Vers le site Automates Intelilgents
La Revue mensuelle n° 54
Robotique, vie artificielle, réalité virtuelle

Information, réflexion, discussion
logo admiroutes

Tous les numéros


Archives
(classement par rubriques)

Image animée




 

Retour au sommaire
Article

A propos de: Les leçons de la mécanique quantique. Vers une épistémologie formalisée
de Mme Mioara Mugur-Schächter

par Jean-Paul Baquiast
26 avril 2004



Ce titre est celui d'un article paru dans Le Débat (N° 94, mars-avril 1997) sous la signature de la physicienne et philosophe des sciences Mioara Mugur-Schächter, professeur de physique théorique, ancienne directrice du Laboratoire de Mécanique quantique et de structure de l'information à l'université de Reims. L'article est aujourd'hui disponible en français sur Internet à l'adresse suivante http://ns3833.ovh.net/~mcxapc/docs/conseilscient/mms1.pdf

Couverture du livre "Quantum Mechanics. Cognition and ActionLe thème est également celui d'un livre en anglais paru en 2002 : Quantum Mechanics. Cognition and Action. Proposals in Epistemology (Kluwer Academic, 2002) coordonné et largement inspiré par Mme Mioara Mugur Schächter et son collègue Alwyn van der Merwe. L'article et l'ouvrage sont les premiers résultats d'un travail en commun conduit à l'initiative de Mme Mugur-Schächter par le Centre de Synthèse pour une épistémologie
formelle (CESEF), fondé en 1994, qu'elle préside. Ce Centre rassemble des chercheurs qui ont été aussi auteurs d'ouvrages sur les sciences de la complexité, dont un grand nombre sont français ou francophones. Leur réunion au sein d'un groupe de mise en commun des compétences épistémologiques représente une première qu'il faut signaler. Nous nous faisons pour notre part un plaisir et un devoir d'en informer nos lecteurs.

Le livre Constructivisme (Tome 3) du professeur Jean-Louis Le Moigne, que nous avons présenté dans notre précédent numéro (http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2004/53/lemoigne.htm), fait déjà allusion à ces travaux, qu'il replace d'une façon très claire dans l'opposition entre le positivisme et le constructivisme. Aujourd'hui, il semble devenu évident pour tous ceux disposant d'un minimum de sens critique qu'il n'est plus possible d'envisager l'existence d'un réel préexistant à l'observateur, que celui-ci se bornerait à décrire de façon de plus en plus approchée grâce au travail scientifique. L'observateur construit le réel qu'il observe et se construit en même temps. Mais est-il nécessaire, pour un physicien du moins, d'admettre qu'il y a par ailleurs quelque chose derrière l'observé, comme d'ailleurs derrière l'observateur?

Cette question de la consistance du réel s'impose dans pratiquement tous les domaines des sciences macroscopiques: mathématiques, biologie, science des organisations, théorie de la communication, robotique et vie artificielle. Elle est évidemment aussi à l'ordre du jour dans la philosophie des connaissances ou épistémologie. Comme on sait, il se trouve que dès les débuts de la mécanique quantique, dans les années 20 du 20e siècle, les physiciens quantiques avaient annoncé que les manifestations observables des micro-entités qu'ils étudiaient étaient construites au cours du processus d'investigation. Mais il aura fallu de nombreuses décennies pour que l'on puisse clairement distinguer entre les méthodologies d'étude du macroscopique et celle du microscopique. Ce délai a tenu en partie, comme l'indique Mme Mugur Schächter, au caractère cryptique de la notation quantique, ainsi qu'au peu d'intérêt des physiciens vis-à-vis des questions épistémologiques et philosophiques. Peu leur importait, sauf exceptions, d'envisager ce qu'il y avait ou non derrière les observables, pourvu que les prévisions faites sur les phénomènes se révèlent justes. Ce souci de pragmatisme est encore dominant. Demain, les ingénieurs pourront de même réaliser un ordinateur quantique sans se poser la question de la consistance métaphysique de l'intrication (entanglement) et de la décohérence, pourvu qu'ils puissent tirer parti de ces deux phénomènes avec un taux d'erreurs acceptable dans des technologies applicatives.

