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| Jean-Paul Baquiast
Jean-Paul.Baquiast@wanadoo.fr Christophe Jacquemin christophe.jacquemin@admiroutes.asso.fr |
Revue n° 41
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Publiscopie
La complexité, vertiges et promesses
Le Pommier, octobre 2002, 418 pages
par Reda Benkirane rb@archipress.org
Présentation par Jean-Paul Baquiast 11/02/03
Voir aussi notre interview de l'auteur
Sociologue, spécialiste de l'information, Réda Benkirane a la double nationalité marocaine et suisse, il travaille à Genève comme consultant auprès des Nations Unies (CNUCED) et du Conseil cuménique des Eglises. Il a précédemment exercé entre autres activités celle de journaliste, notamment au sein de la revue Le Temps stratégique.
Il est également l'auteur de Jahiliya, le voyage des origines. Sociologie poétique de la migration (à paraître en 2003).
Depuis 1996, il anime le site @rchipress (http://www.archipress.org ), qui regroupe une agence de presse Nord-Sud et un centre de documentation Episthèmes. Ce site (1000 visiteurs uniques/jour) a été classé en tête des magazines suisses en ligne par le portail MSN France.
Page personnelle de l'auteur: www.archipress.org/reda/
Disons demblée à nos lecteurs que nous avons trouvé le livre de Réda Benkirane, «La complexité, vertiges et promesses, 18 histoires de sciences» absolument remarquable. Nous sommes persuadés que le lire - ou plutôt létudier en profondeur - constituera un exercice indispensable pour tous ceux qui sintéressent aux sciences ou à la philosophie des sciences. Pour les scientifiques pratiquant déjà ce que lon appelle les sciences de la complexité, terme sur lequel nous allons revenir, il sagira selon les cas dun utile retour aux sources ou dun voyage éclairant aux limites de leur discipline. Pour les autres, catégorie qui devrait englober tous les lecteurs non scientifiques, ce sera dans beaucoup de cas une véritable découverte. Ils pourront se borner à survoler ceux des rares développements qui leur paraîtraient trop techniques. Si nous placions les abonnés de notre estimable magazine, moi le premier, dans une catégorie intermédiaire, celle des gens déjà bien au fait des problèmes de la complexité, mais désireux den apprendre toujours davantage, notre conseil serait le même : lisez le livre, réfléchissez en profondeur aux idées et hypothèses dont il fourmille, approfondissez si possible les travaux des scientifiques interrogés en consultant directement leurs écrits, ne fut-ce que par lInternet. Puis essayez de préciser, ne fut-ce que pour vous-même, en quoi votre vision du monde pourrait en être modifiée.
Le livre se présente comme un recueil dentretiens avec 18 scientifiques ayant pris suffisamment de recul sur leur discipline pour en faire un sujet de réflexion philosophique. La démarche philosophique est courante dans la tradition universitaire anglo-saxonne, notamment américaine. Elle est plus rare de la part des francophones, apparemment moins soucieux dapproches interdisciplinaires et de communication avec le public. Il faut donc saluer ceux fort opportunément sélectionnés par Réda Benkirane Tous méritent dêtre connus ou mieux connus.
Mais le livre nest pas un simple recueil dentretiens, ou alors il faut entendre « entretien » au sens plein du terme, cest-à-dire la confrontation de deux lectures intelligentes dune uvre. Il ne sagit en aucun cas dun recueil dinterviews. Il est rare que linterview puisse sélever au-dessus de la banalité, surtout si linterviewer na du sujet traité quune connaissance journalistique. En lespèce, tout se passe comme si, grâce à lintermédiation de Réda Benkirane, chaque scientifique sétait obligé à présenter en une quinzaine de pages lessentiel de son uvre, ce quil faudrait en retenir si tout le reste disparaissait. Quinze pages, cest peu mais cest déjà beaucoup, surtout quand, comme cest le cas, des questions intelligemment préparées obligent lauteur à approfondir ou éclaircir, si besoin, ses propos. Pour mieux comprendre les intentions et la méthode de Réda Benkirane, on se reportera à son avant-propos, p. 7 et 8 notamment, quil ne faudrait en aucun cas « sauter ». La démarche suivie est empreinte dune véritable rigueur scientifique.
