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La Revue mensuelle n° 49
Robotique, vie artificielle, réalité virtuelle

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Le plus grand nombre premier connu à ce jour
CJ 06/12/03

Nombre premierEn connectant son ordinateur avec un réseau de 200 000 machines à travers la planète, Michael Shafer, étudiant en chimie à l'Université du Michigan aux USA, vient de dévoiler le plus grand nombre premier connu à ce jour : 2 20 996 011 - 1, nombre composé de quelque 6 320 430 chiffres.
Rappelons que les nombres premiers - couramment utilisés en cryptographie pour sécuriser les données échangées sur des réseaux - sont divisibles uniquement par un ou par eux-mêmes. Si cette définition paraît des plus simples, personne n'a encore pu déterminer comment ils se distribuent parmi la suite des entiers.

Pour en savoir plus
Great Internet Mersenne Prime Search (réseau de recherche de nombres premiers) : http://www.mersenne.org/prime.htm


Création du JRL, laboratoire franco-japonais en robotique
CJ 02/12/03

Claudie Haigneré, ministre déléguée à la Recherche et aux nouvelles Technologies participe le 8 décembre 2003 à la création d'un laboratoire de robotique, le "JRL" (Joint robotics laboratory) associant le CNRS (via le département des STIC*) avec l'ISI (Institut des systèmes intelligents), structure dépendante de l'AIST japonais (Institut national de la science et des technologies industrielles avancées).
Après le LIMMS (laboratory for integrated micro-mechatronic systems) consacré aux recherches dans le domaine des micro-nanotechnologies et créé en 1995, le JRL est le second laboratoire franco-japonais créé.

Plate-forme humanoïde HRP-2P © ISI - AISTCe nouveau laboratoire international associé sera basé, pour le pôle français, au laboratoire de robotique de Versailles et, pour le Japon sur le site de Tsukuba, technopôle situé à une soixantaine de kilomètres de Tokyo. Il couvrira le domaine de la robotique autonome et plus particulièrement les recherches de base s'intégrant à la plate-forme humanoïde japonaise HRP-2 (Humanoid Robotics Project) déjà présente dans les locaux de Tuskuba. Selon Jacques Citerne, le directeur scientifique du STIC pour ce programme, celle-ci sera "disponible d'ici un à deux ans sur le site français, ce qui représente un investissement d'environ 400 000 euros". Cette plate-forme humanoïde (1,54 mètre de hauteur, 58 kilos, seul robot au monde de taille humaine capable de se coucher puis de se relever) devrait compter parmi les 4 ou 5 grandes plates-formes de robotique que le CNRS souhaite implanter à terme sur le territoire. L'outil d'intégration commun des recherches, installé aujourd'hui dans les deux pôles du JRL, est une plate-foPlate-forme humanoïde HRP-2P © ISI - AISTrme logicielle (simulateur d'humanoïde) mise à la disposition du CNRS par l'AIST.

Le programme scientifique - qui a été défini conjointement par le département STIC du CNRS et par l'ISI - porte spécifiquement sur : la
coopération homme-robot ; la collaboration multi-robots ; le contrôle/commande (incluant les architectures et la prise de décision) ; les différents modes de locomotion ; la perception et la compréhension de l'environnement (pour la localisation et la cartographie, pour la navigation et l'observation et pour les actions sensori-motrices).

Créé pour 4 ans, le JRL est fondé sur un principe de symétrie pour les moyens financiers, matériels et humains : en 2004, deux chercheurs titulaires et un postdoctorant japonais seront accueillis en France, tandis que le pôle japonais recevra deux chercheurs titulaires et trois postdoctorants français. Les sites consacrent par ailleurs une vingtaine de milliers d'euros par chercheur pour couvrir les investissements nécessaires aux activités de recherche (23 000 euros par chercheur du côté français et 19000 euros du côté japonais). Ces sommes viennent en complément de ce qui est déjà investi dans le cadre du réseau thématique pluridisciplinaire "Robotique autonome et communicante" créé en 2003 au sein du département STIC du CNRS, et chargé de coordonner l'activité dans ce domaine d'un ensemble de laboratoires français. Le réseau dispose d'un budget annuel de l'ordre d'une centaine de milliers d'euros. Rappelons qu'un autre programme national, ROBEA (robotique et entités artificielles) a par ailleurs été lancé par le CNRS en 2001 auquel s'est adjoint l'INRIA (Institut national de recherche en informatique et en automatique) l'année suivante. ROBEA a bénéficié d'environ 3 millions d'euros entre 2001 et 2003.