Nous avions noté dans des articles précédents de cette revue (voir notamment "Un réel constructible". http://www.automatesintelligents.com/echanges/2003/nov/philo4.html)
qu'au plan philosophique comme au plan de la recherche quotidienne, séparer sciences du macroscopique et physique quantique était pourtant de moins en moins possible, compte-tenu du développement récent des sciences de la complexité, qui toutes privilégient l'approche constructiviste-relativiste. Mais il faut tenir compte aussi de la popularité croissante des thèmes à la confluence de la cosmologie et de la mécanique quantique, ainsi que le développement des nanosciences et autres technologies utilisant des entités quantiques qui vont dans les prochaines années envahir l'univers quotidien. Tous ces éléments poussent à poser de nouveau les questions intéressant la méthodologie de recherche, l'analyse philosophique des procédures et des résultats et finalement, la place de l'esprit humain, de la conscience et autres "observable" encore mal définis dans toute cette apparence d''évolution cosmologique où nous serions engagés.

C'est l'ambition de l'ouvrage Quantum Mechanics. Cognition and Action. Proposals in Epistemology que de suggérer une approche véritablement nouvelle des stratégies épistémologiques intéressant l'ensemble des sciences de la complexité, inspirée de celle de la mécanique quantique, notamment sous l'angle des relations entre observateur, instrument et observé. Il s'agit de proposer ce que les auteurs appellent une méthode de conceptualisation relativisée. Ce livre, notamment les chapitres rédigés par Mme Mugur Schächter, nous paraît absolument révolutionnaire. Il devrait en résulter la nécessité de repenser dorénavant tout le processus d'acquisition et de formulation des connaissances. Mais comme il s'agit d'un livre dense, dont la compréhension demande du temps, nous n'en parlerons pas ici pour le moment, sauf à présenter ci-dessous sa table des matières. On peut seulement s'étonner que sa diffusion, au moins en France, n'ai pas eu l'impact que la méthode mérite. Nous allons dans l'avenir essayer de réparer ce manque de clairvoyance de nos "intellectuels".

Par contre, il paraît nécessaire sans attendre de résumer ce qui est au fond l'essentiel du livre : les modes de conceptualisation du réel dans la mécanique quantique, qui sont à la base de la méthode de conceptualisation relativisée. Les auteurs proposent d'en tirer parti dans les autres domaines scientifiques. Ceci n'a rien d'étonnant si l'on admet que, de plus en plus, la mécanique quantique (et la gravitation quantique dans laquelle elle devrait se prolonger) sera considérée comme la mère de toutes les sciences, dont les autres ne sont que des applications particulières et nécessairement bornées. Elle est donc aussi la mère de tous les savoirs. Elle montre comment " les actes épistémiques de l'homme peuvent s'appliquer directement sur de l'inobservable et en extraire des prévisions observables qui se vérifient souvent avec des précisions troublantes " (...) La mécanique quantique, comme un scaphandre, peut nous faire descendre jusqu'au niveau véritablement premier de notre conceptualisation du réel ".

Ces affirmations de Mme Mugur Schächter sont évidemment essentielles dans la mesure où elles éclairent "explicitement certains traits fondamentaux de la nouvelle pensée scientifique". Mais elles intéresseront aussi les roboticiens dont les robots autonomes sont ou seront conçus pour redécouvrir dans leur domaine la connaissance de leur environnement sans aucune intervention humaine préalable - ce qui plaiderait en faveur de l'hypothèse selon laquelle l'acquisition de connaissances à partir de " rien " était une caractéristique essentielle de l'évolution. (voir sur le thème de l'acquisition du langage par les robots notre interview de Pierre-Yves Oudeyer http://www.automatesintelligents.com/interviews/2003/dec/pyoudeyer.html).

Il faut lire en détail, crayon en main si nécessaire, l'article du Débat rédigé par Mme Mugur Schächter, référencé ci-dessus. Mais comme le texte en est parfaitement clair et se suffit à lui-même, plutôt que le résumer, nous allons essayer un petit exercice essayant d'appliquer au monde macroscopique les méthodes des physiciens quantiques dans l' étude des "états de microsystèmes" ("entités dont nous affirmons l'existence mais qui ne sont pas directement perceptibles par l'homme" ).. Notre exercice se bornera à des analogies grossières et ne vise pas à être autre chose qu'un amusement à but pédagogique. Il peut avoir cependant l'intérêt de mettre en évidence l'applicabilité de la méthode à des problèmes du monde macroscopique jugés à tort triviaux (1).

