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PUBLISCOPIE
Looking
for Spinoza
Antonio Damasio
Harcourt 2003
NB
: la traduction du livre vient d'être publiée
par Odile Jacob sous le titre : Spinoza avait raison
Présentation
et discussion par Jean-Paul Baquiast
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Antonio
R. Damasio est chef du département de neurologie
au Collège de médecine de l'Université
de l'Iowa. Il est également professeur adjoint
au Salk Institute de La Jolla. Il est aujourd'hui
mondialement connu pour ses travaux sur le cerveau
humain, dont il explore la complexité, notamment
au regard de la mémoire, du langage et des
émotions.
Avec sa femme, Hanna (professeur
de neurologie exerçant aussi à l'université
de l'Iowa , spécialiste de l'imagerie cérébrale)
il a mis sur pied l'un des premiers centres de recherches
sur les neurosciences au monde. Il est titulaire de
plusieurs distinctions scientifiques, et a publié,
outre ses livres, de nombreux articles.
Dans ses écrits, traduits
en de nombreuses langues, ce chercheur mêle
étroitement l'expérience clinique, les
études neurologiques, une imagination créatrice
et une sensibilité philosophique et humaine
remarquables. Antonio Damasio est une référence,
non seulement dans le domaine des neurosciences, mais
pour tout ce qui concerne la simulation du moi et
de la conscience sur des artefacts.
Antonio R.Damasio a mené
ses études à l'Ecole de médecine
de Lisbonne, ville dont il est natif, obtenant une
agrégation en neurosciences en 1974. C'est
apparemment en quittant l'Europe en 1976 pour y rejoindre
l'Université de l'Iowa qu'il a trouvé
l'environnement le plus favorable à l'ambition
de ses recherches.
Ouvrages précédents
- L'erreur de Descartes, Editions Odile Jacob
1995, traduction française de "Descartes,
Error Emotion, reason and the human brain", Putnam
and sons, 1994.
- Le sentiment même
de soi, Editions Odile Jacob 1999, traduction
française de "The feeling of what happens.
Body and emotion in the making of conciousness",
Harcourt, 1999.
Pour en savoir plus
Voir notre note de lecture : http://www.automatesintelligents.com/biblionet/2000/nov/A_Damasio.html
Interview par Harcourt : http://www.harcourtbooks.com/authorinterviews/bookinterview_damasio.aspew
CV : http://www.uiowa.edu/~neuro/Faculty/damasioa.htm
ainsi que http://www.uihealthcare.com/depts/med/neurology/neurologymds/damasioa.htm
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Le nouveau livre d'Antonio Damasio
"Looking for Spinoza" n'apporte pas de résultats
expérimentaux sensiblement nouveaux par rapport à
ceux mentionnés dans les deux précédents
ouvrages de l'auteur. De même, la philosophie générale
du livre apparaîtra très voisine de celles inspirant
ces ouvrage, notamment le second, The Feeling of What Happens,
qui a consacré la prise en considération des
sentiments dans la compréhension des relations entre
le corps, le cerveau et l'esprit. Néanmoins il faut
absolument lire et méditer Looking for Spinoza,
pour plusieurs raisons. La première est que l'auteur
y présente une synthèse beaucoup plus achevée
et harmonieuse de ses propres travaux et hypothèses.
Nous allons en discuter ci-dessous plus en détail.
Mais la seconde raison est que, par ce livre, Antonio Damasio
rend un hommage justifié à un philosophe longtemps
méconnu, Benedict Spinoza, étonnamment en avance
sur son temps. L'hommage de Damasio à Spinoza est d'autant
plus précieux qu'il met en relief ce que ne font pas
les biographes ordinaires du philosophe hollandais, c'est-à-dire
l'étonnante convergence entre les hypothèses
de celui-ci relativement à l'origine de l'esprit, et
les études modernes de neurophysiologie rapportées
par Damasio. Cette convergence en elle-même pose problème:
comment un esprit qui ne connaissait rien à la science
actuelle a-t-il pu si tôt faire uvre de précurseur
?
Ajoutons une raison supplémentaire
de lire le livre, c'est le style simple, clair de l'auteur,
ainsi qu'une sensibilité aux autres extrêmement
touchante. Spinoza, pour sa part, ne pouvait pas trouver meilleur
interprète pour entrer dans la littérature de
la neurophysiologie moderne.
La thèse de Damasio
sur les origines de l'esprit et de la conscience est aujourd'hui
remarquablement cohérente et convaincante. Elle confirme
et éclaire les théories, de plus en plus fréquentes
aujourd'hui, montrant que les formes les plus élaborées
de l'esprit et de la conscience humaine sont des acquis de
l'évolution ayant émergé, selon les lois
simples de la compétition darwinienne, dès l'aube
de l'apparition de la vie sur Terre. Damasio, pour sa part,
ne se livre pas sur ces questions à des spéculations
philosophiques, comme le fait par exemple Daniel Dennett(1).
