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N°  7
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Le feuilleton
 

logo Revue les automates intelligents - © image : Anne Bedel      Le paradigme de l'automate
ou le dialogue d'Alain et Bernard

par Jean-Paul Baquiast

Chapitre 3 Evolution darwinienne et conscience de soi
Les machines à inventer autoréferrantes

NB: Les * renvoient aux références bibiographiques fournies en fin de texte. Nous nous sommes limités à l'indispensable.

Episode précédent
Définition: La conscience

Résumé du Chapitre 3

Nous avons vu au chapitre précédent que, dans la logique de l'évolution darwinienne, deux principaux mécanismes biologiques générateurs d'innovation s'étaient mis en place: les systèmes génétiques et les systèmes nerveux. Ces derniers servent de support à des représentations du monde qui, au sein de certaines espèces, et sous diverses formes symboliques, peuvent s'organiser en panoramas très larges, mémorisant le passé et permettant, à partir du présent, de simuler le futur. Au niveau des individus, et chez l'espèce humaine, nous pourrons appeler cela la conscience. Mais il ne faut pas oublier que ces constructions ne seraient pas possibles, au plan individuel, si elles n'avaient pas été forgées par les échanges sociaux, prenant notamment la forme des langages. Or évoquer les langages n'est que de peu d'intérêt si l'on n'étudie pas tout de suite la façon dont les symboles sous-jacents aux langages circulent d'individus à individus au travers des groupes sociaux. Chez l'homme, très tôt dans l'histoire, les premiers groupes se sont organisés, sous l'effet d'une compétition darwinienne permanente, en structures sociales de plus en plus lourdes. Ces dernières à leur tour ont généré des constructions symboliques de plus en plus ambitieuses, dont les techno-sciences sont des avatars récents. Evoquer les structures sociales et les techno-sciences conduit obligatoirement à évaluer le poids qu'elles font peser sur la formation et le fonctionnement des consciences individuelles. Ceci pose la question des Pouvoirs. Une question plus difficile concerne l'existence éventuelle de formes de conscience sociale distinctes, par leur nature et leurs contenus, des consciences individuelles.

En bonne méthode, il ne faudrait pas analyser séparément les langages, la conscience individuelle et les structures ou super-structures sociales. Il s'agit en effet d'un découpage un peu artificiel dans un mouvement d'émergence dont les composantes se conditionnent les unes les autres. On a dit fort justement qu'il ne peut y avoir de conscience, au moins sous forme étendue, sans langage, et pas de langage pertinent sans structure sociale lui attribuant des fonctionnalités et des contenus.

Ceci dit, il est impossible, pour la clarté, de ne pas procéder à ces découpages, dès lors que l'on ne perd jamais de vue les relations croisées entre éléments. Un autre facteur à ne pas perdre de vue est le fait que si ces attributs, qui paraissent distinguer définitivement l'humanité récente de l'animal, sont apparus et surtout se sont développés avec succès, c'est qu'ils offraient des avantages sélectifs pour la compétition darwinienne. Ces avantages dureront-ils toujours, certainement pas, et c'est précisément là une des questions qu'il faudra aborder.

Le cerveau de l'homme moderne s'est complexifié sous l'effet de causes encore mal élucidées, parmi lesquelles on place généralement en premier le développement des activités à base d'échanges symboliques entre individus. Les symboles ainsi échangés résultaient d'une mise en forme facilement "transmissible" des représentations universellement répandues dans le monde de la cognition animale. L'échange du contenu des représentations ne se fait chez l'animal que de façon rigide, dans le meilleur des cas par des proto-langages et la production de comportements susceptibles d'être imités. Les possibilités d'innovation par manipulation de symboles n'ont bénéficié en fait qu'aux hominiens, leur apportant en retour des capacités de modifier leur environnement sans proportion avec leurs modestes capacités physiques. Nous pourrons parler là, en restant fidèle à notre terminologie, d'une machine à inventer de 3e type, dont l'explosion récente, il n'y a guère que 500 ans, sous la forme des techno-sciences, est en train de bouleverser presque tous les niveaux du biotope.

Il est donc logique de commencer l'analyse de ce 3e type de machine à inventer par l'examen des symboles, servant eux-mêmes de matière première aux échanges langagiers. Traditionnellement, c'est la linguistique qui propose les outils d'analyse nécessaire. Mais la linguistique seule risque de nous entraîner dans des débats difficiles, sinon insolubles, concernant l'apparition du langage, la diversification des langues, les rapports de celles-ci avec les autres activités sociales. Peut-être vaudra-t-il mieux, sans rejeter la linguistique, élargir l'approche à ce que Richard Dawkins a proposé d'appeler des mèmes. Les mèmes pourront alors prendre la forme de comportements codifiés utilisés pour communiquer, d'outils échangés (un chopper ou un biface mériteront sûrement d'être considérés comme des mêmes) et enfin des mots, des phrases, et des "idées".

Il n'est pas mauvais en ce cas de se donner une description commune à l'ensemble des mèmes. Ceux-ci sont des ensembles mixtes comportant: - une base neuronale d'émission ou de réception identifiable à titre permanent ou passager chez les individus associés à l'échange - un support matériel échangé (outils, sons, gestes) - et enfin un réseau d'échange, de plus en plus diffus et technologique, représentant le milieu dans lequel le mème se propage. Les mèmes se présentent alors comme des entités vivantes, ou tout au moins animés d'une forme de vie "artificielle" , aujourd'hui simulable très facilement sur ordinateur. On peut les dire égoïstes, en ce sens qu'ils naissent et se propagent en fonction des règles du hasard-sélection bien connues en matière biologique. Ils le font sans intégrer a priori dans leurs contraintes de développement la survie des différents individus ou groupes qui leurs servent de lieu de naissance, qui les hébergent et qui les propagent. Il ne faut évidemment pas, on le voit, réduire le concept de mème à l'équivalent d'"idées toutes faites"

La mémétique, ou science des mèmes, reste encore loin d'être une science, vu le caractère multiforme et fluctuant des objets de son étude. Un point important à préciser est que les mèmes s'enracinent dans les représentations qui constituent la base de la cognitique animale, et qui ne sont pas immédiatement communicables. En ce sens, les mèmes sont plus "primitifs" que les idées rationnelles résultant de nombreux traitements de type scientifique. La mémétique est rendue particulièrement complexe par le fait que les mèmes ne sont pas les seuls acteurs de la socialisation. Il faut aussi considérer les individus dans le cerveau desquels ils prennent naissance, et surtout les groupes sociaux qui sont à la fois produits de leur compétition permanente, et grands faiseurs de mèmes.

Après les mèmes et plus généralement le langage, il sera donc nécessaire d'examiner la conscience. Logiquement, il serait préférable de poser d'abord la question de la conscience collective, puisque la conscience individuelle s'est, semble-t-il, développée sur la base des échanges de mèmes au sein des premiers groupes sociaux. Mais on ne pourrait pas comprendre ce passage à la conscience collective puis individuelle, sans examiner les architectures neuronales de toute conscience, que l'on retrouve évidemment chez l'animal, générant certaines formes de pré-conscience.

