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Les automates
intelligents robotique, vie artificielle, réalité virtuelle information, réflexion, discussion |
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| Jean-Paul Baquiast
Jean-Paul.Baquiast@wanadoo.fr Christophe Jacquemin christophe.jacquemin@admiroutes.asso.fr |
Revue n° 5
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Art. Imaginaire
Pourquoi cette nouvelle rubrique?
Aujourd'hui, les frontières sont de moins en moins marquées entre les expérimentations ou les produits intéressant les relations reliant les automates et les hommes, qu'il s'agisse des travaux de laboratoire proprement dits, ou des créations de l'art, du jeu et plus généralement de la littérature d'imagination, notamment celle qui a toujours inspiré les scientifiques; littérature fantastique ou science-fiction, bandes dessinées imaginaires. Ces différentes activités se recoupent sur plusieurs points:
utilisation des mêmes outils cybernétiques: logiciels, matériels, réalité virtuelle, etc. Les mêmes compétences techniques et intellectuelles sont employées, souvent par des personnes passant de l'un à l'autre de ces champs.
utilisation identique des sites Internet et des listes de diffusion pour créer des communautés actives d'intérêts, pouvant devenir des communautés de clients potentiels.
mélange de genre. Le jeu en réalité virtuelle peut aussi être un instrument de formation, de démonstration et de recherche - et réciproquement. L'art mêlant le corps et l'artefact permettra de tester des formes plus utilitaires de cybiontes.
possibilités de financements croisés. Les jeux et le virtuel à débouché commercial ou publicitaire trouvent un marché relativement facile, ce qui n'est pas toujours le cas de recherches plus fondamentales, ne débouchant pas tout de suite sur des productions industrielles. Il y a donc intérêt à travailler de concert.
appel à la même forme d'imagination et d'invention. Dans tous les cas, les pratiquants cherchent à échapper aux évidences du regard établi, et des relations entre gens et choses imposées par la tradition. L'objectif est de voir le monde autrement, créer de nouveaux rapports, puis de nouveaux univers. L'imagination est alors souvent celle de l'inconscient, réprimé par la vie quotidienne. Elle peut aller chercher des sources d'inspiration ancrées dans les parties primitives du cerveau et de la sensibilité, voire héritées, ou retrouvées, du monde animal. Ceci, qu'il s'agisse de l'individu ou, plus généralement, des comportements collectifs ou de groupes.
volonté délibérée d'échapper aux catégories traditionnelles du créateur (artiste), du muséologue, du marchand (galériste, spéculateur) et, finalement, du consommateur d'art, fortuné (collectionneur) ou non. Chacun, avec les technologies modernes et les réseaux, peut et doit jouer alternativement tel ou tel de ces rôles.
volonté délibérée d'échapper à tous académismes et modes le plus souvent imposés par des intérêts marchands. Il y a évidemment aujourd'hui plus d'académismes de soi-disant avant-garde que d'académismes traditionalistes. Mais les uns comme les autres stérilisent la vraie création, c'est-à-dire le dialogue avec l'ineffable, l'inconscient, le non-encore dit.
volonté identique d'éviter cependant les fuites en avant sans issues, comme celles que peut produire la drogue utilisée de façon compulsionnelle. Cette volonté découle de la nécessité de matérialiser l'imaginaire, à un moment ou à un autre, en un artefact qui lui donne vie et communicabilité. Le retour à l'expérience, qui est conditionné par l'état des techniques du moment (un fantastique que rien ne permet de concrétiser n'a d'intérêt que pour le seul sujet qui l'imagine) est le gage de l'adéquation entre l'hypothèse et la réalité matérielle. Un art ou un jeu virtuel qui "fonctionne" joue le même rôle, pour son inventeur, qu'une expérience de laboratoire réussie pour le scientifique qui l'a conçue. Ceci fait un lien évident avec les sciences du cerveau, la réflexion sur les "memes" de Dawkins, et plus généralement les sciences cognitives.
volonté identique de tolérance. Sauf intention délibérée d'enfreindre des réglementations protectrices ,par exemple des droits de l'enfant ou des animaux, l'on acceptera les nécessaires différences proposées par tel ou tel artiste. Les concepts de "corps dissocié", ou d'"esprit dissocié", par exemple, plutôt que faire peur, pourront être acceptés, comme façon d'explorer les nouvelles alliances entre hommes, animaux, environnement et virtuel.
et finalement, interpénétration constante de l'artistique, du ludique et du techno-scientifique. Les mêmes individus et les mêmes intérêts, sociologiques et économiques, pratiqueront de plus en plus, à tour de rôle ou simultanément, grâce au temps libéré et aux réseaux, ces diverses activités. L'on peut penser que de ce fait, ils seront beaucoup plus heureux que les humains d'aujourd'hui, même s'ils sont plus occupés*.
* la vie sexuelle et affective, qui compte encore beaucoup, Dieu merci, pour la plupart des hommes, fussent-ils scientifiques, ne sera pas exclue de la démarche globalisante esquissée ici. Elle constituera au contraire un infini terrain d'expérimentation et de création continue.
Jean-Paul Baquiast 21/12/00