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Revue n° 5
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Publiscopie

L'intelligence animale. Numéro spécial de Sciences et avenir. Octobre 1995. Relecture et actualisation
Jean-Paul Baquiast

Bien que relativement ancien, ce numéro spécial, faisant appel aux meilleurs spécialistes, nous a paru mériter une relecture, assortie éventuellement de mise à jour. Le numéro, sans doute trop ancien, n'a pas à ce jour été publié dans les Archives en ligne de Sciences et Avenir. Ceci justifie plus encore la relecture.

Pour les roboticiens et spécialistes de la vie artificielle, toutes les études d'éthologie, de physiologie animale, de neurologie animale...présentent plusieurs intérêts. Le premier consiste à illustrer les hypothèses concernant la théorie computationnelle de l'esprit, le rôle des représentations, des échanges sous formes de pré-langages et comportements à la fois acquis par l'héritage génétique, et à la fois transmis par imitation ou réapprentissage au niveau du groupe.  Le second avantage est plus immédiat encore: proposer des modèles à imiter ou simuler, soit par la voie de l'IA descendante (on transpose le mécanisme que l'on a cru identifier) soit par la vie de l'IA adaptative: on laisse l'animat essayer de retrouver, dans le cadre de la compétition darwinienne, des comportements et dispositifs comparables à ceux repérés dans la nature.

Les exemples présentés sont nombreux et variés. Il est clair pourtant qu'ils ne constituent qu'une infime partie de tout ce que pourrait montrer la bio-diversité animale, surtout si celle-ci était étudiée sérieusement, avec respect, sans préjugés anthropocentristes. Le lecteur constatera en particulier que ce qui est appelé ici intelligence est très réparti, depuis les insectes, les mollusques, les oiseaux jusqu'aux mammifères. On verra aussi que l'intelligence n'est pas seulement neuronale ou computationnelle, mais qu'elle fait appel à tous les échanges exprimant l'affectivité, provoqués par des médiateurs spécifiques tels que les hormones et phéromones. Dans beaucoup de domaines, la prétendue supériorité des primates et même des hominiens n'apparaît pas évidente.

Ces exemples provoquent aussi du regret: regret de voir l'homme saccager le monde animal, exploiter sans aucune pitié les espèces sauvages et domestiques. Les végétariens trouveront là de nombreux arguments supplémentaires pour refuser de consommer les animaux domestiques, nos quasi-semblables, notamment au terme de multiples souffrances inutiles.

Il reste que les caractéristiques du langage évolué humain, doublement articulé, générateurs de faits de conscience et de touts les superstructures sociétales humaines fondées sur le langage et l'accumulation des connaissances, n'apparaissent que sous forme de trace chez les animaux. Nous verrons dans le second numéro spécial de Sciences et Avenir, que nous examinerons ensuite, Le langage d'homo erectus, se préciser ce passage au langage, qu'il faut prendre, de même que tous les autres faits d'évolution, comme un résultat qui aurait pu ne pas être, du à ce que Kupiec et Sonigo appellent, après Darwin, le hasard-sélection.  

Nous ne résumerons pas tous les articles, mais seulement ceux qui nous auront paru les plus significatifs.

- Jacques Vauclair: il propose de distinguer intelligence et cognition. Un comportement constituant une adaptation, comme celui du pigeon, peut être dit intelligent. Mais la cognition suppose davantage: processus d'apprentissage et de traitements de l'information permettant à l'animal de résoudre un problème posé par l'environnement. La cognition répond aux 3 criètres de flexibilité, nouveauté, capacité de généralisation. Ceci exclut la préprogrammation génétique, bien que celle-ci en fournit la base (l'ancien reflexe, le stimulus-réponse). De l'animal à l'homme, il y aurait continuité en matière de perception et mémoire, discontinuité en matière de conscience de soi et langage.
Pour en savoir plus:

