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Revue n° 4
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Publiscopie

Richard Dawkins et le monde des mèmes

Sur Richard Dawkins:

Le monde de Dawkins Site non officiel http://www.world-of-dawkins.com/ par John Catalano Bibliographie: http://www.world-of-dawkins.com/bio.htm
Sur la memetic: liens. http://www.world-of-dawkins.com/rl_memes.htm
Edge: Bibliographie et commentaires http://www.edge.org/3rd_culture/bios/dawkins.html
Guide interactif sur les réplicateurs . Replicators, evolutionnary powerhouses http://library.thinkquest.org/C004367/home.shtml Replicators are the fundamental units of any process of natural selection. They were first defined by evolutionary biologist Richard Dawkins as any entities of which copies are made. The concept of replicators has diverse applications in a variety of areas, including biology, sociology, linguistics, and philosophy. Replicators: Evolutionary Powerhouses is a website specifically designed to explore Dawkins' concept of replicators in an interesting and interactive format, providing readable discussions and interactive demonstrations that entertain as well as inform.
Viruses of the mind. Les virus de l'esprit, par Richard Dawkins http://www.santafe.edu/~shalizi/Dawkins/viruses-of-the-mind.html
Skeptic 1995:  Interview de Richard Dawkins . Dawkins, le disciple dangereux de Darwin (allusion à Dennett, Darwin's dangerous idea) Darwin's dangerous disciple. An Interview With Richard Dawkins By Frank Miele http://www.skeptic.com/03.4.miele-dawkins-iv.html  
Richard Dawkins et les mèmes http://www.ai.univ-paris8.fr/~renaud/publications/hthese/node17.html 1995

Richard Dawkins : Les mystères de l'arc-en-ciel  Bayard 2000  Unweaving the rainbow John Maddox 1998 Nous ferons ultérieurement un court commentaire de cet ouvrage plein d'humour

Autres:
Ouvrages de Howard Bloom  The Lucifer principle http://www.bookworld.com/lucifer/  et  Global Brain http://www.howardbloom.net/  qu'il peut-être bon de rapprocher de ceux de Dawkins, notre préférence allant à ce dernier.


Avertissement:

Cette présentation rapide de l'oeuvre de Richard Dawkins ne tient pas compte de deux catégories de critiques:
- celles des généticiens tels J.J. Kupiec et P. Sonogo, qui situent la sélection darwinienne davantage au niveau des molécules et des cellules qu'au niveau des gènes. Voir notre présentation du livre Ni Dieu ni gène
- celles de tous ceux qui trouvent un peu léger scientifiquement le concept de meme, et cherchent à le réintroduire dans une approche plus globale, soit vers le "bas", précisément les molécules et cellules notamment de l'appareil nerveux, soit vers le "haut", c'est-à-dire la sélection darwinienne s'exerçant au plan des cerveaux humains et surtout des sociétés mettant en réseau  les humains et les autres entités animales ou artificielles. Nous  proposons à nos lecteurs de développer ultérieurement ces points en détail dans la suite de cette revue
JPB 17/12/00.


Dawkins, les gènes et les mèmes

Beaucoup d'entre-nous, considérons Richard Dawkins comme l'un des esprits les plus brillants de notre temps. Il conjugue avec élégance toutes les qualités d'un de ses illustres prédécesseurs, Charles Darwin: capacités infatigables d'observation, imagination scientifique jamais en défaut, ardeur à communiquer aussi bien au profit de ses pairs que du grand public. Comme Darwin, Dawkins est également inventeur d' "idées dangereuses" (L'idée dangereuse de Darwin) qui transforment les paradigmes d'une époque. Dawkins enfin se montre capable d'un sens de l'humour typically british qui le rend absolument délicieux à lire, notamment pour nous autres Français. Inutile de dire qu'il dispose de nombreux fans, lesquels ont abondamment écrit sur lui, comme le montrent les quelques liens présentés ci-dessus. Dawkins a beaucoup influencé l'école des évolutionnistes américains, tel Daniel Dennett, avec qui il milite contre les régressions qui empoisonnent l'atmosphère intellectuelle outre-atlantique, comme le Créationnisme.

