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WebFountain ou comment ceux qui ont l'argent peuvent rendre le web intelligent
JPB/CJ 25/01/04

En jaune, les informations non structurées telles qu'elles apparaissent sur le web. Grâce à des "annotateurs", elles sont transformées en un format uniforme  et structuré , permettant leur traitement - Cliquer sur l'image pour l'agrandir)
En jaune, les informations non structurées telles qu'elles apparaissent sur le web.
Grâce à des "annotateurs", elles sont transformées en un format uniforme et structuré, permettant leur traitement.

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Le web mondial se compose de milliards de textes de toutes formes, toutes origines et tous contenus. Depuis longtemps, les chercheurs s'efforcent de donner à ceux qui souhaitent retrouver une information des outils efficaces pour ce faire. Mais la tâche semblait impossible. Les meilleurs outils connus, c'est-à-dire les moteurs de recherche, se bornent à orienter la requête vers une petite sélection de documents contenant les mots objets de la recherche tels que précisés par le demandeur. Le moteur peut analyser, pour chaque requête, des millions de documents en quelques secondes. Mais il n'en restitue que quelques dizaines. C'est souvent déjà trop pour celui qui a posé la question, notamment parce que le moteur ne sait pas faire la différence entre les mots pertinents et ceux qui ne le sont pas. Si vous vous intéressez à hot-dog, vous ne vous intéressez ni à hot ni a dog. Les opérateurs booléens facilitent la sélection, mais le résultat reste très approximatif.

Aujourd'hui, IBM propose une solution permettant à des ordinateurs d'entrer dans le contenu des informations en ligne et de restituer avec, paraît-il, une grande sûreté, tous les documents susceptibles de concerner une recherche donnée : analystes économiques et financiers, observateurs politiques, vendeurs de données et, bien évidemment (encore que cela ne soit pas dit), services de renseignement et de police. Les services seront vendus (voir ci-dessous), ce qui veut dire que seules les entreprises ou les administrations riches pourront en bénéficier.

Avec IBM, les solutions ne sont jamais simples ni réparties. La firme a mis en place un énorme complexe de processeurs, routeurs, disques et logiciels, occupant la superficie d'un demi-terrain de football. Le système est appelé WebFountain. Il sera mis en service en coopération avec l'entreprise Factiva de New-York, dont le métier est de vendre des informations économiques. Le projet emploie 120 personnes et coûte plus de100 millions de dollars. Il est localisé à l'IBM Almaden Research Center de San Jose. On peut se poser la question de savoir si des réseaux d'analyse plus légers fonctionnant en Grid sur le mode des systèmes multi-agents adaptatifs pourraient rendre les mêmes services. Mais se poser la question n'est pas y apporter une réponse opérationnelle.

Comment les documents sont-ils analysés ? Ceux-ci n'étant dans leur écrasante majorité pas composés de données préalablement structurées, telles que résultant de l'emploi de XML, le système doit convertir tout ce qu'il reçoit en un format qui permette leur analyse automatique. Pour cela des programmes dits "spider" ou "crawler" parcourent le web et archivent les pages qu'ils rencontrent dans des bases de données, qui occupent 160 terabits d'espace disque. Le web tout entier est parcouru en 1 semaine, mais les échanges plus épisodiques, tels que ceux hébergés sur des blogs ou produits dans des Chats, le sont quotidiennement. Les données sont ensuite transférées dans le cluster des processeurs centraux de WebFountain où ils sont soumis à l'analyse de 40 programmes appelés "annotators". Chacun des annotateurs recherche dans le document analysé les mots ou phrases qu'il peut reconnaître, qu'il identifie en cas de succès par un tag XML. Les annotateurs sont spécialisés par type de recherche.

Les documents une fois labellisés (ce qui peut multiplier leur longueur par 10) sont stockées dans des bases de données où ils sont soumis automatiquement à des procédures de data mining ou fouille de données, en fonction des informations recherchées. Certains annotateurs sont suffisamment complexes pour inférer le sens ou la signification des documents qu'ils analysent, si bien que ces derniers sont mémorisés dans des bases de connaissances (Knowledge bases) lesquelles peuvent ou non être mises à la disposition du public ou des clients payants. D'autres restent la propriété d'IBM et de ses partenaires privilégiés - par exemple ceux qui concernent la pétrochimie ou l'industrie pharmaceutique. Bien d'autres procédures utilisant l'intelligence artificielle permettent de faire la chasse aux ambiguïtés, rechercher les liens qu'un document ou un site entretient avec les autres et plus généralement fournir à la demande des diagnostics fins. On comprendra mieux le processus d'ensemble en grossissant l'image ci-dessus (source IEEE).