-Jacques Vauclair. Université de tous les savoirs L'intelligence animale . Conférence du 11/02. Questions-réponses avec le public http://www.2000enfrance.com/sites/utls/reponse/reponse_vauclair.htm
-Jacques Vauclair. L'intelligence de l'animal. Seuil 1992
-Jacques Vauclair, L'homme et le singe - psychologie comparée, Flammarion, coll. "Dominos", 1998.
Résumé : Il existe d'évidentes ressemblances dans les traitements de la perception, de la mémoire et de la résolution de problèmes entre l'homme et le singe. Toutefois, comme le souligne Jacques Vauclair, psychologue et chercheur au CNRS, des discontinuités majeures apparaissent concernant notamment l'usage des symboles, les conduites intentionnelles et l'attribution des savoirs. Cette approche comparée permet à la fois de mieux comprendre l'animal et les spécificités de la cognition humaine.
Dans l'article A l'école de la vie, Jacques Vauclair montre qu'à partir de leurs capacités génétiques acquises, les espèces animales les plus variées sont capables d'inventer des solutions originales adaptatives tout à fait inattendues. Il cite l'exemple classique des mésanges bleues et des bouteilles de lait, dans l'Angleterre des années 20. Mais les rats font aussi bien ou mieux. Ceci est permis par le fait que l'organisme extrait de son environnement, par un apprentissage que Edward Toldman avait appelé latent, des cartes cognitives lui permettant de se repérer au mieux. Il s'agit d'une pensée sans langage que l'on peut retrouver chez les robots, et que l'on appellera "représentations internes". Le système cognitif se distinguera de l'acquis génétique par - sa flexibilité face aux changements de l'environnement - sa capacité à traiter des situations jamais rencontrées par le passé - la mise en jeu de moyens nouveaux susceptibles d'être généralisés à des contextes différents. Finalement, les représentations mentales du monde extérieur permettent à l'animal de produire des réponses adaptées (dans un gamme donnée) aux stimulations qu'il reçoit. Elles sont acquises individuellement (c'est un aspect de l'individuation) . Il n'est pas sûr par contre qu'elles puissent véritablement être transmises par imitation et s'incorporer à un savoir collectif culturel. (NB: ce point est discuté).
-Edward Toldman http://www.yorku.ca/dept/psych/classics/Tolman/Maps/maps.htm Cognitive maps in rats and men 1948 Etude détaillée

- Desmond Morris: les émotions, les arts, la peinture rapprochent l'homme de l'animal.
Un artiste peint en utilisant une pensée non verbale, analytique. Des chimpanzés peignant peuvent avoir un contrôle visuel, expérimenter de nouvelles formes et couleurs. Mais ils restent au niveau de l'abstrait. Ils ne peuvent représenter une image. Leur cerveau est sur ce plan proche de celui de l'enfant de 2 ans.
Pour en savoir plus

-Desmond Morris. Home page http://www.sirc.org/about/desmond_morris.html   Voir aussi http://www.desmond-morris.com/

- Rémy Chauvin: Les éthologies ont beaucoup de préjugés, et voudraient que les animaux se comportent comme des machines. Ils refusent de voir l'inexpliqué. Les capacités animales sont sous-estimées par principe. Rémy Chauvin et sa femme se sont particulièrement intéressés aux insectes sociaux. Plus récemment, R.C. s'est consacré à l'étude des pouvoirs inconnus, provoquant beaucoup de scepticisme dans le monde de la recherche dite officielle.
Dans l'article Les animaux ingénieurs, Rémy Chauvin développe l'idée que les réalisations diverses (nids de feuilles cousues par certaines fauvettes, construction de barrages par les castors, emploi d'outils par les primates (pêche aux fourmis et termites) montrent qu'il ne s'agit pas d'instincts aveugles, mais de constructions pensées répondant à un but, utilisant de véritables outils. L'outil pour mériter ce nom doit:
- être détaché de son substrat et du corps de celui qui l'utilise
- être tenu et orienté correctement compte-tenu de l'usage  à en obtenir
- entraîner une modification dans un autre objet ou pour l'utilisateur lui-même, utile à ce dernier. C'est le cas chez beaucoup d'animaux auxquels on ne pense pas, notamment les oiseaux. Le cerveau d'un passereau contiendrait 130.000 neurones par mm3, contrairement à celui du cachalot (1000 par mm3) Mais ceux de l'oiseau sont miniaturisés. Ces dispositifs cérébraux peu connus sont sans doute hérités du temps des dinosaures, soit 200 millions d'années bp.
Pour en savoir plus

-Espace Rémy Chauvin . Publications et ouvrages http://www.users.skynet.be/thomas/chauvin1.htm
-Nos pouvoirs inconnus http://psiland.free.fr/biblio/description/chauvin1.html

- André Langaney: il y a interférence permanente entre l'inné et l'acquis .
L'équipement génétique de base est spécifié par l'expérience individuelle de l'animal, au sein de son espèce. Il faut pour s'en apercevoir faire un va-et-vient permanent entre l'observation dans la nature et l'observation en laboratoire.
Pour en savoir plus

