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Nouvelle
Le Sérénis

Par Christophe Roux ch_roux@club-internet.fr
01/02/02

NDLR. Nous publions ici un texte reçu en réponse à notre appel à concours de nouvelles, dont nous rappelons le réglement http://www.automatesintelligents.com/manif/2002/jan/manif1.html . Ce texte n'ewprime donc pas le point de vue de la rédaction, et n'engage que son auteur JPB/CJ

J'ai vu l'oeil de la sagesse.
Il était si noir, si profondément noir
Qu'il n'était plus rien.
Mais même dans le noir le plus profond
Il reste toujours quelque chose,
Il reste toujours une lumière,
La lumière de la vie.

Cher lecteur , je suis un journaliste qui n'a jamais quitté notre bonne vieille planète Terre et pourtant je vais me permettre de te faire part d'un événement qui s'est produit très loin , aux confins de notre galaxie .

Comment cette histoire m'est-elle parvenue ?

Ce n'est pas un mystère. Il y a quelques jours , j'ai retrouvé un ami d'enfance au détour de notre bonne ville de Paris. Très surpris de le rencontrer car nous ne nous étions pas vus depuis fort longtemps, je lui demandai de ses nouvelles. Il avait quitté notre Vendée natale ce jour-là pour se présenter au spatioport de la capitale en vue de devenir spationavigateur. Etant très pressé je n'ai pas pu poursuivre la discussion mais je lui proposai de nous retrouver le soir même au Pub du Centaure, au pied des marches de l'espace, juste à côté du boulevard Saint Michel (les habitués auront reconnu le bar le plus prisé de notre ville par les spationautes en escale).

Vers vingt et une heures Temps Terrestre, je me trouvai devant ce fameux bar et ne tardai pas à le voir arriver. Nous nous sommes installés à une table un peu à l'écart pour parler sans être gênés par la musique psychédélique qui fait la réputation du Pub du Centaure (un peu trop bruyant à mon goût). Des plaques d'aluminium apparentes formaient l'armature du mobilier en bois teint de noir; Les murs, noirs eux aussi, se cachaient pour la plupart derrière une forêt de plantes vertes tropicales, sous un éclairage vert très faible qui faisait ressortir les feuilles des plantes et donnait aux visages une couleur pâle. Au dessus, les étoiles brillaient à travers une verrière transparente teintée de rose. Ces couleurs inhabituelles conféraient à ce lieu une âme qui déroutait, comme s'il s'agissait d'un autre monde, sur une autre planète aux usages différents. Au centre du bar, une foule se mouvait sur la piste de danse selon un rythme qui alternait des gestes saccadés avec de lentes ondulations du corps.

Pendant que nous observions les chorégraphies développées par les danseurs, je lui racontais comment j'avais été amené à choisir la voie du journalisme et lui, celle de la spationautique. Nous sirotions notre poussière d'astéroïde, cocktail fortement alcoolisé, lorsqu'un vieux loup de l'espace s'est approché de notre table en titubant sous l'emprise de quelque drogue aux effets puissamment volubiles. S'adressant à mon ami Marc, il lui dit : << Jeune homme, tu veux devenir spationaute? Et bien, avant que tu ne t'engages trop loin dans cette voie, ouvre grand tes ouies pour entendre ce qui m'est arrivé lors de mon premier voyage en tant qu'explorateur spatial. >>

Après cette tirade, il s'installa confortablement à notre table, se préparant à faire revivre sous nos yeux, par la magie des mots, son premier voyage interstellaire.

En tant que journaliste, je cherche à récolter le maximum d'informations sur n'importe quel sujet susceptible de faire la matière d'un article. A cet effet, je dispose d'un magnétophone de poignet, qui enregistre, en permanence, toutes les conversations que je peux entendre. Je vous livre ici, tels quels, les propos que nous a tenus le spationaute.

<< jeune homme, comment te nommes-tu ? >> dit le spationaute.

<< Marc, Marc Solveig. >> répondit mon ami.

