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No 14
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Manifestations:

ACI Cognitique ­ Atelier Abstraction : cinquième Journée Thématique
14 juin 2001

La Signification linguistique est-elle abstraite ?

Ministère de la Recherche, 1 rue Descartes, Paris 75005
Amphithéâtre Stourdzé
L'accès à la journée est libre (se munir d'une carte d'identité)
 

Introduction

Les processus et les mécanismes de l'abstraction ont été jusqu'ici étudiés essentiellement à travers la catégorisation verbale et l'acquisition des concepts linguistiques. Les raisons pour cela sont en partie expérimentales, mais traduisent aussi l'idée selon laquelle la capacité cognitive pour l'abstraction est fonction du langage puisque ce dernier permet des formes d'abstraction, de généralité et de réflexion qui ne sont pas disponibles aux êtres non linguistiques. Les rapports sur le plan théorique entre la pensée et le langage ont étés l'objet de la journée thématique précédente ("Qu'est-ce que le langage apporte à la pensée ?").
La présente journée thématique sera consacrée à la cognition abstraite et à la catégorisation dans le règne animal. Les intervenants vont offrir plusieurs exemples d'abstraction dans les domaines de la cognition pratique et de la cognition sociale : catégorisation rapide, apprentissage de règles associatives arbitraires, mise en évidence de neurones actifs pendant l'exécution d'actes dirigés vers un but, prédiction du comportement des congénères. Sera ainsi abordé le problème de la fondation neurobiologique de l'abstraction non-linguistique chez les primates non-humains.

Programme de la journée

9h30 ­ 9h45 : Accueil et présentation de l'atelier. Modérateur : François Recanati

9h45 ­ 10h30 :  Philippe Schlenker (Linguistique, USC, Los Angeles)
Abstraction et uniformité sémantique

Résumé :
On suppose généralement que chaque domaine référentiel (individus, temps, "mondes possibles") a sa propre grammaire. On postule ainsi que la personne, le temps et le mode constituent trois systèmes linguistiques entièrement distincts. Une telle analyse apparaît cependant trop faible. En effet, Partee 1973 a montré que la notion d'anaphore s'applique au temps tout aussi bien qu'aux individus, et cette observation a été étendue au mode par Stone 1997. Le temps et le mode peuvent ainsi être analysés comme des pronoms de moments et de mondes. Dès lors, l'anaphore apparaît comme un système sémantique abstrait qui s'applique à l'identique aux individus, aux moments et aux mondes. Un résultat similaire a été obtenu pour la grammaire de la quantification par Cresswell 1990. Contrairement aux intuitions de la logique modale traditionnelle, Cresswell a montré que le même pouvoir expressif était nécessaire pour analyser la quantification sur les individus, les moments et les mondes. La quantification semble donc être elle aussi un système invariant d'un domaine référentiel à l'autre. On s'emploiera à radicaliser ces observations en suggérant que, d'une façon tout à fait générale, un unique système sémantique abstrait est utilisé dans la langue pour parler des individus, des moments et des mondes possibles. On exposera l'intérêt et les limites de cette "Hypothèse  d'Uniformité Sémantique", d'après laquelle les traits de personne, de temps et de mode ne sont que des instanciations particulières d'un unique système de traits référentiels abstraits.

11h30 ­ 12h15 : Bernard Victorri (Lattice-CNRS / ENS, Paris)
Quelques arguments en faveur d'une signification abstraite des unités lexicales et grammaticales

Résumé :
La pluralité des sens que peuvent prendre la plupart des unités linguistiques pose un problème de fond à toute théorie sémantique qui cherche à associer une signification unique à une unité donnée (on écarte donc d'emblée les théories, difficilement soutenables, qui traitent cette pluralité de sens comme relevant systématiquement de l¹homonymie, c'est-à-dire qui considèrent qu¹il y a autant d¹unités distinctes que de sens attestés). Deux grandes classes de solutions ont été proposées :
- soit l'on associe à chaque unité une signification concrète, qui serait son "sens premier", les autres sens étant obtenus par des procédures régulières (métaphores, métonymies, etc.)
- soit on lui associe une signification abstraite, qui n'est pas l'un de ses sens à proprement parler, mais plutôt un "potentiel de sens", à partir duquel se construit dynamiquement le sens particulier qu¹elle peut prendre dans un énoncé donné.
On essaiera de montrer ici, en prenant des exemples à la fois d¹unités lexicales (des verbes comme "ouvrir" ou "passer") et d¹unités grammaticales (des prépositions dites "spatiales" comme "dans", "sur" ou "sous"), que la première approche ne peut pas rendre compte de manière satisfaisante de la multiplicité des sens "concrets" que peuvent prendre ces unités. En revanche, on montrera que la deuxième approche peut s¹inscrire dans une théorie "constructiviste" du langage qui justifie la nature abstraite des significations des unités linguistiques.