- CV de André Langaney http://www.unige.ch/uniweb/brain/welcome.html?cvLanganey.html
Arte: une grande découverte http://www.arte-tv.com/hebdo/archimed/19970923/ftext/decouverte.html " On a découvert par exemple que les gènes qui font qu' un animal a un avant et un arrière, comme par exemple un homme a une tête, un tronc et des membres ou bien comme un insecte a une tête, un thorax et un abdomen,  sont les mêmes chez tous les animaux, vertébrés et invertébrés. Ils existent sans doute depuis que l'on a fabriqué sur Terre le premier vers qui avait un avant et un arrière. (...) Et les gènes qui font que nous avons cette série de vertèbre sont une séquence d'ADN qui est exactement la même que la séquence qui fait qu'une mouche par exemple a le corps découpé en anneaux. (...) Et le fait que ce soit la même mécanique génétique qui organise le corps d'animaux aussi différents que les vers, les insectes, les souris ou les hommes, est la meilleure preuve qui soit de l'hypothèse de LAMARCK, de l'hypothèse fondamentale de l'évolution, selon laquelle toutes les espèces animales auraient une origine commune à partir des formes de vie animales les plus simples. Cette preuve, elle date de quelques années alors que l'hypothèse de LAMARCK a plus de deux siècles maintenant".
- Pour l'Humanité du 11 mars 1999. Article sur l'animalité http://www.humanite.presse.fr/journal/99/99-03/99-03-11/99-03-11-038.html "Il est convenu d'opposer l'humanité, que nous revendiquons à la gloire singulière de notre espèce, à la condition animale, brutale et indigne. C'est ignorer un peu vite que les lois les plus élémentaires par lesquelles nous définissons cette humanité semblent respectées par un grand nombre d'espèces animales qui, pourtant, n'ont pas la capacité d'énoncer et de faire respecter des lois. Pour ne prendre qu'un exemple, le célèbre " Tu ne tueras pas ", que les chrétiens ne semblent avoir énoncé que pour mieux le violer au cours des siècles, est respecté au sein de la plupart des espèces animales qui ne tuent que rarement leurs congénères. Comme il ne s'agit pas de lois exprimées par le langage, les " éthologistes ", spécialistes du comportement animal, ont mis en évidence les mécanismes, en général innés, c'est-à-dire acquis sans apprentissage, qui font qu'en général un loup ou un cerf ne tuent pas un rival, même dans une situation de compétition sexuelle ou alimentaire aiguë (...) Le problème des humains est qu'ils savent beaucoup moins de naissance que les autres animaux. Ils doivent tout réinventer pour parvenir à cette animalité dans laquelle on ne se tue pas les uns les autres, on mange et on survit, protège et élève les femelles et les jeunes, et si possible les vieux (...) Ils doivent tout réinventer..."

Boris Cyrulnik Il est aussi dangereux de considérer qu'il y a une continuité entre l'animal et l'homme (aboutissant à l'anthropocentrisme) qu'une rupture radicale, aboutissant à l'animal-machine. Chaque espèce animale doit être considérée avec ses spécificités. Il faut parler du propre du ver de terre et de l'oiseau comme du propre de l'homme. Les cognitivistes étudiant une espèce animale ont une approche pertinente, mais globalement réductrice. Ils n'étudient pas tous les paramètres dans leur complexité. Ils oublient l'extracérébral, l'affectivité et le social, qui transforment les potentialités en performances.
Dans l'article "L'intelligence affectiv"e, Boris Cyrulnik explique comment l'affectivité participe à la création de l'intelligence cognitive. Le phénomène de l'empreinte, découvert ou plutôt popularisé par Konrad Lorenz, montre que les animaux perçoivent le monde non tel que nous croyons qu'il est, mais tel que l'animal le voit pendant les quelques heures ou jours de la "période sensible" après la naissance, au moment où l'organisme est particulièrement apte à recevoir un processus d'acquisition. L'empreinte ne se limite pas à l'empreinte filiale, mais à tous les messages reçus de l'environnement (dans la gamme de perception ouverte à l'animal, plus large sans doute qu'il n'y parait). Les jeux jouent un rôle important, avec exploration du corps de l'autre. Le même phénomène joue chez l'homme., mais la néoténie prolonge longtemps voire indéfiniment la période sensible.