<< Et bien Marc, je veux te raconter cette histoire pour te montrer qu'une des capacités essentielles d'un spationaute, c'est de rester toujours serein quelle que soit la situation et aussi inattendue qu'elle puisse être. Je veux ainsi te mettre en garde; si tu n'as pas suffisamment de sang-froid, ce n'est pas la peine d'essayer de rentrer dans les cadets de l'espace.

Cela fait maintenant près de trois siècles que je navigue d'étoile en étoile. Tu sais bien, que si le plus petit voyage intersidéral ne dure que trois ans subjectifs pour les spationautes, pendant cette même durée relative, il s'écoule trente ans sur terre, en raison des principes énoncés par Einstein sur la relativité générale. Si tu passes trois ans dans l'espace, à ton retour sur Terre, il se sera écoulé trente ans sur Terre. J'ai fait, durant ma trop courte vie, dix voyages d'exploration, c'est pourquoi je totalise trois siècles de navigation. Au cours de cet intervalle, j'ai amassé une petite fortune, qui me permet actuellement de monter ma propre compagnie spationautique.

Alors, oui, j'ai fait fortune, mais à quel prix ? A quels risques ? Car sur dix vaisseaux en partance vers les étoiles, seulement cinq reviennent. Chaque voyage est un jeu de quitte ou double avec sa propre vie.

Pourquoi ai-je continué à naviguer, pourrais-tu penser ? Après mon premier voyage, étant revenu sur Terre, je me suis senti déphasé, jeune de corps mais vieux jeu par rapport aux autres. Alors j'ai compris que nous formions une classe à part, hors du temps, sans attache. Pourtant, je ne voyagerai plus ; mon dernier périple va tout changer ici. Mais n'allons pas trop vite.

Mon premier voyage eut lieu il y a trois siècles. En ces temps, aucun vaisseau n'était encore revenu : cela faisait quinze ans que les tous premiers vaisseaux étaient partis de la Terre et aucun n'avait eu le temps de revenir. Pourtant, tous les ans, dix vaisseaux nouveaux étaient équipés et envoyés dans l'espace à la recherche de planètes hospitalières. Ce programme de recherches spatiales était sous l'égide du GMUBH, le Gouvernement Mondial Unifié pour le Bien de L'Humanité. La Guyane en était le centre des opérations.

J'avais été sélectionné deux ans auparavant pour être cadets de l'espace. Et en ce 16 Janvier 2023, il y a donc trois siècles, j'ai reçu le grade d'officier spationaute. J'allais partir pour ma première destination intersidérale.

J'étais surexcité, enthousiaste, car c'était la consécration de tous mes efforts depuis deux ans que j' étudiais chez les cadets de l'espace. Enfin, l'espace s'offrait à moi, du zénith au nadir.

C'est alors que je me rappelai un rêve fait plusieurs années auparavant : ..je suis dans une caverne avec mon frère..une partie de la caverne est inondée par un lac..je me lance et navigue sur le lac en planche à voile..je vois une forte lumière qui m'attire vers l'extérieur..je me rapproche et tout à coup je m'aperçois que je suis pris dans un siphon et que je m'enfonce dedans..je coule dans l'eau et l'air finit par me manquer si bien que j'avale de l'eau et tombe inconscient..puis je me retrouve en haut de la falaise, au dessus de la caverne, face à la mer avec mon frère à côté de moi..je lui demande <<Depuis combien de temps suis-je mort?>>..il me répond <<au moins cinq minutes.>>

Pour moi, la caverne symbolise l'utérus de la mère. Le fait de partir vers la lumière, c'est l'aventure de la naissance, c'est la découverte. Lorsque j'ai bu l'eau, c'est en fait l'air extérieur que je me suis mis à respirer. Et pourtant cet acte est vécu comme une mort car toute découverte effraie un peu son découvreur. Partir dans l'espace était pour moi comme une nouvelle naissance.

....

La suite: Fichier serenis.pdf (35 pages)


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