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Colloque
Indépendance de l'Europe et souveraineté
technologique
29/04/04
Minute
des interventions de la table ronde "Intelligence"
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Jean-Paul
Baquiast (animateur de la table ronde)
Bonjour
à tous. Nous évoquerons dans cette table-ronde,
dont j'assure l'introduction, un sujet particulièrement
sensible, que nous avons appelé l' "Intelligence"
pour faire court. Il s'agit des sciences et technologies de
l'information, de la communication et de la connaissance ou
de la cognition, c'est-à-dire le nerf de la guerre
du 21e siècle. Elles sont au cur de ce que la
National Science Foundation américaine a nommé
les sciences émergentes et convergentes. On les trouve
partout, dans la recherche, dans l'industrie, dans la gestion,
dans l'administration, dans la vie citoyenne et, évidemment,
dans le militaire. On les trouve partout sauf, si je puis
dire, en Europe. L'Europe, évidemment, les utilise,
mais elle ne les conçoit pas et ne les fabrique pas.
Elle est donc dépendante de ceux qui le font.
Mon diagnostic à cet égard est très pessimiste.
C'est peut-être parce que depuis trente ans, j'ai suivi
au titre de mes activités professionnelles la lente
mais ininterrompue descente en enfer de l'Europe dans les
domaines de ces sciences. Certains intervenants vont peut-être
dire que je suis trop pessimiste. Ce serait très bien
qu'ils aient raison. Mais il paraît difficile de nier
le fait que depuis la fin du Plan calcul européen,
comme l'a dit M. Habib-Deloncle avant moi, l'Europe a renoncé
à toute souveraineté dans les industries de
l'électronique. Je dis Plan calcul européen,
car il ne s'agissait pas seulement alors du Plan calcul gaulliste.
L'Europe en 1973 avait réussi à mettre en place
une entreprise d'ordinateurs parfaitement concurrente d'IBM,
Unidata, unissant la CII française, Siemens et Philips.
Elle a été tuée par le retrait français,
alors qu'aujourd'hui elle serait certainement l'équivalent
d'Airbus. Depuis, l'Europe a reculé dans tous les domaines
où elle disposait d'une présence industrielle,
puis elle a manqué à peu de choses près
tous les trains nouveaux qui sont partis. Nous vivons une
véritable Bérézina actuellement. Il ne
faut pas avoir peur de le dire. Nous sommes en train de perdre
définitivement une guerre qui est déjà
gagnée par les américains et quelques autres.
Peu
de gens s'en inquiètent actuellement en Europe. C'est
parce qu'ils n'ont pas réalisé que les technologies
de l'Intelligence manifestent un développement exponentiel
(selon une courbe tendant vers la verticale). Dans quelques
années, dix ou vingt ans pas plus, nos enfants vivront
dans un monde radicalement changé. Tous les prospectivistes
américains le disent, et ils le disent non pas pour
se faire plaisir, mais parce qu'ils connaissent ces questions
bien mieux que les européens. En quoi sera-t-il changé
?
Les
calculateurs
Nous trouvons en premier, évidemment, les calculateurs
ou ordinateurs, de toutes tailles, depuis celui qui est implanté
dans un objet industriel quelconque jusqu'aux super-ordinateurs
n'existant qu'à quelques dizaines d'exemplaires. Les
super-ordinateurs évoluent à grande vitesse
et les records de puissance et de vitesse de calcul ne cessent
de pleuvoir. Ces grandes machines sont désormais indispensables
à l'avancée de nombreux domaines de la recherche
scientifique, qu'il s'agisse des biotechnologies et de la
protéomique, des neurosciences, de la cosmologie, de
la modélisation et de l'analyse de l'évolution
de l'environnement, de la simulation des essais nucléaires,
etc. Occupant aujourd'hui des pièces entières,
elles se miniaturisent très vite. Finiront-elle par
atteindre dès 2010 la taille d'une simple puce, comme
le prédit la firme IBM avec l'avènement du processeur
Trips capable d'exécuter mille milliards d'opérations
à la seconde ? C'est qu'en ce domaine, qui relève
encore de ce que l'on appelle la technologie du silicium,
les composants répondent à la loi de Moore,
c'est-à-dire que leurs capacités de traitement
doublent à peu près tous les 18 mois. Dans 10
à 15 ans, on trouvera sur le marché, pour l'encombrement
et le pris (1000€) d'un micro-ordinateur aujourd'hui,
l'équivalent de 100 milliards de neurones, c'est-à-dire
du cerveau humain. Vous imaginez bien que ces neurones ne
vont pas rester à ne rien faire dans leur boite.
Néanmoins, il faut prévoir déjà
la fin de l'ère du silicium, et préparer les
technologies ultérieures. Elles seront radicalement
différentes. Parmi diverses voies possibles, je citerai
seulement l'ordinateur quantique. Celui-ci utilisera, non
pas des unités logiques ou bits de notre monde physique
macroscopique, mais des particules quantiques susceptibles
de réaliser (en état dit de superposition) des
opérations en nombre et dans des délais impossibles
aux ordinateurs actuels. Celui qui maîtrisera l'ordinateur
quantique maîtrisera tous les systèmes informatiques
quels qu'ils soient. Il sera, d'une certaine façon,
le maître du monde. De nombreux laboratoires étudient
le sujet, mais les seuls qui le font avec des moyens suffisants,
aujourd'hui, sont IBM et Microsoft, en utilisant principalement
des crédits militaires. Sans commentaires.
Réseaux
et logiciels
Les
réseaux et logiciels sont le deuxième domaine
ou se livre la guerre de l'Intelligence. Nous sommes déjà
imbriqués dans un monde de réseaux qui ne cesse
de s'étendre et se diversifier, lui aussi exponentiellement.
Dans quelques années, par exemple, nos vêtements
seront "intelligents". Ils recueilleront ou recevront
des quantités d'informations relatives à notre
santé, notre bien-être ou nos comportements qui
iront alimenter de nombreuses applications. Nous aurons aussi
des prothèses intelligentes, du type de celles dont
va vous parler le Pr. Rabischong. Or ces réseaux, dont
la numérisation se généralise, ce sont
physiquement des serveurs, des routeurs, des émetteurs
et plus généralement des technologies américaines.
Par ailleurs,
ces réseaux et les machines qui s'y connectent utilisent
des systèmes d'exploitation et des logiciels applicatifs
dont la maîtrise e depuis longtemps échappé
aux utilisateurs. Depuis de longues années, la firme
Microsoft s'efforce de s'en donner le monopole exclusif :
elle en fait des produits propriétaires, selon l'expression,
dont elle se réserve la maîtrise commerciale
et intellectuelle. Il y a des façons de lutter dans
ce domaine comme dans les autres. J'ai entendu hier avec beaucoup
d'intérêt un membre du cabinet du ministre de
la défense indiquer son intérêt pour un
projet qui n'est pas encore européen, mais asiatique
: le Joint Open Source Project. L'objectif est de mettre en
place, avec des moyens humains considérables, des systèmes
d'exploitations intéressant tous les ordinateurs, et
notamment les futurs mobiles, dans le cadre de ce qu'on appelle
les Systèmes ouverts, popularisés par Linux.
Les sources de ces logiciels seront publiques, et chacun pourra
s'en saisir pour développer des produits conformes.