Les représentations et les symboles qui correspondent aux mèmes et s'échangent par leur biais d'organismes à organismes désignent en général le monde extérieur. Mais il ne s'agit pas d'un hypothétique monde en soi. Il s'agit du monde tel qu'il est perçu par les organes sensoriels et effecteurs des organismes. En fait c'est l'organisme qui sert de médiateur à l'échange des représentations: celui qui décrit le monde et celui à qui s'adresse cette description.

De ce fait peuvent apparaître assez vite, parmi les symboles échangés, notamment sous forme de mèmes, des symboles désignant les organismes eux-mêmes, locuteurs et interlocuteurs. Ainsi peut se constituer la conscience de soi. La conscience de soi, que l'on appelle généralement aussi auto-référence, se présente comme un avantage compétitif majeur, en ce sens qu'elle donne à l'organisme conscient la possibilité d'agréger et mobiliser au profit de sa survie de nombreuses informations endogènes et exogènes qui restaient auparavant confinées dans les sous-systèmes de production.

La conscience de soi (que nous désignerons plus simplement dorénavant du terme de conscience*) est un produit de l'évolution comme les autres: évolution génétique qui a permis la mise en place des systèmes nerveux et des cerveaux, évolution des comportements et des contenus de langages. La conscience de l'homme moderne a intégré le fait qu'à la source de son fonctionnement se trouve une machine, le cerveau, qu'il est devenu prioritaire d'essayer d'analyser et de comprendre, voire de simuler sur ordinateur. Comme cette machine cérébrale est l'apanage du corps individuel, il en est résulté que c'est d'abord autour de la conscience et de la pensée individuelles, que se sont centrées les études relatives à la conscience en général. Ceci ne fut pas sans danger, conduisant à valoriser de façon irréaliste le mythe (ou mème) de l'individu pensant.

Aussi bien, terminerons-nous ce chapitre en examinant ce que l'on peut appeler la conscience collective, ou la façon dont les groupes deviennent auto-référents. On sait que, même si le cerveau est un organe individuel, il ne peut y avoir de conscience et de pensée individuelle en dehors des échanges avec les autres individus au sein des groupes sociaux. C'est vrai pour les animaux, mais l'est encore plus chez l'homme, puisque c'est par la coopération ou la compétition entre individus, à travers les langages, que se sont construites les vastes méga-machines techno-scientifiques modifiant profondément l'environnement terrestre.

Or les sociétés ou groupes acquièrent, comme les individus, des aptitudes plus ou moins étendues à la conscience de soi et à l'autoréférence. Il est nécessaire de les étudier au même titre que les faits de conscience individuels et leurs supports.

Rappelons que chacun de ces ordres de systèmes : langages et mèmes, conscience individuelle, conscience collective, se présente comme une machine à inventer dans le schéma darwinien: réplication, mutation, sélection. Par ailleurs, aucun d'eux n'est évidemment détachable de ses soubassements neuronaux, génétiques et biologiques (au sens des constituants bio-chimiques des cellules et de leurs composants). En aucun cas, notamment, l'étude de la conscience et de ses productions ne doit faire oublier que l'individu humain, comme le groupe humain, obéissent encore pour l'essentiel de leurs comportements hérités des espèces animales dont les grandes lignes sont fixées par l'héritage génétique.

Ajoutons que rien n'interdit de penser que les fonctions spécifiques et originales de l'autoréférence, ou de la conscience, ne puissent prochainement être implantées ou plutôt retrouvées dans des automates intelligents, en s'affranchissant à l'occasion de certaines contraintes héritées de l'évolution de l'espèce humaine, qui limitent la portée de la conscience. L'esprit humain, et les processus conscients, bénéficieront en retour des échanges avec ces artefacts. Le couplage aux cerveaux animaux et humains de machines disposant de formes originales de développement vers l'intelligence laisse entrevoir la perspective de systèmes mixtes ou cybiontes, dont rien a priori ne parait devoir limiter les capacités d'intelligence et de conscience réfléchie.

Sur le plan notamment de la connaissance dite rationnelle que les hommes peuvent se donner du monde, la conscience, individuelle ou collective, constitue encore, et constituera sans doute longtemps, sinon toujours, un vecteur indispensable. Approfondir voire améliorer et étendre son fonctionnement, en conjuguant les progrès réciproques de l'analyse des cerveaux et des processus cognitifs collectifs, d'une part, l'ajout de prothèses électroniques de plus en plus performantes, d'autre part, modifiera progressivement, non seulement notre conception de l'univers, mais la façon dont celui-ci évoluera, avec ou sans les hommes. La civilisation de demain se trouvera peut-être alors, selon la belle image de Gérald Edelman, en état de "dénouer le nœud du monde".

*cette acception du mot conscience n'a évidemment rien à voir avec ce que la morale populaire désigne par ce même terme, conscience du bien et du mal.


Chapitre 3, section 1 : Représentations, mèmes, langages

Bernard

Nous avons rappelé précédemment quelques unes des vues actuelles concernant la vie: comment les processus darwiniens de réplication, mutation, sélection, amplification avaient procédé pour créer de la matière vivante, puis les mécanismes de complexification et de développement buissonnant ayant abouti aux espèces actuelles. Nous en étions arrivés aux systèmes nerveux et aux représentations du monde qu'ils génèrent. Certaines de celles-ci, avions-nous dit, peuvent s'échanger entre individus, généralement à l'intérieur d'une même espèce, sous forme de comportements transmis par imitation. Chez les espèces dotées de capacités de langage verbal, ces échanges prennent la forme de contenus de signification, les mots ou concepts. Les grammaires génératives permettent de créer en nombre infini des phrases associant ces concepts. Tout ceci offre la possibilité de décrire le monde tel qu'il est perçu et agi par lesdites espèces. La description, même lorsqu'elle ne fait pas appel aux mots proprement-dits, inclut tout naturellement l'espèce elle-même, et ceux de ses représentants (locuteurs et interlocuteurs) qui détiennent le pouvoir de s'exprimer et de décrire le monde. Ainsi peut apparaître, très tôt dans l'évolution, des phénomènes de proto-conscience de soi, qui s'amplifient ensuite compte tenu des avantages sélectifs qu'ils apportent.

Alain

Pourquoi parles-tu "d'espèces" en général, plutôt que dire que la conscience de soi est une des caractéristiques essentielles, sinon la seule, définissant l'espèce humaine?

Bernard

Précisément parce que cela n'est pas vrai. Presque tous les animaux sont dotés de systèmes nerveux, beaucoup disposent de cerveaux assez proches du nôtre. Toutes les études actuelles laissent penser que des formes de conscience élémentaires, ou temporaires (par flashes), peuvent survenir chez eux lors de certains événements importants...comme le fait de donner la vie, ou celui d'affronter la mort... Plus généralement, il est sain d'éviter toutes les tournures de langage qui réintroduiraient sournoisement l'anthropocentrisme spiritualiste qui fait tant de mal à la pensée.

Alain

Que trouve-t-on à l'origine de cette conscience?