* Département Sciences et Technologies de l'Information et de la Communication du CNRS: voir notre interview du 7 juin 2001 de Francis Jutand, directeur du département.

Pour en savoir plus
Communiqué de presse du CNRS : http://www2.cnrs.fr/presse/communique/332.htm
Département STIC du CNRS : http://www.cnrs.fr/STIC/
Humanoid robotics system group de l'Intelligent System Institute (AIST) : http://www.is.aist.go.jp/humanoid/index.html


Le Sénat américain approuve le 21st Century Nanotechnology Research and Development Act
JPB 01/12/03

Ce texte avait fait l'objet de négotiations entre le Science Comittee de la Chambre des Représentants et le Sénat. Il donne force de loi à la National Nanotechnologies Initiative et la crédite de 3.7 milliards de dollars pour 4 ans destinés à la recherche-développement. Un American Nanotechnology Preparedness Center sera créé pour étudier les aspects sociétaux et éventuellement éthiques de ces technologies. La signature du Président est attendue dans les prochains jours.

L'objectif du texte est de faire des Etats-Unis un "leader indiscuté dans la révolution des nanosciences", selon son rapporteur. De nombreux organismes bénéficieront des financements, notamment la National Science Foundation, le ministère de l'Energie, la Nasa, le National Institute of Standards and Technology, l' Environmental Protection Agency et le Foresight Institute (spécialisé dans les nanosciences).

On rêverait de voir les gouvernements européens se cotiser pour financer des initiatives analogues. Mais on préfère se demander si l'Europe doit se donner ou non une référence chrétienne.

Pour en savoir plus
Le texte de Loi http://www.smalltimes.com/smallstage/images/nanobills189.pdf
La National Nanotechnology Initiative http://www.nano.gov/
Le Foresight Institute http://www.foresight.org/


Facilities for the Future of Science
JPB 26/11/03

L'Office of Science dépendant du Département américain de l'énergie, vient de publier sous ce titre un programme de grands investissements scientifiques intéressant les 20 prochaines années. L'ambition est clairement annoncée: faire en sorte de ne laisser à aucun autre pays le leadership dans les sciences et technologies associées. Nous en ferons prochainement un commentaire. Constatons seulement qu'en priorité 1, intéressant l'avenir immédiat, figure le programme Iter. Sur ce point, le conseil des ministres des sciences européens vient de décider que le champion européen pour l'installation du réacteur expérimental sera Cadarache, en France. C'est une décision de bon sens, mais on pouvait tout craindre de la surenchère espagnole s'étant manifestée ces dernières semaines. Reste à choisir le site définitif, entre l'Europe et le Japon. Peut-on penser que les Etats-Unis toléreront, vu les ambitions affichées par le document précité, que Iter soit implanté en Europe? On peut supposer qu'ils ont déjà pris tous arrangements utiles pour "aider" le Japon à mener à bien cette ambition considérable.

Pour en savoir plus
Facilities for the Future of Science. Déclaration du Secrétaire au Commerce
Dossier http://www.science.doe.gov/Sub/Facilities_for_future/20-Year-Outlook-screen.pdf


Modèle systémique du Sida
JPB 26/11/03

Le rapport de l'ONU-Sida pour 2003 présente des chiffres accablant, sur lesquels nous ne reviendrons pas ici. Le point le plus inquiétant pour les prochaines années est la progression prévue dans les grands pays démographiques, Chine, Inde, Asie du sud-est, Russie. L'examen rapide des causes et des remèdes possibles montre quelque chose que le politiquement correct interdit de dire, de peur de renforcer l'inertie générale. C'est qu'il s'agit sans doute d'un des facteurs par lesquels l'humanité disparaîtra dans les prochaines décennies, tout au moins sous sa forme et dans ses effectifs actuels. Il y en a bien d'autres prévisibles, comme l'on sait. Mais si l'on s'en tient au sida, qu'elle est l'impression dominante ? C'est que tout se conjugue, non seulement pour rendre inopérantes les mesures de thérapie et de prévention envisagées, mais pour provoquer un développement exponentiel et incontrôlable de la pandémie. Je ne vais pas ici présenter les arguments pouvant justifier, ou au contraire infirmer, ce jugement aussi sinistre qu'abrupte.

