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No 19
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Courrier des lecteurs

Science et religions

De : anonyme
Reçu le 18/09/01

Cher collègue libre penseur, ton édito m'intéresse mais comme libre penseuse je pense qu'il pêche par excès de confiance en la science , ce que l'on appelle communément l'illusion scientiste.

Je suis sociologue de formation et j'ai ... une forte culture orientaliste, et les phénomènes religieux me passionnent comme expression de l'esprit humain; j'aurais donc tendance à te dire que Bush comme président d'une nation éminemment religieuse ne peut tenir d'autres discours que celui du bien et du mal, et que paradoxalement c'est comme cela que les terroristes jouent également dans les mots . Mon constat personnel c'est que jamais la science n'a empêché le développement de l'obscurantisme.

Deux exemples schématiques:
- un physicien indien (très connu mais dont le nom m'échappe) qui dit que les derniers résultats de la physique confirment l'approche bouddhiste;
- aux Etats Unis, certains états continuent de remettre en question au travers de programmes scolaires et de la pression d'associations religieuses les résultats des travaux de la paléontologie, et toutes les disciplines scientifiques qui ont contribué à éclairer l'apparition de la vie sur terre.

En fait les deux niveaux, le scientifique et le religieux, interviennent dans des sphères souvent étanches. La plupart des scientifiques "orientaux" dissocient d'ailleurs leur croyance et leur méthode scientifique. C'est le cas aussi pour beaucoup d'occidentaux car croire et savoir ne relève pas des mêmes processus cognitifs ; quand il arrive qu'il y ait contradiction entre les apports de la science à la religion, il y a bien souvent déni de la science au profit de la religion qui, elle, concerne les plans affectifs, symboliques, sociaux de la vie personnelle.

Voilà une brêve réflexion mais qui ne couvre pas bien sur tous les champs de ton article

Merci de ce mel. Tes objections (tutuyons puisqu'on nous tutoie) sont fondées et anciennes. Nous répondrons très vite, à partir d'un édito trop sommaire. Celui-ci s'adresse surtout à ceux qui refusent d'emblée l'approche scientifique, voire veulent brûler tous les livres sauf les textes dits sacrés. Que beaucoup de scientifiques soient également croyants, et déconnectent leurs recherches de leur foi (surtout si celles-ci ne posent pas de question métaphysique) est évident et justifié. Mais nous ne les rangions pas au rang des obscurantistes. Que des croyants s'appuient sur la science pour tenter de démontrer (sans y réussir) le caractère scientifique de leurs croyances, ou s'appuient sur leurs croyances pour démontrer la fausseté d'assertions scientifiques, est également classique, mais sort du domaine scientifique et n'est pas acceptable par un scientifique, fut-il croyant. Quant au besoin qu'ont les hommes de se dépasser et se rassurer dans des croyances diverses en un au-delà ou un Etre suprème, il est respectable, mais peut relever d'analyses scientifiques. JPB. CJ


Développement durable

From: Laurent LeGuyader <leguyadl@nnx.com>
Société : E2L
Sent: Tuesday, September 11, 2001 7:08 PM

Bonjour. J'ai lu votre article 'Est-il réaliste d'espérer unir l'humanité autour d'objectifs de développement durable', très séduisant à la première lecture.

Malheureusement, il se glisse quelques phrases inquiétantes pour moi qui suis contre la concurrence non réglementée:

'...générer de nouveaux acteurs qui, s'ils survivent à la compétition, seront par définition porteurs de réforme. Leur survie sera en effet le gage qu'ils ont apporté une solution là où se posait un problème.'

Quel éloge de la loi de la jungle! et quelle aubaine pour les mafias. Malheureusement, quand on parle d'intelligence sans aborder les forces inconscientes qui nous gouvernent, on fait preuve d'ignardise. Cela se confirme quand je lis plus loin:

'...les croyants de diverse obédiences. La première chose à faire consisterait à mieux comprendre ce qui les anime.'