Ce qu'il avance s'appuie sur une série impressionnante
d'observations cliniques ou permises par l'imagerie cérébrale
fonctionnelle. Nous ne les mentionnerons pas ici, car ce serait
réécrire le livre. Bornons-nous à y renvoyer
le lecteur. Ces expériences n'apportent évidemment
pas des preuves définitives, mais leur convergence
permet de donner des fondements solides aux interprétations
qu'en propose Damasio. Ceux que le prétendu réductionnisme
de Damasio scandaliserait (faire des sentiments conscients
et de l'état du Moi lui-même la conséquence
d'états bien définis du corps) doivent se dire
que l'auteur n'avance rien sans preuves expérimentales.
D'autres expériences à l'avenir nuanceront certainement
les premières, mais pour le moment, nous pouvons nous
reposer sur elles et ne pas mettre en cause de façon
purement idéologique les propositions de Damasio.
Le "système
Damasio"
Essayons, avant d'en discuter,
de résumer en quelques paragraphes l'essentiel de sa
démonstration (aux erreurs d'interprétation
près, toujours possibles). Elle semble si cohérente
que nous pourrions parler en raccourci d'un véritable
"système Damasio" :
L'homéostasie
Les organismes vivants se caractérisent d'abord, avant
même leur capacité à se reproduire et
à muter, par l'existence d'un "corps" assurant la permanence
d'un milieu interne protégé de l'extérieur
par une barrière. Des plus simples aux plus complexes,
ils n'ont pu survivre qu'en maintenant ce milieu interne à
l'abri des agressions de l'environnement. C'est ce que l'on
appelle couramment l'homéostasie. L'organisme vivant
est une "machine homéostatique" dont le métabolisme
est assuré par des processus élémentaires
acquis génétiquement et présents dès
les formes les plus simples de cellules homozygotes. On retrouve
ces mécanismes sans changements fondamentaux tout au
long de l'échelle des organismes vivants.
Les stimulus et sensations
Les mécanismes assurant la survie et le métabolisme
des organismes sont déclenchés par des stimulus
externes (réception d'une phéromone provenant
d'un partenaire sexuel possible, par exemple) ou internes
(sensation de faim provenant de la baisse du dosage du sucre).
Une chaîne de déclenchement (trigger) s'engage
ensuite, jusqu'au cerveau, mobilisant les différentes
ressources de l'organisme. On ne peut séparer conceptuellement
le stimulus ou déclencheur et le mécanisme déclenché.
L'un et l'autre co-évoluent en inter-relation.
Les réflexes
Les corps ont été dotés progressivement
par l'évolution d'organes de plus en plus complexes
capables d'assurer les grandes fonctions d'alimentation, d'excrétion,
de reproduction, de fuite devant les prédateurs
Ces
organes sont commandés par des réflexes de base
(basic reflexes) déclenchés par les stimulus
précités. Des dispositifs de contrôle
coordonné de la bonne exécution de ces fonctions
ont été sélectionnés par l'évolution,
y compris chez les organismes les plus simples, notamment
sous la forme d'échanges de messages chimiques. Dès
le début, un système immunologique s'est développé
pour assurer la protection contre les invasions extérieures.
Ainsi s'est précisé ce qui était pour
ces organismes le Bien (les facteurs leur permettant de se
maintenir en vie et en bonne santé) et le Mal (les
facteurs les conduisant à dépérir et
mourir). Spinoza, rappelle Damasio, a qualifié de "conatus"
la tendance, propre à la vie, de chaque organisme à
persévérer dans son être, en faisant appel
aux ressources nécessaires.
Les cartes corporelles cérébrales
Avec la complexification croissante des organismes, des organes
spécialisés dans le contrôle de l'homéostasie
et dans le déclenchement des actions réparatrices
sont apparus. Ce furent les systèmes nerveux. Une part
importante des génomes, chez les organismes simples
comme le ver ou la mouche comme chez l'homme, s'est trouvée
dédiée à la programmation des processus
d'entrée-sortie et de contrôle coordonnés
permettant la surveillance des paramètres de bon équilibre
et la mise en uvre des procédures de survie :
s'alimenter, se reproduire, élever les descendants,
fuir les prédateurs, etc.. Les cerveaux, pour ce faire,
disposent de multiples cartes corporelles (body-map) qui permettent
la synthèse des signaux provenant du corps. Le cerveau,
en ce sens, élabore une image dynamique du corps analogue
aux tableaux de bord des machines complexes. Il s'agit de
connaître en temps quasi-réel l'état du
système et d'engager immédiatement les actions
réparatrices.
Les émotions
Les stimulus permettant la mise en uvre des différents
processus vitaux et leur coordination par le cerveau s'organisent,
à partir des organes des sens, en messages sensoriels
de plus en plus élaborés (sensations) lesquels
donnent naissance, au-delà d'un certain niveau d'évolution,
à des tendances et appétits (drives, appetites)
puis à des émotions d'appétence ou de
rejet produisant des états corporels complexes. Dans
la terminologie de Damasio, sensations et émotions
ne sont pas nécessairement conscientes. Au contraire,
dans la totalité des êtres vivants y compris
chez l'homme, elles sont principalement inconscientes.