Bernard

Nous avons commencé à examiner hier ce nouveau niveau de complexité, apparu dans le cours de l'évolution, que constituent les organismes disposant d'un véritable système nerveux support d'informations acquises par les organes sensoriels au cours de la vie de l'individu. Un organisme comme la cellule représente déjà, par son organisation ou structure héritée génétiquement, une certaine forme de connaissance de son environnement, puisqu'elle y est a priori ajustée. Mais l'animal plus complexe se dote avec les ensembles neuronaux des organes sensoriels et du cerveau travaillant ensemble, par grands types de comportements, de cartes cognitives ou représentations lui servant à mémoriser, notamment, des représentations de son milieu spécifique. Ces représentations servent de base aux calculs et simulations que peut faire l'animal, pour ajuster son comportement immédiat aux besoins de sa survie, par exemple dans le cas de la chasse. Les organismes ainsi armés peuvent alors se comporter et surtout évoluer de façon beaucoup plus souple, indépendamment ou avec un certain recul par rapport à ce que leur impose le milieu. Il s'agit, avons-nous dit, d'une machine à inventer de deuxième type, beaucoup plus réactive, et donc générant un rythme de reproduction/mutation/échec-ou-succès beaucoup plus rapide que dans le cas de la machine génétique.

Au fur et à mesure que se répandent ces nouveaux organismes, porteurs de systèmes nerveux plus diversifiés et plus intégrés, les représentations de l'environnement dont ils sont le support, et qui ne sont pas dissociables du reste de leurs dispositifs vivants, prennent de l'importance. Ce sont des modèles, puisque là encore ils ne représentent qu'en creux le monde extérieur, saisi par les organes des sens et les organes effecteurs. Mais ce sont aussi des entités en soi, se développant selon des logiques qui leur sont propres, au sein de formes nouvelles de compétition. Il est possible de les identifier en tant que telles, par exemple sous forme de connexions durables ou passagères entre neurones, commandant les actes dits réflexes ou ceux laissant une part plus grande à l'ajustement individuel.

L'architecture de base du système nerveux dépend des gênes. Les nouvelles connexions résultant du développement de ces nouveaux modèles, plus ou moins importantes selon la plasticité des cerveaux des organismes considérés, s'insèrent donc dans les architectures primitives, en leur ouvrant de nouvelles possibilités. De nouvelles liaisons synaptiques, plus ou moins durables, plus ou moins reliées entre elles, se superposent aux précédentes. Il se crée donc un lien entre le cycle évolutif des gênes, et celui des organismes supérieurs, à travers l'enchevêtrement des comportements réflexes ou acquis commandés par les programmes résultant de l'existence du système nerveux.

Les espèces dotées de systèmes nerveux, tandis qu'ils ne disposent pas de consciences évoluées, se comportent de façon automatique, notamment dans leurs rapports de compétition. Mais leur mode d'action sur la biosphère se différencie de celui des espèces n'évoluant que par le biais du génome. Ce sont désormais les individus au sein de ces espèces, dont ils peuvent modifier le comportement global, qui créent de nouveaux environnements pour d'ultérieures sélections génétiques.

Alain

A moins que ce ne soit l'inverse, comme tu le disais précédemment. Des systèmes nerveux plus performants, apparus par sélection génétique (par mutation?) pourraient héberger des cartes cognitives plus détaillées, et donc générer des inventions plus complexes. N'est-ce pas comme cela que les hominiens ont appris à parler ?

Bernard

Peu importe. Ce sont des programmes intégrant des données internes à chaque individu, mais aussi des données échangées et enrichies par les échanges entre individus, qui deviennent le terreau à partir duquel se développent les innovations.

L'apparition d'une possibilité d'échange, au sein d'un groupe, entre les individus constituant ce groupe, est en effet capitale. Les échanges entre bactéries, ou entre bactéries et autres organismes, sont limités, se résumant aux multiples interfaces caractérisant le biotope ou la biosphère. Mais surtout, ils ne sont guère modifiables par l'activité des individus eux-mêmes. Ce n'est plus le cas lorsque interviennent des cartes cognitives, prenant la forme de représentations identifiables dans le substrat neuronal.

Ces représentations sont liées à l'activité quotidienne de l'individu. Elles reflètent donc les adaptations qu'imposent à celui-ci les contraintes de sa propre survie. Par ailleurs, elles présentent un certain recul par rapport à l'activité immédiate, une certaine forme synthétique ou générique de l'expérience. Elles constituent en d'autres termes des pré-concepts, qui sont donc particulièrement préparés à servir de contenu cognitif à des échanges prenant la forme de messages ou signaux adressés aux autres individus de la même espèce, voire à d'autres espèces. Il s'agira notamment des cris, chants, postures et mimiques diverses. Le contenu cognitif de ces signaux se transmet, soit par imprégnation à la naissance, soit par imitation, soit, une fois qu'une base commune de communication est établie, par compréhension immédiate.

Nous pourrons parler de stocks d'expériences collectives, transmissibles par imitation ou apprentissage, et susceptibles à leur tour d'induire la création d'éléments nouveaux. Chez l'homme, on les désigne du terme général de culture. Ces stocks sont particulièrement liés aux moyens et donc au devenir des espèces animales singulières qui les développent, mais dans certains cas ils peuvent se retrouver communs à plusieurs espèces, sinon à toutes. Nous pourrions les considérer comme des prélangages universels.

Alain

Peux-tu me donner un exemple de ce dont tu parles? Je comprends bien qu'une espèce donnée, comme celle du loup, ait développé des comportements types, voire des langages rudimentaires, transmis par imitation d'un adulte à l'autre et des adultes aux jeunes. Mais retrouve-t-on la même chose d'une espèce à l'autre?

Bernard

Je le crois. Sans être un spécialiste de la vie en brousse, je pourrais te dire par exemple que les relations entre espèces y sont codées de façon compréhensible par des animaux souvent très différents: messages de peur, d'évitement, par exemple autour des points d'eau. Nous-mêmes, dans nos relations avec les animaux, nous exploitons, sans généralement nous en rendre compte, divers pré-langages et contenus de significations appartenant à ce stock commun: mimiques, regards, odeurs, phéromones, etc. Ces systèmes d'échanges vivent et évoluent de façon automatique, inconsciente. Ce sont en fait des automates, dont les individus et les espèces animales sont des agents plus ou moins actifs.

Il est vraisemblable que notre communication avec les animaux, d'ailleurs malheureusement très appauvrie dans le monde moderne, s'effectue à travers le cerveau droit. Tu sais que les travaux sur les mécanismes de la pensée dans le cerveau de l'homme (par exemple par TEP, tomographie par émissions de positons) font apparaître des différences importantes entre le cerveau gauche et le cerveau droit. Le premier parait traiter de façon privilégiée le langage verbal, le second le langage visuel. Comme nous l'avions suggéré hier, les langages ou pré-langages animaux, sans doute encore partagés par l'homme sans qu'il s'en doute toujours, sont des langages de type visuel, ou sensoriel, compilés dans le cerveau droit.

Alain

Il y a donc échange, mais pas encore langage. Peut-on parler de mèmes à ce niveau?

Bernard

Oui. Le terme même de mimétisme, propriété comportementale si répandue chez les animaux, nous y incite. Le mème est antérieur à l'apparition du langage. Il s'agit en ce cas d'une entité informationnelle, descriptible en termes physiques, qui circule entre cartes cognitives de plusieurs animaux, reflète les modifications du contenu de certaines d'entre elles, et en retour modifie le contenu de certaines autres.

Alain

Qu'entends-tu par description du mème en termes physiques?