Le matériel informatique constituant le cœur de WebFountain voit sa puissance augmentée tous les 9 mois. Les promoteurs du système veulent en effet faire face à l'augmentation de la demande venant des grandes entreprises, cherchant à analyser leur image, connaître les activités et produits de la concurrence, réaliser rapidement des études de marché. Le service sera fourni par abonnement, dans un premier temps par Factiva, pour un coût variant entre 150 000 et 300 000 dollars par an. Tout ceci laisse espérer que WebFountain deviendra très rapidement incontournable dans le monde économique et, plus généralement, permettra à ses heureux utilisateurs de trouver dans l'univers du web l'intelligence que celui-ci, laissé à lui-même, ne peut fournir.

Le lecteur conclura de lui-même cette courte présentation. Les entreprises bénéficiant des services de WebFountain prendront sur les autres des avances qui risquent d'être définitives. Cela ne pourra que favoriser les firmes déjà riches et dominantes. Mais il faudrait être bien naïf pour penser qu'un tel système fonctionnera en toute transparence. La guerre économique étant ce qu'elle est, les entreprises américaines seront certainement "mieux servies" que leurs concurrentes du reste du monde. Quant aux usages qui seront faits du système en vue du renseignement (sous prétexte de lutte contre le terrorisme), il n'est pas nécessaire de faire un dessin. Il faut bien se persuader que tout document, y compris celui-ci qui vient d'être écrit, entrera dans le système, sera analysé, classé, utilisé et possiblement détourné sans évidemment que les auteurs n'en sachent rien.

Comme toujours, les optimistes diront que rien dans la démarche d'IBM et de ses soutiens n'est nouveau, que le web sera de plus en plus touffu et inanalysable, que les firmes européennes, de toutes façons, doivent s'en méfier. C'est possible, mais ce qui nous apparaît, peut-être à tort, c'est l'importance et la concentration des moyens rassemblés par le projet WebFountain. Nous ne connaissons pas les technologies déjà mises en oeuvre par les Etats-Unis dans le cadre de la guerre économique et la lutte contre le terrorisme, mais ce projet, de toutes façons, leur apportera un plus qu'il ne faut pas négliger.

Pour en savoir plus
Lire l'article de IEEE dont nous nous sommes inspirés pour rédiger cette note : http://www.spectrum.ieee.org/WEBONLY/publicfeature/jan04/0104comp1.html
Factiva : http://www.factiva.com/


Comment concevoir une usine à fabriquer des nano-objets moléculaires (nano-factory)
JPB 25/01/
04

On sait qu'aux Etats-Unis les nanotechnologies moléculaires font l'objet de débat dans le monde des nanosciences. Si certains estiment leur avènement encore hors de portée, d'autres pensent le contraire et voudraient voir financer des recherches. Rappelons-le, les nanotechnologies moléculaires concerneront les nano-objets capables de se reproduire comme des organismes vivants. Ils seront fabriqués dans des nano-usines (nano-factories) qui "assembleront" des molécules matérielles, le cas échéant en synthèse avec des molécules vivantes, afin de produire automatiquement de grands quantités de produits finis, à partir de programmes définis à l'avance compte tenu du résultat recherché. La science-fiction a déjà imaginé que le processus pourra échapper à ses inventeurs (voir par exemple La Proie, de Michael Crichton, roman paru chez Robert Laffont en septembre dernier).

C'est dans la conception de ces nano-factories que réside tout l'avenir de cette technologie. Le pays ou le groupe de personnes qui auront mis au point la meilleure technique de fabrication gagnera la bataille des nanotechnologies. Certains pensent que la Darpa y travaille secrètement pour le ministère de la défense américain. D'autres vont même jusqu'à soupçonner des Etats ou des mouvements terroristes de s'y essayer.

Mais la tâche n'est pas facile. Ceux qui s'intéressent au sujet trouveront un long article (que nous pensons pertinent, mais sans pouvoir le garantir) de Chris Phoenix, directeur de recherche au Center for Responsible Nanotechnology (voir notre article). Ce document a été publié dans le Journal of Evolution and Technology http://www.jetpress.org/volume13/Nanofactory.htm ) et repris par le KurzweilAI-net (voir http://www.kurzweilai.net/meme/frame.html?main=/articles/art0607.html).
Tous ceux qui imaginent que les nanotechnologies se résument aux nanotubes de carbone ont intérêt à étudier ce texte attentivement. Mais qui se préoccupe de ces questions dans notre beau pays?