Les émotions ne sont pas des phénomènes
gratuits, mais font partie essentielle de la mise en uvre
des processus vitaux. Elles ont été programmées
par l'évolution génétique pour mobiliser
le plus efficacement possible les ressources de l'organisme
au service du bon fonctionnement des organes sensoriels et
effecteurs. Damasio les désigne du nom de "emotions
proper ", que l'on pourrait traduire par le terme de "tuteur
émotionnel" ou "moteur émotionnel". Il distingue
les émotions basiques, énergie, enthousiasme,
malaise; les émotions primaires : faim, plaisir,
désir, peur et les émotions "sociales" résultant
de l'exercice des précédentes dans la vie en
société, laquelle est indispensable comme on
le sait à la construction des individus, même
des plus simples : orgueil, sympathie, indignation, etc..
On a tout lieu de penser que, si les émotions sont
difficiles à mettre en évidence chez les organismes
relativement simples (insectes, mollusques), elles existent
pourtant. En tous cas, on sait maintenant les observer à
l'uvre dans les espèces plus complexes, de la
même façon que chez l'homme, même lorsqu'elles
ne sont pas entrées dans le champ de la conscience.
Dans cette optique, les émotions sont indispensables
à la survie.
Les émotions, comme les sensations, mais à un
niveau supérieur, se traduisent par diverses modifications
corporelles. Celles-ci sont à la fois le signal permettant
au cerveau de les enregistrer et le moyen dont dispose l'organisme
pour affronter victorieusement les facteurs internes et externes
visant à déstabiliser son homéostasie.
Ainsi, manifester des signes de colère peut éloigner
un adversaire. Là encore, ces modifications corporelles
n'ont pas besoin d'être conscientes pour jouer leur
rôle protecteur.
Les émotions, facteurs essentiels de la capacité
de l'organisme à survivre dans un milieu nécessairement
hostile, se déclenchent dés que l'organisme
perçoit, sous forme de messages sensoriels simples
ou complexes (sensations), les indicateurs internes ou externes
signifiant le danger (le Mal) ou au contraire l'obtention
d'un état d'équilibre (le Bien). Chaque individu
est entouré de stimulus générant des
émotions (emotionally competent stimulus, ECS) auxquels
il réagit en permanence. L'identification de ces ECS
est généralement programmée génétiquement
(par exemple la méfiance à l'égard d'un
objet non identifié). Mais beaucoup d'ECS sont les
produits de l'expérience individuelle , que l'on pourra
dire culturelle.
Les processus qui précèdent l'apparition des
émotions, et celles-ci elles-mêmes, sont hérités
génétiquement, du moins dans leurs grandes lignes.
L'évolution individuelle de chacun (sa culture) se
borne à individualiser et enrichir ces cadres génétiquement
transmis. Les moteurs émotionnels ayant évolué
pour optimiser les chances de survie des individus peuvent
se révéler mal adaptés ou néfastes
dans d'autres circonstances, notamment dans la vie en société
moderne. Mais comment espérer que leurs déterminants
génétiques puissent cesser d'agir? C'est là
tout le problème du contrat social.
Les sentiments et les pensées
Chez les organismes dotés de pré-conscience
ou de conscience, notamment chez l'homme, les mécanismes
de survie précédemment décrits et générant
des émotions, vont plus loin. Certaines émotions
deviennent conscientes. On peut les appeler des sentiments
(feeling). Ceux-ci, dans leurs formes extrêmes, prendront
la forme de passions. Comment définir les sentiments,
par rapport aux émotions, outre le fait qu'ils sont
conscients et que celles-ci ne le sont pas ? Les sentiments
correspondent à la perception d'un certain état
du corps à laquelle s'ajoute la perception de l'état
d'esprit correspondant, c'est-à-dire des pensées
(thought) que le cerveau génère compte tenu
de ce qu'il perçoit de l'état du corps. Les
sentiments et les pensées ne viennent donc pas de nulle
part, mais sont adaptés à la situation où
se trouve l'organisme. Damasio rappelle que c'était
là le point de vue de William James (1842-1910) aussi
méconnu en son temps que Spinoza : "le sentiment est
la perception du corps réel modifié par l'émotion".
C'est donc au sommet seulement de processus empilés
(nesting principle) qu'apparaissent les sentiments. Du fait
que ceux-ci sont conscients, leur importance a été
surestimée, tandis que les mécanismes leur donnant
naissance , restant inconscients, ont été ignorés
ou peu étudiés.
Quel est alors le rôle des sentiments, en termes
de sélection darwinienne ? Poser la question revient
à poser la question du rôle de la conscience.
La conscience, chez l'homme comme chez les organismes en présentant
des formes simples, se construit sur la base d'émotions
transformées en sentiments. Sert-elle à quelque
chose ? On admet généralement que la conscience
n'est pas un simple épiphénomène, mais
permet d'organiser les sensations et les émotions du
moment en les comparant les unes aux autres, et en les rapprochant
de celles constituant la conscience biographique du sujet.