Qu'est-ce qu'attend l'Europe pour lancer un projet identique,
le cas échéant en coopération avec les
asiatiques. Ce serait l'European Joint Open Source Project
.
L'effet et les retombées positives d'une telle initiative
seraient considérables.
Les
robots
Le troisième
domaine dans lequel nous sommes en train de prendre un retard
dramatique est celui des robots. Dans 15 ans, peut-être
avant, une telle conférence comportera à la
tribune un intervenant robotique intelligent. Il sera capable
de répondre aux questions, de prendre des initiatives,
il éprouvera des sentiments, il sera conscient. Là
encore, dans ce domaine, les Etats-Unis font des travaux considérables,
que l'on connaît mal, notamment dans le cadre militaire
et spatial. Les Japonais font eux-aussi de nombreuses recherches
destinées aux robots de la vie quotidienne, que l'on
connaît également mal, car on se s'intéresse
pas aux Japonais. Nous, en Europe, nous avons des spécialistes
éminents, tel le Professeur Cardon qui va parler après
moi. Nous avons des laboratoires très compétents.
Ils pourraient réaliser en 10 à 15 ans une machine
consciente ayant le niveau de développement cognitif
d'un enfant de 5 ans. Mais ils ne disposent d'aucuns crédits,
d'aucune attention des autorités politiques ou même
scientifiques.
La robotique
intelligente ou autonome, pourtant, on la retrouvera partout,
sur la Lune, Mars et les satellites, sur les champs de bataille,
dans l'industrie et les laboratoires, dans la vie quotidienne,
dans les services en charge de l'écoute des réseaux
dont nous avons déjà parlé. Mais il n'y
aura là, de nouveau, aucun produit européen.
Il faudra tout acheter à l'étranger, à
supposer que l'on veuille bien nous vendre autre chose que
des versions dégradées.
Les
nanotechnologies
Un autre
domaine des sciences émergentes, qu'il faut absolument
maîtriser, est celui des nanotechnologies. Je n'insiste
pas faute de temps. Vous pourrez vous référer
à un bon rapport que vient de publier sur ce sujet
l'Académie des sciences. Les nanotechnologies sont
l'équivalent, en ce qui concerne la matière
inerte, du génie génétique en ce qui
concerne la matière vivante. Bio-technologies et nanotechnologies
coopèrent d'ailleurs dans un vaste secteur, dit des
bio-nano-technologies. Avec les nanotechnologies, on manipule
les atomes pour refaire de nouveaux atomes et de nouvelles
molécules. Bientôt on manipulera les électrons
à l'intérieur des atomes. C'est-à-dire
que l'on est en train de mettre en place tout en monde d'entités
moléculaires, véritables " chimères
" servant à obtenir de nouveaux matériaux,
de nouvelles nano-machines, des nano-robots, éventuellement
des moyens de contamination sur le terrain militaire. L'Europe
n'est pas encore totalement dépassée dans ces
différents secteurs, mais les moyens déployés
ne sont pas à la hauteur de ce que font ses concurrents.
Savez-vous que le ministère de la défense américaine
dépensera sur ce sujet en 2004, selon le conseiller
du Pentagone Clifford Lau, 315 millions de dollars.
Sciences
et technologies de la connaissance
J'évoquerai
d'un mot, pour terminer, mais il faudrait y consacrer un colloque
tout entier, les sciences et technologies de la connaissance,
dites aussi de la cognition. Pour les américains, il
s'agit du secteur le plus important sans doute des sciences
émergentes et convergentes dont nous parlons, car ce
sont les cerveaux humains, leurs savoirs et les auxiliaires
dont ils peuvent se doter qui sont en cause. Ils investissent
de façon multiforme dans ce secteur. Il est fondamental
pour eux de savoir comment les gens apprennent (ce qui signifie
aussi des recherches en neurosciences et en intelligence artificielle),
comment les sociétés apprennent et comment les
sociétés se défendent et attaquent par
le biais de la connaissance. On sait les efforts énormes
qu'ils accomplissent pour former leurs étudiants et
cadres, pour diffuser gratuitement les contenus des enseignements
universitaires via l'Internet dans le monde entier, pour,
évidemment aussi, espionner le globe à travers
des réseaux d'écoute multiformes.
Or l'Europe,
sur ce plan, n'aurait pas beaucoup de difficultés,
autres qu'institutionnelles et liées aux conservatismes
académiques, pour viser quelques objectifs équivalents,
par exemple un grand programme de ce que l'on pourrait appeler
l'Université de Tous les Savoirs Européens.
Il faudrait faire comme le MIT : mettre toutes nos universités
sur des réseaux haut débit et les diffuser gratuitement
au monde entier - ce que font actuellement les ambassades
américaines dans les capitales africaines, par exemple.
Que
faire ?
Avant
de céder la parole, je dois dire un mot cependant en
réponse à la question classique : que faire
? Ce qu'il faut faire, ce sont de grands programmes. Le terme
est encore mal vu en Europe. On y voit des relents d'interventionnisme
public maladroit et coûteux. Mais les grands programmes
modernes sont tout différents.
On n'a
pas parlé hier, et je le regrette, ce que pourrait
être par exemple un grand programme spatial européen,
vers la Lune puis Mars, équivalent aux projets de la
Nasa. C'est dommage, car un tel programme serait essentiel,
non seulement en lui-même mais par tous les bonds en
avant technologiques et scientifiques qu'il imposerait aux
partenaires publics et privés. Un tel programme existe,
étudié très en détail, dans les
cartons de l'Agence Spatiale Européenne. Il s'appelle
Aurora. Les coûts, en relation avec les retombées,
seraient parfaitement à portée de l'Europe.
Mais qui s'y intéresse en Europe, qui connaît
seulement ce nom ? On préfère tenter de recueillir
les miettes des investissements américains. Mais dépendre
d'eux, on voit ce que cela donne : ils décident brutalement
d'arrêter la Station Spatiale Internationale, et les
pays associés se retrouvent, si j'ose dire, le bec
dans l'eau.
On n'a
pas parlé davantage hier, lors de la Table-ronde consacrée
à l'énergie, du programme Iter en matière
de fusion nucléaire contrôlé, porté
jusqu'ici par les européens, et duquel les américains
font tout depuis quelques mois pour nous exclure. On dit :
c'est un investissement à 50 ans. D'abord, ce délai
paraît artificiellement augmenté, par ceux qui
ne souhaitent pas voir la fusion prendre le relais de la fission
ou du pétrole. Il est sûr que si le projet n'est
financé qu'avec des fonds de tiroir, ce n'est pas 50
ans qu'il demandera mais deux ou trois siècles. Mais,
hors la production d'énergie qui demandera certainement
du temps, le fait de construire dès les prochaines
années en Europe un réacteur expérimental
à fusion apporterait, comme le fait le grand accélérateur
à hadrons du Centre européen d'études
nucléaires, un bénéfice immédiat
en termes notamment d'accueil de chercheurs internationaux.
