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Jean-Paul Baquiast Jean-Paul.Baquiast@wanadoo.fr
Christophe Jacquemin christophe.jacquemin@admiroutes.asso.fr
28/03/01

Revue n° 9
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Editorial,
par Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin

Art et cognition: élargir le regard

La Journée du 23 mars 2001 « La Philosophie cognitive » organisée par le ministère de la Recherche dans le cadre des Journées scientifiques de la cognition 2000-2001,  comportait une Table ronde sur  le thème : « Philosophie de l'art et cognition ».  Les participants ont formulé des propositions et suggéré des sujets d'étude concernant les relations entre arts et cognition.

Le premier intérêt de cette Table-Ronde a été de faire connaître l'Association ArtCognition. Les chercheurs de cette association s'intéressent à la discussion de projets de recherche sur les rapports entre la théorie et la pratique artistique et les sciences cognitives. L'Association est ouverte plus particulièrement aux chercheurs des disciplines artistiques et chercheurs en sciences cognitives. Elle organise des manifestations telles la Journée Art et Cognition à la Cité des Sciences et de l'Industrie le 20 mars 2000.

L'association dispose d'un site*, malheureusement extrêmement austère, où l'on peut trouver de nombreuses indications et questions intéressant ce type de recherche Des liens sur des sites d'artistes permettent cependant d'accéder à certaines oeuvres http://www.artcognition.org/.

Ceci dit, ayant suivi la Table-Ronde du 23 mars, nous pouvons constater quelques lacunes. Tout ne pouvait pas être dit, mais il ne faudrait pas en conclure que les questions non évoquées ne sont pas pertinentes, comme certains intervenants semblaient le considérer face aux suggestions de l'assistance.

- Il existe d'innombrables travaux recherchant les causes épigénétiques des comportements sociaux dits artistiques. Sans invoquer le repoussoir de la sociobiologie, il est généralement admis que si ces comportements sont apparus et ont survécu très tôt dans l'histoire humaine, c'est qu'ils présentaient un intérêt pour la survie des groupes humains. Ils ont sûrement été, sous la forme de proto-langages de gestes ou de rythmes, à la source du développement des activités sociales ayant provoqué la croissance rapide du cerveau chez les premiers hommes. Il est donc légitime de suspecter un entrelacement complexe entre gènes et cultures expliquant les différentes formes de création dites de façon trop réductionniste artistiques. Tout ceci mérite étude. Le co-développement gène-culture en matière artistique doit sans doute se poursuivre de nos jours encore, ce qui justifierait des recherches plus approfondies et plus ouvertes sur le rôle des arts dans les sociétés actuelles, qu'ils soient reconnus politiquement et économiquement, ou qu'ils soient pour une raison ou une autre marginalisés voire clandestins. Ces études auraient l'intérêt, non seulement d'éclairer le rôle des arts, mais aussi le fonctionnement de nos sociétés. Si l'on voulait éviter certaines déviances, comme l'abus des hallucinogènes, ou plutôt mieux intégrer les individus tentés par ces déviances, il serait évidemment utile de reconnaître divers comportements collectifs non admis en Occident, et d'en faire des liens possibles entre cultures différentes.

- On constate actuellement un développement encore marginal, mais qui sera certainement appelé à s'accroître, de l'art mettant en question le corps humain à travers les biotechnologies et les créations numériques ou robotiques. Un exemple certainement poussé à l'extrême de ce type de création est offert par Orlan http://www.mep-fr.org/orlan/ . Mais il n'y a pas qu'elle. Les manifestations se multiplient autour du thème du cyborg et du body-art. Les chercheurs en robotique, vie artificielle et images virtuelles ne peuvent se désintéresser de ces perspectives, où ils pourront trouver de nouvelles applications à leurs travaux. Le Monde a consacré, fort opportunément, sa page 31 du 22 mars 2001 à ces mouvements. Les rédacteurs croient pouvoir observer le passage d'« une fascination pour l'art du vivant », au début des années 1990, à l'inquiétude et à la dénonciation. Ceci pourrait être une forme de réaction à la peur de la génétique et des technologies numériques qu'éprouverait une partie de la population. Il est certain que certaines « monstruosités » recherchées surtout dans une perspective commerciale immédiate peuvent renforcer cette peur. Mais dans l'ensemble, il parait inévitable, et par ailleurs très intéressant, que se développent des relations de ce genre entre sciences et arts. Les étudier fera aussi partie de la cognitique de l'art.

- A plus long terme, comme le constate elle-même Orlan dans l'interview du Monde, " le rôle du démiurge s'est déplacé. Il n'appartient plus à l'artiste mais au scientifique, qui sait créer de l'humain ". La question est évidemment posée. Quels types d'homme et de société découleront des développements de la génétique et de la robotique . Il est  sûrement opportun de commencer à y réfléchir - sans anticiper d'ailleurs sur les possibilités actuelles de la science - mais il n'est pas nécessaire de le faire de façon négative, en faisant appel à un passé d'ailleurs douteux pour brider un avenir qui se révélera certainement beaucoup plus riche et divers qu'on ne l'imagine.

* mal adapté à Netscape


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