La conscience mobilise et regroupe à tout moment dans
un espace de travail commun un certain nombre d'informations
nécessaires à la définition de stratégies
de survie et à la prise de décision. Damasio,
dans ses précédents livres, s'était efforcé
de cerner le concept de proto-soi, de soi instantané,
de soi biographique (c'est-à-dire capable de se rétrojecter
dans le passé et se projeter dans l'avenir). Il reprend
ici ces hypothèses. Il fait reposer le soi sur une
prise de conscience des émotions les plus fortes, c'est-à-dire
aussi de certains des facteurs déclencheurs de ces
émotions, ainsi que des modifications corporelles qu'elles
entraînent. L'état de conscience en ce cas est
d'abord une conséquence des émotions qui le
précèdent, mais il agit en retour sur celles-ci,
en favorisant la prise de décision commandant des comportements
d'adaptation et les modifications corporelles qui leurs sont
liées. Il peut s'établir à ce niveau
une co-évolution ou interaction entre émotions,
sentiments et comportements en découlant.
Les idées
Les sentiments entrant dans le champ conscient génèrent
aussi des comportements de type social. La conscience se construit
principalement, dans le cerveau conscient, par le jeu des
échanges langagiers et symboliques entre individus
au sein des groupes. L'interaction entre émotions et
sentiments se poursuit à ce niveau. On exprime un sentiment
lui-même lié à une émotion, par
l'échange d'une information symbolique ayant valeur
de langage, signes ou mots. Ceux-ci s'organisent en opinions
ou idées dès lors qu'ils respectent un certain
formalisme grammatical. Ce faisant on peut communiquer avec
les autres sur une base commune, puisque ceux-ci sont organisés
génétiquement pour fonctionner d'une façon
identique au sein de l'espèce.
A l'intérieur des groupes, les émotions et les
sentiments s'expriment sous forme de comportements spécifiques,
sélectionnés par l'évolution pour assurer
la survie collective. C'est le cas de l'empathie par laquelle
on comprend intuitivement ce que ressent autrui. C'est aussi
le cas des comportements dits altruistes ou moraux. Les individus
y sacrifient un intérêt immédiat au profit
d'un avantage plus lointain procuré par la survie du
groupe que favorise ce sacrifice. L'établissement et
le respect d'un contrat social permettant de sublimer
les déterminismes génétiques primaires
en découlent aussi.
D'autres comportements collectifs se traduisent par des échanges
d'idées. Celles-ci, pour Damasio, ne sont pas inspirées
par une rationalité abstraite. Elles expriment directement
les émotions et sentiments des individus. Elles ne
sont comprises et acceptées par les autres individus
que si elles correspondent à leurs propres émotions
et sentiments. Sinon, elles sont ignorées ou rejetées.
Toute cette évolution s'est construite par interaction
entre les organismes et les milieux de plus en plus étendus
auxquels ces organismes se sont trouvés confrontés
en conséquence de l'accroissement de leurs possibilités
corporelles. On se trouve là dans le paradigme de l'adaptation
darwinienne le plus classique, sans qu'il soit nécessaire
de faire appel à aucune finalité ou dessein
a priori(2).
Utilité d'une neurophysiologie
des passions
Le livre ne se limite évidemment
pas à la description de ces divers mécanismes
élémentaires. Il montre comment ceux-ci construisent
les formes et valeurs sociales élaborées, caractéristiques
de l'humanité telle que nous la connaissons actuellement.
Mais là l'auteur, qui ne veut pas s'engager dans des
constructions spéculatives, admet que l'état
actuel des recherches n'est pas suffisant pour démontrer
l'interaction de l'anthropologie, de la sociologie, de la
psychanalyse avec la neurobiologie. C'est encore moins le
cas en ce qui concerne l'éthique, le droit et la religion.
Il se borne pour sa part à rechercher, comme nous venons
de le voir, les prémisses de l'éthique
et de la morale dans les espèces animales, sous la
forme des comportements altruistes. Mais il en dit assez pour
laisser penser que, de même qu'en ce qui concerne l'altruisme,
toutes les formes élaborées de l'activité
sociale devraient pouvoir être repérées
et, le cas échéant, modifiées, à
partir de leurs traces neurales. Evidemment, les personnes
n'ayant pas compris les mécanismes évolutionnaires
sur le mode darwinien ayant conduit à l'apparition
de nos sociétés et de leurs cultures reprocheront
à Damasio son matérialisme ou son réductionnisme.
Mais aujourd'hui il n'est plus possible de présenter
les produits les plus élaborés de la société
comme ayant surgi de nulle part, ou découlant d'une
évolution uniquement culturelle.
Au demeurant, Damasio tient
à montrer qu'il n'est pas réductionniste. Pour
lui, la biologie des relations entre le corps et l'esprit,
la neurophysiologie des émotions et des sentiments
(des passions), ouvre des perspectives morales considérables.
C'est ce qu'il tient à démontrer dans le dernier
chapitre du livre, chapitre qui résume sa philosophie.
