tout à fait assuré.
L'histoire finit mal en ce sens que le sénateur est
victime d'un accident cérébral post-opératoire,
n'ayant rien à voir d'ailleurs avec le clonage, qui
entraîne sa mort et celle du chercheur. La morale de
l'histoire, lourdement (et à juste titre, selon nous)
soulignée par l'auteur, est que proscrire les essais
thérapeutiques sur les cellules souches pour des raisons
d'ordre moral est désastreux, d'autant plus que cela
ouvre la voie à des pratiques
clandestines
encore plus dangereuses.
On ne sait si les conseillers en bioéthique du président
Bush ont lu ce livre. En tous cas, la politique de l'administration
fédérale reste bloquée encore aujourd'hui
sur le refus du clonage thérapeutique, comme est l'est
dans de nombreux autres pays. L'auteur propose en contre-exemple
la pratique britannique, beaucoup plus ouverte, conduite sous
l'égide de l'Human Fertilization and Embryology Authority,
HFEA, créée en 1991.
Observons
que l'actuel ministre de la recherche français, François
d'Aubert, vient de s'adresser au Sénat, dans le cadre
de la préparation de la loi de bioéthique, en
recommandant fortement la levée des mesures restrictives
concernant le travail sur les cellules souches embryonnaires.
Cette position s'inscrit dans un mouvement général
de la recherche européenne, soutenu par l'appel d'offres
en cours lancée par la Commission. Il faut espérer
que les dernières résistances opposées
à ces perspectives vont disparaître. Voir http://www.recherche.gouv.fr/discours/2004/dloibioethique.htm
Des biologistes de haut niveau, venant des Etats-Unis, de
la Corée du Sud, d'Australie et du Royaume uni, adressent
la même demande aux Nations Unies. Ils demandent à
distinguer le clonage reproductif, à proscrire, du
clonage thérapeuthique. Voir article http://story.news.yahoo.com/news...._un_dc
Pour
en savoir plus
HFEA
http://www.hfea.gov.uk/Home
Sur Seizure
http://www.medical-thriller.com/seizure.html