Voici
ce que pourront être aujourd'hui de grands programmes
européens. Je vous en ai donné d'autres exemples
: un ordinateur quantique européen, la machine pensante
européenne, un programme Linux Open Source européen,
une Université virtuelle de tous les savoirs européens
Les domaines ne manquent pas, tous rentables à
plus ou moins brefs délais. C'est de cela dont il faut
que se persuadent les politiques, à commencer par les
parlementaires européens eux-mêmes. Ces programmes
intéresseront les scientifiques, les industriels, les
enfants des écoles et tous ceux qui veulent que l'Europe
ne soit pas seulement un marché de consommation. Je
précise qu'ils ne devraient en rien être incompatibles
avec la mise en place de plates-formes technologiques européennes
dont vous parlera tout à l'heure le professeur Costes.
Merci
de votre attention. Je vais maintenant passer la parole au
Professeur Alain Cardon, qui va vous entretenir d'un sujet
qui lui tient encore plus à cur que la conscience
artificielle.
Professeur
Alain Cardon
Mesdames
et messieurs, bonjour. Je suis un scientifique et je vais
essayer de mettre en relation le problème de ce qu'est
la science et celui de ce qu'est l'Europe. Ce que je suis,
c'est très abstrait. Scientifique, professeur d'université,
informaticien, spécialiste d'intelligence artificielle,
spécialiste des systèmes multi-agents, c'est
très abstrait. Nous en sommes là, un scientifique
est d'abord un spécialiste. Nous ne sommes pas scientifiques
pour poser les problèmes de la science et moins encore
ceux du monde, mais pour enseigner à l'université
des questions ultra-spécialisées. C'est souvent
pourquoi les étudiants s'y ennuient, ne comprennent
pas l'intérêt de ce qu'ils font. Je travaille
aussi au CNRS, dans un département d'intelligence artificielle.
Je travaille également à l'Institut de recherche
pour le développement, IRD, ancien ORSTOM. J'y suis
spécialiste d'autres choses, mais toujours un spécialiste.
La science
est l'étude du réel, sa compréhension,
mais sa compréhension au fond. Or, elle est arrivée
à un point de spécialisation extrême.
Elle est soumise à des structures d'évaluation
très anciennes, qui ont été opérantes
mais qui aujourd'hui ne le sont plus, qui nécessitent
des réformes de structure profondes dont tout le monde
est conscient, les scientifiques les premiers. C'est à
dire qu'il faut d'urgence désenclaver les scientifiques
pour qu'ils s'adressent au réel et s'efforcent de le
comprendre afin de répondre aux grandes exigences du
moment.
Pour cela
je fais une proposition que je soumets à la discussion.
C'est de créer dès maintenant une science de
la complexité. Dans mon domaine, conscience artificielle,
on fait appel à l'informatique des systèmes
dynamiques, à la biologie, aux sciences humaines et
sociales, à la philosophie. Mais chacun de ceux qui
collaborent reste encore enfermé jalousement dans sa
discipline, dans ses perspectives d'avancement. L'Europe a
inventé la philosophie, mais en sciences on ne fait
surtout pas de philosophie. La science de la complexité,
à créer, aura un domaine fantastique. Il concernera
la prise en compte de l'écosystème planétaire,
dont l'avenir aujourd'hui est plus que problématique,
avec le sort des milliards d'humains qui en dépendent.
Le projet qui là devrait intéresser l'Europe
devrait être un projet de civilisation : prendre et
étudier les problèmes à partir de son
expérience à la fois douloureuse et éclatante,
en étant piloté, non pas par des contraintes
technologiques, mais par la volonté de penser la vie
et sa survie sur cette planète. Nous avons devant nous
des désastres écologiques et humains considérables.
Il faut les modéliser, les traiter avec les outils
des sciences de la complexité, mais aussi dans le cadre
d'une pensée philosophique à la fois ancestrale
et à enrichir compte tenu des progrès contemporains
des sciences fondamentales, sciences sociales et humaines
comprises.
Il
faudra aussi qu'une telle science soit, comme on dit souvent
sans trop y croire, citoyenne. Il faudra qu'elle devienne
une valeur commune à tous et pas simplement une façon
comme d'autres de voir les choses. C'est en fait la seule
façon de voir les choses, il n'y en a pas d'autres,
mais il faut que tout le monde soit à même de
partager ce pouvoir, dans les pays développés
comme dans les autres. Aujourd'hui, en Europe, dans le monde
tel qu'il est, en face du désastre, s'ennuyer dans
les facultés des sciences en écoutant les cours
est hallucinant. Un réseau européen des sciences
de la complexité pourrait être un remède
à ce désintérêt. Cela ne supprimerait
pas les autres sciences mais augmenterait considérablement
leur portée. On y aborderait les problèmes réellement
"durs", où l'on a besoin de toutes les disciplines.
Et à quel échelon ? Celui de la planète,
pas en dessous. Qu'est-ce que penser ? Qu'est-ce que la planète
Terre ? Voici deux problèmes complexes qui se rejoignent,
supposent les mêmes outils de modélisation, les
mêmes façons d'être enrichis par l'expérience
humaine.
En Europe,
nous avons la chance extraordinaire de voir se former un espace
de haute culture où l'on pourra faire autre chose que
du petit commerce, avoir un enjeu planétaire de civilisation
- je dis bien, de civilisation - où l'on pourra rejoindre
ce qu'était le formidable espoir grec, penser le monde,
un monde qui aujourd'hui est en danger. Je pense que les Etats-Unis
n'auront ni la volonté ni les moyens de le faire, non
plus que le Japon. Je travaille avec ces pays, mais je n'y
vois pas les intérêts de civilisation que nous
pouvons avoir en Europe. Je travaille aussi en Afrique et
j'y vois que la France n'y est pas rien, que l'Europe n'y
est pas rien, face à ce que les Etats-Unis proposent.
Notre philosophie de la science n'y est pas vue comme seulement
technologique, mais comme proposant des modèles relatifs
à la façon d'utiliser la technologie au profit
de la civilisation mondiale. C'est là le message que
je voudrais transmettre, faire de l'Europe un laboratoire
scientifique au service d'un projet de civilisation universelle.
Jean-Paul Baquiast
Merci,
Alain Cardon. Permettez-moi d'ajouter que vous mettez en place
en Afrique, dans le cadre de l'IRD cité tout à
l'heure (IRD que l'on connaît mal en France et que l'Europe
aurait intérêt à importer, si je puis
dire), des écoles doctorales formant par Internet des
docteurs 3e cycles qui seront très compétents
en modélisation des systèmes complexes, sans
doute plus compétents que bien de nos étudiantes.
C'est un exemple à méditer.
Je fais
appel maintenant au Professeur Alain Costes.
Professeur
Alain Costes
Merci.
Si vous le permettez, voici d'abord trois points pour planter
le décor. Je crois que toute prospective doit s'appuyer
sur la situation à l'instant t, de façon
à ce que l'on ne s'engage pas sur des considérations
purement philosophiques, mais que l'on reste dans le concret.
Premier élément d'information, la dépense
intérieure de R/D. Si l'on regarde la France, elle
représente 12,5% de celle des USA. Si l'on regarde
l'Europe, elle représente 60,9% de celle des USA, alors
que le PIB n'est supérieur à celui de l'Europe
que de 11,4% - alors également que cette dépense
intérieure de R/D est supérieure en Chine à
celle de la France.
Le 2e élément au cur du problème
est relatif aux effectifs des personnels de recherche publics
et privés. Si l'on regarde l'Europe, les équivalents
temps pleins sont de l'ordre de 1 million en 2002. Aux USA,
ils sont de l'ordre de 1,2 million, c'est-à-dire presque
identiques. Mais il y a une grande différence. En Europe,
51% de ces personnels de R/D sont dans le privé, alors
qu'aux USA c'est 81%.