Notre cas, purement analogique, répétons-le, et sans aucun intérêt pratique, concernera le monde des sentiments intimes. Pour une personne, deviner et prédire ce que pense d'elle une autre personne est souvent aussi difficile que prédire le comportement des systèmes quantiques. Nous ne sommes pas dans le microscopique, mais dans une sorte de virtuel, qui lui ressemble beaucoup. Pour la clarté de l'exercice proposé, il est fortement recommandé au lecteur de suivre parallèlement, paragraphe par paragraphe, le texte de Mme Mugur Schächter préalablement imprimé.

Soit un état de "système virtuel" dont j'affirme l'existence mais qui n'est pas directement perceptible par moi, le sentiment d'amour que Mme A. éprouverait pour moi et dont je voudrais bien vérifier la consistance. Bien que ne pouvant le percevoir directement, je le qualifie et, en termes de prévisions de ses effets, j'obtiens d'assez bons résultats. Comment est-ce possible ? Comment un objet inconnu, l'amour de Mme A pour une personne donnée (noté par la suite @) peut-il être fixé en tant qu'objet d'étude. Et si j'y arrive, comment le décrire ?

Pour répondre à cette question, nous suivrons pas à pas la démarche du physicien quantique résumée par Mme Mugur Schächter dans son article, en la déformant le moins possible. Le processus de description de @ s'effectuera, suivant l'article, en plusieurs étapes :

Comment d'abord fixer @ en tant qu'objet d'études ? En le CREANT*. J'imagine une entité non perceptible (virtuelle) que je baptise @. Je réalise par ailleurs un appareil non-virtuel, apte à développer, à partir d'interaction avec cet objet supposé, des marques qui me soient perceptibles. Ce sera dans ce cas un "émetteur de questions-enregistreur de réponses" auquel je demanderai à Mme A de se soumettre, en respectant les procédures proposées. Mais ceci ne suffira pas. Je dois savoir à quel état je dois assigner telle réponse. Si je n'obtiens que des oui et des non, il ne s'agira que de données en tant que données.

En préparant mon matériel, par exemple en définissant les questions et les réponses possibles, j'accomplis une "opération de préparation d'état" et je pose en principe que cette opération produit un état virtuel "correspondant" qui est précisément l'objet de l'étude que présuppose toute tentative de description de @. L'opération de préparation peut alors être notée P@. Mais @ n'est qu'un étiquetage, il ne pointe vers aucune connaissance. Il ancre dans le langage le postulat que dès que j'ai préparé mon appareil de questionnement, un exemplaire de @ existe en un sens purement factuel. Il a été extrait du continuum des sentiments de Mme A, il a été individualisé face à ce continuum et doté de certaines propriétés (provoquer des réponses par un peu, beaucoup, passionnément, pas du tout sur mon enregistreur). En ce sens il constitue désormais un objet d'étude "spécifié ".

Comment, nous demande Mme Mugur Schächter, étudier un objet d'étude encore inconnu et qui ne peut être perçu ? En le CHANGEANT, dit-elle, par une opération qui en tire une qualification percevable. Une description n'exige pas seulement la spécification d'un objet, elle exige également un ou plusieurs modes spécifiés de qualification. Pour le moment, l'étiquetage @ pointe vers un objet encore confiné hors du domaine du connu, encore immergé dans la pure factualité.

En ce qui concerne le sentiment de Mme A, je ne sais rien à l'avance, pas même qu'il existe. Mais je pose qu'il existe et j'essaye de forger une toute première phase de connaissance à son égard qui, chemin faisant devrait aussi " prouver son existence "après coup. Or connaître veut dire décrire et décrire qualifier. Quant il s'agit de qualifications par des opérations physiques, je dois spécifier une " opération de mesure " et l' "appareil de mesure" correspondant.

