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ÉDITORIAL

La grande misère de la science française (suite)
Nous avons reçu ce courrier d'un de nos correspondants, que nous publions par souci d'objectivité

14 octobre 2003

Je crois qu’il reste superficiel – et, chez certains, pas très honnête – de pleurer sur la misère des carrières de chercheurs en France sans accepter d’en analyser les causes, en se contentant de répéter “c’est la faute à l'Etat ! c’est la faute à l'Etat !” Combien de ces chercheurs sont-ils prêts à courir le moindre risque et à se soumettre à une évaluation ? Pourquoi les chercheurs étrangers sont-ils plus rémunérés ? Tout simplement parce qu’ils gagnent ou font gagner de l’argent, alors que nombre de nos sympathiques chercheurs publics s’installent pour trente ans dans une tour d’ivoire sans se préoccuper le moins du monde du retour d’investissement. Je connais une équipe de sociologues, disciples de l’éminent Crozier, qui, depuis 35 ans (je dis bien : 35 ans) étudie l’étendue et les limites de la déconcentration dans la réforme des pouvoirs des préfets réalisée par les décrets du 14 mars 1964. Ils sont encore dedans ! Cela vaut-il davantage qu’un dixième de SMIC ?

Je connais aussi le responsable du département de recherche médicale d'une grande université Canadienne. Très francophile, il vient régulièrement à Paris et avoue sa surprise, récurrente, de revoir à chaque voyage au même endroit les mêmes chercheurs, alors qu’il garde rarement les siens plus de trois ans ; après trois ans, ou bien ils ont déposé un brevet et trouvé un bon job dans le privé, ou bien il les considère comme stériles et les vire. Et, que je sache, par les résultats, la recherche américaine ou canadienne vaut bien la française. C’est comme cela que mon professeur obtient des fonds de la Sécu locale, des entreprises et, dans une moindre mesure, de l'Etat ; c’est aussi comme cela qu’il paie ses chercheurs quatre ou cinq fois plus que les chercheurs français.

En lisant diverses études récentes sur la recherche, on acquiert la conviction que le fond du problème n’est pas “Des sous ! Des sous !”. Toutes les sommités le disent : de l’argent, il y en a, mais il est éparpillé, gaspillé, entre des dizaines de structures non coordonnées qui le distribuent à quelques centaines de thésards Nimbus. Exemple tout frais : la création, annoncée par Chirac, d’un institut du cancer dont chacun sait qu’il a pour but de caser un mandarin connu et ses ouailles, au lieu de renforcer les moyens et de stimuler les travaux d’institutions aussi justement réputées que Curie, Villejuif, Saint-Louis et Saint-Cloud.

 


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