Dernier élément à considérer,
le classement fait par l'université de Shanghai de
ce qu'ils ont appelé les 500 premières universités
mondiales. Dans les premiers rangs, il y a très peu
d'universités européennes. Concernant la France,
8 seulement se placent dans les 100 premières universités,
non pas mondiales, mais européennes.
De ces
trois données, on peut tirer trois orientations très
claires.
Il faut d'abord, en Europe, arrêter le saupoudrage.
Plutôt que tout vouloir faire, il faut faire des choix.
Le deuxième point est valable, particulièrement
pour notre pays, mais aussi pour d'autres pays européens.
Nous avons trop d'organismes de recherche. Ils sont concurrentiels
sur les mêmes thématiques. Si l'on regarde la
France, ils sont de l'ordre de 120. Il faut à la fois
mutualiser et s'orienter clairement vers des choix de secteurs
porteurs. Mais il faut aussi faire des choix de sites. Je
rejoins là une proposition récente du Commissaire
européen à la recherche Philippe Busquin, qui
sera au cur du futur programme-cadre, créer ce
qui a été nommé des plates-formes technologiques.
Il a été indiqué que ce seront des plates-formes
sur un lieu clairement identifié, et sur lesquelles
se mettront en place des partenariats public-privé,
avec évidemment les interventions des acteurs de la
recherche publique, des industriels, des organismes financiers,
des utilisateurs mais également de toutes les collectivités
concernées, qu'elles soient territoriales, nationales
ou européennes.
Ceci veut
dire que l'avenir de l'Europe dans la concurrence mondiale
consiste à mettre en place, en petit nombre, des centres
de compétences (compétence voulant dire formation
et recherche) et de compétitivité (tout ce qui
concerne le côté industriel et socio-économique).
Ces centres doivent être réellement visibles
et lisibles au niveau mondial. Les maîtres-mots ne sont
plus les mots d'aujourd'hui, c'est-à-dire en France
les organismes, mais les projets. L'objectif n'est plus de
financer des organismes mais des projets. C'est bien là
l'objectif, faire et mener à bien des projets. Je crois
que derrière ces plates-formes technologiques définies
par le Commissaire Busquin, on trouve d'autres mots-clefs
: les mots projet, pluri-disciplinaire mais également
public-privé.
Si
on regarde à partir de là les grands secteurs
tels qu'ils ont été définis d'ailleurs
par le ministre hier après-midi, on trouve trois domaines
porteurs, les biotechnologies, les nanotechnologies et les
info technologies (infotechnologies prenant en compte les
aspects matériels, logiciels et réseaux). Il
est clair que nous devons en Europe construire trois ou quatre
grandes plates-formes assurant la convergence de ces trois
domaines, pris 2 à 2 ou 3 à 3. Derrière
ces mots se cachent les concepts de bioinformatique, de biochips,
dont les applicatifs vont toucher tous les secteurs économiques.
Vous parliez tout à l'heure de prothèses intelligentes,
de vêtements intelligents et c'est vers de tels applicatifs
que nous conduit cette convergence bio-info-nano.
Voyez
donc bien aussi que cela va modifier profondément tout
notre secteur industriel.
Si je prends aujourd'hui le médicament, je considère
la molécule, l'intérieur du médicament.
Demain, on parlera d'implants intelligents, où l'on
retrouvera à la fois des molécules et des parties
électroniques qui seront aux commandes de ce qu'il
faudra délivrer en termes de médicaments. Il
faudra donc que des industries elles-aussi convergentes entre
bio-info et nano se mettent en place.
Si
vous regardez aujourd'hui ce qui se fait aux Etats-Unis, en
particulier dans la Silicon Ballez, toutes les études,
toutes les analyses, disent que la Silicon Valley a vécu
plusieurs cycles d'innovation, d'abord la défense,
puis les circuits intégrés, puis les micro-ordinateurs,
aujourd'hui encore Internet. Demain, ce sera le cycle d'innovation
découlant de la convergence bio-info-nano. Or je crois
que sur ce point là, nous pouvons garder de l'avance,
particulièrement en France, si nous savons mutualiser
les forces et arrêter de traiter les questions organismes
par organismes. Il faudra mettre toutes les compétences
sur des sites clairement identifiés, de manière
à gagner ce pari de la convergence, essentiel, non
seulement au plan scientifique, mais aussi économique.
Je vous remercie.
Jean-Paul Baquiast
Votre
expérience régionale de ces questions est précieuse.
Je crois qu'aujourd'hui, les citoyens et électeurs
devraient faire pression sur les élus régionaux
pour qu'ils engagent les ressources dont ces Régions
disposent dans la voie des plates-formes territoriales de
convergence que vous indiquez. Il faudrait dès maintenant
que les Conseils de Région recensent les ressources
scientifiques industrielles et économiques existantes
et facilitent leur regroupement et leur mutualisation dans
de telles plates-formes.
Je fais
appel maintenant à Christophe Jacquemin.
Christophe
Jacquemin
J'interviens
ici en tant que co-fondateur avec Jean-Paul Baquiast de la
revue et du site en ligne Automates Intelligents, qui traite
de robotique, de vie artificielle, de réalité
virtuelle, et des sciences connexes à ces domaines.
J'ai
choisi de vous parler de robotique car je considère
que c'est un secteur clé de notre XXIème siècle.
C'est aussi un thème véritablement fédérateur
pour la recherche (qui regroupe ici de nombreux domaines),
fédérateur pour l'industrie avec de nombreuses
applications pour la société. Thème enfin
fédérateur pour les jeunes
j'y reviendrai.
Il existe
actuellement un million de robots dans le monde, l'immense
majorité d'entre eux se dénombrant aujourd'hui
dans le secteur industriel, particulièrement dans le
secteur automobile, et particulièrement au Japon. Mais
aujourd'hui, nous assistons à une véritable
révolution dans le domaine
La robotique ne sera
plus cantonnée dans les usines mais va s'introduire
partout : le citoyen commence à en voir les prémisses
avec l'arrivée des aspirateurs et des tondeuses à
gazon autonomes (le BHV a d'ailleurs fait une journée
de démonstration sur les aspirateurs), des jouets robotisés,
dans les hôpitaux avec les robots en médecine
opératoire et en médecine réparatrice
(vous le verrez avec l'intervention du Professeur Rabischong).
On a pu voir aussi récemment leur importance à
la télévision, notamment avec le renflouement
d'une cargaison de pétrole lors d'une marée
noire, mais surtout avec les missions sur Mars : Mars Exploration
Rover pour les Américains (robots Spirit et Opportunity)
Je vous
disais donc que la robotique allait s'introduire partout,
au même titre que l'informatique s'est introduite partout.
Regardez ce magazine : vous y voyez la publicité d'un
couteau suisse multi-usages. Mais regardez, à côté
des habituels tire-bouchon ou tournevis, on a rajouté
une drôle de clé, une clé USB, support
de mémoire qui permet de stocker vos fichiers informatiques
Va t'on avoir bientôt un petit robot comme celui-là
au bout de son porte-clé (l'orateur montre alors au
bout d'un porte clé un endoscope hyperminiaturisé).
