Retour au sommaire
Démocratie
Les
sources de la puissance américaine
par Jean-Claude Empereur
15/03/04 |
Ces
schémas et les commentaires qui l'accompagnent sont
destinésà documenter certains des exposés
qui sont prévus lors du Colloque "Indépendance
de l'Europe et souveraineté technologique" des
28 et 29 avril 2004 (http://www.europe-puissance-scientifique.org).
Ajoutons,
pour rendre ces schémas plus proches encore de l'actualité,
notamment le schéma 1, que l'Administration américaine
est en train de développer différents réseaux
intelligents d'interconnexion entre les calculateurs et systèmes
d'information des organismes cités. Il s'agit d'abord
de mettre en commun les connaissances scientifiques et politiques,
mais aussi de mener certaines actions bien précises,
comme la lutte contre le terrorisme. On mesure le pas qu'il
faudra franchir en Europe pour mettre en place un tel système
d'intelligence globale concernant nos pays, quand on sait
par exemple que la cooopération informatique entre
la police et le gendarmerie, en France, a demandé des
années avant d'être mise à l'étude.
A.I.
LE
RÉSEAU AMÉRICAIN
DE SOUVERAINETÉ TECHNOLOGIQUE

Voir
le schéma agrandi
Le
schéma présenté ici ne prétend
pas établir une cartographie systématique
du réseau de puissance technologique américain.
Il a pour objectif de susciter des réactions et un
débat. Il n’est d’ailleurs pas exhaustif
et mériterait de longs commentaires.
Les États-Unis
ont clairement affiché une politique visant à
maintenir en permanence un écart technologique («
technological gap ») décisif entre eux et le
reste du monde, l'Europe en particulier. Cette politique destinée
à imposer la souveraineté technologique américaine
à la planète entière vise un double objectif
: garantir la sécurité, promouvoir un modèle
de société.
Le président
Clinton avait naguère résumé cette politique
dans une formule saisissante «shaping the world,
shaping the mind» (façonner le monde, façonner
les esprits).
D’un
point de vue américain, cette politique est parfaitement
légitime. Il serait vain pour les Européens
de contester la légitimité de celle-ci. Elle
est très cohérente et virtuellement planifiée
alliant, au moyen d’un réseau solide et maillé,
innovation technologique (via les grandes agences publiques
: NASA, DARPA, etc…), moyens financiers (CARLYLE,
TPG, IN-Q-TEL, la très originale filiale de capital-risque
de la CIA) : renseignement et intelligence économique
(NSA, CIA, ECHELON, etc..) influence politique et culturelle
(CNN, HOLLYWOOD, RAND CORPORATION, etc..).
Cette
conception très volontariste n’est pas propre
à l’entourage républicain et ultra-conservateur
de G.W. Bush, elle est aussi entièrement partagée
par les Démocrates.
Ses
racines plongent dans une histoire américaine très
imprégnée de messianisme…
Une
puissance économique inégalée accompagnée
d’une très grande créativité
technologique, en même temps que le sentiment diffus
d’une menace globale et permanente, permettent et
justifient le développement d’instruments technologiques
à vocation planétaire d’une très
grande efficacité ainsi que des institutions chargées
de les mettre en œuvre. Tout ceci explique la force,
la cohérence et la dynamique du système décrit
dans ce schéma.
Le
réseau de souveraineté technologique ainsi édifié,
en intégrant chaque jour un peu plus étroitement
ses différentes composantes, évoque l’image
d’un «parallélogramme des forces»
dont la résultante (flèche pointillée)
est particulièrement dynamique et affirmée.
Face
à cette situation qu’ils doivent connaître
pour l’aborder sans complexe, les Européens
ont à définir et mettre en œuvre leur
propre stratégie de souveraineté technologique.
C’est un impératif politique absolu et urgent.
Glossaire
NSF (sciences), DARPA (défense), NASA (espace), NEOA
(climat), NIH (santé), EPA (environnement) KKR, CARLYLE,
TPG, PALADIN (fonds d’investissement orientés pour
une large part vers les activités sensibles), IN-Q-TEL
(filiale de la CIA).
Longhorn, Carnivore, Log-Life : exemples de logiciels tournés
notamment vers le traitement ou l’intégration de
données sensibles. Le réseau ECHELON pourrait
également figurer en bonne place dans ce tableau.
LES
SPHÈRES DE LA PUISSANCE AMÉRICAINE

Ce schéma, bien que géostratégiquement
réaliste, présente néanmoins une dimension
quelque peu allégorique. D’une certaine manière,
il illustre ce que H. G. Wells appelait le «point de
vue de l’aviateur et du grand aéroplane».
Le
«space power» fait partie intégrante de
la stratégie américaine de «monitoring»
en temps réel de la planète. Au fil des générations
et des possibilités offertes par l’évolution
des technologies, il s’étend depuis plusieurs
décennies par sphères concentriques.
Il
prend une dimension supplémentaire avec la militarisation
de l‘espace décidée par l’administration
Bush.
Le
discours de G.W Bush incitant les Américains à
se lancer dans l’exploration de Mars et à se
réinstaller sur la Lune, montre à quel point
les Américains sont persuadés que la compétition,
voire les affrontements de demain, auront l’espace pour
enjeu. De ce point de vue, le succès du premier vol
chinois habité peut être considéré
comme un signe comparable à celui donné par
le lancement du premier spoutnik soviétique.
Si
L’Europe veut se maintenir dans la course, elle doit
poursuivre et afficher clairement sa politique spatiale. La
mise en œuvre de Galileo est, à ce titre, une
excellente nouvelle. Espérons que bientôt le
lancement du projet Aurora piloté par l’Agence
Spatiale Européenne, lui aussi destiné à
l’exploration de Mars, soulèvera l’enthousiasme
des jeunes Européens en leur montrant que la science
et la technologie, et plus particulièrement celles
qui permettent l’accès à l’espace,
sont les grandes aventures de demain et que la Vieille Europe
peut leur offrir de belles perspectives d’épanouissement.
Retour au sommaire