Ceux qui ont besoin de la religion ou du travail ou des autres drogues, ne cherchent qu'à fuir leurs angoisses (au sens très large). Ceux qui se servent de la religion pour manipuler les autres trouvent dans le pouvoir une autre drogue encore plus plus plaisante car gratifiante.

Il n'y a pas de solution en dehors de la connaissance de soi. Il n'y a donc pas de solution à court terme pour soi ou à moyen terme pour l'humanité.

Mon avis est péremptoire mais c'est surtout pour provoquer une réponse.

Laurent

Merci de vos commentaires. Sur le premier point, le darwinisme, vous faite l'objection de ceux, nombreux, qui par darwinisme entendent, dans la vie politique, la concurrence sauvage et le triomphe du fort sur le faible. Dans l'article cité et sur ce site en général, nous proposons le darwinisme évolutionnaire en alternative au conservatisme des solutions existantes et des pouvoirs en place. Mais rien n'empèche de prévoir que la compétition s'exercera à l'intérieur de cadres évolutifs dont les limites seront définies à l'avance - pas trop étroitement quand même...C'est ainsi que fonctionnent en informatique les algorithmes génétiques.

Sur le deuxième point, les religions, il parait difficile d'oublier, même si on est athée, que la grande majorité de l'humanité, y compris aux Etats-Unis, se rattache à une obédience quelconque. Va-t-on refuser de les inclure dans un dialogue sur l'avenir de l'humanité? JPB


Le niveau des études universitaires scientifiques en France

De anonymous (je tiens à ne pas me faire trop d'ennemis parmi mes collègues)
04/09/01

Vous vous étonnez dans votre revue de ce que vous appelez quelquefois le retard français dans les sciences de l'information et dans la robotique. Vous oubliez de mettre en cause le niveau des sélections et des études. Par abaissement constant de celui-ci, on obtient des disciplines où les flux d'inscrits sont importants mais qui souffrent d'une faiblesse notoire de leur problématique scientifique : des étudiants nombreux et parfois très nombreux en second cycle, et des DEA avec des étudiants moyens ou assez faibles. Donc des thèses pas très bonnes, des recrutements pas très bons de MdC, et des laboratoires étranges, avec une abondance de gens plus portés sur les manips que sur l'heuristique.

Croyez moi et allez y voir: Les programmes sont aussi troués que des gruyères, bien adaptés à des étudiants gentils qui ont fait beaucoup de tourisme au lycée et qui continuent à en faire à l'université, à travers des parcours individualisés étranges, peu utilisables dans la vie professionnelle et moins encore dans la recherche. Comparez la façon dont, pour ne citer que cet exemple, se forment et  travaillent les étudiants en Corée du Sud (pour ne pas mentionner les grands pays).  

Qui est responsable principal, selon vous, de ce paysage désastreux (à supposer que votre diagnostic ne soit pas un peu excessif): les ministres successifs, les enseignants, les parents, les entreprises (qui ont leurs propres filières de recrutement, souvent d'ailleurs en délocalisant), les médias qui préfèrent programmer loft story qu'une vraie émission scientifique régulière, nous tous?

Nous nous trouvons en face d'un vrai problème, qui est le crédit apporté à la science par les autorités et les citoyens de notre pays. Nous préparons un dossier sur ce point. JPB


Des robots secouristes pour les séismes

De Jean-Michel YOLIN jean-michel.yolin@mines.org
03/09/01

La dernière édition du concours international de robotique Robocup a mis en compétition des robots secouristes lors d'une simulation de tremblement de terre. Les automates devaient surmonter toutes sortes d'obstacles, repérer quatre survivants en moins de 25 minutes, puis donner l'alerte. Mais il reste des progrès à faire : aucune des quatre équipes en lice n'a réussi à remplir cette mission, explique le New York Times.

Cordialement
Jean-Michel YOLIN
http://www.yolin.net


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