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Revue n° 9
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Publiscopie

L'entreprise neuronale

L'entreprise neuronale 
Alan Fustec et Jacques Fradin

Editions d'organisation, 2001, 250 pages

Note par Jean-Paul Baquiast 27/03/01

Alan Fustec est conseil en stratégie d'entreprise. Il préside le directoire de Sys-com, groupe de conseil en organisation et systèmes d'informations.
Jacques Fradin est docteur en médecine, comportementaliste et cognitiviste. Il a fondé l'Institut de Médecine Expérimentale (IME) qui étudie les effets du travail sur la santé des individus.

Le livre veut renouveler l'approche de l'entreprise, en la présentant comme un réseau biologique, comparable au cerveau, dont les neurones seraient les hommes. L'idée n'est pas nouvelle, puisqu'on la retrouve dans tous les travaux portant sur ce que l'on appelle aussi l'entreprise ou le groupe intelligent (smart community). Mais dans ces derniers, c'est généralement le rôle des nouveaux réseaux, Internet, intranet, extranet, qui fait l'objet de l'observation principale : comment, avec ces réseaux, rendre les hommes plus informés, plus réactifs, plus créateurs ?

L'approche de A. Fustec et J. Fradin est différente. Ils évoquent bien les défis qu'apporte à l'entreprise son insertion dans la société de l'information, mais leur propos n'est pas là. Ils s'efforcent de caractériser les comportements des acteurs de l'entreprise (patrons, cadres, salariés, actionnaires, acheteurs, fournisseurs) en les classant dans deux grandes catégories : le mode limbique et le mode préfrontal.

On a reconnu là une distinction qui eut un grand succès dans les années 1970, la stratification du cerveau introduite par Paul MacLean, en trois couches superposées : cerveau reptilien, cerveau limbique et cerveau néo-cortical ou préfrontal. Chacun de ces cerveaux est supposé commander des comportements de logique différente, qui transparaissent dans toutes les activités individuelles, en entrant souvent en conflit les uns avec les autres. Il n'est pas possible de hiérarchiser la valeur de l'un de ces cerveaux par rapport aux autres. Chacun commande des réactions qui peuvent, selon les circonstances, s'avérer les mieux adaptées. Encore faut-il les distinguer. Il ne servira à rien, par exemple, de répondre à un réflexe de survie (mode reptilien) ou émotionnel (mode limbique) par des appels au raisonnement, inspiré du mode préfrontal.

Sur cette base, et en reprenant d'autres travaux sur le conditionnement, tel que ceux de Laborit, ou sur les diverses formes d'intelligence (identifiées par Howard Gardner), nos deux auteurs proposent toute une typologie de comportements plus ou moins basiques susceptibles d'être rencontrés dans l'entreprise, et suggèrent les meilleures attitudes à avoir face à ces comportements. L'ouvrage s'adresse donc, comme nous l'indiquions, à chacun des acteurs de l'entreprise, qui pourra, selon son statut et les problèmes qu'il rencontre, trouver là d'utiles conseils. Ainsi des personnes imbriquées dans des conflits ou situations de stress pourront-elles mieux s'analyser et, peut-être, mieux réagir à leur entourage.

Nous ne voudrions pas sous-estimer cet apport. Les auteurs ont une connaissance de terrain très précieuse, relativement à ce qui se passe dans ces endroits secrets et mal connus que sont les entreprises. Leurs cas d'école et leurs conseils seront donc utiles à méditer. Dire qu'ils fourniront des recettes faciles à utiliser, tant par les individus que par les organismes, serait plus optimiste. Face à un patron ou un syndicaliste reptilien, que faire exactement, bouquin en mains, sinon réagir en reptilien soi-même ?

Plus généralement, il ne faut pas chercher dans le livre de véritables approches scientifiques susceptibles de renouveler la connaissance des organisations humaines à la lumière des travaux récents de la neurologie ou des automates. Les références scientifiques fournies sont en général dépassées (les auteurs ne le dissimulent pas) sauf pour des approximations relevant de la psychologie quotidienne. Des auteurs plus récents, tels Damasio, sont cités, mais, dirions-nous, uniquement à titre cosmétique. Aucune référence n'est faite à ce que les sociobiologistes appellent les déterminants épigénétiques, correspondant, dans un vocabulaire plus simple, aux survivances dans les groupes modernes, de comportements sociaux (sociaux et non individuels) acquis par nos ancêtres chasseurs-cueilleurs et même primates. Le titre du livre lui-même, l'entreprise neuronale, est un peu trompeur. Ce n'est pas l'entreprise qui est présentée, mais un certain nombre de comportements quotidiens au sein de celle-ci.

Le véritable effort pour comprendre l'entreprise, pensons-nous, relèverait plutôt aujourd'hui, comme nous l'indiquions en introduction, d'une approche holiste, insistant sur la conjugaison nécessairement chaotique des individus considérés eux-mêmes comme des unités de traitement de l'information, reliés par des réseaux horizontaux et verticaux plus ou moins durables. Il serait alors possible d'étudier les individus et les sous-groupes comme des neurones et groupes de neurones, en analysant les différentes dynamiques qui les activent.

Mais nous serions loin alors des conseils simples que les personnes soumises à la dure loi de l'entreprise souhaitent sans doute trouver dans un livre d'organisation comme celui qui nous est proposé ici.


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