Les futurs super-ordinateurs du département de la défense américain
JPB 25/01/04

La Darpa, agence de recherche du département américain de la défense, a passé un contrat de 4,5 millions de dollars au Los Alamos National Laboratory pour étudier l'architecture, les composants et les logiciels des futurs super-ordinateurs dont aura besoin le DOD. En 2008, celui-ci voudrait disposer de machines capables de réaliser 1 million de milliards d'opérations par seconde, soit 1 petaflop. L'équipe en charge de l'étude vient d'éliminer un gros bug qui génait le fonctionnement de l'ordinateur de Los Alamos dit Q, le second du monde en puissance. Elle a reçu en 2003 le prix de la meilleure publication au Supercomputing Conference.

Ceci montre bien que, tant que l'Europe n'aura pas de telles machines, conçues par de telles équipes, il lui sera vain de tenter de s'aligner sur les Etats-Unis, que ce soit dans le domaine civil ou dans le domaine militaire. Mais nous n'avons plus de De Gaulle pour s'en rendre compte et lancer un nouveau Plan Calcul.

Pour en savoir plus :
Defense Advanced Research Project Agency : http://www.darpa.mil/ipto/programs/hpcs/index.htm


En route vers la société Transhumaniste ou Posthumaniste
JPB 25/01/04

Le réseau d'information de Ray Kurzweil publie, conjointement avec The Village Voice, un article du journaliste scientifique américain Erik Baard relatant un débat qui s'est tenu en 2003 à Yale University sous le titre Should Humans Welcome or Resist Becoming Posthuman? Ce débat faisait partie de la Conférence 2003 de la World Transhumanist Association. Nous invitons nos lecteurs à lire l'article, très riche en informations diverses. Ensuite, ils pourront se demander si en France pourrait exister une Association comme la WTA, si elle pourrait être accueillie par une grande université et si ses travaux pourraient faire l'objet d'articles de presse autres qu'ironiques ou alarmistes. Notons qu'en Europe, divers pays abritent des correspondants nationaux de la WTA, comme l'indique le site de celle-ci.

Pour en savoir plus
Article de Erik Baard : http://www.kurzweilai.net/meme/frame.html?main=/articles/art0611.html
World Transhumanist Association :http://www.transhumanism.org/


Deuxième édition du Traité de la réalité virtuelle
JPB 25/01/04

Traité de la réalité virtuelle (en deux volumes)On connaissait la première édition de ce traité*, produit par un collectif encadré par Philippe Fuchs et Guillaume Moreau, et publié avec le soutien de l'Ecole des Mines de Paris. Il vient de faire l'objet d'une seconde édition considérablement mise à jour compte tenu des enrichissements permanents que présentent la théorie et la pratique dans le domaine de la réalité virtuelle. On tend à limiter celle-ci à certaines applications où les sens de l'homme ne peuvent intervenir directement. Ou bien on en fait l'outil de jeux et de spectacles. Mais les perspectives sont infiniment plus vastes, comme on le constatera en lisant le livre. Encore se trouvera-t-il des enthousiastes pour trouver que les auteurs modèrent un peu leur imagination. On verra en lisant la critique que nous consacrons dans ce numéro au livre de David Deutsch, L'étoffe de la réalité, que certains physiciens en font un des modes principaux de construction du cosmos en cours de complexification.

*Voir notre actualité du 19/04/2002

Pour en savoir plus
Présentation du livre et téléchargement http://caor.ensmp.fr/interlivre/index.php
Voir à titre d'exemple un article sur le Massively Multiplayer Simulation for Asymmetric Warfare développé aux Etats-Unis pour l'entrainement des militaires http://www.mt2-kmi.com/articles.cfm?DocID=358
Voir aussi Sodarace, un jeu réalisé par des chercheurs britanniques où les humains et les bêtes virtuelles s'affrontent http://sodarace.net/index.jsp


Succès remarquable de l'océanographie française
JPB/CJ 18/01/
04

Le robot sous-marin Scorpio  © France TelecomIl faut saluer l'exploit que représente la récupération, en un temps record, par le robot Scorpio 2000* de France Télécom marine, piloté à partir du navire Ile de Batz, des deux boîtes noires du Boeing de Flash Air line. Il s'agissait d'une exploration visuelle entre 600 et 800 mètres de fond, dans une zone prébalisée approximativement par des bouées sonar de la marine. L'exploit est aussi le fruit de la compétence des hommes à bord du navire de l'Ifremer Beautemps-Beaupré qui a coordonné les recherches. Le robot Super-Achille de la société maritime privée d'exploration sous-marine COMEX était aussi prêt à intervenir. On peut en profiter pour regretter les réductions budgétaires aussi importantes que subites qui frappent actuellement ce secteur de l'océanographie, où la France s'est taillée une place remarquable face aux gros moyens déployés par la marine américaine.