Boris Cyrulnik distingue ce phénomène de celui de l'imitation, dans lequel l'observation de l'autre précède l'apprentissage. C'est alors un modèle qui façonne et non le corps à corps. . D'où l'idée de culture animale, fondée sur le mimétisme entre adultes aussi bien qu'entre jeunes et adultes (cas des mésanges anglaises). Ndlr.: ces différentes méthodes d'acquisitions cognitives doivent pouvoir être réutilisées chez des populations de robots mis en concurrence.
Pour en savoir plus

-Boris Cyrulnik Ouvrages http://www.livre-francais.com/?idaut=1424
-Présentation http://radio-canada.ca/par4/salon/cyrulnik_presentation.html
-Boris Cyrulnik a dirigé l'ouvrage collectif Si les lions pouvaient parler. Essai sur la condition animale, 1500 pages. Quarto Gallimard 1998. A lire absolument

René Zayan. Les intuitions de la poule.
Les gallinacés manifestent une grande stabilité de leur relations de dominance. Le mécanisme principal en est la reconnaissance individuelle, basées sur des représentations mentales abstraites de leurs congénères. La poule peut notamment pratiquer la reconnaissance visuelle sur diapositives. Elle peut discriminer entre congénères. Elle peut également identifier un congénère à partir d'une patte, même si auparavant seule une aile lui a été présentée. La poule semble capable de générer  "l'idée de poule" ou le "concept de poule", à partir d'un archétype, ce que la plupart des autres animaux sont incapables de faire, au sein de leur espèce.
Pour en savoir plus

René Zayan. Portrait http://www.rtbf.be/matieregrise/emissions/mg03/textes/portrait.html

Raymond Chichery . Malin comme une pieuvre.
Les céphalopodes sont dotés de cerveaux complexes, comportant 500 millions de neurones au moins, ainsi que d'organes sensoriels performants. Les capacités d'apprentissage sont nombreuses, impliquant des potentialités de représentations de l'espace. L'apprentissage par observation a pu également être démontré, un animal naïf apprenant à discriminer un objet dès les premiers essais en observant un animal démonstrateur ayant appris cette discrimination par un long apprentissage, avec renforcements positifs.
Pour en savoir plus

- Voir le cours de Raymond Chichery, professeur à l'Université de Caen (avec divers collègues) , au DEA Paris Nord Biologie du comportement Option 3 : Neuroéthologie et neurobiologie de l’apprentissage- De la mouche aux robots : étude de la perception visuelle au service de la navigation. - Bases neurales de la cognition spatiale. - Neuroéthologie du comportement vocal chez les oiseaux. - Régulation hormonale et nerveuse du comportement reproducteur chez l’oiseau. - Apprentissage chez les mollusques - Mémoire olfactive, aspects comportementaux et neurobiologiques. - Le conditionnement classique de peur chez le rat. Apports de la psychologie expérimentale et de la neurobiologie. http://www-leec.univ-paris13.fr/menu/enseignement/dea.html

Divers auteurs. L'animal domestiqué.
Plusieurs exemples sont présentés, montrant comment l'animal domestiqué (ou l'animal de zoo)  s'imprègne ou non des capacités de l'homme. Il est toujours difficile de dire s'il acquiert alors une forme de cognition le rapprochant de nous, ou si les univers restent distincts, sauf en apparence. Il y a là matière à de nombreuses expérimentations, qui devraient être conduites avec rigueur, en évitant l'anthropocentrisme courant chez l'observateur naïf. Ndlr: nous pensons, là aussi, que des relations entre robots auto-adaptatifs et animaux permettraient peut-être de faire apparaître des domaines communs d'échange d'où l'anthropocentrisme, en principe, pourrait être plus facilement exclu.

Jean-Claude Quentel et Jean-Marie Vidal. Il ne leur manque que la parole.
Dans cet article, ces deux auteurs confirment ce qui apparaît comme une opinion scientifique bien établie: aucune espèce animale, malgré la diversité de ses moyens de communication, ne peut être créditée d'un langage (non plus, comme indiqué dans un article précédent, non cité ici, du sens de l'humour et du rire). Cependant, de nombreuses recherches ont montré que,  spontanément dans la nature, ou à l'occasion d'apprentissages d'ailleurs longs et difficiles, de nombreuses espèces peuvent acquérir un vocabulaire non négligeable de signes renvoyant de façon non équivoque à des représentations mentales, elles-mêmes renvoyant à des objets du monde extérieur perçus par elles. Mais l'articulation structurale phonologique (sons-signifiants) et sémiologiques (signifiants-signifiés) n'apparaît pas, non plus que la capacité de construire un nombre infini de phrases à partir d'un nombre fini de signifiants (grammaire générative). Chez l'homme, le mot peut désigner des choses n'ayant pas entre elles de rapports naturels. Il est abstrait et ne prend son sens ou valeur que par opposition ou contraste avec les autres mots. L'animal n'en semble pas capable - n'en est pas capable, diront les linguistes. Il s'ensuit que la représentation de soi dans son groupe ou dans son environnement ne leur est pas possible. L'homme, contrairement à eux, médiatise son rapport au monde en introduisant l'analyse.
Ndlr: je me demande cependant si nous ne regardons pas les échanges entre animaux avec des lunettes qui restent réductrices. Les nouvelles études sur l'acquisition du langage humain, voire ce qui pourra peut-être être fait autour de la conscience et du langage artificielle, amèneront sans doute des conclusions plus positives que celles proposées en 1995 par les auteurs cités. Nous reviendrons sur la question du langage dans d'autres articles
Pour en savoir plus