Ayant défini un mode opératoire d'interaction avec l'état @ à étudier, ainsi que l'appareil impliqué (mon appareil émetteur enregistreur de questions-réponses), je l'applique à @ et j'enregistre une réponse perceptible, par exemple "un peu" (je t'aime un peu). J'admets a priori que l'état virtuel @, lorsqu'il est soumis au mode d'interaction, change d'une façon que je ne connais pas (on pourra admettre que toute personne questionnée n'est plus la même après avoir perçu la question et y avoir répondu qu'avant). Mais ce changement inconnu est défini factuellement, à savoir "c'est celui qui correspond au mode opératoire mis en action". L'interaction ne détecte pas une propriété intrinsèque de l'objet, elle crée une propriété perceptible d'interaction. Les manifestations perceptibles de l'observable virtuel sont dénommées ses "valeurs propres". L'ensemble des valeurs propres d'un observable virtuel constitue son "spectre". Le mode opératoire d'interaction qui définit l'observable virtuel crée une valeur propre perceptible de cet observable. Mais l'observable n'est pas une propriété de l'état @. C'est une opération d'interaction d'un état virtuel avec un appareil matériel. De ce fait la valeur propre créée qualifie l'interaction.

Ainsi, afin de qualifier un état (virtuel), je définirai des dimensions de qualifications opératoires qui seront des interactions entre cet état et un appareil macroscopique et qui créent des effets d'interaction perceptibles interprétés selon certaines règles en termes prédéfinis de "valeurs propres d'observables…". On voit que le but de connaître des états virtuels du type des sentiments supposés d'une personne oblige à une attitude descriptionnelle radicalement active. On doit créer aussi bien les objets de description que les qualifications. S'ils sont de bonne foi, les amoureux fervents, comme les savants austères, admettront que c'est ainsi qu'ils construisent l'objet qui les occupe.

Comment se déroule la préparation de la description de l'état @ ?
Supposons que l'entité-objet @ produite par la préparation P est soumis à une opération de mesure M qui donne une valeur particulière d'une observable B. Concrètement, supposons qu'à la question "m'aimez-vous ?", l'appareil réponde par une des réponses possibles spécifiées soit "un peu". Ceci change l'état de départ @, lequel a produit l'enregistrement d'un effet perceptible qui signifie l'une des valeurs propres de B. La manifestation perceptible "un peu" incorpore une inamovible relativité à l'opération de mesure M qui a permis de l'obtenir. Corrélativement, l'exemplaire individuel de l'état @ qui a été soumis à l'opération individuelle de mesure M n'existe plus. Il a été détruit (Quand je suis interrogé sur l'état d'un de mes sentiments et que je réponds, cet état est modifié par ma réponse et l'exemplaire initial est détruit).

Imaginons maintenant que je refasse un grand nombre de fois l'opération de préparation P et qu'à chaque fois, sur l'exemplaire de l'état @ obtenu, je réalise l'opération de mesure. Si je trouve à chaque fois le même résultat (soit la réponse "un peu") que j'avais trouvé la première fois, je dirai : " l'état virtuel @ est tel que, s'il est soumis à l'opération de mesure M, il conduit invariablement au résultat "un peu". Donc la caractérisation de @ face à l'opération de mesure M est terminée. Elle consiste dans la valeur propre " un peu ".

Mais en général, la réitération d'un grand nombre de fois de l'opération fait apparaître tout le spectre de valeurs propres de B, soit "un peu, beaucoup, passionnément, pas du tout". La situation se révèle être statistique.

Dans ces conditions, la valeur propre "un peu", à elle seule, n'est pas caractéristique de @. En quoi peut alors consister la caractérisation de l'état @ face à l'opération de mesure M ? Un nouveau pas vers la caractérisation de @ consiste à établir la distribution statistique des fréquences relatives obtenues, à partir de @, pour l'entier spectre de valeurs propres (un peu, beaucoup, etc.) de l'observable B. En termes imagés, on dira que la distribution statistique des fréquences relatives du spectre des valeurs propres B (supposons que prédomine la réponse " beaucoup ") est la forme de l'ombre que l'état virtuel @ jette sur le plan du perceptible selon la "direction" de qualification "m'aimez-vous". En d'autres termes, Mme A m'aime beaucoup (statistiquement).

