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Les automates
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| Jean-Paul Baquiast
Jean-Paul.Baquiast@wanadoo.fr Christophe Jacquemin christophe.jacquemin@admiroutes.asso.fr |
Revue n° 21
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Art- Imaginaire
Les androïdes Jacquet-Droz
Note par Jean-Paul Baquiast - 14/10/01
TALIA films présente également en cassette une réédition d'un film conçu par Olivier Roux et réalisé par Jean Cadran en 1978, "La Musicienne", qui détaille la construction et la reconstruction par Dominique Loiseau de l'une de ses androïdes, la joueuse de clavecin (dite aussi "La Musicienne").
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Les deux films présentés ici nous font mieux mesurer l'espèce de miracle technologique qu'ont représentés les automates mécaniques qui se généralisèrent en Europe au 18e siècle. Ils s'inscrivaient dans une longue tradition de la mécanique horlogère de précision, dont le chef-d'uvre à cette époque fut le chronomètre de marine ou garde-temps. Mais toute grande horloge municipale qui se respectait se devait de montrer des personnages animés. Il ne s'agissait donc pas d'inventions ex-nihilo. Des enjeux de pouvoir, tant au plan des Etats que des villes, encourageaient ces productions.
Par ailleurs, les philosophes et naturalistes du siècle des lumières avaient entrepris les premiers travaux détaillés d'anatomie et physiologie animale et humaine. Des modèles relativement précis du fonctionnement des membres et des viscères avaient été obtenus. L'idée s'était répandue que le corps humain pouvait être assimilé à une machine, et reproduit avec les moyens du moment. Dernier point enfin, le concept de programme enregistré avait été inventé sous différentes formes, boites à musique, orgues de barbarie. Tout était donc réuni pour produire de véritables androïdes.
Il reste que les techniques disponibles restaient très artisanales, et qu'aucun mécène n'avait décidé d'encourager les inventeurs. C'est le mérite des deux films de Philippe Sayouz que nous montrer la genèse du chef-d'uvre. Dans le cas de Pierre Jacquet-Droz, le déclencheur fut apparemment le désir un peu fou de faire revivre en image son épouse et sa fille enlevés par la maladie. On imagine le fantasme ayant pu pousser cet homme à dépasser la nature dans la représentation. Les films montrent aussi les techniques utilisées, la scie à métaux, la lime, la pince principalement, avec le résultat admirable de mécanismes d'horlogerie d'une complexité et d'une précision extrême, esthétiquement beaux par ailleurs.
Les deux films évoquent aussi l'accueil fait par les puissants de l'époque à ces réalisations. Eux-mêmes aussi certainement se projetèrent fantasmatiquement dans des créatures apparemment douées de mouvements autonomes, capables d'écrire et dessiner. Le corps prenant sans doute grâce à elles sa revanche sur l'âme.
Les films sont très esthétiques. Mais sur le plan des techniques utilisées, le spectateur restera cependant un peu sur sa faim. On aurait aimé en effet quelques commentaires complémentaires sur la conception et le fonctionnement des automates, ainsi d'ailleurs que sur les épures et maquettes ayant sans doute précédé leur réalisation. Mais peut-être ces documents n'ont-ils pas été conservés. Il reste à imaginer tout ce que devait contenir le cerveau de l'artisan pour mener à bien en si peu de temps, et avec si peu de compagnons, une oeuvre de cette ampleur. Les cathédrales et les vaisseaux de ligne étaient aussi des systèmes complexes réalisés avec très peu de calculs préliminaires. Mais là, des milliers de gens et une tradition multiséculaire assistaient les architectes. Ce ne fut sans doute pas le cas pour ce qui concernait nos vaillants horlogers automaticiens.
Courrier de Philippe Sayouz envoyé à Automates Intelligents,
donnant quelques précisions sur les conditions de fabrication des automates au 18e siècleLes films sont disponibles dans certains musées français et suisses: en France il s'agit du Musée des automates de Grenoble, du Musée de la musique mécanique des Gets. Je suis en négociation avec des distributeurs. On peut aussi les trouver par correspondance à mon numéro de téléphone ou sur mon site.
J'ai bien lu votre chronique concernant la présentation des cassettes. Il n'existe en effet aucune archive connue concernant les plans des androïdes Jaquet-Droz. Aucun des Musées suisses n'en dispose. Il faut savoir de toute manière qu'au XVIIIème siècle les créateurs d'automates perfectionnés étaient très souvent copiés. Vaucanson, lui-même, avait vu se multiplier en son temps un certain nombre de canards digérateurs. On sait (Olivier ROUX) que dès la création du premier androïde de Vaucanson (1730) et donc, bien avant les androïdes des Jaquet-Droz, que celui-ci avait détruit une partie de ses plans et surtout truffé volontairement les plans restants d'erreurs. Ceci, a été démontré par des restaurateurs d'aujourd'hui qui ont pu avoir accès à certaines rares documentations.