*D'un poids de 3,4 tonnes, ce sous-marin téléguidé équipé de bras manipulateurs articulés peut récupérer des poids allant jusqu'à 500 kg. Très précis, il peut également récupérer de petits objets. Ses bras peuvent également découper. Sept personnes sont nécessaires pour la manipulation de l'engin, équipé de plusieurs caméras reliées au navire. A bord plusieurs moniteurs de TV permettent de suivre et d'enregistrer l'évolution de l'engin.


Des robots militaires destinés à jouer les mulets
JPB 14/01/04

Il s'agit de donner une version moderne aux antiques mulets utilisés jadis par les troupes alpines de la vieille Europe pour faire franchir le Saint Gothard à des pièces de 75 et autres impedimenta. C'est le TACOM Tank-automotive and Armaments Command, dépendant du ministère américain de la défense, qui fait étudier l'équivalent de mulets ou de chiens de montagne, susceptibles d'aider les fantassins à porter les 50 kg que représente leur charge habituelle en opération. Un contrat de 2.25 millions de dollars vient d'être attribué pour cela à deux firmes robotiques.

L'objectif plus général du DOD est de s'inspirer de la nature, où l'on n'avait jamais remarqué d'animaux à roues, mais plutôt à 4 pattes, voire 6 à pattes. L'enjeu n'est pas évident car un robot de cette taille doté de jambes constitue un système lourd et fragile, contrairement à un robot-cafard ou un robot-chenille, dont les militaires espèrent par ailleurs faire une forte consommation.

On peut penser cependant que de tels robots pourront aussi s'aventurer sur la Lune ou Mars, dans le cadre des missions d'exploration robotisées annoncées par le président Bush dans son programme spatial.

Pour en savoir plus
TACOM www.tacom.army.mil/main/

Confirmation du programme spatial américain visant la Lune et Mars
JPB 14/01/04

Comme prévu, le Président Bush a présenté, du siège de la Nasa, le 14 janvier 2004, le nouveau programme spatial qu'il propose à la nation. Celui-ci comporte deux grandes phases : une réoccupation plus ou moins permanente de la Lune à partir de 2015, précédée de l'envoi de missions robotiques d'ici 2008 - l'envoi d'une mission habitée sur Mars une dizaine d'années après, elle-aussi précédée d'explorations robotisées dont le succès récent de Spirit ne constitue qu'un modeste précurseur.
A cette fin, dans l'immédiat, la Nasa devra développer un vaisseau sur le modèle de l'ex-capsule Apollo (Crew Exploration Vehicle). Elle aura plusieurs usages : servir de capsule de sauvetage, envoyer des hommes dans l'espace proche, permettre l'exploration de l'espace profond. Les navettes seraient retirées du service d'ici 2010, et la Station Spatiale Internationale verrait son rôle réduit.
Ce programme devrait coûter sur 5 ans $12 mds, dont 11 mds proviendraient d'économies réalisées par la Nasa sur ses programmes actuels, ou permis par une amélioration de la gestion de l'Agence. Le coût total d'un programme Mars est évalué, très approximativement, à $60 mds, qui répartis sur 30 ans, entreraient sans difficultés dans le budget de la Nasa, qui est actuellement de $15,5 mds, augmenté de $1 md dans les 5 prochaines années.
Une Commission sera créée, présidée par l'ancien secrétaire à l'Air Pete Aldrich, pour établir un rapport précisant la mise en œuvre de cette nouvelle "vision".