Mais je dois me souvenir que la distribution statistique du spectre des valeurs propres est elle-aussi relative à l'opération de mesure M mise en jeu. Ceci veut dire que si le même état virtuel @ produit par la même opération de préparation P est examiné via des opérations de mesure correspondant à des observables différents de B, je trouverai en général une distribution probabiliste différente de celle trouvée pour B. Ce sera le cas, par exemple, si je pose à Mme A, via l'appareil de mesure, la question : "voulez vous m'épouser ?" , avec des réponses possibles situées dans la plage définie par "oui, tout de suite" d'une part et "êtes-vous fou ?" d'autre part.

Ainsi, afin d'augmenter les probabilités d'avoir véritablement caractérisé @, je peux rechercher la distribution des fréquences relatives des "valeurs" de qualification obtenues par plusieurs biais de qualification différents. Il sera souhaitable pour bien faire de choisir deux observables différentes telles que les opérations de mesure correspondantes soient mutuellement exclusives.

On résumera en disant que par un très grand nombre de réitérations d'opérations macroscopiques qui mettent en jeu une même préparation d'état P@, mais avec des opérations de mesure mutuellement exclusives, j'obtiens concernant l'état @ associé à P une certaine connaissance globale, probabiliste, qui est un invariant observationnel associé à P et qui caractérise l'effet supposé de P@ que j'ai appelé l'état@, c'est-à-dire l'amour que Mme A éprouve éventuellement pour moi.

Les amoureux perfectionnistes regretteront de ne pas avoir la possibilité d'en savoir plus sur cet amour. Mais les pragmatistes s'en satisferont, sachant que l'amour n'est pas une réalité objective du monde des ontologies (c'est du moins ce que l'on dit).

Ces mêmes pragmatiques pourront cependant aller plus loin, en établissant un algorithme mathématique prévisionnel donnant une représentation abstraite du résultat obtenu. Ils établiront, pour toute opération de préparation P, une fonction d'état ou fonction de probabilités r qui représente l'ensemble de tous les résultats expérimentaux en fonction du temps t (ce qui s'impose dans notre cas, car les sentiments de Mme A peuvent évidemment évoluer dans le temps, ce qui suppose la répétition fréquente des mesures - répétition jugée parfois lassante dans certains couples. Une fois que cette fonction de probabilité a été construite, des algorithmes simples permettront de calculer des prévisions quantitatives. Mais il ne s'agira que de prévisions probabilistes globales et pas de prévisions individuelles affirmées avec certitude. Elles pourront cependant se révéler d'une précision déconcertante, mettant en jeu des fractions infimes des unités macroscopiques de temps et d'évaluation.

Ainsi le symbole @ qui au départ n'était qu'un simple étiquetage subit finalement une transmutation en un outil mathématique @(r,t) de description probabiliste prévisionnelle, qui me sera fort utile dans la suite de mes relations, physiques autant que virtuelles, avec Mme A. Ce sera en quelque sorte la fonction d'onde de l'amour de Mme A pour moi. L'opacité qui sépare le supposé niveau virtuel des sentiments "en soi" et mon propre niveau de perception et d'action est - en ce sens - levée. Une structure descriptionnelle prévisionnelle et vérifiable a été mise en place.

On voit cependant que la question naïve que, en tant qu'amoureux de Mme A, je pouvais me poser : son amour pour moi existe-t-il vraiment, ne peut pas être résolue au fond vu que cet amour n'est pas un objet extérieur à moi dont je pourrais faire le tour et que je pourrais décrire objectivement. Tout au plus pourrais-je dire qu'il s'est formé une relation imbriquée entre elle, moi et les instruments de communication que nous utilisons, chacun des éléments influant sur les autres et sur lui-même à chaque fois que se pose la question de mesurer cet amour. Mais si je voulais creuser davantage, je serais obligé de me poser la question de ce qu'est la conscience que j'ai de cette situation, et la façon dont elle interagit avec celle de Mme A via nos instruments d'échanges.

* Les phrases en italiques sont directement transposées du texte de l'article.