Il y a un point par contre qu'il faut souligner. Tous les gens pratiquant les systèmes complexes pourront se mettre d'accord sur le fait qu'il s'agit d'une rupture d'équilibre systémique dans les relations entre les humains et leurs envahisseurs biologiques. Il y en aura sans doute d'autres qui se grefferont sur le premier. Or qui dit système dit modélisation possible. Il est absolument scandaleux que n'existe nulle part, aisément accessible à tous, un modèle évaluant l'évolution des phénomènes et les impacts des mesures de prévention et de soins, celles qui existent et celles que l'humanité décidera un jour peut-être (sans doute trop tard) de prendre. Nous sommes comme des automobilistes fonçant dans le brouillard vers un accident majeur, alors que s'ils disposaient d'une représentation (par radar aérien) du phénomène, ils pourraient commencer à envisager la meilleure façon de se sauver leur vie. Construire un tel outil suppose évidemment de modéliser au mieux les situations et de disposer de faits aussi sûrs que possible permettant d'évaluer leurs évolutions. Mais il faut aussi des processus d'Intelligence Artificielle d'ailleurs simples pour, si l'on peut dire, se mettre dans la peau du système contaminé global dont nous sommes tous des parties prenantes, et tenter de réagir là encore de façon systémique. 26/11/03

Pour en savoir plus
Le rapport de l'ONU-Sida pour 2003 http://www.unaids.org/wad/2003/press/Epiupdate2003_fr/Epi03_00_fr.htm


La réforme des enseignements en France
JPB 24/11/03

Les projets, débats et manifestations concernant actuellement les enseignements en France manquent cruellement de perspectives stratégiques. Il s'agit sans doute d'un défaut bien français. Quel est le besoin majeur aujourd'hui? C'est celui de former un bien plus grand nombre de scientifiques, ingénieurs et techniciens supérieurs qu'aujourd'hui. Nous avons pléthore de littéraires et juristes. Tant mieux pour ces disciplines. Mais nous manquons cruellement de jeunes dans le secteur des sciences et techniques - quels que soient les domaines d'ailleurs (on y inclura les professions de santé et même...la philosophie des sciences). Ceci veut dire qu'il faudra soit délocaliser, soit faire venir des étudiants étrangers en bien plus grand nombre, soit purement et simplement renoncer à certaines activités et recherches.

Un gouvernement et une opposition dignes de ce nom devraient s'accorder sur ce diagnostic, et sur les moyens de soigner le malade en profondeur. Une première nécessité parait évidente. La question ne doit pas être abordée seulement au niveau du supérieur, mais aussi à celui du deuxième cycle sinon du primaire. Ceci rend aberrant l'objectif actuel de "réformer" séparément l'enseignement secondaire et l'université. Il faut mettre en oeuvre des filières de solutions tout au long des cycles. Il faut aussi apprendre l'interdisciplinarité dès le plus jeune âge.

Une deuxième nécessité doit selon nous être soulignée. Il faut se placer nécessairement dans le cadre européen, puisque c'est dans ce cadre que se feront les grandes politiques scientifiques et industrielles. Mais se placer dans le cadre européen ne consiste pas à s'aligner sur un modèle unique, qui sera par la force des choses celui du pays le plus attardé. Il faut créer une émulation permanente entre établissements et universités, ce qui suppose, non pas l'enfermement sur ses spécificités, mais le travail coopératif en réseau, autour d'un usage massif des technologies de l'information, et de nombreux échanges entre étudiants et professeurs.