Bernard

Simplement ce que l'on dit en télécommunication. Si je t'envoie un message électronique, celui-ci peut être intercepté au moment de la transmission, comme une suite d'impulsions sur un canal. Mais il est possible de remonter à la source du message, mon micro-ordinateur et ses fichiers. A l'inverse, on pourra descendre le fil jusqu'à ton propre micro.

Alain

Et, plus en amont, aux deux bouts, il devrait être possible, par TEP ou autrement, d'identifier les aires cérébrales émettrices et réceptrices, ainsi que la trace neurologique du message. Mais quel intérêt?

Bernard

Dès lors que nous identifions un message à partir de ses sources ou supports physiques, nous pouvons le traiter comme un objet de science, plutôt que rester dans le domaine de l'immatériel, ouvrant la porte au subjectif. Evidemment, aujourd'hui encore, il n'est pas possible de mettre en évidence chez les animaux la trace neuronale des échanges pré-langagiers, faute d'instruments d'observations assez souples et sensibles. Mais cela viendra. Chez l'homme, dans certains cas expérimentaux, la chose paraît devenir possible. Cela sera riche d'enseignement.

Alain

Donnes moi un exemple.

Bernard

Nous anticipons sur la suite, mais tant pis. Si nous considérons que tout ce qui évoque l'automobile et la vitesse, dans nos sociétés modernes, constitue un vaste ensemble de mèmes intéressant de nombreux hommes, il ne serait pas sans intérêt de constater (simple hypothèse de ma part) que des propos sur les voitures de sport, par exemple, activent des zones cérébrales plutôt réservées aux comportements agressifs. A l'inverse, des échanges d'images sexuelles activeront d'autres zones. Il pourra d'ailleurs y avoir, au même moment, interaction et compétition darwinienne entre deux activations différentes, avec neutralisation respective ou au contraire renforcement par symbiose de l'une et l'autre.

Il ne sera pas inutile, pour poursuivre l'étude des mèmes et de la communication en générale, de se donner une description commune à l'ensemble desdits mèmes. Ceux-ci, on vient de le voir, sont des ensembles mixtes comportant:

- une base neuronale d'émission ou de réception identifiable à titre permanent ou passager chez les individus associés à l'échange. Cette base neuronale sera sans doute, dans un premier temps, la même que celle servant de support à la représentation, non échangeable, qui sert à l'animal ou à l'homme de carte cognitive plus ou moins spécialisée. Cette carte, en ce cas, sera construite ou modifiée, aussi bien par les entrées et retour de sorties sensorielles et motrices, mais également par l'entrée de certains mèmes compatibles avec les contenus de la carte. Tous les mèmes reçus ne peuvent en effet être traités par tout le cerveau à la fois, mais seulement par les sous-ensembles capables de les reconnaître et de les accepter. Les autres seront rejetés. Il y aura là quelque chose de comparable au fonctionnement du système immunitaire. - un contenu sémantique (porteur d'une signification donnée) faisant l'objet de l'échange. Il s'est d'abord agi d'un geste signifiant mise en garde, désir sexuel, etc., un cri complétant d'abord le geste, puis se substituant à lui. Le cri lui-même a augmenté à l'infini ses capacités de symbolisation, avec la variabilité offerte par les différents niveaux d'agrégation permis par le langage humain (phonèmes, mots, phrases). Nous pouvons constater l'apparition relativement récente (quelques millénaires, voire dans certains cas à peine un siècle), et uniquement au sein de l'espèce humaine (ou presque), d'une diversification explosive des contenus sémantiques. Des mimiques ou cris codés, l'homme en est venu à l'échange d'un outil simple comme un biface ou un tison de bois enflammé. Puis la parole, les langages génératifs, l'écriture et ses différents supports ont étendu à l'ensemble de la terre la possibilité de communiquer. Parallèlement, une bibliothèque de plus en plus vaste des savoirs humains s'est mise en place, qu'illustre bien aujourd'hui la référence de l'hypertexte sur Internet. Les individus parlant et s'exprimant disposent aujourd'hui d'une capacité croissante pour décrire le monde, ou plutôt pour créer des mondes parallèles au monde réel, représentant ceux dans lequel se meuvent les sujets.

- et enfin un réseau d'échange, de plus en plus diffus et technologique, représentant le milieu dans lequel le mème se propage. Initialement la fonction du réseau était assurée par l'air transmettant les vibrations sonores et lumineuses, elles-mêmes relayées jusqu'au cerveau par l'oreille et l'œil. Aujourd'hui, les différents types de réseau fonctionnent simultanément: anciens canaux sensoriels, de plus en plus sollicités, et nouveaux canaux technologiques. Ceci n'est pas sans conséquences sur le contenu des mèmes. Des réseaux intelligents ou complexes peuvent provoquer des changements dans ces contenus, sans que les émetteurs ou récepteurs s'en aperçoivent

Alain

Tu ne peux pas assimiler aux mèmes tout ce qui est création d'idées, tout ce qui est échange scientifique et intellectuel. Le terme de mème semble sous-entendre la répétition automatique, presque idiote, sans aucun effet créateur.

Bernard

On peut en effet donner du mème une définition restrictive. Le mème pourra alors être assimilé à une idée toute faite, un refrain musical à caractère obsessionnel, une "histoire drôle". Dawkins* tient beaucoup à montrer comment fonctionne la fonction mémétique en décrivant la naissance (toujours secrète) et la propagation des histoires drôles. Mais après tout, il n'y a pas de raison d'analyser avec le même type d'approche tout ce qui concerne les productions et échanges symboliques, c'est-à-dire la totalité de la culture, arts et sciences compris. Les mèmes se présentent alors comme des entités vivantes, ou tout au moins animées d'une forme de vie "artificielle", aujourd'hui simulable très facilement sur ordinateur. On peut les dire égoïstes, en ce sens qu'ils naissent et se propagent en fonction des règles du hasard-sélection bien connues en matière biologique. Ils le font sans intégrer a priori dans leurs contraintes de développement la survie des différents individus ou groupes qui leurs servent de lieu de naissance, qui les hébergent et qui les propagent.

Alain

Notre pensée ne serait, au plan social ou individuel, que le résultat de la compétition permanente de milliers de mèmes, comme je crois l'a bien démontré Dennett*. Mais à quel moment interviendrait la création intelligente, voire consciente? Comment se ferait l'invention, caractérisant cette machine à inventer de 3e type dont tu nous parles?

Bernard

Il ne faut pas confondre l'invention, spontanée, qui modifie sans cesse le monde des mèmes, selon des mécanismes de réplication, mutation, sélection analogues à ceux du monde biologique - et l'éventuelle ré-appropriation, modification et relance volontaire du mème, par une entité auto-réferrente dotée de tout l'appareil de la conscience et de la cognition intelligente. En ce dernier cas, on pourrait dire que le mème est tué par l'individu, au moins localement. Si plusieurs personnes ou groupes se conjuguent pour essayer de neutraliser le mème (par exemple une fausse nouvelle), peut-être y réussiront-ils. Mais souvent ils ne pourront le faire qu'en générant un mème de remplacement, qui prendra la place du précédent. Dans le domaine de la création scientifique, dont nous parlerons ultérieurement, la biologie de ces mèmes un peu spéciaux que sont les théories et les hypothèses, obéit à des lois spécifiques, mais pas très différentes de celles intéressant la formulation des idées en général. En fait, et c'est cela qui rend difficile, sinon impossible, une science exhaustive des mèmes, c'est que nous en observons des formes très différentes selon les espèces animales concernées, et surtout, quand il s'agit de l'homme, selon les époques, les groupes sociaux, les cultures concernés. Une approche d'ensemble reste cependant possible, qui nous donne sur le monde des concepts et idées une entrée matérialiste et organisationnelle irremplaçable.

