![]() |
Les automates
intelligents robotique, vie artificielle, réalité virtuelle information, réflexion, discussion |
![]() |
| Jean-Paul Baquiast
Jean-Paul.Baquiast@wanadoo.fr Christophe Jacquemin christophe.jacquemin@admiroutes.asso.fr |
N°2 Novembre 2000
Retour au sommaire
Virtuel et démocratie :
La Chronique de Jean-Paul Baquiast
Un peu de futurologie : Le réseau Inter-Scientia
Nous sommes en 20**. La connaissance du cerveau a fait de tels progrès que les modèles du phénomène le plus secret et mystérieux du fonctionnement de celui-ci, la conscience de soi, ont été développés par de nombreux laboratoires. Des automates dotés de rudiments de conscience, utilisant des composants électroniques et bioniques, sont expérimentés dans de nombreux pays. Mais ces automates, pour les plus nombreux, restent limités dans leurs ambitions. Ils n'ont pas encore donné naissance à de véritables androïdes se mêlant à la vie quotidienne des hommes.
C'est en fait une autre direction qui intéresse actuellement les chercheurs: donner à des communautés d'individus partageant les mêmes intérêts la possibilité de se comporter, à eux tous, comme les neurones d'un vaste cerveau réparti dans le monde entier. L'idée n'est pas nouvelle, puisque c'est elle qui, au premier temps de l'Internet, a permis le travail coopératif en réseau entre d'innombrables groupes d'intérêts. Mais aujourd'hui, les techniques permettant aux individus de s'interconnecter et réagir en temps réel donnent la possibilité à ces derniers de constituer de véritables cartes neuronales, chaque personne distincte se comportant, si l'on peut dire, comme un neurone en relation axonique et synaptique avec toutes les autres. Si chacune de ces personnes produit un flux aussi continu que possible d'informations relatives à ses propres activités et le déverse dans le maillage des liaisons la reliant aux autres, l'on se retrouve en pratique devant un espèce de cortex associatif géant, au sein duquel des liens fonctionnels nouveaux peuvent s'établir entre "neurones", compte-tenu de la concurrence darwinienne entre sous-circuits d'information, et de la sélection des contenus les plus aptes à survivre.Ainsi, plutôt que d'avoir une communauté d'individus communiquant selon des programmes ou hiérarchies établis à l'avance par un gestionnaire de réseau ou modérateur de contenu, c'est la variété et la richesse des entrées qui détermine de façon non programmée à l'avance l'intelligence de l'ensemble, et ses aptitudes à faire émerger une conscience collective originale. Les premières réalisations ont montré que, spontanément, s'établissaient très vite des "cartes neuronales" ou liens renforcés entre certains partenaires, correspondant à ce qu'est le proto-soi (proto-self) dans le cerveau réel. Il s'agit d'une phase décisive pour l'établissement de la conscience collective recherchée. Le proto-soi collectif une fois constitué joue le rôle d'un attracteur ou argument de renforcement pour d'autres informations en circulation dans le réseau, et l'on retrouve très vite les autres éléments de la conscience de soi, décrits par les neurologues et les automaticiens: la conscience-noyau (core-self) et la conscience biographique collective.
En pratique, comment fonctionne un tel système? Deux domaines différents font l'objet d'expérimentations, autour de communautés de chercheurs ou de personnes intéressées par un thème commun, d'une part, et au sein de collectivités fonctionnelles, territoriales (collectivité locale) ou économiques (entreprise), d'autre part. Limitons nous aujourd'hui au premier exemple. Il s'agit de la communaute Inter-scientia. Celle-ci est constituée de scientifiques convaincus de la nécessité de développer entre eux une culture interdisciplinaire étendue , sans rien sacrifier pour autant de leurs recherches propres. Chacun est équipé d'un micro-terminal portable sans fil de type Internet-radio à haut débit, qui fonctionne principalement sur le mode de la reconnaissance et de la synthèse vocale. Il dispose également d'une adresse fixe l'identifiant dans le réseau. A tout moment, jour et nuit, de son labo ou faisant son jogging, le scientifique peut communiquer au réseau ce qu'il juge bon de faire savoir concernant l'état de ses recherches ou de ses réflexions, ainsi que poser toutes les questions lui paraissant utiles. Ces différents messages sont reçus, traités, réorganisés en temps réel par un serveur cognitif capable d'en extraire le sens (indépendamment d'ailleurs de la langue utilisée). Des synthèses sont élaborées en flux permanents, avec renforcement des contenus les plus souvent évoqués. Le classement dans les 3 niveaux de conscience précédemment énumérés se fait selon différents critères, incluant la compétition darwinienne et la sélection des thèmes les plus aptes à survivre, précédemment mentionnées. Le système élabore ainsi des méta-représentations stucturant les échanges et connaissances ainsi fournies en permanence, qu'il est possible de consulter en se connectant à des sorties en réalité virtuelle donnant aux contenus une accessibilité aussi grande que possible. Des comptes-rendus personnalisés peuvent évidemment aussi être délivrés automatiquement ou sur demande aux membres du réseau.
Le réseau Inter-Scientia n'en est qu'à ses débuts, mais, pour reprendre l'image d'un de ses membres, il se comporte dès maintenant comme un scientifique unique, mais disposant d'un cerveau et de connaissances devenus gigantesques. Les résultats sont d'ailleurs là, en terme d'innovation. Les publications et brevets émanant des participants au réseau augmentent régulièrement, attirant l'intérêt de la communauté scientifique mondiale toute entière.
Jean-Paul Baquiast 17/10/00
(à suivre)