Derrière cela, il faudrait évidemment que les politiques mettent en place de grands programmes pluriannuels de recherche-développement européens susceptibles de motiver les étudiants (dès je dirais l'école maternelle!!). Voir par exemple notre éditorial du 24 septembre dernier http://www.automatesintelligents.com/edito/2003/octobre/edito.html


Une nouvelle machine cognitive
JPB 24/11/03

Décidément, les annonces relatives à la réalisation d'automates potentiellement conscients (cognitive systems, selon une terminologie usuelle) se succèdent. Nous avions indiqué dans un éditorial précédent qu'il pourrait s'agir là pour l'Europe d'un très grand programme fédérateur. En attendant, un chercheur britannique spécialiste en Intelligence Artificielle, un certain Steve Grand, créateur d'un singe automate intelligent nommé Lucy, se félicite des progrès qu'il a déjà réalisés. Il fera d'ailleurs paraître en Janvier 2004 un livre donnant tous les détails utiles: Growing Up With Lucy: How to Build an Android in Twenty Easy Steps (Weidenfeld & Nicolson). D'après l'article de Computer World, le système serait construit selon la méthode ascendante (c'est-à-dire sans programmation centrale préalable) en faisant interagir des réseaux neuronaux avec un environnement. Lucy serait dotée, en animal qui se respecte, d'un corps sensible, c'est-à-dire disposant de tous les artéfacts sensoriels et moteurs lui permettant de réagir avec cet environnement. Ceci dit, à en croire l'article, la logique du système serait encore assez sommaire. Mais peut-être est-ce une bonne façon de commencer.

Steve Grand vient de bénéficier d'un crédit complémentaire de $68,000 grant venant du National Endowment for Science, Technology and the Arts de Londres. Ceci lui permet actuellement d'enrichir le système informatique qu'il utilise. Comme quoi des gens croie genre de recherche chez nos voisins britanniques.

Steve Grand est fondateur de Cyberlife Research Ltd., compagnie spécialisée en IA et basée dans le Somerset, UK

Pour en savoir plus
L'article de ComputerWorld http://www.computerworld.com/softwaretopics/software/appdev/story/0,10801,86961,00.html
Steve Grand. Page personnelle http://www.cyberlife-research.com/people/steve/
Cyberlife-research.Ltd http://www.cyberlife-research.com/


Le robot volant le plus petit et le plus léger du monde
CJ 23/11/03

Le Micro Flying Robot © EpsonC'est le robot le plus petit et le plus léger du monde : MFR (Micro Flying Robot) ressemble fortement à une libellule, mesure 7 cm de hauteur, tient dans la paume de la main et ne pèse que 8,8 grammes. Il peut s'envoler grâce à une hélice de 13 cm de diamètre, activée par quatre moteurs ultrasoniques et se maintenir en l'air grâce à un mécanisme stabilisateur. Issu de trois années de travail, ce prototype conçu par le fabricant japonais d'imprimante Seiko-Epson a été présenté au cours de l'International Robot Exhibition qui se tenait à Tokyo du 19 au 22 novembre 2003.
Fonctionnant pour l'instant grâce à un câble délivrant 3,5 volts à une batterie de 3 grammes (consommation 3 watts)*, la société cherche une batterie encore plus légère et plus puissante afin de faire voler MFR sans câble.
"C'est la raison pour laquelle nous avons Le Micro Flying Robot d'Epson © D.Rprésenté le prototype lors de l'exposition de Tokyo. Nous souhaitons attirer des partenaires industriels capables de nous fabriquer une pile très légère" a expliqué Junji Ajioka, responsable du département de la stratégie de Seiko Epson. Les créateurs espèrent que ce robot pourra jouer le rôle d'oeil volant : "doté d'un appareil photo incorporé, il pourrait survoler des zones difficiles d'accès ou touchées par des catastrophes naturelles, se glisser par exemple dans une maison détruite par un tremblement de terre et y repérer à l'intérieur d'éventuels survivants".

*Une version plus puissante existe déjà grâce à une batterie suplémentaire, mais le poids s'élève alors à 13 grammes.

Pour en savoir plus
Communiqué de presse d'Epson du 18/11/2203 : http://www.epson.co.jp/e/newsroom/news_2003_11_18_2.htm
Voir, dans un autre domaine, Micromechanical Flying Insect (MFI) Project: http://robotics.eecs.berkeley.edu/~ronf/mfi.html