Alain

Si nous revenons à l'origine des mèmes, à la frontière entre animaux et hominiens, comment expliquer le passage de la représentation interne, non communicable, sauf par quelques cris ou gestes peu susceptibles de différenciation, au symbole très souple qu'est le mot? Autrement dit, comment est apparu le langage, qu'il s'agisse sans doute d'abord de celui des signes, mais ensuite du langage parlé, utilisant (ou générant) l'appareil phonateur caractéristique de l'homo? Le langage, comme le cerveau de l'homme, ne sont pas créés d'un coup, dotés de toutes les aptitudes que nous leur connaissons. Je crois savoir que Jean-Pierre Changeux fait actuellement  (hiver 2001) un cours au Collège de France sur le thème du passage de la représentation au symbole.

Bernard

Non, évidemment, le langage ne s'est pas créé d'un coup. Cela s'est fait par auto-complexification, au sein des premiers groupes humains, utilisant des pré-langages de plus en plus codifiés par l'expérience - ou, ce qui revenait sans doute au même, échangeant des pré-outils. Les avantages apportés par ces solutions dans la compétition darwinienne ont été probablement la raison de leur conservation puis de leur développement.

En simplifiant beaucoup, je dirais que c'est à partir de la constitution de ce qu'avec les cogniticiens nous appelons ici les représentations que tout commence. Les représentations ne sont pas des symboles. Elles ne sortent pas du système nerveux de l'organisme qui en est le support. Elles ne servent qu'à lui, en l'aidant à se reconnaître dans le monde. Mais elles sont indispensables. S'il n'existe pas de représentation en amont, il ne peut y avoir de symbole. Celui-ci ne renverrait à rien. La représentation se forme, vraisemblablement, par habituation et renforcement. Elle correspond à l'inscription dans les aires visuelles ou sensorielles du cerveau de connexions synaptiques acquises par l'expérience, correspondant à des stimulus reçus de façon répétitive, ou mémorisés à la suite d'émotions fortes, telles que la peur, la faim, etc.

Ces connexions ou réseaux de neurones mémorisés par renforcement n'ont pas tenu compte de tous les détails, chaque fois différents, d'une perception générique commune. N'ont été retenues que des formes ou caractéristiques communes, comme le contour d'un visage, la place des yeux et de la bouche dans celui-ci...

Alain

C'est ce que font les logiciels de reconnaissance de forme ou de sons aujourd'hui... Les automates peuvent apprendre à reconnaître des formes génériques au-delà des formes particulières qu'ils perçoivent. Ils peuvent ainsi se constituer des dictionnaires, amorces de futurs langages d'échange entre eux.

Bernard

Oui, pour les mêmes raisons d'efficacité. L'on ne peut tout noter, tout mémoriser. Ce sont donc des pré-concepts génériques qui ont résulté de ces processus, pré-concepts à partir desquels les nouvelles perceptions ont pu être analysées. A partir de ce moment, on n'était plus très loin du langage symbolique. Mais le langage symbolique suppose autre chose; associer à une représentation quelque chose du monde extérieur, qui peut n'avoir aucun rapport logique a priori avec la représentation. La représentation signifie quelque chose. Le symbole peut ne rien signifier, ou signifier autre chose, et de devenir symbole de quelque chose qu'une fois constitué un lien avec la représentation de ce quelque chose. Si j'ai bien retenu ce que disent les spécialistes de la conscience, le symbole ne prend sa pleine portée qu'avec l'émergence de la conscience de soi. Le soi est l'attracteur, si l'on peut dire, qui donne un sens aux pré-concepts en en faisant des concepts pour soi, pour les comportements du soi engagés dans la lutte pour la survie, notamment.

Rappelons-nous que lorsque nous parlons de concepts et de langages, ce ne sont pas seulement les mots émis par l'appareil audio-phonateur de l'homme que nous désignerons, mais les gestes stéréotypés (se frapper la poitrine, désigner du regard...) ou bien les objets-outils (une pierre de forme convenant à tel usage, par exemple) dont certains animaux, à l'instar des premiers hommes, peuvent faire usage.

Alain

L'on peut sans doute imaginer ce qui s'est peut-être passé. Essayons de reconstruire un scénario possible. Je sais bien que c'est le sport favori de tous les linguistes s'intéressant à l'archéologie du langage, mais pourquoi ne le ferions nous pas aussi ici, entre nous ?

Bernard

Partons de l'animal, puisque c'est chez l'animal que les proto-langages, plus ou moins bien identifiés aujourd'hui, existent depuis des dizaines de millions d'années. Imaginons une famille de singes, dans la forêt, bien avant les premiers hommes. Ces singes sont très attentifs à l'arrivée d'autres groupes, pouvant se révéler hostiles. Ils n'aiment pas trop, notamment, les groupes importants, tandis que les individus isolés les inquiètent moins. Ils ont donc en eux, innés ou acquis par l'expérience, des mécanismes de reconnaissance de formes leur permettant d'estimer, au moins grossièrement, le nombre des individus qu'ils aperçoivent. C'est du pré-comptage, si l'on peut dire. Leur cerveau est également capable d'associer des souvenirs d'expériences douloureuses à la perception de l'image d'un grand nombre, ce qu'il ne fait pas lorsqu'il perçoit un petit nombre. Ils ont enfin à leur disposition différents gestes ou cris bien définis permettant aux veilleurs de communiquer l'alerte au reste du groupe. D'autres gestes ou cris serviront à intimider les visiteurs.

Les processeurs cérébraux traitant les informations et ordres correspondants aux entrées-sorties sensorielles et motrices ressemblent sans doute beaucoup à ce dont nous disposons dans notre cerveau droit primitif, celui dédié aux langages visuels et gestuels, dont d'ailleurs le fonctionnement est inné et ne nous est pas conscient. Ce cerveau traite l'image d'un groupe, qu'il analyse comme petit groupe, ou groupe important, mais il ne compte pas les individus un par un, et ne procède pas à des opérations ou hypothèses arithmétiques sur des informations de type numérique supposées les représenter.

Alain

Bien, mais précisément, comment les hominiens ont-ils dépassé le stade des proto-langages innés inconscients ?

Bernard

Imaginons que, subitement, et peut-être même pourquoi pas ? Une seule fois, dans un groupe isolé, quelques individus aient "vu" ou "entendu" les gestes ou signes qu'ils produisaient pour donner l'alerte, comme s'il s'agissait d'objets extérieurs à eux, et non plus comme des phénomènes inséparables de leur corps endogène. Si j'étais une paléo-ethnologue américaine, féministe militante...

Alain

Je me souviens d'une certaine Helen Morgan, vers les années 70, qui avait expliqué dans "The descent of woman" que l'hominisation était due aux femelles. Cela m'avait paru assez convaincant, mais plus personne ne parle plus de cette thèse aujourd'hui..

