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Revue n° 41
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Courrier

L'IA est-elle une tare en France ?
From: Xavier Goblet xavier.goblet@wanadoo.fr
7 février 2003

Bonjour,

Avant d'expliquer le pourquoi de mon message et son sujet racoleur, j'aimerais vous féliciter pour votre revue. Fidèle lecteur, c'est grâce à vous que j'ai découvert les travaux d'Alain Cardon (et plus particulièrement son livre sur la conscience artificielle), mais aussi les travaux autour de la vie artificielle (le livre de JP Rennard est très bien). Continuez...

Pourquoi ce titre. Quand je parle d'IA, c'est Intelligence Artificielle au sens large, aussi bien "la vieille IA" (approche logique, bases de connaissances...) que la "nouvelle IA" (algorithmes génétiques, vie artificielle...).
Il est extrêmement difficile de trouver un emploi en France dans ce domaine. Au niveau industriel, peu de sociétés affichent leur utilisation de techniques issues de l'IA. Il suffit, pour s'en convaincre, de regarder les pages "Industrie-Applications" de l'Association Française d'Intelligence Artificielle (AFIA). Mis à part l'Institut Français du Pétrole, ces pages restent désespérément muettes!
Autre consta t : faisons une recherche sur le site monster.fr avec les mots-clé: "intelligence artificielle" en France. Rien depuis au moins 2 mois. Avant, seulement 2 annonces et encore une concernait un stage.
Si l'on va sur la rubrique 'monde' toujours sur ce même site et en tapant les mots : "artificial intelligence", le résultat est différent. Pratiquement une nouvelle annonce de sociétés utilisant l'IA chaque jour. Mais bon, il faut aller aux Etats-Unis, Australie ou en Angleterre.
Est-ce que tous les étudiants spécialisées dans ce domaine s'en vont bosser à l'étranger ? Je ne le souhaite pas pour la France et son indépendance technologique.

Bon, assez philosophé, Il faut que je retourne approfondir mes connaissances et pratiques d'XML, UML, J2EE, C++ et autres serveurs d'applications (etc.) si je veux espérer être convoqué à un entretien. Et oui, malgré une solide formation en informatique (DUT->Doctorat), mon tort est d'être spécialisé (pour ne pas dire passionné) en IA...

Cordialement,

Xavier Goblet.

PS: A tout hasard, je joins un CV (format rtf). On sait jamais, vous pouvez rencontrer des gens à la recherche de compétences dans le domaine. Et c'est toujours bon pour le réseau de se faire connaître

Bonjour. Merci pour votre courrier. Vous soulevez là un point important, dont nous avons souvent parlé dans nos colonnes : un manque de perception en France de la part du public comme du privé de l'importance de l'IA, pourtant au coeur des développements du futur. Cela dit, il ne faut peut-être pas désespérer. Si le public et les industriels ne viennent pas à vous, venez aussi à eux. Ne serait-ce qu'en faisant connaître vos travaux sur le web, en montrant en quoi ils peuvent servir la société. Si l'IA est si peu perçue, c'est peut-être aussi qu'elle est méconnue ou mal connue. Prenons un exemple, celui de Pierre Collet, spécialistes des algorithmes évolutionnaires à qui nous avons consacré une interview en avril 2001 (http://www.automatesintelligents.com/interviews/2001/avr/p_collet.html). Nulle part n'était explicité sur son site (http://www.cmap.polytechnique.fr/~collet/) à quoi et à qui pouvaient servir ses travaux, pourtant l'une des questions qui vient immédiatement à l'esprit de tout un chacun (d'ailleurs l'une des premières questions posées dans l'interview). Après la publication de cet interview (un an plus tard), nous avions reçu ce mail :"Messieurs, Tout d'abord, je tenais à vous dire combien je suis impressionné de l'impact de l'interview qui m'a été consacrée sur automatesintelligents. Je reçois constamment des mails de personnes ayant lu cet interview, demandant des renseignements, ... et nous commençons à l'inria une collaboration scientifique sur l'e-learning avec une petite société dynamique (Paraschool) qui m'a encore une fois contacté grâce à l'article."

Que l'on ne se méprenne pas sur nos propos : il ne s'agit nullement de dire que les scientifiques sont responsables de la désaffection ressentie dans notre pays pour l'IA. Notre message est là simplement pour dire aussi : si on ne va pas à Lagardère, alors Lagardère doit aller à toi".
En tous cas, c'est avec plaisir que nous publions sur le site votre CV, en vous souhaitant toute la réussite possible.

Automates Intelligents

Suite (courrier du 13 février)

Oui, l'IA est une tare en France ?
From: Xavier Goblet xavier.goblet@wanadoo.fr

Dans la suite de mon précédent message : "L'IA est-elle une tare en france ?".
J'ai eu ma réponse : oui.

Je reviens d'un entretien-bilan avec le consultant de l'APEC (Association Pour l'Emploi des Cadres) qui suit ma recherche d'emploi et qui conclut qu'il faut que je laisse tomber toutes références à l'intelligence artificielle et que j'occulte au maximun (ne pas le mettre en entête dans le CV, par exemple) mon diplôme de docteur en informatique! Texto: "votre CV peut faire peur".

Il est vrai que l'emploi en informatique traverse une crise en ce moment et que des compétences en IA sont très peu recherchées. OK mais est-ce vraiment passager!

J'ai trouvé un article récent (mai 2002) dans un dossier "Technologies du futur: le retour" sur l'intelligence artifielle (voir sur http://www.01net.com : Intelligence artivficielle - Ciel, mon bras droit est une machine !) où on peut lire les propos suivants :
"Patrick Albert reconnaît toutefois que dans un climat de désintérêt pour cette technologie depuis une dizaine d'années, jamais Ilog ne s'est vraiment réclamé de l'IA." Patrick Albert est cofondateur et directeur scientifique de la société ILOG. La suite de l'article donne des pistes pour comprendre le problème.

Ce que j'en tire : le mal (pour ne pas dire le même) est profondément ancré dans l'inconscient collectif industriel français : l'IA a certainement trop promis dans ces débuts et a extrêmement déçu par ses résultats. Est-ce que les nouvelles approches (vie artificielle...) pourront remédier à ce fait ?

Qu'en pensez-vous ? De ces questions, il serait aussi intéressant de débattre avec les lecteurs de votre revue.

Cordialement

Xavier Goblet

 


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