Logiciel X3D Fritz contre Kasparov : homme et machine à égalité
CJ 18/11/03

Garry Kasparov jouant contre X3D FritzGarry Kasparov, le joueur d'échecs le plus fort au monde, affrontait du 11 au 18 novembre dernier à New-York "X3D Fritz"*, logiciel surpuissant développé par la société allemande XOD Technologies, capable d'effectuer plus de cinq millions de combinaisons par seconde. Un match au sommet en 4 manches, qui s'est soldé par un nul.
Pour l'occasion, Kasparov n'avait pas besoin de bouger physiqueEchiquier vu en 3Dment les pièces. Assis devant l'écran, il pouvait voir flotter devant lui l'échiquier grâce au port de lunettes 3D, les déplacement s'effectuant par reconnaissance de la voix. Une manette permettait par ailleurs à Kasparov de faire tourner l'échiquier à sa convenance. Un match "virtuel" où la première manche s'est soldée après 37 coups par un nul ; la deuxième a vu la victoire de la machine après abandon de l'humain au 39ème coup ; la troisième celle de l'humain sur la machine (qui abandonne au bout de 45 coups) ; la quatrième se soldant par un nul au bout de 27 coups.
"Nous pouvons voir que les ordinateurs ont encore beaucoup à apprendre de nous", a déclaré Kasparov à l'issu du match, empochant la coquette somme de 175 000 dollars.
En tous cas, si c'est la troisième fois que Garry Kasparov affronte une machine digne de ce nom dans sa carrière, il n'a encore jamais pu en battre une seule...

*Version améliorée de Fritz (à laquelle a été rajouté un système de réalité virtuelle), logiciel qui a déjà obtenu le nul contre Vladimir Kramnik lors d'un match au sommet en 2002.

Pour en savoir plus
Analyse des parties :
http://www.x3dchess.com/news/analysis/kasparovx3dfritzall.htm


Le BrainGate de Cyberkinetics
JPB 14/11/03

© Bionic Technol.Logo de CyberkineticsCyberkinetics Inc est une start-up américaine fondée en juin 2001 by John P. Donoghue, président du département de neurosciences à l'Université Brown. (Providence). Elle annonce avoir réussi en 2002 une expérience analogue à celle de la Duke Université, que nous avions relatée dans notre dernier numéro, et qui avait fait couler beaucoup d'encre. Des singes équipés d'implants cérébraux ont réussi à mouvoir un joystick d'ordinateur par le seul contrôle de la pensée. Mais Cybercinetics ne s'arrête pas là. Elle vient de présenter à la réunion annuelle de la Society for Neurosciences un dispositif amélioré prêt à être expérimenté sur l'homme, et pour lequel elle demande à la FDA l'autorisation de mener des essais cliniques.

Le BrainGate, puce de 4 millimètres carrés comportant 100 électrodes  © Bionic Technologies LLCIl s'agit du BrainGate, puce de 4 millimètres carrés comportant 100 électrodes développées conjointement avec Bionic Technologies LLC de Salt Lake City. Le système est introduit dans le cerveau après une mini-trépanation, de façon à ce que les capteurs soient mis au contact d'une aire cérébrale principalement responsable des contrôles moteurs. Un connecteur en émerge et transfert les signaux reçus à un système robotisé. Le dispositif peut détecter la décharge de 20 à 100 neurones, 20 neurones étant suffisants pour produire un signal interprétable par le robot. L'expérimentation pourrait commencer à la fin de l'année. Cyberkinetics a levé 4.3 millions de dollars de fonds en août dernier, qui s'ajoutant à ses fonds propres lui permettront de tenir deux ans.

Les investisseurs voient évidemment derrière cela un considérable marché pour des systèmes permettant de redonner à des invalides moteurs un début de mobilité assistée. Face à ces enjeux à la fois humanitaires et commerciaux, il est douteux que des scrupules "éthiques" retardent l'autorisation d'expérimenter. Mais il faudra que ceci soit fait sous un contrôle sérieux.

Pour en savoir plus
Cybercinetics Inc http://www.cyberkineticsinc.com/ ; communiqué de presse du 10/11/2003 (pdf)
Bionic Technologies LLC http://www.bionictech.com/


Nanotechnologies et sécurité-défense
JPB 14/11/03

nanotechnologies Mark Ratner et Dan Ratner (père et fils) avaient déjà produit une bonne présentation des nanotechnologies, dans un livre intitulé “Nanotechnology: A Gentle Introduction to the Next Big Idea”. Ils publient aujourd'hui un ouvrage plus percutant, puisqu'il examine en détail les perspectives offertes par les nanotechnologies en matière de sécurité intérieure et de défense. Ils ont choisi de ne pas développer les applications médicales ou industrielles des nanotechs, mais toute une série d'usages qui ne manqueront pas d'inquiéter les lecteurs. Ceux-ci y verront certainement un risque pour les libertés, l'environnement ou la santé publique - que ce soit un pouvoir militaire non démocratique qui s'en saisisse ou des organisations terroristes - les deux allant sans doute de paire. Cependant, les auteurs sont assez convaincants quand ils montrent comment, par exemple, des nanobots équipés de séquences d'ADN adéquates pourront détecter des bombes à l'anthrax, à la variole ou au sarin avant que des criminels n'aient le temps de les mettre en œuvre.