Bernard

Justement, c'est que je me proposais de dire. On peut imaginer que les veilleurs, sans doute des mâles, étant trop occupés à donner l'alerte par force gestes et cris, une femelle, observant ces gestes et cris, aurait pu les mémoriser dans son cortex associatif en tant que signifiants et non plus en tant que signifiés. Elle aurait pu alors, par essais et erreurs, commencer à les sortir de leur contexte, puis jouer sur eux, afin de les adapter à des situations détachées de l'événement immédiat. Par exemple, tel cri, associé à tel geste, signifiant l'arrivée d'un groupe important, plutôt que celle d'un petit groupe, aurait pu être utilisé pour jouer à se faire peur, indépendamment de tout ennemi. Le message aurait pu alors être réutilisé dans de nombreuses autres circonstances, voire en dehors même d'une situation de crise.

Alain

Je vois ce que tu veux dire. Je m'imagine préhominien dans une petite troupe de congénères. Mon cerveau, au cortex associatif plus développé que celui d'un animal, se révèle capable de corréler, par exemple, la perception du nombre de mes ennemis et celle de mes doigts : 3 ennemis et 3 doigts, 4 ennemis et 4 doigts, etc. soit un doigt par unité d'ennemis perçue. Fort de cette découverte, ma première initiative sera de la partager avec mes collègues pour pouvoir leur faire connaître le nombre d'ennemis qu'ils ne verraient pas directement. Je leur montrerais mes doigts plutôt que les appeler à mon poste d'observation. Eux-mêmes comprendraient vite la signification du symbole. Ils ne confondraient pas les doigts avec les ennemis (la carte avec le territoire) de sorte qu'ils apprendraient à se servir du message signifié par le nombre des doigts déployés pour quantifier bien d'autres objets intéressants. Ceci dit, mon hypothèse de doigts est sans doute un peu naïve...

Bernard

Sans doute, mais peu importe. Ceci dit, tu as déjà, avec ton exemple, posé un problème plus difficile, celui de l'origine du dénombrement, des nombres. Les choses ont du commencer plus simplement. Plus d'ailleurs l'hypothèse sera simpliste, plus il sera facile de la reproduire sur un automate. Ce qui importe est montrer qu'à ce stade, le cerveau traite encore des stimulus sensoriels, mais il en fait des symboles abstraits, et ne les confond plus avec la réalité représentée. La manipulation de ces symboles a du progressivement migrer vers des zones associatives disponibles au sein du cortex, grâce notamment à ces fibres thalamo-corticales réentrantes dont parle Edelman*, peut-être vers le cerveau gauche, qui se serait ainsi progressivement spécialisé dans le symbolique.

J'ai en tête un autre exemple montrant comment les pré-homininens ont pu passer de la représentation au symbole, et du symbole à la syntaxe, c'est-à-dire l'articulation entre symboles au sein de phrases comportant un sujet, un verbe et des compléments. On sait que les rats détectent les aliments empoisonnés, en constatant que l'un ou plusieurs de leurs congénères sont morts après les avoir consommés. Les autres rats apprennent à éviter ces aliments. Mais je crois que les physiologistes n'ont pas bien identifié comment se transmet le message de mise en garde. Si nous nous plaçons dans une société d'australopithèques ou d'homo erectus, on peut imaginer un schéma. Ces hominiens disposaient déjà de la main, plus ou moins libérée, et d'un cortex de taille non négligeable. L'identification des aliments empoisonnés et la transmission de cette connaissance étaient vitales pour eux. On peut très bien imaginer un scénario. J'ai, moi Homo truc, constaté que tel aliment est mortel, je te le fais savoir, à toi Homo machin, en attirant ton attention par un premier geste, en te montrant l'aliment par un second geste, et en revenant à moi par un troisième geste, suivi par exemple d'une mimique de rejet, voire d'un 4e geste: jeter l'objet par terre. Les 4 ou 5 éléments indispensables à l'émergence d'une grammaire générative sont ainsi identifiés par les cortex des deux communicants: moi, toi , l'objet, le qualificatif et le verbe. Mais ils ne sont pas encore traduits en mots. Ils sont vécus corporellement, et traduits en gestes. De là à associer des cris spécifiques à chaque geste ou mimique, il n'y a plus qu'un pas, me semble-t-il. Ce serait donc l'invention de l'outil ou du geste significatif qui aurait initialisé le langage parlé, puis l'hominisation à grande échelle.

Alain

Les premiers outils de pierre rudimentaires, éclats ou bifaces, se trouvent sur des sites d'australopithèques, si je ne m'abuse, c'est-à-dire très anciens. Le feu lui-même remonterait aux homo erectus, sauf erreur... Quant à l'identification des aliments et non-aliments dans l'envoironnement, elle a du s'imposer bien avant encore.

Bernard

Il est difficile de dire, de l'outil ou du langage verbal, lequel a précédé l'autre, chez l'homo erectus ou habilis disposant à la fois du larynx et de la main. De même qu'à un certain moment, tel hominien (ou telle hominienne), a brusquement regardé le geste ou le son qu'il produisait comme quelque chose d'autre que lui-même, susceptible d'être manipulé et échangé, de même cet hominien a pu "découvrir" que la pierre ou le bâton qu'il utilisait sans y penser, comme un prolongement de son bras, pouvait en être détaché et transmis à un collègue, pour qu'il s'en serve également. Un outil, à cet égard, n'est pas différent d'un signe gestuel ou vocal. Il "porte en lui " les gestes qui permettent de le fabriquer et l'utiliser. Il est également porteur de cris spécifiques : le cri du chasseur, le "han!" du bûcheron...

Alain

Les caractéristiques du langage ont été clairement précisées par les linguistes. Le langage est tout autre chose qu'associer un symbole donné à une représentation donnée.

Bernard

Bien sûr. Nous en avons parlé dans la 3e section du précédent chapitre. Le langage humain est un système productif-génératif : il permet de construire un nombre infini de phrases à partir d'un nombre fini de mots ou morphèmes (unités de sens). Le mot est choisi arbitrairement pour désigner la chose perçue ou représentée. Il faut donc connaître le mot pour savoir ce qu'il désigne. Ce caractère d'arbitraire paraît suffisant pour expliquer l'infinie diversité des langues, qui a correspondu à l'infinie dispersion des populations primitives.

Au contraire la phrase peut être comprise en appliquant des règles de calcul d'ailleurs complexes, dites règles syntaxiques, qui se retrouvent grosso modo identiques dans toutes les langues. Le langage humain est ainsi organisé en double ou triple articulation : le phonème (unité de son), le morphème (unité de sens) et la syntaxe. Aucun langage ou pré-langage animal ne présente ces possibilités.

Enfin, une dernière différence très importante, tient au rôle du langage. Le langage animal est uniquement impératif ou injonctif : il indique une demande ou donne un ordre. Le langage humain est, non seulement impératif-injonctif, mais aussi déclaratif : quand je montre et nomme un objet, j'indique que je le vois, j'indique que je sais le désigner, et je demande aux autres de le regarder. En communiquant toutes ces informations aux autres, je les informe sur moi et sur le monde.