Voir Communiqué de la Nasa http://www.nasa.gov/missions/solarsystem/bush_vision.html et tableau budgétaire http://www.nasa.gov/pdf/54873main_budget_chart_14jan04.pdf

Voici rapidement quelques commentaires :

- Nombre d'observateurs européens doutent de la sincérité de l'annonce, présidentielle, qui serait motivée uniquement par les échéances électorales : George W. Bush s'insérerait ainsi, pour l'opinion, dans la lignée glorieuse de John Kennedy, ouvrirait des perspectives technologiques qui ne peuvent que plaire à l'industrie et finalement, ferait oublier les difficultés de la "démocratisation" de l'Irak. Mais il ne s'agirait que de promesses qui seront vite oubliées. Ils en concluent qu'il n'y a pas lieu de s'inquiéter, le rapport de force entre la suprématie technologique et scientifique américaine et le reste du monde n'en sera pas modifié. Ces observateurs avisés oublient une chose, c'est que le projet Mars, comme beaucoup d'autres grands programmes américains, a été délibérément conçu par des stratèges qui voient loin et font tout ce qu'ils peuvent pour maintenir et renforcer cette suprématie technologique et scientifique, dans tous les domaines. Le projet Mars sera pour ce faire une excellente locomotive. Au plan purement spatial, l'opération, telle qu'elle est identifiée dans le jargon politique américaine est sans ambiguïté : Renewed U.S. space dominance. Il s'agit donc bien de domination. Elle montre clairement au monde que la voie du spatial, maintenant et pour tout le siècle, sinon plus tard, sera explorée par les Américains qui se seront unilatéralement attribué le titre d'ambassadeurs de l'humanité tout entière.

- D'autres observateurs, ou les mêmes, font observer que si, éventuellement, il s'agissait de renforcer la suprématie américaine, ce serait en vue d'une future confrontation USA-Chine, et non dans l'objectif de rabaisser l'Europe. Peut-être, mais tout le monde sait que ce que les Etats-Unis supporteraient le plus mal en ce moment, serait de voir l'industrie aéro-spatiale européenne, qui les agace profondément, renforcée par un projet Mars européen. Ils doivent donc occuper le terrain martien, si l'on peut dire.

- Plus prosaïquement, le projet Mars ne sera possible que si la Nasa réforme profondément ses méthodes industrielles et de gestion. Il s'agit d'un objectif essentiel qui serait difficilement envisageable si l'administration ne mettait pas une forte pression sur l'Agence.

- Dans le cadre de cette réforme, l'abandon ou la mise en sommeil des ruineux programmes hérités de la décennie dernière, navettes et l'ISS, pourrait se faire sans choc dans l'opinion, un programme plus grandiose prenant le relais. Tant pis pour les Japonais et les Européens qui avaient investi dans la réalisation de modules scientifiques devant s'intégrer à l'ISS. Ils pourront toujours faire appel aux Soyouz...

- Cependant, dans la perspective d'une action politique visant à soutenir l'indépendance de l'Europe en renforçant ses ambitions technologiques et scientifiques, l'annonce de George W. Bush peut avoir du bon. Un programme Mars européen indépendant de celui des Etats-Unis apparaîtra de plus en plus justifié. Les budgets réévalués par la Nasa deviennent abordables pour l'Esa, d'autant plus que celle-ci est réputée bénéficier d'une gestion bien plus rigoureuse. Par ailleurs, les acquits de nos industries européennes de l'aéronautique et de l'espace, comme ceux d'autres industries (nucléaire par exemple pour la fourniture de moteurs atomiques destinés aux fusées, ou robotique pour la réalisations de robots autonomes), sans avoir l'importance de ceux immédiatement disponibles pour la Nasa, sont loin d'être négligeables. Enfin, l'effet d'entraînement d'un tel programme Mars européen sur l'ensemble des sciences et technologies concernées serait considérable, à une époque où la croissance européenne se languit.

Pour en savoir plus
Le projet Aurora de l'ESA : http://www.esa.int/export/esaMI/Aurora/
Voir aussi More about Aurora :
http://www.esa.int/export/SPECIALS/Aurora/SEMZOS39ZAD_0.html
On consultera également le site très intéressant de la National Space Society France qui est très riche en données sur les programmes et outils spatiaux européens : www.nssfrance.fr.st
Rappelons enfin notre précédent éditorial.


Antoine Petit est nommé directeur du département STIC du CNRS
CJ/06/01/04

Antoine PetitAntoine Petit vient d'être nommé nouveau directeur du département scientifique des Sciences et technologies de l'information et de la communication (STIC), créé il y a trois ans au CNRS. Nommé le 1er janvier 2004 par Bernard Larrouturou -directeur général du CNRS-, il succède à cette fonction à Francis Jutand.