Beaucoup des recherches faites dans ces domaines aux Etats-Unis sont financées par la défense et couverte par le secret. Mais les laboratoires privés et les start-up s'impliquant dans le secteur donnent assez d'informations sur leur travaux pour que les hommes politiques, les médias et les citoyens s'en fasse une idée et puissent en discuter les avantages et les risques.

Pour Ray Kurzweil, il est impossible de prétendre décréter des moratoires ou des black-out concernant les recherches en nanotechnologies et biotechnologies, même si celles-ci peuvent avoir des retombées dangereuses aux mains d'Etats proliférants (selon la terminologie du Quai d'Orsay) ou de terroristes. Il faut au contraire accélérer ces recherches, et les réaliser dans un climat de libre accès aux sources. On peut être quasi certain que ce faisant, les grandes démocraties auront toujours un pas d'avance permettant de développer les remèdes et d'informer les populations bien avant que les effets pervers ne puissent se faire sentir. Nous le croyons volontiers ici.

Ceci dit, quand on lit tout cela en France, on se sent tout juste au-dessus de la Papouasie Nouvelle Guinée en matière de maîtrise de l'application de toutes ces sciences "émergentes et convergentes".

Pour en savoir plus
Nanosphere Inc, qui développe des senseurs biologiques http://www.nanosphere-inc.com/upgrade.html
Article sur la même de SmallTimes, revue dédié aux nanaotechnologies http://www.smalltimes.com/document_display.cfm?document_id=4770#nanosphere
SmallTimes http://www.smalltimes.com/
Ray Kurzweil, Promise and Peril of the 21st Century http://www.cio.com/archive/092203/kurzweil.html


Prey
JPB 07/11/03

Couverture du livre "Prey" de Michael Crichton"Voici Prey* le roman de Michaël Chrichton qui, paraîtt-il, alerta le Prince Charles sur le danger des nanotechnologies et le conduisit à recommander la prudence, au grand mécontentement du Premier ministre Tony Blair qui venait de lancer un plan Nanotechnologies. Comme tous les romans du même auteur, celui-ci fait montre d'une grande pédagogie dans la présentation de domaines scientifiques encore peu connus du grand public: la vie artificielle, l'émergence, les nano-objets. Par ailleurs, on prend plaisir à suivre une intrigue dont l'intérêt ne se dément pas. Les scientifiques ont reproché à l'auteur ses erreurs majeures et sa vision terrifiante relative aux capacités des nuages de nanoparticules (swarms) à imiter la vie et à s'adapter face aux hommes, si rapidement et si agressivement que ceux-ci se trouvent menacés de disparition. C'est sûr. Les José Bové vont trouver là de quoi s'exciter. Mais il n'est pas inutile de réfléchir aux dangers des technologies, qu'elles relèvent du nanomonde ou de la biologie, lorsque leur développement est aux mains d'entreprises capitalistes qui prennent tous les risques pour s'enrichir rapidement. On constatre à ce propos que Michaël Chrichton nous a évité le couplet sur les terroristes d'Al Qaida. Le danger, chez lui, vient de l'intérieur.

* La proie, livre paru en français fin septembre 2003 chez Robert Laffont

Pour en savoir plus
Voir une de nos brève précédente qui mentionne Prey http://www.automatesintelligents.com/actu/030212_actu.html
On lira aussi la réaction de Chris Phoenix, un des animateurs du Center for Responsible Nanotechnology http://www.crnano.org/ Don't let Crichton's Prey scare you--the science isn't real http://www.kurzweilai.net/meme/frame.html?main=/articles/art0546.html
Le site officiel de Michaël Chrichton http://www.crichton-official.com/


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