Jean Claude Quentel travaille au Laboratoire interdisciplinaire de recherches sur le langage, Université de Rennes 2 http://www.uhb.fr/sc_humaines/lirl/
Jean Marie Vidal était en 1995 chercheur au CNRS (URA 1031)

Pascal Engel. A quoi les animaux pensent-ils?
Contrairement à Descartes (animal-machine) et même à Chomsky (on ne peut penser que si l'on dispose de la capacité de produire un nombre infini de phrases à partir d'un nombre fini de signes primitifs - disposition innée chez l'homme et absente chez l'animal), les éthologies contemporains ont abandonné la vieille approche behaviouriste (stimulus-réponse) pour prêter à l'animal des états mentaux ou représentations. Certains animaux semblent même disposer de capacités mentales complexes, comme classer des objets ou former des idées abstraites. L'éthologue expérimental se doit de vérifier la pertinence des hypothèses mentalistes. C'est relativement facile à faire pour les représentations de bas niveau, liées à la vie quotidienne de l'animal. C'est plus difficile pour les représentations de haut niveau: celle de premier ordre (je crois qu'un prédateur est là) et celles de second ordre (je crois que mes congénères croient qu'un prédateur est là). Des expériences ont montré que ces dernières représentations étaient possibles. Celles de 3e ordre, je crois que Y croit que Z croit qu'un prédateur est là, semblent beaucoup plus difficile à mettre en évidence. Ceci dit, chez l'homme, les croyances sont holistes (mettant en jeu l'ensemble des connaissances). Ce ne peut être le cas chez l'animal, car elles sont liées à des circonstances bien déterminées.
Pour progresser, il faut être prêt à utiliser la "posture intentionnelle" de Dennett (The intentional stance) consistant à supposer chez l'animal des capacités de représentations mentales plus ou moins complexes, quitte à réduire l'ambition si on ne peut les mettre en évidence.
Pour en savoir plus

Oeuvres complètes de Pascal Engel http://www.uhb.fr/sc_humaines/lirl/
P. Engel Introduction à al philosophie de l'esprit La Découverte 1994
J.Gervet, P.Livet et A.Tête La représentation animale PUNancy 1992
D.Dennett The intentional stance Cambridge Mass MIT press 1987

Joël Fagot. Le Q.I. des animaux .
Présentation et critique de différents tests permettant de mesurer l'intelligence animale, sous divers critères.
Joël Fagot est chercheur au CNRS, Laboratoire de neurosciences cognitives.

Jean-Louis Deneubourg et Guy Theraulaz L'intelligence collective.
L'article décrit de nombreuses expériences menées sur les sociétés d'abeilles, de termites, de fourmis, mettant en évidence le comportement holiste de ces sociétés, à partir de l'action d'individus en compétition répondant à des stimulants très simples. Il y a sélection "naturelle" de l'information. C'est le travail qui, en quelque sorte, guide l'ouvrier. Le sujet a été repris abondamment par l'IA, qui a simulé de tels comportements, avec notamment des populations d'insectes synthétiques.
Pour en savoir plus

Jean Louis deneubourg. Page personnelle http://www.ulb.ac.be/cdrom/docs/rech/che/1/1480.htm
E.Bonabeau et G. Theraulaz Intelligence collective. Hermès.1994
Les arthropodes par Pierre-Paul Grassé  (inventeur du concept de stigmergie) http://gallica.bnf.fr/scripts/ConsultationTout.exe?O=0000030&T=0 
Constructions collectives chez les insectes sociaux, par Pierre-Paul Grassé (en ligne) http://www.cnrs.fr/Cnrspresse/n13a2.html

