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Revue n° 18
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Editorial
Sommes nous à la veille d'une méta-transition vers une intelligence globale ?

Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin

Les promoteurs du projet Webmind (voir http://www.realai.net/SingularityPath.htm ) évoquent le concept de Metasystem transition, proposé semble-t-il pour la première fois par Turchin en 1973 dans son livre The phenomenon of man : a cybernetic approach to human evolution. Ce concept, lancé avant l'apparition de l'Internet, est repris et appliqué par Ben Goertzel et ses collègues dans le domaine de l'évolution de l'Internet(1).

Le phénomène, qualifié de méta-transition ou méta-mutation, résulte d'une série de mutations qui se conjuguent dans un temps très court, et qui survivent compte-tenu des avantages compétitifs qu'elles apportent aux systèmes hôtes. C'est ainsi que certains neurologues expliquent l'apparition très rapide du cortex associatif dans le cerveau humain comme une conséquence de l'accroissement, non gérable autrement, de l'afflux des données en entrées provoquées par le perfectionnement et la conjugaison des organes sensoriels, et surtout par le développement du langage comme facteur déterminant de la cohésion dans les groupes sociaux. Marceau Felden a repris cette hypothèse dans son livre, que nous analysons par ailleurs, pour expliquer l'expansion brutale de l'homo sapiens(2).

Les théoriciens de la méta-mutation s'intéressent particulièrement à ce qui serait aujourd'hui susceptible de se passer sur le réseau Internet. L'accroissement exponentiel des utilisateurs connectés et des contenus échangés pourrait donner naissance à un super-organisme virtuel, au profil inimaginable aujourd'hui. La multiplication des moteurs d'indexation et de recherche dits intelligents ou autonomes serait le phénomène déclencheur de cette mutation. Nous nous trouverions en fait devant une transition pilotée par des agents ressemblant à des systèmes auto-adaptatifs (fonctionnant en partie comme des réseaux de neurones récurrents).

On peut penser que certaines puissances politiques voudront s'approprier le phénomène, en le mettant au service de leurs intérêts de puissance. Les réseaux tels qu'Echelon permettant de capter tous les flux échangés, ou presque, complétés de systèmes évolués d'intelligence artificielle, représenteraient la partie visible d'une entreprise sur laquelle, on le comprend , les agences fédérales ne souhaitent pas communiquer. Encore faudra-t-il, pour que l'entreprise réussisse, que le phénomène de la méta-transition puisse être maîtrisé. Or l'ennui ou l'avantage de tels réseaux auto-adaptatifs est qu'ils s'adaptent comme le hasard et la sélection en décident, sans que les résultats de leur évolution puissent être anticipés. C'est là que l'idée de mieux étudier ces êtres nouveaux de l'intelligence artificielle évolutionnaire - idée que nous comptons défendre - paraît s'imposer.

Une autre idée plus ambitieuse est que, si des minorités comme celles émanant des "élites scientifiques" des pays européens étaient capables de réaliser pour leur compte de tels réseaux auto-adaptatifs et d'en ensemencer le web, celui-ci s'engagerait peut-être, brutalement, dans des méta-transitions ou méta-mutations qui ne seraient plus, cette fois-ci, conçues comme devant renforcer la domination déjà grande qu'exercent nos amis américains. Nous aurions peut-être des mutations plus ouvertes, donnant naissance à une intelligence globale au service d'un méta-organisme nouveau et original, s'étendant - on peut toujours rêver - à l'humanité entière.

(1) Voir ausi le Singularity Institute : http://www.singinst.org/intro.html Remonter d'où l'on vient
(2) Marceau Felden. Et si l'homme était seul dans l'univers ? Grasset 1994.
Voir notamment p. 171 et suivantes. Marceau Felden proposait d'appeler cette méta-mutation du terme, inspiré du grec, ecpédèse, de " ec ", hors de et " pedô ", sauter. Le mot n'a pas eu de succès.
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