Un dernier point enfin est à rappeler: on admet généralement aujourd'hui que le cerveau humain dispose d'une capacité innée à apprendre dès la petite enfance les règles syntaxiques, ce dont les animaux, même évolués ne sont pas capables.

Alain

Ton exemple de la mise en garde relativement à un aliment empoisonné peut offrir une piste expliquant comment le langage s'est brutalement développé, entraînant toutes les conséquences morphologiques et sociales que nous connaissons.

Bernard

Le langage n'a pas laissé de traces, et les études anatomiques faites sur les fossiles d'hominiens, destinées à rechercher l'appareil vocal, ne sont pas très parlantes, c'est le cas de le dire. J'imagine d'ailleurs que les deux phénomènes du langage et des transformations corporelles se sont faits simultanément. Ils ont résulté du même fait générateur (que l'on suppose être la généralisation de la bipédie). N'oublions pas non plus le développement concomitant du cortex associatif.

Aux origines, ce grand changement a peut-être été le résultat d'une mutation (apparition de neurones disposant de capacités dédiées à l'association), peut-être d'un apprentissage particulièrement réussi, peu importe. Mais l'essentiel fut qu'avec les premiers concepts abstraits et les premiers concepts abstraits et les premiers nombres, les groupes sociaux (je dis bien les groupes, plutôt que les individus) ont pu commencer à manipuler des symboles, autrement plus légers que les réalités désignées. En d'autres termes, ils ont pu commencer à construire des univers parallèles à l'univers de leur expérience quotidienne, sous forme de constructions informationnelles de plus en plus loin de la réalité immédiate, mais de plus en plus proches d'une réalité moins visible, celle des lois générales, résultant d'expériences renforcées par habituation, d'où sont issues aujourd'hui les lois scientifiques. Ceci leur a probablement apporté des avantages considérables dans la compétition avec les autres espèces.

Comme précédemment, l'émergence de cette nouvelle faculté s'est faite spontanément, suite à un déterminisme chaotique quelconque, une fois un degré de complexité suffisante atteint. Il n'y a pas eu quelqu'un qui a dit "plutôt que manipuler cet outil, ou l'image de cet outil, donnons-lui un nom et manipulons le nom". C'est après coup que s'est imposé, vu l'avantage compétitif ainsi acquis, l'intérêt d'avoir recours au symbole plutôt qu'à l'objet, à la carte plutôt qu'au territoire. C'est après coup que s'est révélé à l'œuvre un troisième type de machine à inventer, reposant sur l'émergence et la prise de pouvoir du symbole s'identifiant lui-même comme tel, au sein des systèmes nerveux des organismes évolués. La carte, pour revenir sur cette vieille image, a fini d'une certaine façon par devenir plus importante que le territoire. Elle l'a, en quelque sorte, réinventé

Alain

De toutes façons, pour nos travaux sur les automates, cette recherche des causes initiales n'a pas grande importance. L'essentiel est de pouvoir construire ou reconstruire des mécanismes analogues ou convergents.

Bernard

Oui, mais nous devrons utiliser ces connaissances lorsque nous aurons à nous préoccuper de l'émergence de nouveaux langages, entre hommes et machines, par exemple. Revenons dans cette perspective sur l'évolution, beaucoup plus récente, et bien mieux connue, intéressant l'écriture, qui est passée de la représentation schématique de l'objet (par exemple dans les hiéroglyphes) à une symbolisation beaucoup plus abstraite, et très simplifiée. Est-ce que cette symbolisation est aujourd'hui la mieux adaptée aux nouveaux besoins de communication, non seulement avec des machines, mais avec des hommes encore rebelles à l'écriture, et plus à leur aise dans le monde de l'image ? Est-ce qu'il ne va pas falloir étudier des langages plus performants, plus polyvalents, pouvant éventuellement se passer de l'écriture, et susceptibles de couvrir des besoins de communication, entre machines ou entre hommes, qui ne sont pas satisfaits aujourd'hui ? Il y a l'obstacle, bien connu, des langues nationales. Mais aussi les différences mineures entre concepts supposés identiques, les excès d'abstraction, bref tout ce qui empêche ou restreint les échanges entre groupes humains parlant des langues différentes, au sein de cultures hétérogènes.

Alain

Est-ce que les futurs automates intelligents ne vont pas inventer eux-mêmes des moyens de communiquer entre eux qui révolutionneront l'idée que nous nous faisons du langage et de l'écriture ? Tout à l'heure, nous avons essayé d'imaginer comment les premiers hommes ont inventé le mot, le nombre, l'outil. Ces supputations, comme tu l'as d'ailleurs dit, n'ont d'intérêt, pour nous qui ne sommes ni des préhistoriens ni des archéologues, que si elles offrent des pistes nous permettant d'apprendre à nos futurs automates comment inventer leurs propres langages et outils, différents de ceux que nous pourrions leur donner par construction.

Bernard

Il n'y a pas de raison en effet de penser que des processus voisins mais un peu différents de ceux s'étant produit il y a des millions d'années dans un petit coin de la nature africaine, ne pourraient fonctionner à nouveau entre populations automates - toutes choses égales d'ailleurs, c'est-à-dire dans des temps et à des échelles très contractés.

Nous sommes un peu dans la problématique que laisse entrevoir le génie génétique. Celui-ci permettra-t-il un jour de recréer des processus évolutifs un peu différents de ceux qui se sont réellement déroulés dans le passé, afin qu'apparaissent des individus et des espèces autres que ceux sélectionnés jadis?

Alain

Ce serait effectivement très excitant de voir un jour des populations d'automates, dotées de mémoires suffisamment complexes pour leur donner des degrés suffisants de liberté, abandonner le C+, LISP et autre PROLOG ou le TCP/IP et se mettre à découvrir des langages et des outils leur permettant d'acquérir une autonomie plus grande, tant entre eux qu'à notre égard. Ce serait excitant mais aussi inquiétant, pour nous autres hommes, sauf si nous nous associons à ces automates pour profiter de leurs acquis... Est-ce que cette différenciation entre cerveaux droits et gauches est importante, compte-tenu de la plasticité du cerveau, de la redondance des réseaux, de la non-localisation précise de beaucoup de fonctions? Quand nous fabriquerons des automates-machines intelligents, de quel type de cerveau devrons-nous les doter ?

Bernard

Je t'avoue que je n'en sais rien. Selon je crois la majorité des auteurs aujourd'hui, la pensée verbale a pour support le langage phonétique, localisé principalement chez l'homme dans les aires de Broca et de Wernicke de l'hémisphère gauche (pour les droitiers). La pensée visuelle a pour support le langage visuel, élaboré dans les différentes aires visuelles, dont la compilation globale semble localisée dans l'hémisphère droit. Le langage visuel serait un langage naturel spécifique au cerveau, indépendant donc des langages verbaux (et sans doute aussi commun à l'homme et à certains animaux). Le processeur du langage visuel collabore avec celui du langage verbal, notamment dans le domaine de la création.