Est-ce que connaître nos émotions et nos sentiments
peut nous conduire à mieux vivre, atteindre un état
de "contentement ", d'accomplissement, qui était selon
lui celui de Spinoza. C'est parce que Spinoza avait atteint
cet état, nous dit Damasio, que malgré sa santé
fragile, il a pu réaliser une uvre aussi sereine,
aussi prémonitoire des grandes discussions philosophiques
et morales qui allaient se généraliser au siècle
des Lumières. A la question qu'il se pose à
lui-même, l'auteur répond positivement. Découvrir,
grâce aux recherches qu'il nous propose, quels sont
les ressorts profonds de nos sentiments et de nos pensées
nous aidera à rechercher cet état d'accomplissement
sans lequel la vie n'est guère supportable. Une grande
variété de remèdes aux disfonctionnement
dont nous souffrons pourra être envisagée, ceci
dès les prochaines décennies. Mais ce sera aussi
au plan collectif, celui de la politique et la morale sociales,
que ces recherches seront utiles. Les mécanismes régulateurs
de l'activité sociale ont été en général
développés par l'évolution depuis des
millions d'années. D'autres sont récents, datant
de quelques millénaires, et se cherchent encore dans
le désordre. Mais les problèmes qu'affrontent
aujourd'hui l'humanité se compliquent considérablement.
Une évaluation systématique des mécanismes
régulateurs s'impose de façon de plus en plus
pressante. Les remèdes aux disfonctionnements collectifs,
par exemple l'addiction aux drogues et la violence, seront
plus complexes que ceux applicables aux individus. Mais connaître
l'esprit humain de façon plus scientifique aidera à
trouver ces solutions. Il ne servira à rien de vouloir
imposer aux gens des conduites ou des sacrifices qu'ils se
seront pas en état de comprendre. On peut par contre
espérer que, mieux informés par la science,
ceux qui s'attacheront à traiter les grands problèmes
sociaux, et les individus impliqués eux-mêmes,
trouveront des voies d'espoir vers un meilleur état
d'équilibre et de "contentement".
Commentaires
Looking for Spinoza, comme
tous les grands ouvrages, suscite de nombreuses questions
ou occasions de commentaires. Bornons-nous ici à en
évoquer quelques unes.
Un modèle déterministe
de la conscience ?
Nous avons vu dans un article
précédent les efforts d'un philosophe darwinien
tel que Daniel Dennett pour sauver à la fois le déterminisme
et le libre-arbitre, s'agissant des modalités dont
sont prises les décisions chez les êtres dotés
d'une conscience plus ou moins développée. Dans
quel camp à cet égard pourrions-nous placer
Damasio ? Il est indéniable nous semble-t-il que son
modèle est étroitement déterministe,
en ce sens que pour lui les sentiments et les idées
conscientes découlent d'une chaîne de causes
et d'effets dont l'origine se trouve dans les mécanismes
simples permettant aux organismes de maintenir leur homéostasie
à travers les vicissitudes de leurs interactions avec
leur milieu. Comme il le dit lui-même, si les sentiments
et les idées ne trouvaient pas là leurs origines,
d'où viendraient-ils ? Certainement pas de nulle part
ni d'ailleurs.
Ses adversaires ne se sont
pas privés de reprocher à l'auteur son prétendu
réductionnisme. C'est ce dont d'ailleurs on accuse
tous les neurophysiologistes(3).
Il est certain qu'en poussant le modèle à l'extrême,
on pourra dire que toutes les idées bonnes ou mauvaises
des hommes, toutes les décisions soi-disant rationnelles
qu'ils prétendent prendre librement, découlent
de l'état de leur métabolisme primaire. Ce ne
serait peut-être pas faux, mais à tout le moins
il faudrait le prouver au cas par cas. Pourquoi par exemple
Spinoza, doté d'un tempérament maladif, n'a-t-il
pas versé dans la mélancolie ou l'agressivité,
au lieu de produire avant 40 ans l'oeuvre, avec celle de Leibnitz,
la plus originale de son temps? Damasio répond à
celà, nous l'avons vu, en suggérant qu'en fait
Spinoza était un homme "content".
Mais la question se complique
lorsque l'on aborde la raison d'être des grandes uvres
collectives de l'humanité, la science en premier lieu.
Faut-il disposer d'un bon équilibre homéostatique
pour faire de la bonne science ? Certains trouveront la question
risible, et répondront par la négative. Mais,
en y réfléchissant, ne peut-on considérer
qu'en moyenne les chercheurs sont des gens qui ont trouvé
un minimum d'accord entre leurs émotions, leurs sentiments
et leur travail. Entrer dans la vaste construction collective
qu'est la science suppose de laisser sur le seuil le plus
grand nombre de problèmes personnels possibles. Sinon
les orientations ou les résultats des recherches risquent
d'y perdre l'objectivité nécessaire(4).
Damasio, bien qu'il ne s'attache
pas particulièrement à l'étude de ce
que peut signifier le libre-arbitre dans l'univers déterministe
qu'il nous propose, fait comme tous ceux qui approchent cette
question en reconnaissant la complexité des interactions
entre l'individu et le collectif, le présent et le
passé. Aucun individu ne prend de décision qui
soit indépendante de l'état de son corps et
de ses émotions, mais il est soumis à tant d'influences
que l'hypothèse d'un déterminisme linéaire
n'aurait pas de sens. Nous sommes au contraire dans le domaine
de la causalité chaotique, ni exhaustivement descriptible
ni exhaustivement prédictible. Ceci ne nous parait
pas, pour autant, justifier l'espèce d'optimisme naïf
qui inspire la conclusion du livre. Nous en discutons à
la fin de cet article.