Dawkins est effectivement considéré comme un Darwinien pur et dur. Mais il a fait plus que défendre et illustrer les travaux des Darwiniens et néoDarwiniens. Il a présenté ses propres théories ou versions de l'évolution. Le livre qui l'a fait connaître du grand public, Le gène égoïste (1978, 2e édition 1989), a présenté l'idée que la compétition darwinienne ne s'exerce pas aux niveau des espèces ou des phénotypes (individus) qui les représentent, mais au niveau des réplicateurs primaires que sont les molécules d'ARN et d'ADN constitutives des gènes. Le public a retenu une version un peu simplifiée de cette hypothèse, selon laquelle les gênes se battent entre eux à travers les véhicules que sont pour eux les organismes ou phénotypes, n'hésitant pas à sacrifier tel organisme à leur propre survie si la sélection l'exige. Il va de soi que cette compétition entre gênes, et l'évolutionnisme qui en résulte, n'est pas dirigée par une quelconque finalité, et moins encore par un égoïsme particulier des gênes qui les rendrait insensibles à l'intérêt des organismes qu'ils contribuent à construire et qui leur servent de machine à se propager. Elle résulte du hasard et de la nécessité, selon le cycle darwinien bien connu: réplication, mutation, sélection, amplification. Dans son dernier ouvrage, Les mystères de l'arc-en-ciel, Dawkins a d'ailleurs précisé que les gènes, mis à part les bactéries et les virus, travaillent en équipe à leur propre survie, au sein de l'environnement complexe du génome. S'ils sont égoïstes, ils le sont collectivement.

Dawkins et les mèmes

Dans un ouvrage ultérieur, The Extended Phenotype 1982 (Le phénotype étendu), Dawkins étend son approche de l'organisme ou phénotype à de nombreuses autres structures qui résultent de l'action des gènes et contribuent à leur reproduction. Il évoque la famille (couple et descendants), le groupe social plus large, et toutes les superstructures créées par les sociétés, sociétés animales et surtout sociétés humaines.

C'est là qu'il introduit un concept qu'il a voulu nommer d'après un terme français, mais qui sonne très mal chez nous, le mème (en anglais, meme se prononce mime, comme dans dream. En français, on peut le prononcer maime, et l'écrire sans accent circonflexe. C'est ce que nous ferons ici, mais dans ce grave débat, d'autres autorités auront peut-être des vues différentes).

Pourquoi inventer le terme de mème, qui correspond en gros à ce que l'on pourrait appeler une unité élémentaire de culture ou de signification, par exemple un concept ou une idée? Parce que Dawkins a voulu montrer que nos sociétés évoluent sous la pression de la sélection darwinienne de ces mèmes, lesquels utilisent nos corps et nos esprits comme biotopes au sein desquels se reproduire et se diversifier. Quand nous pensons, quand nous parlons, nous ne le faisons pas du fait d'un improbable libre-arbitre, mais parce que certains mèmes nous ont envahis, ont pris le dessus sur ceux qui existaient dans notre tête auparavant, et se répandent par notre intermédiaire pour contaminer d'autres personnes ou d'autres groupes. Les mèmes sont au niveau sociétal des homologues - d'ailleurs lointains parce que très différents - des gènes au niveau biologique. La sélection darwinienne s'exerce à plein sur eux.

Les esprits forts diront en effet qu'ils ont depuis longtemps constaté que les hommes (eux-mêmes exceptés en général) et les groupes sociaux sont les propagateurs aveugles d'idées ou d'idéologies auxquelles ils ne comprennent rien, et qui les conditionnent de bout en bout. Le paradigme du mème présente l'avantage de donner quelques outils scientifiques à cette observation de bon sens, outils inspirés de la génétique.

On dira par exemple que le succès ou l'insuccès de la diffusion d'une idée ne tiennent pas à ce que celle-ci est une "bonne" ou une "mauvaise" idée, mais au fait qu'elle contient des composants, c'est-à-dire des mèmes, qui ont un non un pouvoir compétitif-attractif : faire peur, donner envie de quelque chose, éveiller l'instinct sexuel, etc. Les publicitaires et les politiques savent cela depuis longtemps d'ailleurs.