Ceci est une mini caméra qui, après que vous
l'avez avalée, permet de visualiser l'ensemble de votre
tube digestif...
Passons
à un très rapide panorama de la robotique en
évoquant les Etats-Unis, le Japon et l'Europe.
La
robotique américaine
D'abord
la robotique américaine. Aujourd'hui, les laboratoires
y ont le vent en poupe. Les fonds alloués à
la recherche universitaire enregistrent une hausse très
marquée (certains laboratoires voient plus du doublement
de leurs crédits, crédits qui étaient
déjà conséquents). Ceci est en grande
partie liée à l'intérêt que porte
l'armée américaine au développement de
véhicules robotiques autonomes, sur terre, sur et dans
les mers, et dans les airs. Les Etats-Unis sont en train de
prendre une avancée considérable sur l'Europe
dans ce domaine. Ils sont déjà passés
dans une autre vision : celle de la numérisation des
champs de bataille (guerre numérisée), avec
des outils d'aide à la décision, champ de bataille
dans lesquels les robots jouent et joueront un très
grand rôle.
Autre
domaine d'étude concerne le soldat. Son uniforme du
soldat sera truffé de technologies intelligentes et
communicantes. Le soldat sera un homme augmenté. Il
aura en temps réel la vision élargie du champ
de bataille. Citons également les recherches sur les
exosquelettes, systèmes qui permettront au soldat de
marcher plus vite, de franchir aisément des murs de
2 mètres, de porter facilement des charges très
lourdes. On parle ici de muscles robotiques.
Si beaucoup
de commandes émanent des militaires, les technologies
mises en oeuvre se retrouvent très vite réutilisée
dans le civil. Rodney Brooks, chercheur très connu
en intelligence artificielle, l'illustre assez bien avec sa
société I-Robot.
Va t-on
laisser la robotique militaire comme domaine réservé
des américains ? Il est urgent que l'Europe se réveille
en la matière.
La
robotique japonaise
Le Japon
a fait il y a une dizaine d'années l'examen de ses
forces et de ses faiblesses. Il a décidé que
l'une de ses forces sera la robotique. Avec l'appui du gouvernement,
a été lancé un gigantesque programme
dans le domaine. Il faut savoir que le Japon est une population
vieillissante avec un très faible taux de natalité.
Les japonais considèrent que le robot pourra aider
les personnes âgées. Ils considèrent que
le robot est une chose tout à fait naturelle, qui représente
une aide pour l'homme. Mais pour aider l'homme il faut qu'il
puisse interagir avec lui. Il faut aussi qu'il soit autonome,
c'est à dire dans un corps situé.
Premiers
producteurs de robots industriels (marché aujourd'hui
en stagnation - et fort de son savoir faire, le Japon porte
donc toute une partie de ses forces sur la robotique de nouvelle
génération, celle du robot autonome doté
d'un comportement adaptatif, apprenant et communiquant. Objectif
: en faire d'ici 2020 l'une des industries clés du
pays, au même niveau que l'industrie automobile. A ce
sujet, je rappelle comme il l'a déjà été
dit hier que le Japon est à 3,2%/PIB pour sa recherche
et vise rapidement les 4%.
Ici, se
concentrer sur la robotique revient à favoriser la
cristallisation technologique des nombreux secteurs qui y
travaillent : électronique et composants, capteurs,
industrie du matériau, contrôle système,
industrie du logiciel, des ordinateurs, de l'information et
de la communication, téléphonie, nano/micro
technologies, industrie mécanique, intelligence artificielle.
Les entreprises nippones considèrent pour l'instant
moins la concurrence entre-elles que l'idée que tout
ce qui est (et sera) développé pourra être
intégré dans de nombreux domaines (développement
des batteries par exemple et de leur miniaturisation, que
l'on retrouvera partout). On parle partout de standardisation,
pour une meilleure maintenance et un développement
plus rapide.
Honda,
Toyota, Sony, Toshiba, Nek, Sanyo, Takara, Bandaï, Epson,
PFU, AIST, TMSUK, RF system Lab, Secom, Matsushita Electric
Work, Fanuc, Yaskawa Electric Co, Kawada, Alsok
je pourrais
vous en citer encore beaucoup d'autres
Toutes ces sociétés
travaillent à la robotique de demain, en y mettant
des sommes colossales. Au Japon le dynamisme des entreprises
japonaises, autant dans les travaux appliqués que dans
la recherche fondamentale, n'a pas d'équivalent. Leur
contribution approche aujourd'hui 80% de l'effort d'ensemble.
Ainsi, en partenariat avec le secteur privé, les autorités
japonaises sont engagées dans une course de longue
haleine pour faire de l'Archipel une grande puissance de recherche
et développement.
La
robotique européenne
Passons
maintenant à l'Europe en commençant par la France.
Nous avons d'excellents chercheurs dans le domaine en France.
Alain Cardon, qui vient de parler précédemment,
en est l'une des illustrations, avec ses travaux novateurs
sur la " conscience artificielle ", domaine d'ailleurs
trop peu étudié par les chercheurs européens.
Nous avons d'excellents laboratoires : on pourrait citer l'INRIA,
le laboratoire de robotique de Versailles, le LIP 6, le LIRMM
à Montpellier, le CEA
le LAAS
je ne peux
les nommer tous. Il faut saluer ici la création récente
en 2001, à l'initiative d'Alain Costes ici présent,
du département des STIC (science et technologie de
l'information et de la communication) au CNRS dont la robotique
fait partie. Citons ainsi le programme national ROBEA (robotique
et entités artificielles). Celui-ci a pour objectif
de relancer la recherche française en robotique avec
une dimension interdisciplinaire impliquant les sciences de
l'information, les sciences de la vie, les sciences cognitives
ainsi que les sciences humaines
On évoquera aussi,
toujours au sein du département STIC, le réseau
thématique pluridisciplinaire " Robotique autonome
et communicante " créé en 2003 et chargé
de coordonner l'activité dans ce domaine d'un ensemble
de laboratoires français. Mais, même si on peut
louer les efforts entrepris, il n'en reste pas moins un écart
de masse financière énorme par rapport à
ce que j'ai déjà évoqué concernant
les Etats-Unis ou le Japon.
Reste
alors l'Europe. Si les STIC est l'un des points clés
du 6ème Programme cadre de recherche et de développement
technologique, la robotique n'est pas vraiment mise ici en
valeur. A quand un très grand programme de robotique
européen, avec une véritable feuille de route,
des objectifs scientifiques mais aussi industriels clairement
posés ? L'Europe regorge de chercheurs de talent. Nous
avons nos approches spécifiques de la robotique. Nous
pouvons réussir.
Les
jeunes
Je voudrais
terminer en évoquant le fait que la robotique est désormais
un thème fédérateur pour la jeunesse.
