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n°12
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Virtuel et démocratie :
La Chronique de Jean-Paul Baquiast


Hérédité génétique et action culturelle

Il est classique d'opposer le volontarisme de l'action politique (forme engagée de la culture) et le poids de l'hérédité génétique. C'est un aspect du vieux débat philosophique et anthropologique entre nature et culture, appliqué aux  sociétés humaines.
Selon la sociobiologie, les gènes nous programmeraient de façon très étroite.
Les constructions culturelles se superposeraient aux déterminants génétiques, pourraient les moduler, mais ne pourraient pas se substituer à eux. Les défenseurs du libre-arbitre politique refusent au contraire d'admettre ces limitations a priori. Les affirmer serait pour eux un alibi au conservatisme.
La question doit être posée dans la perspective du développement des réseaux et échanges culturels numériques. Ceux-ci changent-ils quelque chose au rapport de force entre gènes et culture ?


hooligans en actionPrenons l'exemple d'une question sérieuse posée aux sociétés occidentales, le développement du hooliganisme à l'occasion des confrontations entre équipes de football. Les reportages de plus en plus nombreux consacrés à ce phénomène, qui se manifeste aussi bien dans les stades que dans la vie quotidienne de certaines cités, amènent à se demander quel est le ressort d'une telle violence gratuite? Est-elle provoquée par des motifs de type "culturel" auxquels des politiques sociales appropriées pourraient apporter des remèdes: chômage, désœuvrement, médiatisation excessive? Tient-elle au contraire à des comportements de type épigénétique (acquis au terme d'une longue évolution génétique, antérieure souvent à l'apparition d'homo-sapiens) favorisant l'exaltation du groupe par la violence, l'esprit tribal associé à un territoire, la prédominance du rôle des hommes sur les femmes... Dans cette dernière hypothèse, il serait vain de faire appel à la politique. Les vieux démons resurgiraient toujours.

Le bon sens suggère que les deux hypothèses ne s'excluent pas. Même s'il était illusoire de rechercher un gène de la violence, pour le neutraliser éventuellement, il y a tout lieu de supposer que nous avons hérité de nos ancêtres d'innombrables comportements s'appliquant en permanence dans la vie de l'homme moderne. Les études faites sur ce point, aussi bien chez l'homme que l'animal, mettent de plus en plus en évidence l'importance de l'organisation neurologique et anatomique acquise dans la détermination des réflexes individuels et sociaux de l'homme. On ne peut pas sérieusement faire correspondre tel gène à telle action, mais dans l'ensemble, le lien est indiscutable

A l'opposé, il est évident aussi que le développement des réseaux, véhiculant des contenus de langages et des concepts créés plus récemment, dans le cadre d'une évolution prodigieusement accélérée ces dernières années, rend l'action des entités culturelles de plus en plus efficace. On pourrait penser qu'en conséquence, le champ de la politique volontariste (ou se prétendant telle) s'accroît également. Celle-ci ne devrait donc pas baisser les bras.

Il se trouve cependant que la culture elle-même est très vraisemblablement le produit de beaucoup de comportements plus ou moins programmés génétiquement. Les premiers langages étaient liés aux besoins primitifs de survie, communs aux animaux et aux hommes. Aujourd'hui encore, le fait que les échanges prennent souvent la forme de "mèmes" qui se développent et prolifèrent sur les réseaux à grande vitesse, montre que des flux dynamiques échappant à tout contrôle volontaire règlent en grande partie les actions collectives. Le hooliganisme, disent les censeurs des médias, est entretenu par ces derniers plus encore que par le chômage ou l'absence de répression policière sérieuse.

Au fur et à mesure que des systèmes d'intelligence artificielle viendront se superposer aux réseaux actuels, la question de l'autonomie du politique se posera davantage. Qui commandera à qui ? La question est de plus en plus évoquée, dès maintenant, par les contempteurs de la liberté sur Internet. Allons-nous assister à des résurgences du primitif sous des formes encore plus effrayantes que le hooliganisme, la violence armée et autres guerres civiles larvées ?

Les tenants de l'anthropologie évolutionnaire darwinienne diront sans doute qu'il est impossible de répondre à cette question a priori. C'est après coup que l'on pourra juger qui ou quoi s'est imposé comme le mieux adapté à l'état réceptif des sociétés de futur. Mais ceci ne veut pas dire que, dès que des systèmes politiques ou sociaux ont acquis une certaine cohérence, ils ne puissent se comporter comme des agents intelligents pour faire évoluer le milieu dans le sens de ce qu'ils estiment être leur intérêt. Il n'est pas exclu à cet égard que les systèmes dits démocratiques puissent avoir à terme plus de capacités d'adaptation et de défense que des systèmes plus stéréotypes, reposant sur des programmations épigénétiques rigides.

C'est alors toute la question de la démocratie en réseau, et des systèmes d'intelligence artificielle démocratiques, qui se trouve posée.


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