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Article
ITER
: un défi technologique pour la robotique de maintenance
par Christophe Jacquemin
30/01/04
On
devrait connaître fin février le lieu final d'implantation
d'ITER, décision donnant encore
lieu aujourd'hui à d'âpres négociations
entre les pays partenaires (voir
notamment notre article du 21/12/2003). Alors qui hébergera
ce projet visant à démontrer la
faisabilité scientifique et technologique de la production
d'énergie par la fusion des atomes ?
La France, dont le site de Cadarache a reçu le soutien
de l'Europe, de la Chine et de la Russie, ou bien le Japon,
dont le site japonais de Rokkasho-Mura est soutenu bien sûr
par ce pays, mais aussi par l'Amérique et la Corée
du Sud ?
S'en tiendra-t-on à choisir entre les deux sites (ce
qui semble un peu difficile actuellement sachant que la décision
doit intervenir à l'unanimité) ou va-t-on finalement
procéder à un arrangement bancal en répartissant
le projet ça et là, l'affaiblissant d'autant
? A moins que l'on assiste au revirement d'une Europe qui,
forte de son expérience déjà acquise
en matière de fusion et consciente de l'enjeu fondamental
et économique - à long terme - que représente
ITER, décide finalement de claquer la porte des négociations
et de réaliser le projet chez-elle à Cadarache,
aidée en cela par la Chine et la Russie...
Quoi qu'il en soit, ITER est
un véritable défi technologique. Il s'agit en
effet de réaliser les bases scientifiques et technologiques
d'un futur réacteur à fusion, offrant un rapport
supérieur à 10 entre la puissance thermonucléaire
produite et celle injectée pour le chauffage(1).
Au final, ce prototype doit servir de base à la construction
d'un réacteur industriel. Même s'il s'agit d'une
machine expérimentale, on comprend que de nombreuses
sociétés seront impliquées dans la f
abrication
des ses composants, débouchant sur des avancées
technologiques, qu'il s'agisse de la fabrication de matériaux
à forte durée de vie résistants aux contraintes
thermiques et à l'irradiation (qualités assurées
par une superposition de matériaux, impliquant des
méthodes inédites d'assemblage) ou qu'il s'agisse
du développement de bobines supraconductrices à
faible consommation électrique, supportant des champs
magnétiques très élevés (problème
notamment de tenue mécanique à de tels champs),
avec un câblage pouvant encaisser plusieurs dizaines
de kiloampères...
Mais un autre défi
technologique est également à considérer,
assez peu souvent évoqué : celui de la robotique
de maintenance.
La machine ITER, soumise à rude épreuve, nécessitera
le remplacement de composants internes. Si, au départ,
les hommes pourront intervenir directement (pas d'utilisation
de tritium ni d'énergies trop élevées
au début des essais), il n'en sera plus de même
après plusieurs années de fonctionnement. Et
là, il n'y aura
que
les robots pour intervenir au sein d'un milieu hostile constitué
de matériaux chargés des neutrons issus de la
réaction de fusion. Ainsi, certains de ces robots -
dont les composants mécaniques et électroniques
devront être capables de résister à la
température et aux radiations - seront spécialement
conçus pour réaliser des inspections(2),
d'autres pour assurer la maintenance en manipulant des pièces
(quelquefois très lourdes) à l'intérieur
de l'enceinte - voire intervenir à l'intérieur
de la tuyauterie pour assurer la maintenance des circuits
de refroidissement - avec opérations de découpe
ou de soudage si nécessaire... Robots qui par ailleurs
ne devront laisser aucune impureté dans les endroits
où ils seront allés, sous peine de diminuer
les performances du plasma à cause d'un amoindrissement
de la pureté de l'atmosphère dans l'enceinte.
Outre la fiabilité
à toute épreuve des robots, on imagine aussi
l'importance à apporter à la conception de l'interface
homme/machine permettant aux opérateurs de les manier...
Comment assurer de la télémanipulation dans
certaines zones de la chambre du réacteur qui ne permettront
pas le retour d'images vidéos à cause d'un niveau
élevé de radiations ? La solution consistera
à recréer l'image en réalité virtuelle
de l'espace où intervient le robot, et donc une interface
spécifique pour la supervision de l'ensemble des opérations.
On imagine alors aussi l'importance des développements
à réaliser en matière d'haptique, gage
de mouvements les plus précis de manipulation pour
les opérateurs humains.
Notes
(1)
La puissance thermonucléaire prévue est de 500
MW pendant 400 secondes. Seront aussi mis en oeuvre des temps
plus longs, mais avec un rapport de 5 entre puissance produite
et puissance injectée. 
(2) Un prototype modulaire, baptisé
IVP (In-Vessel Penetrator) est à l'étude. Propulsé
par des moteurs électriques, il mesure quelque 8 mètres
de long et 15 cm de diamètre. Ses cartes embarquées
utilisent la technologie HCmos développée par
les militaires. La lubrification mécanique fait appel
à des solutions à base de téflon (résistante
aux radiations et non polluante). Les essais devraient être
réalisés au Japon. 
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