Par mes activités au sein d'Automates Intelligents,
je suis très souvent en contact avec les jeunes, que
je rencontre ou avec qui je converse par courriel. J'ai également
des contacts avec leurs parents qui me demandent des conseils
quant à l'orientation de leurs enfants : mon fils veut
être plus tard chercheur en robotique, mon fils veut
devenir chercheur en intelligence artificielle
Quelle
voie doit-il suivre pour y arriver ? Il y a un déficit
d'information dans ce domaine et je pense qu'il y a un effort
considérable à faire sur le sujet. Comment les
jeunes, je parle vraiment ici des jeunes (cela commence à
11 ans) sont-ils venus à la robotique ? Très
souvent par l'achat d'un jouet : le Lego Mindstorms. Un jouet
merveilleux puisqu'il permet de construire des robots, de
faire ses propres créations. Et si, au départ,
les programmes qui permettent de faire fonctionner ces robots
se présentent sous la forme logicielle de briques que
l'on encastre les unes dans les autres (brique " démarrer,
actionner les roues pendant tant de secondes ", brique
" si il arrive ceci, alors faire cela "), très
vite, le jeune en communiquant sur Internet avec toute une
communauté de passionnés, va découvrir
que si il apprend un langage (le NQC) de programmation, son
robot aura des comportements beaucoup plus intéressants.
Et puis ensuite, il découvrira qu'en s'attelant au
langage lejos (qui est d'ailleurs utilisé par certains
laboratoires de recherche lesquels utilisent les mindstorms)
il pourra aller encore plus loin. Vous vous retrouvez alors
avec des jeunes qui, à l'âge de 14 ou 15 ans
sont déjà des programmeurs confirmés.
Il faut aller au moins une fois dans sa vie voir un concours
de robotique, vivre avec eux l'enthousiasme de ces jeunes.
Ce sont nos chercheurs, nos ingénieurs de demain. Donnons-leur
de quoi rêver avec la robotique.
Je voudrais
signaler aussi ce que fait un professeur dans son DUT d'électronique
et informatique de l'institut universitaire de technologie
de Nimes. C'est en faisant réaliser de façon
ludique de petits robots mobiles à ses étudiants
que cet enseignant les initie aux fonctions de base de l'électronique.
Une initiation qui débouche l'année suivante
sur la programmation d'un robot, dans le cadre de Travaux
de réalisation. Il obtient des résultats extraordinaires.
Et pourtant, la robotique et l'intelligence artificielle sont
absentes des programmes, mais aussi des discussions entre
enseignants. Et puis, il y a très peu de littérature
en français sur le sujet. Nous avons ici l'action d'un
passionné, mais qui n'est pas reconnu par l'Education
Nationale. Cet enseignant donne de sa personne en écrivant
des livres pour les jeunes, pour les initier à la robotique.
Pour finir,
dans le cadre de cette table ronde intitulée "
Intelligence ", je voudrais attirer votre attention sur
un problème crucial. On ne peut plus considérer
les sciences de façon cloisonnée, verticale.
Nous devons favoriser la transversalité et ceci doit
se traduire de façon forte dans l'enseignement, je
dirais presque dès l'école primaire. Alain Costes
a bien montré l'importance de la convergence entre
les sciences. C'est de celle-ci que naîtront les avancées
les plus profondes. Or malgré les appels à l'interdisciplinarité,
et quoi qu'on en dise, on s'aperçoit que les chercheurs
vraiment interdisciplinaires ne sont pas récompensés
de leurs efforts. Et pourtant, c'est une des clés du
futur.
Je voudrais
ici citer, avec son accord, le cas d'un scientifique qui n'est
pas dans la salle aujourd'hui, qui aurait aimé l'être
et même intervenir à cette table-ronde. Pourquoi
n'est-il pas ici ? parce qu'il est en ce moment aux Etats-Unis,
en train de fonder une société.
Ce chercheur à l'immense désavantage d'être
à la fois un savant très pointu en mathématiques,
très pointu en physique. Il est par ailleurs médecin,
avec pour spécialité la neurophysiologie. Pourquoi
est-il tout cela à la fois ? Ce n'est pas par hasard.
C'est la poursuite d'une quête qui l'a mené là
: vouloir savoir exactement ce qui différenciait la
matière inerte du vivant, alors que nous sommes fait
de matière. La physique sait mettre en équation
la matière. Puisque nous sommes matière, nous
devrions pouvoir mettre le vivant en équation. Comment
matérialiser mathématiquement l'homéostasie,
c'est à dire cette stabilisation chez les êtres
vivants des différentes constantes physiologiques.
Ce problème n'intéresse pas le mathématicien
pur, ni le physicien pur. Il ne peut intéresser qu'un
hybride comme lui. Ses travaux représentent plus de
10 années d'efforts. Ce chercheur m'a confié
la difficulté qu'il avait de pouvoir être compris
de ses pairs (mais qui sont finalement maintenant ses pairs
?), simplement du fait que pour vraiment comprendre son travail,
il faut être très fort à la fois en mathématiques,
en physique et en médecine. Et pourtant, ses résultats
sont porteurs de très grands espoirs, notamment dans
le domaine des médicaments.
Ce
chercheur s'est adressé à des investisseurs
français. Fiasco total. Il s'est adressé à
des investisseurs américains, qui lui ont ouvert les
bras. Comment avons-nous pu laisser partir outre-atlantique
un travail pareil ? L'explication pourrait venir de cette
formule : ici lorsque l'on parle à un investisseur
il va vous dire qu'il prend un risque. Aux Etats-Unis, cela
se traduit par " To take a chance "
Alors,
l'Europe puissance technologique, doit aussi relever ce défi
: celui de se donner les moyens de prendre toutes ses chances.
Je vous remercie.
Jean-Paul Baquiast
Nous allons
maintenant entendre le Professeur Benedict Seiffert, qui a
la gentillesse de nous parler en français, alors qu'il
est anglophone. Mais vous verrez, son français est
parfait.
Professeur
Benedict Seiffert
J'espère
que vous n'allez pas faire comme le président d'une
conférence qui se tenait en Russie, il y a quelques
années. J'avais commencé à m'exprimer
en russe, mais ce monsieur m'a dit que personne dans la salle
ne comprenait le russe. J'ai donc été forcé
d'en revenir à ma langue natale.
Il me paraît utile, pour tempérer le pessimisme
de certains conférenciers s'étant exprimés
ici, de donner d'évoquer la position de l'Europe dans
le domaine des technologies de la gestion informatique en
réseau, où des réussites remarquables
de grandes entreprises financières ou de service ont
été enregistrées depuis une dizaine d'années.
Certes, il existe des obstacles structuraux qui s'opposent
en Europe au développement de ces technologies de commerce
électronique. L'Europe doit d'abord développer
des infrastructures de base, telles que celles permettant
la généralisation du Web. Le Web, rappelons-le,
a été inventé au CERN par un anglais.
Celui-ci n'avait trouvé aucun soutien au sein de son
organisation et avait donc transféré son enfant
au MIT. On aurait très bien pu concevoir que les infrastructures
indispensables à l'Internet et à l'Internet
haut débit soient mises en place en Europe par des
services publics.
Mais au-delà
des réseaux, le défi qu'affronte aujourd'hui
l'Europe est la nécessité de développer
de grandes sociétés basées en Europe,
mariant la créativité commerciale et technologique.
Si vous regardez les 500 plus grandes sociétés
mondiales, la plupart n'existaient pas il y a 25 ou trente
ans et exploitent des idées encore plus récentes.
Microsoft qui s'est donné un quasi-monopole dans les
systèmes d'exploitation en est un très bon exemple.
Les américains ont eu plus que tous les autres la capacité
de créer des produits commerciaux à partir de
leurs recherches. L'Europe a un gros effort à faire
pour suivre la même voie.
Je voudrais citer à titre d'exemple l'histoire d'une
société qui me paraît révélatrice.