Nous renvoyons à la suite de l'article de Mme Mugur Schächter pour l'examen des conséquences épistémologiques de l'application du formalisme quantique. Rappelons d'abord, si cela est nécessaire, que l'exemple ludique que nous avons choisi de développer n'intéresse pas la physique quantique. Tout au plus pourrait-on avancer qu'il se rapproche approximativement de la question des échanges d'informations entre humains, et des contenus de significations qui sont derrière les communications langagières.

Ceci dit, on peut, là comme dans tous les autres domaines de connaissances, retrouver la problématique du constructivisme face au positivisme, ou du réalisme instrumental face au réalisme des essences. L'article de Mme Mugur Schächter, à partir de sa page 12, aborde directement cette question, que l'on retrouve en permanence derrière les questions que se posent les philosophes et certains scientifiques eux-mêmes à propos de l'hypothétique réalité en soi des "objets" quantiques définis par leur fonction d'onde : nous serions en présence d'un réservoir de potentialités relatives d'actualisation et de l'ensemble de leurs probabilités, chacune posée égale à la probabilité quantique observationnelle correspondante, réservoir qui constitue l'invariant ontologique associé à l'objet quantique observé.

L'article, comme surtout la propre contribution de Mme Mugur-Schächter au livre qu'elle a co-édité avec A. van der Merwe, développe bien d'autres considérations que nous ne commenterons pas ici. Nous y reviendrons ultérieurement de façon, espérons-le, plus réfléchie, en reprenant ce thème de la construction du réel, dans l'optique élargie proposée par David Deutsch (voir notre fiche de lecture du livre de cet auteur: L'étoffe de la réalité. http://www.automatesintelligents.com/biblionet/2004/jan/deutsch.html

Note
(1) Mme Mugur-Schächter que j'avais consultée à propos de la pertinence de cet exemple, a eu la gentillesse de me répondre ceci: "Votre article m'a étonnée et il m'a fait, bien entendu, un grand plaisir. Je vous en remercie. Savez-vous que, à ce jour, je n'ai pas pu encore me former une opinion stable concernant l'applicabilité de ma "méthode de conceptualisation relativisée", aux entités psychiques ? Mais la lecture de votre exemple "paraphrasant" vient de me convaincre d'un fait qui est loin d'être trivial : la méthode s'applique bel et bien aux simulations d'entités psychiques, qui, bien qu'elles ne soient pas elles-mêmes des faits psychiques, peuvent établir un pont pragmatiquement très intéressant vers l'immense domaine de ces faits ".

Pour en savoir plus

Le réseau européen Intelligence de la complexité

Les promoteurs du réseau européen Intelligence de la complexité (RIC) le présentent ainsi :
" Le RIC s'est auto-constitué depuis le Colloque de l'Université des Nations Unies " Sciences et pratiques de la complexité " (Montpellier, France, 1986), à l'initiative
- de l'Association européenne du Programme Modélisation de la Complexité (AE-MCX),
- et de l'Association pour la Pensée Complexe (APC),
constituées dans les années suivantes.
Ce réseau qui s'exprime aujourd'hui principalement par le site www.mcxapc.org se construit sur le projet civique du développement de " l'Intelligence de la Complexité " (titre de l'ouvrage d'Edgar Morin et Jean-Louis Le Moigne, L'Harmattan 1999) dans nos Cultures, et donc dans toutes nos pratiques (enseignement et recherche tout autant que responsabilités professionnelles, administratives ou politiques).
" L'Intelligence de la Complexité, pour Comprendre, c'est à dire pour Faire " se forme par l'organisation dialectique des expériences se transformant en (et transformées par) " Science avec conscience " (Titre de l'ouvrage d'Edgar Morin, Ed. du Seuil, coll. Point 1990) des responsables d'organisation interagissant avec des enseignants et des chercheurs scientifiques.