Mèmes
Le lecteur constatera que Damasio
n'a guère recours au concept de mème pour expliquer
l'apparition des pensées et des idées au sein
du monde des sentiments. Certes il reconnaît que la
vie en société et le langage fournissent à
la conscience de nombreuses références externes,
ayant trait au passé comme au présent et au
futur. Sans ces références, il n'y aurait pas
de pensées cohérentes. Mais chaque individu
reste son propre producteur de représentations, en
fonction de l'activité de son système d'émotions
et de sentiments et, en arrière-plan, en fonction d'un
maintien satisfaisant de ses équilibres internes. Il
n'est donc pas accessible à n'importe quelle pensée
ou idée que pourrait lui suggérer la société.
Il ne sélectionne, retient et développe que
celles correspondant à ses humeurs, celles que, si
l'on peut dire, il aurait pu lui-même émettre.
Ceci paraît opposé
à la conception simpliste que certains méméticiens
semblent se faire des mèmes : des virus se développant
dans le milieu culturel en fonction de leur virulence intrinsèque,
et pouvant contaminer des milieux même peu récepteurs
au départ. Mais nous avons nous-mêmes dans nos
différents articles avancé l'idée que
cette vue ne tenait pas suffisamment compte de ce que tous
les épidémiologistes connaissent, la résistance
des terrains. C'est une constatation de la sagesse populaire
que l'on a les idées que l'on veut bien avoir, c'est-à-dire
qui correspondent à l'arrière-plan de rationalisation
et d'intérêts qui définissent chaque individu
en particulier. Il en est de même en ce qui concerne
l'art. On n'est sensible qu'aux uvres qui correspondent
à certains besoins d'expression que l'on avait, et
qui n'avaient pas jusqu'ici trouvé de supports satisfaisants.
Là encore, on pourrait dire que l'on est sensible qu'aux
uvres que l'on aurait pu faire soi-même, si l'on
avait possédé la technique adéquate.
Sans rejeter le concept de mème, unités d'information
se déplaçant et se reproduisant dans les cerveaux
humains selon des logiques spécifiques, il faut répondre
à la question de savoir pourquoi telle personne est
sensible à tel mème et pas à tel autre.
Pour cela, on peut faire appel au système Damasio.
L'individu dans sa lutte pour la survie, c'est-à-dire
pour le maintien de son homéostasie, développe
certaines émotions et certains sentiments qui le rendent
réceptif à tels mèmes et non à
tels autres. Sur cette base, la mémétique pourra
progresser, c'est-à-dire étudier de façon
scientifique (en physiologie et en neurologie) l'adéquation
de tels mèmes à tels milieux humains.
Si nous considérons (ce
que nous hésitons pour notre part à faire) que
la science est un vaste ensemble mémétique,
on pourra répondre par cette hypothèse à
la question posée au paragraphe précédent.
Les individus disposant d'un bon équilibre homéostatique
sont les mieux à même de se laisser conquérir
par les "virus" scientifiques.
La physiologie intégrative
de Gilbert Chauvet
Le "système Damasio"
nous paraît parfaitement compatible avec le "système
Chauvet" que nous avons précédemment présenté(5).
Ce dernier matérialisera par un modèle mathématico-informatique
d'une grande complexité les très nombreux échanges
sur le mode stimulus-réponse qui permettent de maintenir
l'homéostasie des organismes. Au fur et à mesure
que se multiplieront, dans la suite des travaux de Damasio,
les expériences éclairant notamment le rôle
du cerveau dans le maintien de cette homéostasie, il
sera indispensable de les regrouper dans un modèle
suffisamment puissant pour tenir compte de leur complexité
et peut-être suggérer de nouveaux domaines de
recherches expérimentales. Comme les agents particuliers
que sont les émotions et les sentiments ne viennent
pas de nulle part, mais découlent, dans le système
Damasio, de messages physiologiques induisant des états
du corps, ils pourront être introduits dans le système
Chauvet.
A l'appui de ceci, on peut ajouter
qu'avant la publication de ses résultats par Antonio
Damasio, Gilbert Chauvet avait publié sa théorie
du champ neurohormonal (Traité de physiologie théorique,
Masson, 1991, tome III, ou en anglais: theoretical systems
in biology, Pergamon Press, 1996, tome III) qui reflète
exactement et implicitement ce que dit Damasio. Le système
informatique en cours de développement par Gilbert
Chauvet devrait donc permettre de nouvelles interprétations
de l'ensemble de ces observations.
Le corps collectif est-il représenté
par un cerveau collectif ?
Nous avons déjà
évoqué, à propos des travaux de Gilbert
Chauvet, la possibilité de transposer à la société
l'expérience de la physiologie intégrative.
Est-il possible de construire, à propos des organismes
sociaux, le modèle des relations entre organes permettant
de décrire la dynamique d'un organisme biologique engagé
dans la protection de son homéostasie. Les organismes
sociaux ne sont-ils trop divers, trop peu structurés,
trop fluctuants pour pouvoir être comparés à
des organismes biologiques ? Nous pensons personnellement
qu'à quelques différences importantes dans l'approche,
l'ambition de proposer une physiologie sociale intégrative
n'est pas irréaliste. L'intérêt serait
de favoriser l'étude des sociétés dont
les succès et les erreurs nous atteignent directement,
alors que par ignorance de leurs ressorts profonds personne
n'a encore les moyens d'améliorer véritablement
leur fonctionnement.