Cest là que nous devons souligner le mérite de Réda Benkirane, absolument stupéfiant, il faut le dire, de la part de quelquun qui na pas consacré sa carrière à la philosophie des sciences émergentes. Il a sinon tout lu des publications de ses interlocuteurs, du moins abordé et compris lessentiel, ce qui représente vu la diversité des thèmes un travail considérable. Certaines réponses et par conséquent certaines questions ont été, nous dit-il, préparées avec les auteurs eux-mêmes, mais cela nen est que mieux. Le résultat est excellent au plan pédagogique. On retrouve là, sous une forme un peu différente, une pratique que nous avons précédemment signalée pour son originalité, celle du site américain Edge, animé par John Brockman. On demande à un scientifique, non seulement de présenter le "best of "de son uvre, mais également dindiquer les limites auxquelles il se heurte, les apports quil aimerait recevoir de la part dautres disciplines et plus généralement, la vision du monde (de lunivers) qui lui paraît émerger de ses travaux. Réda Benkirane na pas suivi tout à fait cette démarche, mais il sen rapproche beaucoup. Cest à notre connaissance, dans le domaine des sciences qui intéressent notre magazine, la première fois que lessai est tenté. Il est très réussi, et on ne peut que souhaiter une chose, sa mise à jour le moment venu et son élargissement à dautres domaines.
Sur le fond, que dire pour présenter le travail à nos lecteurs. La liste des interlocuteurs rencontrés par Réda Benkirane permettra de se faire une première idée du contenu. Nous les classerions pour notre part, avec larbitraire que cela suppose, en 3 catégories :
- Ceux que le grand public connaît parce quils ont été souvent cités dans les travaux sur la complexité, mais avec lesquels un contact rafraîchissant la connaissance que lon a deux simpose: Ilya Prigogine, Christopher Langton, Francisco Varella (décédé depuis), Stuart Kauffman, Yves Pomeau. On y ajoutera, bien quil ne sagisse pas de scientifiques à proprement parler, mais plutôt de philosophes, Edgar Morin et Michel Serres.
- Des chercheurs déjà émérites, qui ne sont connus en France que par les spécialistes de leurs domaines, mais qui devraient rejoindre au plus vite la catégorie précédente : Brian Goodwin, Ivar Ekeland, Gregory Chaitin, Laurent Nottale, Andrei Linde.
- Et enfin des chercheurs qui sont généralement connus par le public cultivé, mais trop souvent considérés comme très spécialisés alors que leurs travaux, en plein développement, concernent toutes les disciplines émergentes : Neil Gershenfeld, Daniel Mange, Luc Steels, Bernard Derrida, John Barrow.
Cette liste est déjà longue. Elle référencie, ce qui est rare dans ce genre de littérature, des auteurs francophones, suisses, belges ou français, quil faut mieux faire connaître. Mais elle paraîtra peut-être trop courte à nos lecteurs, que nous avons habitués (Dieu nous aide) à consulter de nombreuses autres sources. On ne peut en faire reproche à lauteur, car sil avait voulu citer tous ceux qui comptent dans les sciences de la complexité, lesquelles incluent aujourdhui (nous reviendrons sur ce point) pratiquement toutes les sciences, il lui aurait fallu une encyclopédie de 20 volumes et 100 années de travail(1). Peut-être cependant, dans une prochaine édition, pourrait-il inclure, parmi dautres, Stephen Wolfram (encore que le personnage paraisse assez peu sympathique), Lee Smolin, Robert Aunger, Alain Cardon... On observera au passage quaucune femme ne figure dans ce palmarès. Cela, nous semble-t-il, condamne la société occidentale qui malgré sa prétendue ouverture ne fait rien pour encourager les filles à sengager dans les sciences fondamentales.
La vie et luvre de chaque auteur sont présentées, en introduction de lentretien avec eux. Quelques commentaires pertinents renseignent sur la portée des principaux travaux et ouvrages. Nous aurions aimé disposer de plus de références Internet, mais il sagit dune matière volatile, certains sites ayant l'habitude de changer leurs URL sans en prévenir l'usager. Par contre, il faut féliciter le sens de la pédagogie manifesté par lauteur, visible notamment dans la bibliographie quil fournit à la fin du livre. Près de 150 ouvrages sont cités, avec pour chacun un commentaire pertinent de quelques lignes. Les lecteurs ne pourront pas se plaindre de ne pas savoir comment remonter aux sources. La seule question pratique qui se pose (mais Réda Benkirane n'y peut rien) est que la plupart de ces ouvrages nont pas été traduits de langlais et demeureront définitivement inaccessible à ceux qui ne pratiquent pas cette langue - sans mentionner le fait que ces ouvrages ne sont pas faciles à obtenir, même en bibliothèque. Linternet sous cet angle est plus commode. Mais nous rencontrons nous-mêmes en permanence cet obstacle de la langue, puisque lessentiel des sources que nous citons sont en anglais, et que nous devons en traduire ou en adapter de nombreux éléments. Voici encore une limite absolue à la connaissance dont on ne mesure pas assez les dégâts quand il sagit pour une nation non anglophone de rester compétitive dans ses profondeurs.
Evidemment, toutes les sciences ayant affaire à la complexité ne sont pas présentées dans le livre. On regrettera peut-être la part trop belle faite aux mathématiques, et l'absence de considérations relatives à la conscience, le "hard problem" qui est pourtant au coeur de la complexité, qu'il s'agisse de la conscience animale, humaine ou artificielle. Mais cela justifierait un recueil tout entier.