Rappelons que le département STIC, important pour le domaine de la robotique en France, s'appuie sur l'activité de 134 unités de recherche, structurées autour de quatre grands domaines disciplinaires : informatique et traitement de l'information ; système, signal et composant ; dispositifs et technologies micro et nano ; interactions humaines et cognition. Ses champs des recherches vont des composants aux logiciels, du traitement du signal au traitement des connaissances, des réseaux de communication aux interfaces homme-machine, des méthodes et outils de conception à la commande des systèmes.
Le STIC regroupe plus de 9000 personnes, dont 800 chercheurs CNRS, 3800 enseignants-chercheurs, 250 chercheurs d'autres organismes, 3700 doctorants ou post-doctorants et 1800 personnels ingénieurs, techniciens et administratifs.

Pour en savoir plus
Communiqué de presse du CNRS : http://www2.cnrs.fr/presse/communique/383.htm
Le site du département STIC : http://www.cnrs.fr/STIC/
Voir aussi, pour mémoire, notre interview de Francis Jutand (7 juin 2001) : http://www.automatesintelligents.com/interviews/2001/juin/f_jutand.html


Le rover MER-A (Spirit) est arrivé sans encombre sur Mars
CJ 04/01/04

Vue du cratère GusevMER-A (Mars Expedition Rover), le robot d'exploration de la NASA transporté par la sonde Spirit lancée le 10 juin 2003, s'est posé comme prévu ce 4 janvier sur la surface de Mars, au coeur du cratère Gusev. Les premières images transmises de son environnement (voir panorama ci-dessous) confirment que tout s'est bien déroulé. Le robot doit y mener une mission géologique d'au moins trois mois. D'ici quatre jours, après avoir fourni nombre de clichés*, il partira en reconnaissance autour de son site Le robot MER-A (Mars Explédition Rover), d'un poids de 200 kg © JPL/NASAd'atterrissage. Objectif de la mission : déterminer si les traits géologiques qui caractérisent le cratère Gusev - couches stratifiées - sont bien des dépôts sédimentaires dus à la présence prolongée d’eau liquide en son sein. Les spécialistes pensent en effet que le site a pu être alimenté en eau pendant des millions d’années par le fleuve censé courir au fond de la vallée Ma’adim. Gusev, dont le diamètre avoisine les 145 km, aurait été formé il y a trois ou quatre milliards d’années par la chute d’un astéroïde vers le sud de l’équateur martien.
Au-delà du témoignage de cette présence d ’eau, c’est naturellement un environnement propice à l’apparition de la vie qui est recherché. Outre dresser un panorama de son environnement avec un luxe de détails jamais atteints et se déplacer vers les endroits les plus intéressants, le robot sera notamment capable de décaper la roche superficielle des échantillons qu’il examinera afin d’avoir accès à des minéraux préservés des rayonnements qui baignent la surface martienne : si Gusev a été le berceau d’un lac géant, certains minéraux spécifiques sont encore susceptibles de se trouver dans les roches
.

Premier panorama martien transmis par le robot MER-A
Premier panorama martien transmis par le robot
© JPL/NASA
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La réussite de la sonde Spirit est d’excellent augure pour la sonde Opportunity, partie de la Terre le 7 juillet dernier avec à son bord le robot MER-B, et qui doit rejoindre le sol martien le 25 janvier prochain du côté de Terra Meridiani.

Photo prise juste après l'atterrissage, lors du  déploiement du pétale arrière (en haut).© JPL/NASA
Photo prise immédiatement après l'atterrissage, lors du déploiement du pétale arrière (en haut) © JPL/NASA

L'europe est moins chanceuse avec la sonde Mars Express : si celle-ci s'est mise impeccablement en orbite autour de Mars et pourra réaliser de nombreuses analyses, on est toujours sans nouvelle du robot Beagle 2 censé s’être posé à la surface le 25 décembre dernier et qui reste désespérément muet à ce jour.

* C'est la première fois que des images de la planète rouge sont prises en stéréoscopie, procédé qui permet d'obtenir une impression de relief et davantage de profondeur de champ, ce qui permettra aux scientifiques de repérer encore plus précisément les zones à explorer.

Pour en savoir plus
Site Futura Sciences (en français), partenaire d'Automates Intelligents : http://www.futura-sciences.com et http://orbitmars.futura-sciences.com
Site de la Nasa : http://marsrovers.jpl.nasa.gov/home
Nos actualités du 1er juillet 2003 et du 18 janvier 2003


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