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Les automates
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| Jean-Paul Baquiast
Jean-Paul.Baquiast@wanadoo.fr Christophe Jacquemin christophe.jacquemin@admiroutes.asso.fr |
Revue n° 2
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Editorial
Quels moyens notre pays, globalement, consacre-t-il aux travaux sur robotique, vie artificielle, réalité virtuelle? par Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin
Poser la question n'est pas la résoudre. Et c'est dommage. Certes, l'importance des crédits et le nombre de postes budgétaires, quand il s'agit du secteur public, les sommes allouées aux projets de recherche-développement, les ventes, en ce qui concerne le secteur privé, ne suffisent pas à juger du dynamisme et de la qualité d'un domaine scientifique ou technologique au sein d'un pays. D'autres critères interviennent, comme le nombre et la qualité des publications, les brevets déposés, les contrats obtenus, le renom de telle ou telle personnalité. Mais les chiffres restent indispensable, notamment en permettant les comparaisons internationales. Le pape, combien de divisions? disait Staline.
Si nous prétendons que la robotique, la vie artificielle, la réalité virtuelle, sont dorénavant des secteurs où il convient d'investir de plus en plus pour répondre aux défis du 21e siècle, nous devons absolument disposer de chiffres précis sur les moyens actuels, sur ceux déjà programmés, et surtout sur ceux qui seraient souhaitables pour atteindre un seuil minimum d'efficacité et de reconnaissance internationale.
On objectera qu'il s'agit de domaines de plus en plus diffus, au sein d'industries et d'applications de plus en plus nombreuses. On évoquera aussi les nécessaires échanges internationaux. Où comptabiliser un doctorant travaillant dans un autre pays, ou en formation chez nous? Comme par ailleurs les échanges seront de plus en plus fréquents avec de nombreuses autres sciences, elles-mêmes mal évaluées en termes de ressources, comme la génétique, les neuro-sciences, les sciences humaines, l'établissement d'un tableau de bord global paraîtra une tâche herculéenne. De plus, nous venons de le voir, de tels tableaux de bord ayant pour principal intérêt de permettre le bench-marking international, il faudrait en plus convenir d'un minimum de standardisation dans les nomenclatures et les évaluations.
Ce n'est pas ici, du moins pour le moment, que nous pouvons prétendre répondre à la question que nous nous posons. Peut-être serait-il intéressant d'amorcer par contre un débat:
- existe-t-il des sources administratives utilisables et si oui, comment en tirer parti?
- existe-t-il, parallèlement, des données économiques venant de tel ou tel secteur industriel, qui seraient là encore utilisables?
- faudrait-il demander à une autorité quelconque de faire ou faire faire le travail de rapprochement, évaluation et mise à jour qui serait nécessaire?
- les auto-recensement faits par certains chercheurs peuvent-ils constituer des données fiables?
- et enfin, de quels chiffres dispose-t-on, en provenance de l'Union européenne (European key action: Machines that live http://www.cordis.lu/ist/fetni.htm par exemple, que nous évoquons par ailleurs ici) ou venant d'autres grands pays, notamment des Etats-Unis?Nous serons heureux de publier les points de vue qui voudront bien s'exprimer sur ces divers points.
E-government et intelligence en réseau, par Jean-Paul Baquiast
L'administration, comme le Droit, a le devoir de répondre aux exigences immédiates, mais dans un perspective de relative durée. Il faut donc envisager, sinon le long terme, du moins le moyen terme, soit dans notre domaine, les 5 à 7 années prochaines. Or une nouvelle révolution, une de plus, nous guette dans ce délai, celle de l'intelligence en réseau. De quoi s'agit-il?
L'administration ne peut avoir d'efficacité que si les citoyens adhèrent aux objectifs des politiques publiques, y compris en participant aux choix en amont, qui devraient être, eux-aussi, soumis à la sanction des électeurs. L'e-government, selon la plupart des auteurs anglo-saxons, inclut la possibilité donnée aux citoyens de se comporter, non plus en sujets passifs, mais en mandants puis en associés de la démarche publique. Il faut replacer cette exigence légitime dans les perspectives actuelles intéressant l'évolution de l'intelligence en réseau.