Il nous semble que le même
objectif pourrait être proposé dans le cas du
"système Damasio". Mais alors une question importante
se pose. Existe-t-il un cerveau collectif qui correspondrait
à ce corps collectif. Pourrait-on identifier des émotions,
des sentiments collectifs, des idées collectives ?
On répond généralement oui à ces
questions, mais il ne s'agit que de demi-réponses.
Les émotions collectives, par exemple, ne sont que
des émotions individuelles se développant en
harmonie ou en résonance entre plusieurs personnes.
Il sera certes intéressant, comme le remarque Damasio,
de rechercher les sites cérébraux qu'elles affectent,
les traces neurales qu'elles laissent. Mais c'est déjà
ce que fait, dans une large mesure, la neurophysiologie lorsqu'elle
étudie, par exemple, les centres et les processus du
langage, activité collective s'il en est. Aller plus
loin consisterait à faire l'hypothèse que, par-dessus
les individus et sans nécessairement que ceux-ci en
soient conscients, se créent des champs induisant ces
individus à réagir de façon semblable,
par une sorte d'empathie. Celle-ci pourrait être provoquée
par des stimulus de type classique mais encore mal identifiés.
On avait cité il y a quelques années l'exemple
de femme détenues dont les périodes menstruelles
se coordonnaient, sans doute par échange de phéromones
particulières. Il existe sans doute de nombreux autres
cas ou les stimulus et les émotions s'échangent
et se coordonnent par l'intermédiaire de médiateurs
encore non identifiés, dont on pourrait retrouver la
trace neurologique. Le rôle des mèmes peut par
ailleurs être évoqué en ce qui concerne
la genèse des sentiments et des idées. Mais
pour mettre ce rôle en évidence, au delà
des banalités d'usage, il faudrait là encore
des études qui n'ont pas été entreprises,
à notre connaissance. Rappelons aussi la thèse
controversée de Rupert Sheldrake(6),
concernant l'existence de champs morphogénétiques
s'établissant entre individus, champs qui n'ont pu
encore être mis en évidence.
Une théorie
des systèmes auto-évaluateurs
Nous avons dit que, tout en saluant
l'optimisme de Damasio, tel que manifesté dans la conclusion
de son livre, il nous paraissait difficile de le partager
sans réserves. Il est devenu habituel, pour toutes
les études de cette sorte, de terminer par un message
d'espoir, faisant confiance à l'union des libre-arbitres
pour dessiner un avenir radieux. Nous avons déjà
fait cette remarque à propos du Freedom Evolves
de Daniel Dennett. Tout se passe comme si une censure invisible
obligeait les scientifiques à réaffirmer une
vision du Je conforme aux enseignements de la morale et de
la religion, alors que toute leur uvre en montre la
relativité. On veut bien croire que les organismes
vivants, pour survivre en maintenant leur bon équilibre
interne, aient été programmés par l'évolution
afin de choisir dans certains cas les solutions de coopération
à long terme plutôt que l'égoïsme
à court terme. On veut bien croire que l'apparition
de la conscience ait renforcé chez les humains la préférence
pour de tels choix. On veut bien croire finalement que le
scientifique se considère, ou soit socialement reconnu,
comme le meilleur porteur possible des messages de survie
altruistes générés par les différents
déterminismes ayant donné naissance à
la conscience.
Mais en ce cas, il faut le
dire plus clairement. Il faut dire : "prenez mon appel à
la responsabilité collective comme un signe parmi d'autres
de la mise en place d'un super-organisme qui nous inclut et
que nous ne pouvons pas par définition contempler objectivement
de l'extérieur. Ne prenez donc pas toutes les analyses
ou préconisations que je pourrai faire - que vous pourrez
faire en vous inspirant de ce que j'écris - comme ayant
valeur absolue. Il y aura d'autres analyses, d'autres préconisations
qui entreront en conflit avec celles-ci. Ni les unes ni les
autres n'apporteront en elles-mêmes de solutions définitives.
Si elles semblent résoudre certains problèmes,
elles en feront nécessairement naître d'autres.
Ceux-ci n'apparaîtront peut-être pas tout de suite,
mais ils seront tout aussi difficiles à résoudre,
car impliquant un nombre encore plus grand de variables".
Damasio objectera qu'il ne dit
pas autre chose. La science sait bien que, plus son regard
se porte loin, en éclaircissant peut-être l'horizon
proche, plus elle découvre d'autres problèmes.
Damasio n'affirme pas qu'un scientifique comme lui puisse
apporter des solutions définitives, du seul fait qu'il
fait apparaître des mécanismes jusque là
restés obscurs. Mais dans certaines pages de son livre,
il semble oublier ce relativisme prudent. C'est le cas par
exemple lorsqu'il espère que mieux connaître
les origines génétiques puis affectives de l'addiction
aux drogues, permettra de guérir ce mal social. Une
meilleure connaissance de tels mécanismes sera certainement
précieuse, mais quels remèdes suggérera-t-elle
? Imaginons que, dans la perspective d'obtenir des individus
tous conformes à un certain modèle jugé
optimum, la société s'engage dans des manipulations
génétiques ou pharmacologiques systématiques
En fait, ce qui manque à
des travaux pourtant aussi remarquables que ceux présentés
par Looking for Spinoza, c'est qu'ils ne s'intègrent
pas dans ce que pourrait appeler une théorie des méta-systèmes
auto-évaluateurs intégrant l'observateur dans
le système. Mais on pourra en dire autant de toutes
les descriptions que la science contemporaine propose de l'univers.