L'histoire a commencé en 1960 aux Etats-Unis où
la compagnie aérienne Delta a créé un
réseau de télécom privé, construit
par IBM, pour pouvoir distribuer vers ses clients les opérations
commerciales. Ce système a été développé
dans une filiale qui est devenue si importante que 20 ans
plus tard elle effectuait 40% des transactions dans le transport
aérien, et peut-être 80% aujourd'hui. Ceci montre
qu'une innovation modeste à l'époque, conjointe
à une nouvelle activité commerciale, a réussi
à donner en quelques années à ses promoteurs
une quasi-domination mondiale. En 1990, un développement
très semblable a été réalisé
par la société Reuters pour les transactions
financières. C'est Reuters 2002 qui en quelques années
a totalement révolutionné le marché mondial
de l'information sur les entreprises, en devenant presque
exclusivement électronique. De nombreuses sociétés
installées sur la place en sont mortes. Ce mouvement
de passage aux réseaux électroniques, comme
vous savez, a été très rapidement suivi
par les bourses mondiales, chez qui ce sont des serveurs qui
jouent le rôle de place de marchés. On peut noter
en passant, ironie de l'histoire, que les Etats-Unis sont
le seul grand pays au monde qui n'a pas suivi cet exemple.
Si vous allez à la Bourse de Chicago, vous verrez encore
des centaines de personnes qui traitent manuellement des algorithmes
de calcul confiés ailleurs à des ordinateurs.
Ceci étant,
le fait fondamental, observé depuis quelques années,
c'est que le remplacement des opérations manuelles
par des opérations électroniques a eu des conséquences
absolument révolutionnaires. Pour la première
fois dans l'histoire de l'humanité, une partie importante
de l'économie peut être saisie en temps réel
grâce à l'électronique. Sur cette base,
on peut mettre en place des serveurs dotés de programmes
intelligents qui peuvent pousser beaucoup plus en amont l'automatisation
de l'industrie financière et commerciale. Ils simulent
en intelligence artificielle beaucoup des décisions
intelligentes qui s'imposent aux opérateurs sur les
places de marché. Ceci demande énormément
d'expertise pour la réalisation des instruments financiers,
mais les retombées économiques sont considérables.
Ce genre
de développement pourrait être envisagé
en Europe pour bien d'autres activités économiques.
Mais la difficulté que rencontre l'Europe en ce domaine
est qu'il y est très difficile de breveter les nouveaux
applicatifs de gestion, ce qui n'encourage pas les investisseurs.
Ce n'est pas le cas aux Etats-Unis. Là-bas, comme on
l'a dit, vous pouvez parfaitement breveter le fait d'aller
faire vos achats avec une voiture bleue. Merci.
Jean-Paul
Baquiast
Nous allons
maintenant, pour conclure cette table-ronde, entendre le professeur
Pierre Rabischong. Il est, s'il me permet de le dire, le pape
des prothèses intelligentes, qui se connectent directement
sur le système nerveux. Cet exposé fera ainsi
le lien avec la table-ronde suivante, consacrée au
vivant.
Professeur
Pierre Rabischong
En tant
que médecin, je suis très heureux de travailler
sur un bon produit. Certes, c'est un vieux produit, qui a
quelques milliers d'années d'existence et qui a été
livré sur le marché terrien sans mode d'emploi
du constructeur. Mais il fonctionne. On a parlé tout
à l'heure de nanotechnologies. Quand on sait que le
spermatozoïde qui a permis à chacun d'entre vous
d'être ici aujourd'hui a finalement gagné cette
course à l'ovule parmi 200 millions de concurrents
tous différents, quand on sait qu'il s'agit d'un missile
balistique de 60 microns de longueur et que sa tête
nucléaire comprenant la moitié du plan qui vous
permet d'exister a 5 microns de longueur, on comprend dans
quel monde biologique nous évoluons. Mais qu'en est-il
du pilote de cette extraordinaire machine ? C'est absolument
sidérant. Il n'a besoin d'aucune instruction pour fonctionner.
On peut ne rien savoir de l'anatomie, de la physiologie et
de toutes les disciplines, tout en fonctionnant très
bien. Le plus sot des sots fonctionne aussi bien qu'un collègue
éminent du Collège de France qui fait des neurosciences.
Ceci veut dire en clair que le maître-mot de la biologie
va être évidemment l'automatisation et l'intelligence,
en réponse à des questions techniques. Par exemple,
la maintenance digestive est la même pour tout le monde.
On introduit quelque chose en haut, on recueille en bas quelque
chose d'infiniment moins agréable, certes, mais identique
pour tous les hommes. Le constructeur a prévu une sorte
de démocratisation fonctionnelle qui fait que, pour
un riche ou un pauvre, le système est le même.
Nous sommes donc en face d'une machine absolument exceptionnelle.
Mais comment
la réparer ? Nous sommes confrontés à
une difficulté. Le système nerveux, qui contrôle
toutes nos fonctions, est constitué de neurones. C'est,
j'indique en passant, une erreur de croire que nous en perdons
tous les jours. L'hypothèse n'a jamais été
vérifiée. En réalité les neurones
sont extrêmement bien protégés par les
cellules gliales. Ils peuvent fonctionner très bien,
même à un âge très avancé
de la vie. On voit des personnages extrêmement brillants
qui ne sont pas loin de la centaine. Mais le problème
aussi est que nous sommes tous tant que nous sommes uniques
dans l'histoire du monde. Pour conserver le même caractère,
la même personnalité à chacun, il ne faut
pas changer l'instrument cérébral. Ceci fait
que les neurones ne se reproduisent pas. Pour nous, médecins,
c'est dramatique car toute lésion aboutissant à
la destruction de neurones est irréversibles. Les neurones
ne repoussent pas. On parle beaucoup actuellement des cellules-souches,
cellules à maturation tardives qui ont été
prévues par le constructeur dans des zones qui travaillent
en permanence, comme par exemple la muqueuse olfactive ou
un endroit de l'hippocampe qui est la zone de mémoire.
Mais la machine neurologique est si compliquée que
je ne crois pas qu'il faille aujourd'hui fonder sur ces cellules-souches
beaucoup d'espoir en ce qui concerne les réparations
du système nerveux.
Or nous
avons essayé, avec mes collègues, depuis quelques
années, d'apporter autrement un soulagement aux paralysés.
Nous avons en France 30.000 paraplégiques, 7.500 tétraplégiques.
La moyenne d'âge est de 31 ans. C'est donc une population
jeune, et malheureusement leur situation neurologique est
irréversible. Que pouvait-on faire ? Nous avons choisi
le parti non pas de la voie biologique (bricoler avec des
moyens biologiques pour rétablir des continuités
à mon avis illusoires) mais la voie technologique.
Manifestement, la micro-électronique a fait d'énormes
progrès, l'informatique aussi. Dans le cadre d'un programme
européen Biomed nous avons opéré 2 patients
paraplégiques. Nous n'avons pas guéri la lésion,
mais un malade lésé dispose en dessous de la
lésion de muscles qu'il ne peut plus utiliser mais
qui sont toujours vivants. Si on arrive à les réutiliser
de façon artificielle par l'électro-stimulation,
en utilisant une coordination artificielle capable de faire
ce que fait le cerveau, choisir le bon muscle pour une action
déterminée, on arrive à obtenir des résultats.
