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robotique, vie artificielle, réalité virtuelle


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Jean-Paul Baquiast Jean-Paul.Baquiast@wanadoo.fr
Christophe Jacquemin christophe.jacquemin@admiroutes.asso.fr

Revue n°3
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Editorial

Fabriquer un robot dans son garage?
Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin

On se souvient du temps où les premiers concepteurs de micro-ordinateurs, en Californie, prétendaient avoir réalisé leurs prototypes dans leur garage. A juste titre, ceci avait été considéré comme une grande victoire des petits sur les gros "main-framers". L'ère de la micro-informatique, puis de l'Internet décentralisé, en a découlé. Décentralisation, mais aussi, d'une certaine façon, démocratisation, dans la mesure où, avec Internet notamment, la possibilité de lancer localement des starts-up, ou simplement d'affirmer son droit à la parole, s'est largement répandue.

Lorsque l'on interroge aujourd'hui les chercheurs en robotique, vie artificielle, réalité virtuelle, l'on constate l'amorce d'un phénomène de même nature. La réalisation de prototype, voire la création d'entreprise, paraissent dorénavant à la portée, non pas d'un monsieur Tout le monde travaillant dans son garage, mais néanmoins d'innovateurs travaillant hors de la sphère d'influence des grosses entreprises et des laboratoires mondialement connus. Beaucoup d'outils technologiques sont dorénavant disponibles plus ou moins gratuitement sur Internet, les références et comptes-rendus circulent librement sur le réseau, les coûts de développement sont relativement réduits. Pourquoi dans ces conditions ne pas faire soi-même quelque chose dans des domaines aussi excitants pour l'esprit, aussi formateurs et, pourquoi pas, susceptibles de retombées économiques?

Les premières initiatives décentralisées viennent par exemple des établissements d'enseignements. Point n'est besoin d'être une université renommée pour se lancer. Il suffit de disposer de quelques formateurs ou jeunes techniciens intéressés pour engager un projet. D'autres initiatives visent à la création de produits destinés au marché (les jeux, les films, les simulations industrielles de toutes sortes) . Elles proviennent d'ingénieurs fraîchement émoulus de leurs études, ou issus de grandes entreprises ou établissements publics de recherche. Le soutien de ceux-ci (le phénomène des spins-up), la possibilité de s'insérer dans des technopoles comme celles de Poitiers ou d'Angers, constituent des atouts certains. Mais parfois certains décident de s'en passer. Enfin, semble-t-il, l'on trouve des individus, qui ont travaillé véritablement seuls, tout au moins au début, quasiment dans leur garage, et qui tentent ensuite l'aventure de la confrontation .

Certains domaines paraissent plus faciles que les autres. Il est certain que la réalité virtuelle pose moins de problèmes que la vie artificielle ou la robotique. Dans ces derniers cas, il faut rassembler des techniques et des outils matériels très divers, supposant une équipe pluridisciplinaire et des budgets relativement importants. Cependant, même là, des initiatives isolées, si elles sont inspirées par une approche aussi novatrice, voire révolutionnaire que possible, du problème abordé, semblent avoir leur chance. Par ailleurs, si l'on cherche bien, les possibilités de financement, sans être abondantes, existent, tant au plan local que national ou européen. Il faut chercher.

Dernier point enfin, ce domaine n'est plus réservé aux seuls américains et japonais. Certes, les grands noms du secteur viennent encore des prestigieuses universités américaines, ou de grandes entreprises multinationales connues de tous. Mais l'examen du paysage, notamment à l'occasion des colloques internationaux organisés en Europe, montre que les initiatives européennes, françaises en ce qui nous concernent, sont dorénavant nombreuses et de qualité.

Reste évidemment encore à tous ces chercheurs ou développeurs à mieux se connaître et se constituer en communauté d'intérêts, notamment par Internet. La compétition darwinienne qui doit régner entre eux, et qui en éliminera certains, n'est pas exclusive de faisceaux ré-entrants d'informations.