Elles doivent dorénavant se concevoir comme des auto-évaluations
relatives devant nécessairement prendre en compte la
subjectivité de l'observateur.
La machine pensante
Pour terminer par un propos
qui est dans le fil de notre principal centre d'intérêt,
nous pouvons nous demander si l'uvre de Damasio peut
fournir des repères utiles pour ceux qui construisent
ou construiront des machines pensantes. On sait que ces précédents
ouvrages ont déjà influencé beaucoup
de roboticiens(7).
Aujourd'hui, on n'imaginerait pas de construire un robot qui
n'ait pas de corps. Mais faudra-t-il, pour créer des
robots véritablement autonomes, les obliger à
évoluer en respectant les différents stades
de développement du psychisme des organismes vivants
tels que décrits par Damasio. Devront-ils en particulier
ressentir des émotions inconscientes avant de ressentir
des sentiments conscients ? Nous pourrions répondre
qu'à défaut de bonnes raisons pour court-circuiter
des phases de développement sélectionnées
au cours de centaines de millions d'années, il vaudra
mieux s'efforcer de copier au plus près le chemin proposé
par l'histoire des êtres vivants. Mais si l'on réussissait
à créer des entités artificielles relativement
autonomes, peut-être celles-ci choisiraient-elles des
façons d'accéder à la conscience et à
la pensée auxquelles nous n'aurions pas pensé,
faute de disposer d'un cerveau orienté en ce sens.
Notes
1) Ce propos n'enlève rien
aux mérites de Dennett. On lira dans cette revue notre
critique de son dernier livre "Freedom evolves".http://www.automatesintelligents.com/biblionet/2003/juil/dennett.html
2) Reprenons tout ceci dans un exemple simple,
dont le lecteur voudra bien excuser la trivialité.
Suite à la prise d'un repas, le métabolisme
de la digestion peut se dérouler passer sans problème
(de façon nominale, dirait-on dans l'aéronautique).
Des signaux circulent dans le corps et certains informent
de ce bon déroulement la carte cérébrale
correspondante du cerveau, quand il existe un cerveau centralisateur.
Mais si le sujet absorbe un composé toxique perçu
comme tel par le système de protection de l'homéostasie,
le cerveau en est informé par l'intermédiaire
de stimulus internes produisant une sensation de douleur,
laquelle peut déclencher un réflexe de rejet.
Si cette sensation est suffisamment forte et continue, elle
induit des manifestations corporelles visibles, par exemple
le vomissement accompagné des signes du dégoût.
Elle se transforme alors en émotion. Chez les sujets
dotés d'une aptitude à la conscience, l'émotion
et les manifestations corporelles par lesquelles elle se traduit
sont prises en compte par le champ conscient et prennent la
forme d'un sentiment. Celui-ci générant des
pensées qui l'expriment, puis dans les échanges
avec les autres, des idées qui lui correspondent. A
ce moment, le processus de dégoût pourra s'étendre
à d'autres éléments de la vie du sujet.
Celui-ci pourra se désintéresser de lui-même
et de ce qui l'entoure. Par ailleurs, ultérieurement,
il lui suffira d'évoquer l'épisode, même
inconsciemment, pour que ce sentiment de dégoût
généralisé renaisse.
3) Jean Pierre Changeux en a fait l'expérience.
Voir notre article http://www.automatesintelligents.com/biblionet/2002/avr/changeux.html.
4) A l'appui de la thèse inverse selon
laquelle les idées les plus élaborées
tiendraient à l'histoire physiologique et neuro-physiologique
de leur auteur, on peut rappeler l'hypothèse selon
laquelle les très grands savants, Newton ou Einstein
par exemple, seraient des autistes légers, inaptes
aux relations sociales ordinaires dans lesquelles la plupart
des hommes gaspillent leur énergie. On en dira autant
des grands artistes. Voir notre article: Devenir intelligent
par la stimulation magnétique intracränienne http://www.automatesintelligents.com/actu/030630_actu.html#actu4
5) Sur Gilbert Chauvet, voir notamment dans
cette revue http://www.automatesintelligents.com/biblionet/2001/aout/g_chauvet.html
6) Sur Sheldrake, on pourra lire un interview
récent http://www.nouvellescles.com/Entretien/Sheldrake/Sheldrake2.htm
7) Voir par exemple Alain Cardon http://www.admiroutes.asso.fr/automates/collection/cardon1.htm
Pour
en savoir plus
Sur Spinoza, on pourra lire Spinoza, de Roger Scruton,
traduction française de Ghislain Chaufour, collection
les Grands Philosophes, au Seuil. Edition originale Phoenix,
Londres,1998.
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