Stéphane Herguéta  L'aventure du cerveau.
L'auteur, chercheur au laboratoire d'anatomie comparée du Muséum de Paris, est bien placé pour constater que l'homme moderne aurait tort de s'imaginer disposer, avec son cerveau, d'un organe couronnant une évolution vers la complexité et les performances, apparu subitement avec le sapiens sapiens. L'étude de l'encéphale des vertébrés fossiles reste pratiquement impossible, faute de traces. Celles des vertébrés actuels montre  par contre une très grande variété de caractères, et de remarquables conditions d'adaptation (exemple des oiseaux). Certains de ces caractères sont inchangés depuis l'origine et se retrouvent dans plusieurs groupes d'une même lignée (plésiomorphes). D'autres sont apparus ou ont subi des changements importants et se retrouvent dans une ligné particulière (apomorphes). L'analyse basée sur cette distinction permet de comprendre l'évolution des vertébrés. Traditionnellement, l'histoire de l'encéphale repose sur trois notions. L'on constate un plan d'organisation de base commun à l'ensemble des vertébrés, des agnathes aux mammifères. Ce plan s'est conservé sur 500 millions d'années. Une deuxième constatation porte sur l'augmentation progressive de la taille de l'encéphale (encéphalisation) liée à la taille corporelle (coefficient d'encéphalisation, dont l'interprétation n'est pas claire). Une troisième notion est celle de la télencéphalisation ou théorie des paliers (archéoencéphale, paléoencéphale,  néoencéphale, ce dernier développé surtout chez les mammifères et l'homme). Cette dernière hypothèse date de Edinger (1908-1910). Elle a été  popularisée par PD Mac Lean sous la forme de la théorie des 3 cerveaux, qui eut un succès considérable, par son caractère anthropocentrique, et reste bien ancrée dans les esprits aujourd'hui: cerveau reptilien, cerveau lymbique et néo-cortex.

L'ennui est que les études d'imagerie cérébrale récentes montrent que le palier archéoencéphalique n'existe pas, que la téléencéphalisation existe chez tous les vertébrés et que le néo-cortex n'est pas propre aux mammifères. D'où l'hypothèse récente du patron primordial commun à tous les vertébrés, à partir duquel chaque espèce a développé telle ou telle structure fonctionnelle répondant aux exigences de ses conditions de vie particulières. Ces structures peuvent être très spécialisées et sophistiquées, même chez des espèces dites primitives (requins). Par contre, aucune explication n'existe pour expliquer l'ontogénie de l'encéphale, c'est-à-dire les modalités d'évolution chez l'embryon des structures cérébrales, supposée se faire sous commande des gènes. Il n'est pas apparu de gènes de développement de l'encéphale*. L'homme, et son "gros" cerveau, n'est donc qu'une des solutions adaptatives retenues par la sélection naturelle. Tous les autres types de systèmes nerveux (et d'intelligence) peuvent être considérés comme "parfaits" face à des pressions de sélection particulières - ce qui ne veut pas dire qu'ils ne puissent se révéler inadéquats si ces pressions de sélection changent.

*Ndlr: sauf erreur de notre part, cela n'est pas étonnant, car les cellules, dans l'ontogenèse, se spécialisent non pas sous commande génétique fine, mais par compétition darwinienne, en occupant les niches les plus profitables pour elles. C'est le cas des neurones, comme de toutes les autres cellules (Cf Kupiec-Sonigo, Ni Dieu ni gène).
Pour en savoir plus

- Un article de Stephane Herguéta sur la plasticité du cerveau , où il défend, au contraire du tout-génétique, la thèse que l'individu est le résultat permanent d'une interaction entre son génome et son environnement http://www.regards.fr/archives/2000/200007/200007cit09.html

Michel Gresse. La conscience de soi.
Les bases biologiques de la conscience semblent les mêmes chez l'homme et l'animal. La reconnaissance des visages, par exemple, relève de l'hémisphère droit, le chant de l'hémisphère gauche. Le reste de l'article est consacré à différentes modalités du test dit du miroir, permettant d'étudier si et comment tel animal se voit lui-même dans un miroir. Les questions relatives à la conscience ont fait depuis cet article des progrès considérables, grâce notamment aux travaux de Dennett, Damasio et Edelman.
Pour en savoir plus

- Sur Michel Gresse, zoologiste, équipier sur La Boudeuse http://www.esprit-de-bougainville.org/equi_detail.php3?id_cv=13

Jean-Paul Baquiast 11/01/01


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