La pensée verbale serait linéaire et donc limitée. Elle ne s'ajuste que difficilement au réel. La pensée visuelle est globale, et permet d'aborder immédiatement l'univers entier sensible, dans sa complexité. Elle utilise des unités de sens et non les mots. Mais elle interdit les grands modèles symboliques, et ses possibilités de communication supposent l'accord sur un langage spécifique, qui pourrait être d'ailleurs très performant, une fois qu'il serait utilisé, par les hommes comme par les ordinateurs (voir le Flash Bren de Georges Rieu*). Les deux formes de pensée auraient donc tout intérêt à collaborer - ce qui n'est pas le cas actuellement, chez la plupart des hommes.

Les ordinateurs actuels ont été développés sur le mode de la pensée verbale linéaire. Les nouvelles approches informatiques permettent au contraire de prendre en compte les ensembles flous, images, couleurs, etc. L'on peut donc espérer réaliser des automates qui fonctionneront dans plusieurs registres, en élargissant les capacités humaines ou en permettant de dialoguer avec les espèces animales dépourvues du langage verbal. Là encore, la coopération entre langages devra être recherchée dès le début, afin de maximiser les possibilités d'accès à des formes nouvelles d'hyper intelligence.

Quel que soit le langage et le cerveau concerné, l'étude des mécanismes de la pensée nécessite l'analyse des mécanismes de mise en mémoire. Les différents registres de celle-ci sont indispensables non seulement à la pensée mais à la création. Il faut dans cette perspective étudier aussi les mécanismes cérébraux qui assignent une valeur émotionnelle aux nouveaux stimuli, et facilitent donc leur mémorisation plus ou moins durable. Je pense notamment aux émotions, lesquels induisent les qualia, c'est-à-dire la façon dont chacun de nous, individuellement, ressent une information brute, comme la couleur..

Alain

Le rôle des émotions dans la mémorisation et la communication est de plus en plus étudié aujourd'hui. Ces études sont intéressantes en termes de physiologie et de psychologie, mais j'ai entendu dire qu'elles auront aussi d'importantes applications dans les relations entre hommes et automates, si bien qu'elles devraient être incluses dans les spécifications de fabrication des automates eux-mêmes.

Bernard

Tu as tout à fait raison. Déjà, dans les relations les plus simples entre les hommes et les systèmes d'information ou automates d'aujourd'hui, l'on s'aperçoit que la mise en place d'une interface visuelle ou sonore capable d'exprimer des émotions de type humain, facilite beaucoup les relations. C'est ce que montre la belle Ananova dont nous avons déjà parlé, que beaucoup de gens préféreront avoir en face d'eux plutôt qu'un simple écran alphanumérique. Mais à l'inverse, il faudra se préoccuper de prévoir, dans les futurs automates, des types de commandes analogues à la façon dont, chez les êtres vivants, des émotions comme la peur ou le désir provoquent certains types de comportement. Les vecteurs utilisés par les animaux sont des médiateurs chimiques, comme l'adrénaline, qui agissent différemment et sur d'autres organes que ne le fait l'influx nerveux. L'imitation de ceci permettra d'obtenir des automates capables de communiquer avec l'homme ou avec des animaux sur l'ensemble des registres utilisés par les espèces vivantes.

Alain

Il est évident que si l'affectivité s'instaure dans les relations entre l'homme et la machine, je veux dire une vraie affectivité, qui ne soit pas seulement du fait de l'homme, mais partagée par les deux partenaires, nous changerons radicalement les relations de l'individu avec la société. Plus besoin de rechercher des amis ou des partenaires chez nos semblables, si nous pouvons en trouver de beaucoup plus enrichissants sur les étagères des magasins d'électroniques... c'est d'ailleurs ce qui se produit déjà un peu chez les addicts d'Internet ou des consoles de jeu - bien que dans ce cas la seule affectivité que l'individu rencontre sur le réseau soit la sienne propre, qu'il y projette.

Bernard

Un automate véritablement capable d'éprouver une affectivité originale, sui generis, face à celle de l'homme, sera un facteur d'invention autrement puissant. De même que nous aurons besoin d'automates dotés de formes d'intelligence éventuellement différentes de la nôtre, pour apprendre à voir le monde autrement, de même nous pourrions apprendre à sentir l'univers autrement si nous nous confrontions à des machines ayant développé leur propre sensibilité. Mais nous n'en sommes pas là aujourd'hui, hélas....

Alain

Finalement, au point où nous en sommes arrivés, nous voyons s'esquisser, en simplifiant beaucoup, une sorte de vaste histoire de l'automate, se déroulant des origines de la terre jusqu'à nos jours. Le point à retenir, si je puis anticiper, est que l'automate technologique, l'automate de laboratoire, n'est pas sorti de rien, mais prolonge une évolution commencée depuis des millénaires au sein de l'univers... évolution, je le suppose, qui n'est d'ailleurs pas près de s'arrêter... et qui débouche sur l'homme... Vas- tu dire que l'homme, lui aussi est un automate ?

Bernard

Il l'est certainement dans l'immense champ de son organisation et de ses comportements, individuels et sociaux, qui relèvent de l'animal plus ou moins évolué. Il serait naïf d'espérer que les hommes, quels qu'ils soient, hommes de la rue, savants, dirigeants d'entreprises ou politiciens, puissent échapper aux déterminismes qui règlent le fonctionnement des machines biologiques. Nous sommes tous, et eux les premiers, des rouages dans des mécaniques fonctionnant sur un mode automatique, et qui comprennent d'ailleurs, non seulement ce qui relève de la vie au sens le plus basique, mais aussi ce que l'on appelait au 20e siècle les superstructures : le techno-scientifique, l'économique, le social, l'idéologique, bref tout ce qui structure les sociétés humaines, et dont nous allons parler dans la suite du chapitre.

Cependant, l'homme, contrairement aux autres mammifères, dispose d'un cerveau d'une taille et d'une complexité exceptionnelle. Les ouvrages qui le décrivent abondent aujourd'hui. Ce n'est pas la peine d'y insister ici. Ce cerveau fonctionne évidemment, comme tous les autres organes, sur le mode automatique. C'est un automate. Mais il est doté de capacités telles que nous pouvons d'emblée en faire le modèle de l'automate intelligent biologique, celui au sein duquel émerge la conscience. Nous voudrions bien que nos automates-machines de demain puissent ressembler, ne fut-ce que de loin, à des cerveaux conscients..


Auteurs cités (signalés par * dans le texte)
Susan Blackmore, The meme machine, Oxford UP 1999
Antonio Damasio, Le sentiment même de soi, Editions Odile Jacob, 1999

Richard Dawkins Les mystères de l'arc en ciel, Bayard, 2000
Richard Dawkins, Le gène égoïste, Armand Colin ,1990
Jean Delacour Introduction aux neuro-science cognitives, De Boeck Université
Daniel C. Dennett, La conscience expliquée, Editions Odile Jacob, 1991-1993
Daniel C.Dennett, Darwin est-il dangereux? Editions Odile Jacob, 1995-2000
Gerald Edelman, Comment la matière devient conscience, Odile Jacob 2000
Sciences et Avenir, N° spécial datant de 1995, et consacré à l'intelligence animale

La langue d'homo erectus - Quelle langue parlait-t-on il y a 100.000 ans? Numéro Hors-série de Sciences et Avenir décembre 2000-janvier 2001
Steven Pinker, Comment fonctionne l'esprit, Odile Jacob 1999

La suite du chapitre 3,
prochain numéro: section 2. La conscience individuelle
numéro suivant: section 3. La conscience collective


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