La robotique au secours de la recherche juridique
Jean-Paul Baquiast

Je participais récemment, dans une grande ville de France, à une journée d'étude consacrée à l'évolution du Droit dans la Société de l'information. Loin de moi de vouloir critiquer les organisateurs ni les intervenants. Tout était très bien organisé, fort sympathique. Chacun est certainement retourné chez lui fort satisfait de ce qui s'est dit.

Cependant, lorsqu'on y réfléchit, quelques interrogations viennent à l'esprit. Nous avions en face de nous des étudiants de 3e cycle, des doctorants, quelques professeurs agrégés, bref beaucoup de gens prêts à s'investir dans une véritable recherche, plutôt qu'entendre une nouvelle fois les lieux communs habituels concernant les dangers ou le vide juridique de l'Internet.

Or la deuxième partie de la journée, loin d'ouvrir des pistes de réflexion, fut consacrée à d'interminables exposés montrant les gouffres s'ouvrant sous les pieds de ceux ayant la mauvaise idée d'utiliser Internet. Edition, commerce, relations des personnes, tout offre matière à contrevenir aux innombrables règles, légales ou imaginées par d'inlassables Fouquier-Tinville pour pourfendre les initiatives. A titre d'exemple, le président de la table ronde a du s'y prendre à 4 fois pour arrêter la représentante d'une Autorité administrative indépendante que je ne nommerai pas, prise d'une véritable frénésie dans l'exposé de tout ce qui ne fallait pas faire. L'auditoire était partagé entre la consternation face aux risques qu'ils découvraient, et - pour certains, les plus cyniques - l'appétit. Que d'occasions de contentieux s'ouvraient à eux! Le chômage n'allait pas les menacer.

Soyons sérieux. Chacun sait que, dans la foulée de la crise des institutions publiques dans le monde de la globalisation et de l'extrême déréglementation, il y a matière à réfléchir sur l'adéquation du droit aux besoins collectifs. A quoi servent des lois nationales qui demeurent lettre morte, du fait de la lenteur à rédiger les textes d'applications, la paralysie de la justice, l'impuissance des services de police, la mauvaise volonté générale des citoyens. Au plan régional européen ou au plan mondial, à quoi servent les campagnes d'alerte face aux grands risques globaux dont ne sortent que de simples déclarations d'intention ? Les juristes terrifient les internautes à la perspective d'ouvrir un site éditorial non cautionnés par 5 ou 6 déclarations à qui de droit, mais ne s'interrogent pas sur le vide politico-juridique qui engendre des dizaines de milliers de morts sur les routes, des centaines de milliards d'euros d'argent sale blanchis en toute quiétude...

C'est l'ensemble du processus d'élaboration et d'application de la règle collective, au moins dans les Etats qui se veulent policés, qu'il faudrait reprendre. Il faut le faire dans une approche systémique, tenant compte évidemment de ce fait nouveau que sont les réseaux mondiaux d'interconnexion entre acteurs, mais tenant compte aussi des facteurs qui rendent ou ne rendent pas une société consciente de là où elle va et de la façon dont elle y va. Le problème majeur est celui des individus et des groupes. Si le droit n'est pas, d'une certaine façon, élaboré et appliqué par un écrasant pourcentage de ceux là mêmes à qui il imposera des contraintes, inutile de légiférer.

Nous nous trouvons en fait à un tournant, où le droit, comme les autres sciences sociales, doivent collaborer avec des disciplines inspirées de la cognitique et de la robotique, afin d'esquisser des modèles de sociétés plus intelligentes. Voilà qui devrait susciter l'intérêt de jeunes chercheurs en sciences juridiques, en liaison avec des collègues de l'intelligence artificielle. Mais ces étudiants juristes, quand on aborde avec eux de telles perspectives, font valoir fort justement que ce n'est pas dans cette direction qu'ils iront chercher les diplômes dont ils ont besoin. Qui alors réfléchira à leur place ?


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