Voyons quelques facteurs à prendre en considération pour concrétiser ces perspectives, facteurs qui, malheureusement, ne semblent pas encore faire l'objet de beaucoup de travaux lors des cycles de formation des agents publics.
1. L'évolution des techno-sciences.
Ce ne sont pas les bons sentiments, fussent-ils inscrits dans des textes aussi prestigieux et ambitieux que la récente Déclaration des droits fondamentaux de l'Union Européenne, qui suffiront à influencer notre histoire proche, mais bien plutôt l'évolution des techno-sciences. Celle-ci, comme chacun sait, s'accélère sans cesse, pratiquement indépendamment de toute volonté politique, voire même de toute volonté humaine identifiable. L'évolution à terme de l'Internet et des réseaux en dépend . Trois facteurs principaux sont à considérer, qui conjuguent leurs effets :
- l'explosion prochaine des recherches concernant la vie artificielle, les automates intelligents et les symbioses entre hommes et artefacts (sur le modèle du cybionte), lesquels évidemment tireront une partie de leur intelligence de leur mise en réseau systématique, via les formes les plus évoluées de l'Internet.
- les progrès très rapide de la modélisation du cerveau, de ses fonctions cognitives et même conscientes. Les neurosciences et les automaticiens travaillent dorénavant ensemble, y compris en partageant des paradigmes véritablement fondateurs comme celui de la compétition et de la sélection darwinienne.
- les rapprochements entre le génie génétique, les neurosciences et la technologie des calculateurs et des réseaux. L'ordinateur génétique est encore un peu un mythe, mais d'ores et déjà, les bio-puces associant neurones et supports électroniques sont des réalités. On rejoint là en partie le thème du cybionte.
Ces évolutions sont ce qu'elles sont. Dans la perspective darwinienne, nul ne peut dire qu'elles sont porteuses de chances ou de désastres pour l'humanité, ou pour la planète en général. D'ores et déjà, l'on peut constater qu'elles confirment encore la domination des Etats-Unis et derrière eux, des pays occidentaux. Au sein de ceux-ci, la fracture dite numérique, qui est plutôt une fracture techno-scientifique et philosophique, s'accroît également.
2. Le rôle des minorités " branchées " ou " activistes "Par ce terme, l'on peut désigner les quelques % de la population des pays dits avancés, personnes que nous dirons " altruistes " plutôt qu' " égoïstes ", qui participent à l'évolution des techno-sciences, encouragent leurs applications et s'impatientent des blocages et survivances diverses empêchant, à leurs yeux, le progrès de bénéficier à toute l'humanité. Ces gens ou associations sont très actifs sur l'Internet, et entraînent derrière eux un pourcentage variable d'utilisateurs, de 20 à 40 ou 50% selon les pays. Ils constituent une opinion publique dont le poids électoral et politique sera de plus en plus important. Dans la mesure où beaucoup se montrent " altruistes ", en ne se désintéressant pas nécessairement de l'accès du reste de la population à la société de l'information, ils soutiennent, plus ou moins activement (sans toujours en faire une priorité), les campagnes de démocratisation. C'est une bonne chose, à encourager.
Que voudront ces minorités " activistes " :
- que les gouvernements et collectivités publiques adoptent des politiques énergiques de passage à l'Internet, dans tous les domaines envisageables. Cette demande sous-entend celle de voir ces politiques effectivement appliquées, y compris dans les services de base, ainsi que la possibilité d'évaluer leurs résultats et les comparer d'un pays à l'autre.
- que les gouvernements fassent un grand pas de plus, en passant si l'on peut dire de l'adhésion obligée à la conversion enthousiate. Pour simplifier, disons que tout problème politique, ou toute solution à ce problème, devra dès l'origine être négocié avec les citoyens avec les méthodes participatives permises par la société de l'information. Les arguments techniques et économiques intéressant tout débat public devront être publiés à l'avance, de façon pédagogique. Les travaux et discussions devront l'être également, au fil de leur déroulement. Les décisions prises devront être précédées de consultations et sondages, puis publiées et suivies de façon à être évaluables. La sanction par une décision administrative ou légale, les éventuels recours à des Comités d'éthique, ne pourront venir qu'après ce travail préparatoire, long et demandant des moyens importants, mais nécessaire à l'adhésion ultérieure de l'opinion publique. On citera comme exemple de ce qu'il ne faudrait plus faire la façon dont a été menée l'étude sur l'approfondissement de la décentralisation (Commission Pierre Mauroy) , le suivi du dossier des réglementations s'appliquant aux transports maritimes (suite de l'affaire Erika) , l'affectation des crédits budgétaires ou des emplois dans la fonction publique, etc...
