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DU
CÔTÉ DES LABOS
Peter
Lynds, un nouvel Einstein ou un "hoax" ?
par Jean-Paul Baquiast
19 août 2003
L'événement
ne vient pas à proprement parler d'un labo, mais gageons
que s'il se révèle fondé, de nombreux
laboratoires en traiteront bientôt.
Peter Lynds
Le monde de la physique théorique
est, sinon en révolution, du moins fort attentif à
ce que vont devenir les hypothèses présentées
par Peter Lynds, un jeune employé d'assurances de 27
ans, originaire de Wellington (Nouvelle Zélande). Il
s'agit d'une nouvelle représentation du temps et de
l'espace qui peut faire comparer son auteur à Albert
Einstein, selon ceux des physiciens qui ont étudié
et approuvé son travail, d'autres il est vrai refusant
même de le lire. Les choses ont commencé par
un article publié par la très sérieuse
revue Foundations of Physics Letters sous le titre "Time
and classical and quantum mechanics. Indéterminacy
versus Discontinuity".
Voici le résumé
de cet article, tel que consultable sur le serveur du Cern:
"It is postulated there is not a
precise static instant in time underlying a dynamical physical
process at which the relative position of a body in relative
motion or a specific physical magnitude would theoretically
be precisely determined. It is concluded it is exactly because
of this that time (relative interval as indicated by a clock)
and the continuity of a physical process is possible, with
there being a necessary trade off of all precisely determined
physical values at a time, for their continuity through time.
This explanation is also shown to be the correct solution
to the motion and infinity paradoxes, excluding the Stadium,
originally conceived by the ancient Greek mathematician Zeno
of Elea. Quantum Cosmology, Imaginary Time and Chronons are
also then discussed, with the latter two appearing to be superseded
on a theoretical basis".
En d'autres termes, il n'est
pas possible d'identifier dans l'écoulement du temps
d'instant précis permettant de localiser dans le temps
et dans l'espace un corps en mouvement. Ceci illustre la continuité
des processus physiques et oblige à abandonner toute
mesure physique du temps et des grandeurs associées.
Dans ce cadre, de nombreux paradoxes, tel celui de Zénon
d'Elée, peuvent être résolus. La théorie
du Temps imaginaire (due à Stephens Hawking) devrait
pour sa part être réévaluée.
Le sujet dépassant largement
notre compétence, nous ne tenterons pas un commentaire
de l'article. Le lecteur trouvera en liens un certain nombre
de réactions d'auteurs mieux informés. Bornons-nous,
en nous inspirant d'ailleurs de ces textes, de faire valoir
quelques uns des points innovants de la contribution de Peter
Lynds.
Pour celui-ci, supposer que les
objets en mouvement ont des positions déterminées
à un instant donné du temps (un temps t) a pour
effet de figer (freeze static) le mouvement de ces objets
à cet instant et rend donc possibles les contradictions
mises en lumière par les paradoxes tels ceux d'Achille
et la tortue ou la Dichotomie. Le concept de temps t,
d'instant présent, n'existe pas dans la nature. C'est
une projection de notre esprit et de notre conscience qui
comme beaucoup d'autres a été acquise par l'évolution
pour des raisons de commodité mais qui devrait aujourd'hui
être abandonnée.
La position d'un corps en
mouvement change constamment, selon l'auteur, et ne peut jamais
être déterminée. Aussi petit que soit
l'intervalle de temps considéré, le corps y
est toujours en mouvement. Si ce corps pouvait être
localisé, alors il ne serait plus en mouvement. Pour
Lynds, l'absence de temps t et de position déterminée
à ce temps, qui entraîne celle de vitesse, signifie
l'impossibilité plus générale des mesures
de grandeur et de valeurs physiques en fonction du temps,
ce qui remet en cause le concept d'espace-temps lui-même.
Il en résulte une indétermination qui n'est
pas une conséquence du principe d'incertitude de Heisenberg
et qui affecte de la même façon le monde macroscopique
et microscopique. Tout ceci entraînerait l'abandon du
concept d'écoulement continu du temps, puisque sans
une progression continue à des instants déterminés
il ne peut y avoir de progression. Lynds ne nie pas le caractère
contre-intuitif d'une telle hypothèse, mais il maintient
que la continuité des processus physiques n'a pas besoin
du temps pour être. Aussi bien appliquant cette idée
à la cosmologie, il propose d'abandonner l'hypothèse
que le temps émergerait du vide quantique après
le Big Bang. Il y aurait une continuité inhérente
à pratiquement tous les états et configurations
quantiques, indépendamment de l'échelle à
laquelle on se place.
On peut remarquer que ces
hypothèses semblent dans la ligne des efforts de plus
en plus fréquents pour remettre en cause l'espace-temps,
que le physicien Valério Scarani qualifie de possible
"préjugé" (Initiation à la physique quantique,
Vuibert 2003). Il n'est pas le seul. Dans d'autres domaines,
de nombreux efforts sont faits pour montrer derrière
les apparences la continuité entre le monde microscopique
et le monde quantique. Bornons-nous cependant, fort modestement,
à une interrogation : si on ne quantifie plus le temps
ni d'ailleurs l'espace, comment les modèles pourront-ils
traiter en informatique les entités correspondantes,
sauf à introduire de nouvelles indéterminations,
cette fois-ci instrumentales ?
Nous avons dans notre Revue
souvent évoqué la question de savoir comment
les idées viennent aux scientifiques, notamment aux
jeunes sans titres académiques. Certains ont dit, à
propos d'Einstein et de Newton, qu'il leur fallait une organisation
cérébrale proche de l'autisme. Est-ce le cas
avec Peter Lynds (à supposer qu'il se confirme être
un nouvel Einstein). S'agit-il de phénomènes
d'émergence plus complexes, correspondant à
l'apparition imprévisible de nouvelles théories
scientifiques se comportant comme des mèmes envahissant
les cerveaux des chercheurs à certains moments précis
? Mais ne voilà-t-il pas que je fais allusion ici à
des moments précis, ce à quoi Peter Lynds ne
manquerait pas de réagir.
Pour en savoir plus
Parmi de nombreux autres liens:
L'Article (preprint) : Time and Classical and Quantum
Mechanics : Indeterminacy vs. Discontinuity http://cdsweb.cern.ch/search.py?recid=622019
Guardian: The strange story of Peter Lynds http://education.guardian.co.uk/higher/research/story/0,9865,1017994,00.html
ABC net. News in Science: http://www.abc.net.au/science/news/stories/s920462.htm
Discussions: http://www.phy.cuhk.edu.hk/course/phy2002/forum/messages/245.html.
Voir aussi http://www.physicsforums.com/showthread.php?s=&threadid=4480
Peter Lynds is a HOAX. Discussion http://www.sandiego.edu/physics/board/messages/165.html
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