L'Association du PROGRAMME EUROPEEN MCX "MODELISATION DE LA COMPLEXITE"

Le Programme européen MCX www.mcxapc.org a émergé à la fin des années quatre vingt de la rencontre d'universitaires, de scientifiques et de responsables d'organisations (entreprises et administrations) principalement européens et francophones se proposant de coopérer avec intelligence dans une commune attention aux multiples complexités que rencontrent les sociétés contemporaines.
Attention activée par la volonté de relier - et non plus de séparer - le comprendre et le faire, les connaissances et les pratiques, la réflexion et l'action, au sein d'un projet culturel, civique et pragmatique de développement des Nouvelles sciences d'ingénierie des systèmes complexes.
Plutôt que d'attendre que les institutions sociales se réforment miraculeusement, il s'agit de témoigner, de confronter nos innombrables et diverses expériences professionnelles et civiques, avec modestie, sans arrogance, mais avec une "obstinée rigueur, comprendre pour faire et faire pour comprendre".
Le programme européen MCX coopère en parfaite symbiose avec l'Association internationale pour la Pensée Complexe, APC. www.mcxapc.org

L'Association internationale pour la pensée complexe

L'Association pour la pensée complexe, fondée par Edgar Morin, se propose de fonctionner à la manière d'un catalyseur,, ses vocations étant aujourd'hui :
-de contribuer à la promotion d'une pensée complexe dans tous les domaines de la société et de la connaissance afin d'aider les sociétés à répondre aux défis défi de la complexité que rencontre la "Terre-Patrie"
- de stimuler et susciter dans le plus grand nombre possible d'institutions, de cercles, de groupes. Des initiatives de recherches et d'animation des réflexions collectives sur l'action humaine en situation complexe.
d'œuvrer à l'insertion de la pensée complexe dans l'éducation, la formation, la recherche, les stratégies, les programmes.
- d'établir des relations en réseau avec les associations, les équipes universitaires, les groupes et les personnes dans le monde qui s'attachent au développement de la pensée complexe dans les cultures et les enseignements, en tirant parti notamment des multiples ressources permises par les communications et les documentations permises sur les toiles Internet.
Pour ce faire, l'APC a publié un annuaire intercontinental de la pensée complexe qui sera prochainement mis à jour.
Depuis leur formation, l'APC et le Programme européen MCX oeuvrent ensemble. Cette route commune s'est concrétisée à partir de 1997 par des publications "Chemin-Faisant" et par la co-animation du Site Web www.mcxapc.org
Ce réseau entretient des ateliers et publie des documents de travail. Par ailleurs, il a favorisé la publication d'un certain nombre d'ouvrages en rapport avec son objet dont on trouve la liste à la page http://ns3833.ovh.net/%7Emcxapc/ouvrages.php


Table des matières de Proposals for a Formalized Epistemology

· Preface
· Introduction
· Part one : Preliminary Explorations : What, Why, How ?
1. Francis Bailly : Remark About the Program for a Formalized Epistemology
2. Hervé Barreau : Formalized Epistemology in a Philosophical Perspective
3. Michel Bitbol : Formalized Epistemology, Logic and Grammar
4. Michel Paty : Epistemic Operations and Formalized Epistemology : Contribution to the Study of the Role of Epistemic Operations in Scientific Theories
5. Francis Bailly, Michel Bitbol, Mioara Pugur-Schächter, Vincent Schächter (interlocutors) : Mathematical Physics and Formalized Epistemology : Debate with Jean Petitot
6. Robert Vallée : On the Possibility of a Formalized Epistemology
· Part two : Constructive Contributions
7. Mioara Mugur-Schächter : Quantum Mechanics Versus a Method of Relativized Conceptualization
8. Robert Vallée : Mathematical and Formalized Epistemologies
9. Elie Bernard-Weil : Ago-Antagonistic Systems
· Part three : Further Explorations
10. Evelynee Andreewsky : Complexity of the "Basic Unit" of Language : Some Parallels in Physics and Biology
11. Francis Bailly : About the Emergence of Invariances in Physics : from "Substantial" Conservation to Formal Invariance
12. Michel Bitbol : Form and Actuality
13. Michel Paty : To Suspended Informal Time
14. Giuseppe Longo : The Constructed Objectivity of the Mathematics and the Cognitive Subject
15. Vincent Schächter : On Complexity
· Appendix : Biographical Notes
· Author and Subject Index

 

 

Retour au sommaire