Nous espérons cette année opérer 3 patients
en Europe. Nous avons créé un réseau
clinique européen en 1992, nous avons été
aidés par un programme Eureka en 1989, le programme
Biomed en 1996. Vous voyez que comme tous les chercheurs,
nous avons été des chercheurs d'or. Il faut
de l'argent pour fonctionner.
Je dois
dire que cette voie technologique fait des progrès.
Nous avons maintenant l'idée de faire des électrodes
intelligentes, sur lesquelles le support informatique et électronique
serait miniaturisé et constituerait ainsi des unités
indépendantes de stimulation. Alors, bien sûr,
nous sommes un peu en avance par rapport aux américains
et aux japonais. La seule compagnie américaine qui
était basée à Cleveland et qui produisait
des stimulateurs de ce type a arrêté de fonctionner.
Nous avons donc un champ ouvert face à nous qui devrait
nous permettre finalement d'avoir des résultats acceptables.
Bien sûr,
quand on a 20 ans et que l'on est dans un fauteuil roulant,
la vie n'est pas facile. Il faut savoir ce qu'est la vie d'une
telle personne. Quand on n'a plus la sensibilité dans
ses membres inférieurs, c'est-à-dire quand on
ne sent plus ce qui se passe en dessous du corps, c'est une
situation extrêmement difficile. C'est la raison pour
laquelle nous faisons tous nos efforts pour améliorer
cette situation, en étant persuadés que l'on
ne pourra pas complètement réparer cette machine
bien trop compliquée, aux servomécanismes multiples.
Cependant, nous avons pour explorer tout cela beaucoup collaboré
avec des roboticiens, au sein de l'AFRI. Nous avons aussi
actuellement un soutien très précieux de la
fondation EDF. Mais il est évident que nous avons besoin
de beaucoup plus de moyens financiers. Je crois que ce serait
dommage de ne pas continuer ce challenge, qui est un challenge
européen. Mais rappelons-nous que le facteur constant
de tous les progrès technologiques est l'homme. L'homme
est une espèce finie et définie. Dans un millénaire
d'ici, un patient sera toujours un être angoissé
face à la maladie. Il ne faut pas espérer que
la situation puisse s'améliorer sensiblement. Je vous
remercie de votre attention.
Jean-Paul
Baquiast
Merci, professeur, vous nous montrez que lorsque les chercheurs
européens bénéficient de quelques soutiens,
ils sont capables de réalisations de tout premier niveau.
J'ajouterai que vous nous avez ici parlé de l'homme
" réparé ", si l'on peut dire. Mais
vous n'ignorez pas que des techniques semblables sont à
l'étude dans le domaine de ce que l'on appelle l'homme
" augmenté ", qui pourra faire des choses
qui ne sont pas actuellement à sa portée.
Maintenant,
nous avons quelques minutes pour répondre à
des questions. Qui veut la parole ?
Question
1 :
Bonjour. Je travaille à SMT électronique, le
principal constructeur européen de circuits intégrés.
J'ai écouté avec beaucoup d'intérêt
ces exposés et je voudrais apporter quelques commentaires.
Le premier est l'immense dépendance de l'Europe sur
le plan de l'électronique et de l'informatique en général.
Elle est totalement méconnue. Pour donner un ordre
de grandeur aujourd'hui, sachant que cette dépendance
augmente tous les ans de 10 à 15 %, le bilan des importations
en matériels et logiciels dans les TIC est supérieur
à nos importations de pétrole. Deuxièmement,
Internet fonctionne avec des serveurs principaux. Or sur 13
de ceux-ci, il n'y en a qu'un seul en Europe. L'essentiel
de nos transactions passe donc par des serveurs qui sont en
Amérique. Ceci veut dire que, non seulement les américains
peuvent nous écouter, mais que lorsque le système
Internet est attaqué par des virus et autres agressions
destinés spécifiquement aux serveurs américains,
il s'effondre au plan mondial, et notre économie avec
lui.
On a beaucoup insisté sur la nécessité
de remplacer le GPS américain par Galiléo européen
, parce que le GPS pouvait être éteint par les
américains. Mais personne ne réalise que l'Internet
peut aussi être éteint par les américains
et là, tout s'arrêtera dans le monde, grandes
entreprises, PME, professions libérales, administrations.
Face à cela je dirai qu'il faut absolument développer
un Internet européen haut débit fonctionnant
en toute indépendance.
Un deuxième
point mériterait des susciter des projets européens
: avec une petite partie des coûts économisés
sur les accidents de la route, on pourrait par exemple développer
des véhicules robotisés européens qui
se conduiraient tout seuls et réduiraient considérablement
les risques. On devrait ainsi identifier de vrais problèmes
sociétaux, qui coûtent très cher à
la nation, et sur lesquels des solutions fournies par les
technologies émergentes apporteraient des avantages
considérables.
Jean-Paul
Baquiast
Merci de ces propositions très intéressantes.
Nous n'avons pas le temps de les commenter, mais je tiens
à vous signaler que sur notre site Internet actuel
europe-puissance-scientifique.org, nous allons dans quelques
semaines mettre en place un espace de propositions où
vous pourrez adresser des idées de cette nature, qui
je l'espère, pourront être reprises et développées
ultérieurement.
Alain
Cardon
Je voudrais aussi réagir à cette intervention.
Il est vrai qu'en Europe, nous avons perdu, et sans doute
définitivement, en matière de technologies de
l'information et en robotique, face aux américains
et aux autres. Par contre, en recherche fondamentale, la première
puissance du monde qui publie des recherches de qualité
est l'Europe. Elle est loin devant les Etats-Unis. Nous avons
une capacité d'innovation, de création et de
création de systèmes utilisant la technologie
qui est considérable. C'est là qu'il fait faire
porter l'effort. Faire porter l'effort sur des grands projets,
je dirais même de très grands projets, capables
de s'attaquer aux maux les plus profonds qui frappent la civilisation
humaine.
Question
2
Bonjour.
Je travaille à France Télécom, dans la
business intelligence., Nous y développons une dimension
d'intelligence économique à destination des
entreprises. Là encore, nous partageons le constat
que tout le monde fait. Nous sommes sous influence forte des
logiciels américains, en ce qui concerne la catégorisation
et le traitement de l'information. Toutefois, pour rebondir
sur ce que vient de dire le professeur Cardon, il me semble
que les capacités scientifiques en Europe devraient
être investies sur ce type de solution. Notamment en
France, nous avons des avancées dans le domaine du
traitement automatique du langage, de la sémantique.
Ce serait une bonne façon de faire de l'intelligence
économique et de l'aide à la décision
au bénéfice de toutes les entreprises européennes,
en mettant en valeur tout ce potentiel scientifique - même
si on utilise pour cela en support des technologies américianes.
Jean-Paul
Baquiast
Merci de votre intervention. C'est très intéressant
de savoir que France Télécom travaille sur ces
questions. Je vous avais proposé dans un premier temps
de faire un article sur le sujet que nous publierons dans
notre revue Automates-Intelligents. Vous l'avez accepté
et je l'attends.
Il me
reste à remercier tous les intervenants et auditeurs.
Nous sommes juste dans les délais pour passer la parole
à la seconde table-ronde de ce jour, consacrée
au Vivant. Merci encore.

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