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Billet
Bright
Bright (bis)
par Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin
22 octobre 2003
Nous avons
reçu d'un correspondant que nous remercions le message
suivant: " Le qualificatif de
bright que vous vous attribuez (Voir http://www.admiroutes.asso.fr/lagazette/03-8810/index.htm#88m)
me rappelle furieusement l'expression française "passer
la brosse à reluire". Mais votre péché
d'orgueil me gêne moins que votre profession de foi
exempte de doute en l'athéisme. Et si les bright people
d'aujourd'hui s'avéraient être les obscurantistes
de demain ? Cordialement.
PS Je vous donne l'absolution, et ne me désabonnerai
pas de votre liste, car certaines de vos analyses n'en sont
pas moins brillantes".
Il faut répondre, pour défendre l'athéisme,
ou plutôt la conception que nous en avons. (Passons
sur le fait que J.P. Baquiast ne s'est jamais qualifié
lui-même de Bright, il a au contraire signalé
que le mot le gênait pour adhérer pleinement
aux propositions de Dawkins et Dennett).
Pour nous et, si nous les avons bien compris,
pour Dawkins et Dennett, il est important de rassembler ceux
qui ne font confiance qu'à la démarche scientifique
pour essayer de comprendre le monde.
Faire confiance à la démarche
scientifique suppose que l'on ne va pas chercher d'explications
du monde dans des écritures ou révélations
émanant de prophètes anciens ou modernes. Plus
généralement, on refuse l'idée qu'avant
le monde et après le monde, il y aurait un ou plusieurs
Etres ou dieux désincarnés qui seraient à
l'origine et à la fin de tout. Si en effet on acceptait
cette idée, il faudrait avant de chercher soi-même
sa voie, demander conseil à ceux qui se prétendent
inspirés par de tels dieux pour s'en faire les porte-parole
sur Terre et nous dire ce qu'il faut ou non penser. La vieille
devise de l'anarchisme reste pleinement valable en ce domaine
de la pensée comme au plan politique: ni Dieu ni maître.
Faire confiance à la
démarche scientifique est à la fois plus modeste
et plus ambitieux que faire confiance aux Ecritures. Plus
modeste car on ne prétend pas disposer de réponses
a priori inspirées par un grand esprit. On reconnaît
ne pas savoir grand chose, car il n'est pas question de nier
les incertitudes de la connaissance scientifique. On reconnaît
aussi pouvoir facilement tomber dans le dogmatisme (cette
forme d'obscurantisme que dénonce sans doute notre
interlocuteur). Mais c'est aussi plus ambitieux car on refuse
de ne pas se poser de questions relatives à l'Univers
au prétexte que les réponses en existent déjà
dans des évangiles*, hadith
et autre torah. On décide de progresser seul et sans
autre appui que l'état actuel des connaissances dans
la voie de ce qui n'existe encore nulle part mais demeure
à construire.
Insistons sur ce dernier point,
que peu de gens semblent considérer. Faire confiance
à la démarche scientifique, aujourd'hui, revient
à penser que celle-ci ne consiste pas à se rapprocher
de plus en plus d'un réel déjà existant
(l'illusion du réalisme des ontologies ou des essences).
La démarche scientifique la plus pure, celle qui est
la plus débarrassée des persistances mythologiques,
consiste à penser que l'on peut créer soi-même,
par des processus incrémentiels et calculables, un
réel relatif à soi et à ses instruments.
On pourra parler d'un réel à objectivité
faible ou forte selon que l'on se référera au
monde quantique ou au monde macroscopique. On pourra dire
aussi que l'on choisit une branche d'univers ou une histoire
d'univers où rien n'est prédéfini ni
prédéterminé, où tout peut arriver,
par auto-complexification. C'est l'interaction probabiliste
entre l'homme (plus tard le post-humain) et ses instruments
qui crée cet univers particulier, lequel pourra en
principe s'étendre indéfiniment, ou disparaître
à jamais.
Tous les scientifiques ne pensent pas ainsi.
On peut faire de la très bonne science en étant
bon musulman ou bon chrétien. Mais ceux qui se distinguent
d'un scientifique musulman ou chrétien (ou juif ou
même bouddhiste) et qui ne font confiance qu'en la démarche
scientifique telle que nous venons de la définir, avec
ses aléas mais aussi ses ambitions immenses, ont intérêt
aujourd'hui à s'identifier et se regrouper. Car ils
sont attaqués de toutes parts, dans une Terre où
ils ne sont peut-être que quelques millions d'individus
sur des milliards. Leur prétention à construire
le monde et non à le révéler ou se faire
les relais de ceux qui prétendent détenir déjà
cette révélation, en fait des ennemis à
éliminer (nous n'exagérons pas, entendez ce
qui s'écrit sur Internet dans les cercles fondamentalistes
d'orient et d'occident). Non seulement la petite minorité
qu'ils sont doit s'identifier et se regrouper, mais elle doit
aussi prendre l'offensive, faire du prosélytisme, face
à tous ceux qui, pour des raisons que les sciences
de la complexité peuvent d'ailleurs analyser, font
du prosélytisme en faveur des religions et de l'irrationalisme.
Là est la vraie guerre des civilisations, une guerre
transverse à l'ensemble des nations et des cultures.
Il ne s'agit pas de mener cette guerre les armes à
la main, mais il s'agit quand même de ne pas se laisser
enfermer puis détruire.
Ceci dit et pour en revenir au propos initial,
si on trouve un autre nom que Bright pour désigner
ce type de gens (dont nous nous honorons d'être, avec
nos faibles moyens) nous sommes preneurs. Pour des raisons
diverses, les adjectifs d'athée, matérialiste,
physicaliste, naturaliste paraissent trop réducteurs.
Certains rappellent pourtant que les philosophes des Lumières
(Enlightment en anglais) n'avaient pas eu ces pudeurs en se
nommant de la sorte. Mais aujourd'hui, le véritable
esprit scientifique impose plus de réserve. Cherchons
donc un autre mot que Bright, (an other tag) pour nous distinguer.
* Signalons
que, pas bête du tout, l'église catholique dispose
par exemple d'une Académie Pontificale des Sciences
comptant une brochette internationale de quelque quatre-vingts
scientifiques choisis non pas pour leurs convictions religieuses
mais pour l'ampleur de leurs travaux. Fondée en 1603,
tombée ensuite en sommeil, cette Académie renaît
de ses cendres il y a 64 ans sous l'impulsion de Pie XI qui
voulait "s'entourer d'un groupe choisi de savants en
attendant d'eux qu'ils informent le Saint-Siège en
toute liberte sur les développements de la recherche
scientifique et qu'ils l'aident ainsi dans ses réflexions"...
Cette Académie est plus que jamais active aujourd'hui
(voir
notre chronique du 19 octobre 1999).
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