La complexité
Quelques mots sur le contenu de ce concept, de plus en plus utilisé. Lavant-propos de lauteur en fournit une première définition. Michel Serres, dans la fin de louvrage, donne une image assez saisissante [Benkirane, op.cit, p. 383 et suiv.]. Aujourdhui, dit-il, la science est en train de proposer le plus grand récit qui ait jamais été raconté depuis lorigine des hommes, celui des origines (du big bang et même avant le big bang) jusqu'à la vie, lintelligence et la conscience. C'est cette histoire qui, à elle seule, suffit à fonder la complexité. Ajoutons que, dans cette optique, il nest pas de science digne de ce nom qui puisse se prétendre étrangère à la complexité, car toutes répudient les modèles linéaires, aucune nest définitive, aucune nest fermée sur elle-même, toutes sinscrivent dans une perspective évolutionnaire totalement ouverte. La complexité est partout. Il ny a que les technologies qui, pour des raisons defficacité pratique, sefforcent de la chasser des systèmes. Mais même là, elle peut se réintroduire à tous moments, lorsque les paramètres bien prévus saffolent sans explication claire, et que le désastre survient.
Sil nest aujourdhui de science que de complexité, alors pourquoi en parler ? Pourquoi en faire des livres ? Cest parce que la plupart des scientifiques, comme les gouvernements, les décideurs, le public nont pas encore compris le nouveau regard quelle appelle. La plupart simaginent encore que le monde tourne en gros comme Newton lavait défini. Si des systèmes apparaissent compliqués, cest selon eux parce quils nont pas été assez étudiés, assez mathématisés sous forme déquations aux résultats bien prévisibles. Confrontés à la complexité permanente, celle de la mondialisation, celle des banlieues, celles des épidémies - ou celle de lInternet - ils ny voient pas malice. Il faut réglementer, disent-ils, renforcer les mesures sécuritaires, voire faire la guerre à ceux qui ne pensent pas comme vous. Quand les choses paraissent malgré cela définitivement trop compliquées, on fait appel au sacro-saint principe de précaution, qui consiste à ne plus rien faire du tout (freeze, comme disent les américains).
Mais alors, des livres comme celui de Réda Benkirane peuvent-ils avoir le moindre impact au regard de laveuglement général. Les pessimistes, dont nous ne sommes pas, en douteront. Les responsables politiques qui pourraient en faire leur profit et qui, quoiquils disent, prennent le temps de lire bien d'autres inutilités, les rejetteraient comme trop scientifiques, non susceptibles dintéresser leurs fonctions quotidiennes. Mettons-nous pourtant à la place de personnalités aussi diverses que le président de la République, le ministre des affaires étrangères, le secrétaire national du parti socialiste ou même le distingué José Bové. Nous sommes certains quils pourraient y apprendre, non seulement à voir le monde autrement, mais à adapter en conséquence leur action quotidienne. De quelle façon ? Devraient-ils se méfier dorénavant des explications trop simples et réductionnistes, des décisions trop linéaires ? Devraient-ils mieux prendre conscience des limites des savoirs ? Sans doute, mais ceci risquerait daccroître encore limpuissance à décider propre aux démocraties. Nous pensons plutôt quils devraient y voir la nécessité, comme le dit excellemment Réda Benkirane en citant Brian Goodwin, dencourager une co-évolution dynamique de la science et de la société. Concrètement, ceci voudrait dire quil faudrait faire progresser à marche forcée la démocratie en réseau, encourager les recherches fondamentales et leur discussion par les citoyens, récuser chaque fois que possible le mercantilisme et légoïsme qui dénaturent de plus en plus la civilisation occidentale. Il sagirait dobjectifs lointains, mais supposant des décisions immédiates pour lesquelles lengagement du pouvoir politique est indispensable(2).
Suggestions
Réda Benkirane est trop modeste, et na pas voulu mêler sa voix à celle de toutes les personnalités interrogées. Nous sommes cependant persuadés quil aurait lui-même beaucoup de suggestions à faire. La première devrait porter sur la façon denseigner la complexité, telle quexposée et illustrée dans le livre ? A qui devrait-on sadresser ? Qui devrait sen charger ? Quelles méthodes pratiques devrait-on utiliser ? Une première réponse simple pourrait être de proposer un tel livre, et tous autres pouvant le compléter et lenrichir, à tout le monde. Cest une question que nous nous sommes posée. Qui le livre vise-t-il ? Les scientifiques en général ? Certainement. Ils ne manqueront pas dy trouver des sujets de méditation, partant du principe quils ne peuvent tout connaître, quils soient étudiants ou déjà consacrés dans leur discipline. Le public cultivé ? Sans doute. Mais il leur faudra consentir quelques efforts car le livre malgré son souci de clarté, ne se livre pas sans un peu de travail. De plus, le public cultivé, cest combien de milliers de personnes, en France ? Pourquoi se limiter à cette population, et ne pas viser tout le monde, toutes les citoyennes et tous les citoyens, voire les enfants ? Certainement. Mais alors il faudrait peut-être faire appel à des pédagogies différentes, utilisant par exemple Internet et la réalité virtuelle, à laquelle certains des interlocuteurs de Réda Benkirane ont fait allusion(3).