12h50 ­ 14h30 : Pause déjeuner

14h30 ­ 15h15 : Alda Mari (CNRS, Paris) Abstraction cognitive et explication sémantique     
Le cas de avec

Résumé
Par l'étude du cas de avec et de son sens le plus abstrait d¹accompagnement, nous proposons une réflexion sur la relation entre "abstraction" et "explication", en nous interrogeant sur la légitimité d¹un tel rapprochement : est-ce que les abstractions sont nécessairement des instructions permettant de prévoir tous et seulement les emplois de l¹unité qu'on analyse?
La notion d¹interaction est communément reconnue comme définitoire de avec, et la théorie des canaux, empruntée à Barwise et Seligman, en capte précisément les spécificités. Ce modèle permet de manipuler des objets intentionnels, et les notions de type et de contrainte, caractérisant celle plus générale de canal, permettent de résoudre le paradoxe de la co-localisation, obstacle majeur à la compréhension du sens de cette préposition.
L'existence de ce modèle abstrait décrivant l¹espace notionnel associé à avec, ne suffit toutefois pas en elle-même à en expliquer les emplois. Nous concluons que les abstractions sous-jacentes à la variabilité sémantique des mots grammaticaux ne fonctionnent pas nécessairement en tant que règles, et que la confusion entre "abstraction" et "explication" est souvent à l'origine de l¹inconvénient présenté par la plupart des théories de la sous-spécification: celle de surgénérer un nombre indéfini de sens et de perdre ainsi de leur pouvoir explicatif.

15h50 ­ 16h15 : Pause

16h15 ­ 17h00 : 16.15 ­ 17.00 Daniel Kayser (LIPN, Univ. de Paris XIII)
Abstraction et univers d'interprétation

Résumé :
La sémantique linguistique considère généralement que l'on interprète les phrases sur un univers formé d'objets. Les inconvénients de cette vision extensionnelle sont connus, et on les évite par des remèdes plus ou moins efficaces. Étudier les glissements de sens remet en question l'idée d'une énumération  possible des sens d'un mot ; étudier les pluriels montre les subtilités du passage d'une collection à ce qui la compose ; ces deux cas illustrent quelques inadéquations moins connues de l'approche traditionnelle.
Plutôt que de chercher de nouveaux remèdes, on se demandera si l'abstraction du monde sur laquelle repose le langage n'est pas d'une nature différente : les phrases n'ont pas en premier lieu à être interprétées en référence à un univers prédéterminé, mais servent avant tout à déclencher des inférences. Il faut alors préciser la nature de ces inférences : n'y voir qu'un "jeu" symbolique n'explique rien. Elles sont gagées, comme en logique, sur des univers d'interprétation mais d'une part, les univers sont partiellement construits par le discours lui-même ; d'autre part, plusieurs univers peuvent coexister, et une même occurrence peut correspondre à plusieurs référents (phénomène de co-présence).
Une modélisation de ces phénomènes consiste à voir le mot comme un symbole dépourvu de référent, argument d'un jeu prédéterminé d'opérations itérables, dont le résultat est, lui, interprétable. Une occurrence a pour référents potentiels le résultat de combinaisons de ces opérations. Comprendre un texte consiste à utiliser les potentialités issues de l'interprétation lexicale pour rechercher un modèle cohérent, et cohérent avec les connaissances encyclopédiques.
L'inférence essentielle en sémantique n'est pas le calcul dans des modèles (ce pour quoi la logique est parfaite, et les humains, fort mauvais) mais la détermination sous différentes contraintes d'un ou plusieurs modèles (ce dont la logique s'est peu souciée, et ce à quoi les humains excellent).

Pour plus de renseignements contacter :
François Recanati : recanati@poly.polytechnique.fr
Jennifer Wong  : Atelier "Abstraction" - Programme Cognitique c/o Institut Jean Nicod CNRS FRE 2335
1 bis, avenue de Lowendal
75007 Paris, France  
Tél +33 (0)1 53 59 32 80


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