Comme les gênes, les mèmes proviennent d'un très lointain passé. Si beaucoup de gènes se révèlent aujourd'hui inadaptés ou inutiles à la survie des organismes dans le monde moderne, la plupart des mèmes présentent des inconvénients identiques. Ils convenaient bien à la survie des groupes de chasseurs-cueilleurs ou d'agriculteurs néolithiques (domination d'un chef, attachement au territoire, volonté de fonder des familles nombreuses), mais se révèlent nuisibles face aux besoins de la société de l'information ou du développement durable. D'une façon générale, les mèmes qui véhiculent des appels au "sens commun", à la "morale", à la "vérité" en se référant implicitement à ce que ces termes sous-tendaient dans les sociétés primitives, créent des inadaptations qui menacent de faire disparaître les groupes ou sociétés qui s'y réfèrent aveuglément.

De tels mêmes, d'ailleurs, soumis à la pression de sélection, mutent en laissant place à de nouveaux variants dont certains se révèlent mieux adaptés pour augmenter la "fitness" des organismes ou groupes qui en deviennent les porteurs.

Le monde des mèmes influence celui des gènes et réciproquement. Les gènes, responsables des organisations cérébrales le sont indirectement des mèmes produits par ces organisations, aux capacités computationnel les et imaginatives très différentes. Dans l'autre sens, les mèmes produisent des milieux plus ou moins favorables à la dispersion ou à la mutation des gènes. Une communauté monacale, par exemple, est particulièrement réfractaire à la dispersion des gènes de ses membres. On pourra lire sur ce point Suzan Blackmore, The meme machine.

Ceci dit, il n'est pas possible de pousser trop loin l'analogie entre gènes et mèmes. Gènes et mèmes se ressemblent dans la mesure où ils sont des réplicateurs affrontant la sélection naturelle pour accéder à des ressources naturelles finies, ou à des véhicules (les cerveaux humains en ce qui concerne les mèmes) en nombre limité. Mais le moteur de la réplication des gènes est la division cellulaire. Celui de la réplication des mèmes est beaucoup plus diffus. Il se trouve essentiellement dans la prédisposition au mimétisme, très répandu chez les animaux comme chez les hommes: mimétismes dans les comportements, mimétismes dans les langages...

Par ailleurs leur typologie est radicalement différente. Même si les gènes sont nombreux, au sein de milliards d'espèces vivantes, leur nombre et surtout leurs caractéristiques ne sont en rien comparables au nombre quasiment infini potentiellement et aux formes adoptées par les mèmes - qu'il s'agisse de concepts, de langages, de théories, de croyances, etc. De même, il est facile de modéliser l'évolution des gènes, ou d'intervenir sur elle. C'est l'objet de la génétique et, plus récemment, du génie génétique. Il faudrait toutes les ressources de toutes les sciences humaines, de tous les arts, de toutes les techniques de la communication, de la gestion et de l'exercice du pouvoir pour modéliser les combinaisons, recombinaisons, fusions, conflits, disparitions des mêmes.

La conséquence de cette différence est d'ailleurs que si la génétique est devenue une science, nul n'a encore essayé de créer une mémétique. Certains s'y essaient (pensons à la médiologie ou autres quasi-escroqueries intellectuelles analogues) mais l'objectif est loin d'être seulement susceptible de représentation claire.

Les mèmes et les automates intelligents

Nous pouvons cependant faire allusion aux travaux des technologies de l'automate, en symbiose avec un certain nombre de sciences de la vie et sciences humaines, travaux qui précisément nous intéressent ici. Le même est une réalité matérielle, dont il est possible d'identifier la trace dans la nature. C'est une combinaison de la représentation (telle que définie par Delacour en termes de neurosciences) et du symbole. La représentation sera de plus en plus identifiable dans le cerveau par l'imagerie cérébrale. Le symbole l'est déjà depuis longtemps, puisqu'il est à la base des langages de communication. Ces deux formes différentes sont et seront de plus en plus traitées par les outils de l'intelligence artificielle, en attendant que des robots auto-adapatatifs génèrent leurs propres représentations voire leurs propres langages symboliques. Ce sera dans cette direction qu'il sera progressivement possible, pensons-nous, de mettre un début de taxinomie ou typologie dans le monde des mèmes et dans celui, plus complexe évidemment, de leurs interactions avec les sociétés humaines, robotiques voire animales.

Le monde des mèmes rejoint donc ainsi celui des automates intelligents. De leurs mutations et interactions apparaîtront peut-être des sociétés plus intelligentes et plus conscientes.

Jean-Paul Baquiast 08/12/


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