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Revue n° 42
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Du côté des labos


Proposition pour la mise en place d'un Réseau de Laboratoires avec les pays du Sud
Projet de création d'une Ecole doctorale franco-africaine sur la science des modèles
Projet Ecole Doctorale UR GEODES/Alain Cardon
présentation par Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin - 21/03/03

Pour accéder à la note descriptive du projet, cliquer ICI
pdf 16 pages

Les lecteurs de notre revue, comme tous ceux qui s'intéressent aux sciences dites de la complexité, sont convaincus que ces sciences offrent la plus efficace des méthodes pour comprendre le monde contemporain et le cas échéant agir sur lui. Les organisations internationales, les Etats, les entreprises, les chercheurs et les citoyens sont confrontés partout à des phénomènes de grande ampleur qui échappent de plus en plus à la description scientifique classique, fut-elle assistée par les plus puissants ordinateurs. Ces phénomènes impliquent directement la sauvegarde de la Terre considérée comme un bio-éco-système de plus en plus fragilisé par les activités humaines. Il s'agit du réchauffement global, du rejet massif de polluants, de l'exploitation irresponsable des biotopes... Mais d'autres phénomènes de même nature affectent l'humanité : les mouvements de la démographie et des populations, les crises économiques, le développement des conflits….

Les décideurs de toutes origines et les scientifiques qui les conseillent n'ont qu'une solution à leur disposition pour essayer d'y voir plus clair et d'élaborer des stratégies de survie adaptées. Il faut construire des modèles artificiels de ce que l'on veut comprendre, et comparer en permanence les faits d'observation avec les prédictions de ces modèles afin d'affiner ceux-ci. Les projets de stratégies seront eux-mêmes modélisés et confrontés aux modèles plus généraux représentant l'arrière-plan.

La modélisation scientifique des phénomènes complexes n'est pas une nouveauté. Elle a pratiquement toujours existé. Dans la seconde moitié du 20e siècle le développement des statistiques et des mathématiques sur ordinateur a permis à la modélisation d'élargir considérablement ses ambitions. On a cru que la planification stratégique à base de grands modèles allait résoudre toutes les difficultés. On constate aujourd'hui cependant que la modélisation traditionnelle n'est plus adéquate. Elle repose sur l'hypothèse qu'il est possible de décrire le monde à partir du point de vue d'un observateur extérieur et que pour ce faire les équations linéaires peuvent suffire. Or aujourd'hui on se rend compte que tout observateur est immergé dans le monde qu'il décrit, il le modifie par ses descriptions et en contre-partie les modifications du monde modifient l'observateur. Par ailleurs, la belle théorie du chaos a enseigné qu'il fallait renoncer aux prévisions linéaires mais mettre en place des méthodes de modélisation et de prédiction à la fois plus modestes et plus efficaces, faisant appel aux ressources de l'intelligence artificielle distribuée et auto-adaptative.

Les sciences de la complexité ou de la modélisation des systèmes complexes, qui traitent de toutes ces questions, sont donc essentielles aujourd'hui à la bonne " gouvernance " collective du monde, comme à l'élaboration de projets régionaux ou locaux adaptés. Mais il ne suffit pas de proclamer cela pour résoudre les problèmes des civilisations à venir. On constate en effet que les sciences de la complexité, les technologies et méthodes qu'elles obligent à mettre en œuvre, sont devenues le monopole de plus en plus exclusif des grands pays développés. Bien plus, depuis quelques années, les Etats-Unis ont pris dans ces domaines une avance qui paraît difficile à rattraper et qui leur donne, pour le meilleur ou le pire, comme le montrent les évènements actuels, une supériorité sur tous les autres peuples.

Ce qui est particulièrement inquiétant dans cette optique est que les pays du Sud, dits encore parfois pays en voie de développement, perdent de plus en plus les moyens de faire appel pour leur compte, c'est-à-dire sans passer par des conseillers extérieurs qui ne sont pas tous désintéressés, à la modélisation des systèmes complexes. Or c'est eux qui ont le plus besoin de comprendre les grandes menaces qui affectent l'humanité, car ils en seront les premières victimes : modélisation du climat, de l'hydrologie, des ressources halieutiques, des pandémies…la liste est interminable de ce qu'ils devraient mieux que les autres connaître et maîtriser.

On objecte que les enseignements supérieurs des pays du Sud, notamment sur le continent africain, sont dans un état de pauvreté tel que l'étude des systèmes complexes serait définitivement hors de leur portée. Ce ne sont pas pourtant les enseignants, doctorants, chercheurs qui manquent. Mais ils sont obligés de s'expatrier, soit vers l'Amérique du Nord soit vers l'Europe, pour participer à de telles études. Les retombées de celles-ci ont alors tendance à rester dans le pays d'accueil. Lorsque les recherches sont financées comme c'est souvent le cas par des multinationales, on constate aussi que les objectifs des recherches servent de préférence les intérêts du Nord, plutôt que ceux du Sud. L'idéal universitaire d'une recherche désintéressée, ouverte à tous et dont les résultats sont publiés sans restrictions, devient alors un rêve d'un autre âge.

Or pour ré-inscrire les universités et écoles des pays du Sud dans la grande mouvance scientifique internationale, il existe aujourd'hui d'autres solutions pour les pays pauvres que faire venir à grand frais des enseignants étrangers. Le croire serait méconnaître complètement les possibilités de l'enseignement, de la recherche et du développement d'applications utilisant le travail en réseau. Les cercles ou réseaux d'Ecoles et d'Universités existent déjà dans les pays développés. Les Etats-Unis, une fois de plus, ont saisi l'opportunité offerte par ces technologies pour diffuser dans le monde entier leur influence scientifique et culturelle. Il n'y a pas lieu de le leur reprocher.

Par contre, l'Europe et, quand il s'agit plus particulièrement des pays francophones la France, ont un devoir impérieux d'établir de tels réseaux d'enseignement et de recherche avec les pays qui s'adressent à elles. Cette démarche permettra pour ce qui concerne l'université française de rajeunir et ouvrir sa tradition de coopération universitaire qui a toujours été appréciée par les autres pays.

Le projet que nous présentons ci-dessous a été établi par Alain Cardon, professeur des universités, dans le cadre de l'Institut de Recherche pour le Développement. Il vise à mettre en réseau, sur le thème des sciences de la complexité, les laboratoires et les Ecoles doctorales de divers pays. Il formera des docteurs et chercheurs qui pourront rester dans leur pays et contribuer à son développement, plutôt que s'expatrier en Occident.

Pour accéder à la note descriptive du projet, cliquer ICI
pdf 16 pages


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