Plus généralement, on voit bien que simposerait une réforme approfondie de tout le système éducatif français, depuis le primaire jusquaux universités. Derrière le système éducatif, il faudra réformer les modes de sélection et les cursus de recherche. Aujourdhui encore, un chercheur ne peut faire carrière dans la complexité, ou si lon préfère, à la frontière entre disciplines. Il vaut mieux pour lui développer les vues systématiquement géniales de son directeur de recherche ou de son laboratoire. Mais réformer le système éducatif et universitaire est-il envisageable ? On se souvient des errements ayant résulté de lintroduction des mathématiques modernes. Sans doute préférera-t-on une imprégnation lente de luniversité française par la fréquentation dautres universités plus avancées, comme il en existe nous semble-t-il beaucoup en Europe même.
On devrait pouvoir faire plus, cependant. Nos pays veulent-ils se démarquer dun néo-libéralisme uniquement guidé par le souci de maximiser à court terme les bénéfices de lactionnariat ? Dans ce cas, ne devraient-ils pas financer de grands projets de recherche fédérateurs obligeant sciences fondamentales publiques, sciences appliquées et technologies à collaborer. Le tout dans des contraintes de temps et de résultats évitant de se perdre dans un futur indéterminé. Les besoins ne manquent pas : éclaircir le mécanisme des maladies à virus ou du cancer ; comprendre les équilibres globaux de la Terre et proposer des solutions aux catastrophes qui nous menacent ; développer des machines pensantes et conscientes susceptibles de donner du monde une autre vision que celles héritées des cultures classiques(4). Ce serait la, parmi de nombreuses autres, quelques-unes des promesses, pour reprendre le terme de Réda Benkirane, ouvertes par la prise en considération politique de la complexité.
Notes
1) Soit dit en passant, une telle encyclopédie serait certainement à entreprendre, pour léducation des foules, en utilisant systématiquement les ressources de lInternet. Nous essayons dy apporter notre contribution, mais lampleur de la tâche nous dépasse.![]()
2) Jai moi-même, si je puis me permettre de me citer, abordé cette question difficile des choix politiques face à la complexité, et proposé quelques orientations [Baquiast, Sciences de la complexité et vie politique. Ed. Automates-Intelligents, 2003].![]()
3) Dans la ligne de notre magazine, qui vise un public relativement large et pas nécessairement informé, certains dentre nous ont participé à des réunions de type « Café des sciences » avec des gens nayant rien de scientifique, sans autre instrument quun tableau blanc. Elles furent toujours des succès et cest avec tristesse que nous navons pu poursuivre les discussions aussi longtemps quils le souhaitaient.![]()
4) Voir sur ce sujet Alain Cardon, Modéliser et Concevoir une machine pensante - Approche constructible de la conscience artificielle. Ed. Automates Intelligents. 2003 .![]()
Pour en savoir plus
Neil Gershenfeld, Home page : http://web.media.mit.edu/~neilg/
Logic Systems Laboratory et Daniel Mange : http://lslwww.epfl.ch/pages/staff/mange/
Jean-Louis Deneubourg, Home page : http://www.ulb.ac.be/cenoliw3/PERSO-PAGES/jldeneubourg.html
Luc Steels, Home page : http://arti.vub.ac.be/~steels/
Christopher Langton. Présentation : http://www.chairetmetal.com/lang-bio.htm
Brian Goodwin, How leopard.. : .http://home.planet.nl/~gkorthof/kortho23.htm et page dans Edge http://www.edge.org/3rd_culture/bios/goodwin.html
Stuart Kauffman, Home page : http://www.santafe.edu/sfi/People/kauffman/
Bernard Derrida, coordonnées : http://www.lps.ens.fr/~derrida/
Ivar Ekeland, CV : http://www.iecn.u-nancy.fr/~hijazi/CVEKELAND.html . Voir aussi http://www.ceremade.dauphine.fr/~ekeland/
Gregory Chaitin, Home page : http://www.cs.auckland.ac.nz/CDMTCS/chaitin/
John Barrow, page dans Edge : http://www.edge.org/3rd_culture/bios/barrow.html
Laurent Nottale, Home page : http://www.daec.obspm.fr/users/nottale/
Andrei Linde, Home page : http://physics.stanford.edu/linde/
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