- dans un nombre croissant de cas, il apparaîtra souhaitable d'envisager, après ce travail préparatoire, la consultation politique de l'opinion, sur le mode du referendum local ou national. Cette consultation se fera évidemment par l'Internet.
Il ne faut pas se faire d'illusion. Si les élus, pouvoirs publics, administrations, ne procèdent pas de cette façon, des procédures de susbstitution, de type " alternatif ", verront le jour spontanément, accompagnées ou non de manifestations organisées via Internet et les téléphones portables, et enlèveront une part de leur crédibilité aux décisions et procédures publiques. Ajoutons que, quels que soient les efforts des pouvoirs publics pour aller dans le sens indiqué plus haut, il y aura toujours des mécontents plus ou moins virulents qui voudront davantage et protesteront à grand bruit. Mais loin de s'en affliger, les hommes politiques devront s'en réjouir. Ce sera un signe de bonne santé collective.
3. Vers des collectivités publiques intelligentesActuellement, les procédures publiques, et pire encore les collectivités publiques, sont l'héritage de modes d'organisation souvent hérités d'un lointain passé (quasiment celui de nos ancêtres " chasseurs-cueilleurs " ou féodaux.). Ces mécanismes fonctionnent de façon "algorithmique" (un mode de " calcul " est décidé une fois pour toute et s'applique automatiquement). Or les sociétés ont besoin de processus réactifs, conscients et intelligents.
Il est du devoir des chercheurs et praticiens en sciences politiques et sociales de proposer et d'expérimenter à petite échelle des modèles de collectivités s'inspirant des références modernes de l'intelligence collective, dérivée des études citées plus haut et portant sur le cerveau (brain). Voici quelques propositions pour ce faire :
- considérer chaque individu et chaque petit groupe comme un neurone du tissu cortical , c'est à dire le connecter aux autres par l'équivalent de transmissions axoniques et synaptiques, disponibles pour mémoriser ou traiter toutes les réactions imaginables aux chocs avec l'environnement ou avec les organes internes.
- viser à un organisme global satisfaisant au regard des impératifs de la complexité dynamique : le maximum de spécialisations fonctionnelles (c'est-à-dire de différences entre acteurs) contrebalancé par le maximum de liaisons fonctionnelles par liens ré-entrants (c'est-à-dire d'échanges d'informations et de coopérations croisées entre acteurs).
- si l'organisation d'ensemble du réseau doit obéir à certaines règles génériques (équivalentes à la programmation génétique ou génotypique du système nerveux), laisser une place croissante à la compétition darwinienne entre flux d'informations pour réaliser les branchements complémentaires nécessités par l'usage (sélection par renforcement) aboutissant à l'équivalent du câblage et des contenus du cerveau adulte phénotypique.
- encourager dès lors qu'elles apparaissent à l'usage les représentations locales et les méta-représentations du système global, résultant des échanges fonctionnels sélectionnés par la compétition pour l'adaptation. On obtiendra l'équivalent des " cartes " neurales et des " marqueurs somatiques " servant de référence à l'élaboration (sous forme de flux constamment réactivés) du proto-soi (proto-self) et du soi-central (core-self) décrit par les neurosciences. Ces représentations adopteront avantageusement les techniques de la réalité virtuelle (agoras en 3D avec " avatars ", par exemple). Elles déboucheront sur des modèles simulant l'avenir (la conscience biographique) utilisant là encore la compétition darwinienne (sous forme par exemple des algorithmes génétiques employés par les recherche en matière d'animats ou vie artificielle). L'ensemble servira évidemment, non seulement à éclairer les gouvernements, mais surtout à éduquer et mobiliser les citoyens, en leur donnant la conscience d'appartenir à un tout, lequel tout bénéficiera de l'apport de chacun de ses composants. Cet impératif, même dans les démocraties modernes, est généralement oublié par les décideurs politiques et économiques. D'où la mauvaise réactivité de nos sociétés face aux crises.