logo admiroutes Les automates intelligents
robotique, vie artificielle, réalité virtuelle


information, réflexion, discussion
logo automate © Anne Bedel
Jean-Paul Baquiast Jean-Paul.Baquiast@wanadoo.fr
Christophe Jacquemin christophe.jacquemin@admiroutes.asso.fr

Revue n° 30
Retour au sommaire
 
Editorial
Mobilisation
par Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin
24 avril 2002

Vous êtes nombreux à vous être abonnés à la revue Automates Intelligents. Nous ne connaissons évidemment pas quelles sont vos opinions politiques.
Si dans nos écrits nous avons jusqu'ici soulevé certaines questions et évoqué certaines carences, épinglant ainsi quelquefois nos dirigeants [budget civil de recherche et de développement trop faible, manque encore de la véritable interdisciplinarité scientifique dont notre pays a besoin, manque de reconnaissance pour certaines recherches et pour les chercheurs qui les produisent, manque d'un véritable travail coopératif (voir à ce sujet notre rubrique démocratie)...], nous sommes toujours restés à la marge des engagements marqués. Mais depuis le 21 avril et le risque d'une France pouvant basculer dans l'extrême droite, nous pensons que notre réserve n'est plus ici de mise.

Voici donc notre point de vue de citoyens, livré sans nuances.

Dans l'immédiat, pour le deuxième tour du 5 mai, nous voterons évidemment Chirac. Ce n'était pas notre candidat, mais le temps n'est plus aux subtilités : si le président sortant l'emporte avec une très large majorité, ce sera compris comme un référendum pour la démocratie.
Car, contrairement aux prévisions à nouveau trompeuses des instituts de sondage, rien ne garantit que Le Pen ne puisse l'emporter. Avec le risque d'ailleurs d'en voir certains dans quelques jours - y compris et surtout chez les "élites", rallier l'effroyable, toujours avec de bons arguments démocratiques.

Peut-on laisser s'afficher sans réagir une France de tous les abandons, de toutes les lâchetés, et peut-être aussi bientôt de toutes les dénonciations entre voisins, de tous les sadismes acceptés. C'est plus que la France moisie, c'est la France cruelle et impitoyable de tous les égoïsmes. Nous en faisons tous partie si nous laissons parler en nous nos côtés les plus bas. Saluons ces jeunes filles et garçons, même pas encore électeurs, qui descendent dans la rue avec un bandeau sur le front, affichant leur honte.

L'urgence est donc à ce que Monsieur Le Pen et ses idées fassent un score ridicule le 5 mai, et que le diable rentre dans sa boîte pour n'en plus sortir. Mais, répétons-le, c'est peut-être loin d'être joué.

Cela dit, il faut aussi préparer les législatives, autrement qu'avec des arguments à la petite semaine.
Nous avons bien souvent souligné dans Automates-Intelligents cette nécessité de présenter aux électeurs de grandes ambitions, qui puissent mobiliser et faire rêver. Rêve devant aussi être placé dans une perspective européenne (alors d'ailleurs que menacent chez nos voisins les mêmes risques d'une montée de l''extrême droite).
A quand des engagements forts, affichés sans timidité ? Quand entendrons-nous des : "Votez pour nous, et nous utiliserons cette grande idée qu'est l'Europe et cette autre qu'est l'euro pour défendre au sein de la construction européenne de grands projets européens. Nous ferons changer les institutions monétaires si celles-ci nous privent de toutes possibilités d'initiative, avec le respect imbécile de la limite à 3% du déficit budgétaire. En attendant, commençons chez nous à engager de grands projets qui supposent des investissements à long terme garantis par les Etats, remboursables sur 20 ans, le temps qu'ils deviennent rentables".
Les domaines ne manquent pas : généralisation du ferroutage transeuropéen, développement des énergies renouvelables et des économies d'énergie, réhabilitation des quartiers urbains à l'abandon avec la participation de leurs habitants, généralisation de l'enseignement et de la formation professionnelle en réseau, relance de la politique spatiale et surtout relance généralisée de la recherche scientifique fondamentale et appliquée. Cette dernière doit impliquer de plus en plus de PME et de citoyens, chez-nous mais aussi dans les pays du tiers-monde, sur le mode du co-développement.

On peut ajouter que pour tout ceci, Internet doit devenir un réseau ne servant pas seulement à échanger des informations et des opinions, mais à rassembler ceux qui voudront travailler en Open source (sur le modèle non commercial du Linux des origines), à développer des projets ouverts à tous les citoyens du monde.

Il n'y a pas de raisons que, menacés d'ignominie, les démocrates ne puissent en quelques semaines s'entendre pour présenter aux électeurs de telles ambitions, et toutes autres qu'il leur plaira d'ajouter. Cette France-là pourra alors reprendre sa place en Europe et dans le monde, place qu'elle vient moralement de perdre.


Retour au sommaire