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| Jean-Paul Baquiast
Jean-Paul.Baquiast@wanadoo.fr Christophe Jacquemin christophe.jacquemin@admiroutes.asso.fr |
Revue n° 10
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Editorial
Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin
L'enseignement supérieur français en accès gratuit sur Internet
« Le prestigieux MIT va mettre tous ses cours en accès gratuit sur Internet. » Cest ce que nous apprend une dépêche de lAFP dont on trouvera le texte ci-dessous. Cette information devrait nous faire particulièrement réfléchir, et provoquer de la part de lUniversité française, au moins dans les domaines stratégiques, une réaction salutaire.
Si le MIT met ses cours gratuitement sur Internet, cest certainement poussé par un louable souci de contribuer à lavancement des sciences et des techniques, notamment dans les pays ou au sein des couches sociales dits défavorisés. Mais cest aussi parce que le-learning est devenu un enjeu de compétitivité international formidable, et que les Etats-Unis entendent bien y conforter le quasi-monopole dont ils disposent déjà dans ce domaine, comme dans celui de beaucoup de recherches scientifiques associées à lenseignement universitaire. Les cours ainsi mis gratuitement à la disposition du public constitueront un produit dappel très efficace pour renforcer laura de la recherche, de la science et de la technologie américaines.
Nous navons pas de raisons de nous en offusquer, mais nous ne pouvons que souhaiter des décisions de même nature de la part des universités, grandes écoles et établissements denseignement supérieur et de recherche français. Malheureusement, un état desprit très conservateur règne encore sur ce plan en France. Officiellement, on nous dit que ce serait rendre un mauvais service aux professeurs et chercheurs que rompre lespèce de lien personnel qui les attache aux étudiants, en ne les obligeant plus à fréquenter physiquement les lieux universitaires, et en divulguant à tous publics les contenus des enseignements. En fait, on pourrait soupçonner un certain conservatisme qui ne savoue pas: peur davoir à renouveler la forme sinon le contenu des cours, pour les adapter à lInternet - refus dun changement possible des habitudes.
Or ce sont des secteurs entiers de la recherche qui, d'ores et déjà, souffrent de réflexes quil faut bien qualifier délitistes. Nous le voyons clairement dans les domaines auxquels sest intéressée notre revue depuis sa création : la robotique, la vie artificielle, la cognitique et les diverses disciplines concernées par la dynamique extraordinaire dun secteur en pleine expansion. Limpossibilité daccéder en ligne aux cours des enseignants-chercheurs français (comme dailleurs en général à leurs articles) empêche dinnombrables personnes qui pourraient sy intéresser de le faire : lycéens et étudiants français et étrangers, chercheurs dautres disciplines, travailleurs du secteur industriel et technologique, journalistes, public généraliste enfin. Il en résulte une ignorance de ce qui se fait en France, au profit des réalisations des pays concurrents, une dévalorisation du français comme langue denseignement et de recherche, un manque de vocations pour les professions concernées et finalement - ce qui est infiniment plus grave - un manque dintérêt collectif au regard de domaines essentiels à la maîtrise de lavenir. Les scientifiques sont les premiers à en souffrir. Faute dintéresser suffisamment le grand public et les hommes politiques à leurs travaux, ils nobtiennent pas toujours les moyens humains et matériels qui leur permettraient de résister à la concurrence de laboratoires étrangers mieux dotés.
Il est certain que publier sur Internet les cours dinformatique, délectronique, de robotique, de mathématiques... de nos universités et établissements denseignements supérieur ne changerait pas radicalement les rapports de force. Mais cela pourrait y contribuer, dautant plus que les initiatives américaines comme celles du MIT feront vieillir dun coup les habitudes universitaires anciennes.
Nous serions heureux de connaître vos réactions. Pourrait-on, par exemple, adresser une pétition aux présidents duniversité et directeurs de grandes écoles leur demandant denvisager avec les enseignants concernés la mise en ligne gratuite dun certain nombre de cours dintérêt général dans les disciplines qui nous intéressent. Qui serait prêt à soutenir une telle démarche ? Quels moyens, quelles mesures daccompagnement devrait-on envisager pour assurer le succès d'une telle initiative?
Bref ce serait un véritable changement dans nos habitudes universitaires que nous pourrions peut-être encourager avec votre soutien.
Le prestigieux MIT va mettre tous ses cours en accès gratuit sur Internet
Boston ( 5 avril 2001 ) (AFP) Le Massachusetts Institute of Technology (MIT), l'une des plus prestigieuses universités au monde, a annoncé mercredi sa décision de rendre, à échéance de dix ans, l'ensemble de son enseignement disponible gratuitement sur Internet.
Dans un communiqué, le MIT, basé à Cambridge dans la banlieue de Boston (nord-est), qualifie cette décision de «pas en avant sans précédent vers une éducation mondiale».
«Le site web de ce projet, intitulé MIT OpenCourseWare, comprendra des cours, des notes de lecture, des bibliographies et des examens. Au cours de la décennie à venir, le projet fournira les matériaux de plus de 2000 cours représentant l'ensemble de l'enseignement du MIT: architecture, engineering, sciences humaines, art, sciences sociales, gestion et sciences», ajoute le communiqué.
Il ne sera toutefois pas possible, contrairement aux universités en ligne payantes qui se multiplient aux Etats-Unis, de passer des diplômes en ligne.
Le président du MIT, Charles Vest, a estimé que «MIT OpenCourseWare est une initiative audacieuse qui changera la façon d'utiliser le web dans l'éducation supérieure. Toute cette matière disponible représentera une ressource extraordinaire, gratuite, que chacun pourra adapter à ses besoins. Nous estimons qu'il s'agira là d'une source de savoir qui sera bénéfique à l'éducation dans le monde entier».
Le projet, d'un coût total d'environ 100 millions de dollars, va commencer par une phase initiale de deux ans destinée à mettre en place les logiciels et les capacités informatiques gigantesques nécessaires. A la fin de cette période, environ 500 cours devraient être disponibles en ligne.
Cette idée, qui a demandé une longue gestation, est née des travaux d'un groupe de réflexion sur le futur des méthodes éducatives lancé au sein du MIT.
Pour en savoir plus sur l'OpenCourseWare du MIT:
Accès au projet http://web.mit.edu/newsoffice/nr/2001/ocw.html
Contact : prichards@lcs.mit.edu
Présentation, démonstration http://www-swiss.ai.mit.edu/users/hal/misc/ocw/
Accès aux cours http://www.mit.edu/afs/athena.mit.edu/org/o/ocw/top.html